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étranger, et cela a failli vous être dangereux : qu'en pensez-vous ?
— Ma foi ! j'avoue que je n'avais jamais rencontré une si chaude réception.
— Sous quel nom êtes -vous connu dans ces parages ? demanda le second chasseur qui, jusques là, était resté muet.
— Ross Welland, sir.
— Et, si ce n'était pas me montrer trop indiscret > pourrais-je savoir quel est votre autre nom chez vous?... Hein ?
— Que voulez- vous dire ? c'est le même, toujours.
— Bah ! bah ! tout çà peut prendre avec d'autres, mais pas avec nous. Enfin, ce n'est pas là notre affaire, vous pouvez dire ce que vous voudrez. Vous êtes des Etats , je suppose ?
— Oui, sir.
— Quelle attraction vous a fait émigrer dans ces parages, — pour brûler les fermes, saccager les maisons, massacrer les sett-lers, etvouslrvrer
à quelques #^/i/iommmes de lamême espèce?...
demanda le premier chasseur avec un regard aigu.
— Je ne vous comprends pas, sir ! répliqua Welland sur un ton indiquant que les suppositions du questionneur n'étaient pas de son goût.
— Vous ne comprenez pas ? en ! eh ! — Pour quel motif voyagez-vous par ici?
— Je suis venu au Texas il y a quelques semaines, par ma propre et libre volonté, avec le colonel va ton.
— Avec qui, dites-vous ? demanda vivement le chasseur.
— Le colonel Ovaton et deux de ses amis.
Le colonel Ovaton, eh ! Encore un remarquable coquin, celui-là. Je calcule que s'il avait été traité suivant ses mérites, il aurait du être
pendu dans chaque Etat, ville et village entre nous et le Potomac. Çà ne sonne pas bien pour vous, M. Ross Welland, de raconter que vous avez été en compagnie du colonel Ovaton.
— Je ne sais rien du colonel Ovaton, répliqua Welland, si ce n'est qu'il est employé par une société de négociants pour explorer le nord-ouest du Texas : si je l'ai accompagné, ce n'a été que par amour pour la nouveauté et les aventures.
— Mais enfin, que faites- vous ici, voyons ?...
— J'ai remarqué en lui différentes choses qui ne me convenaient pas ; alors je l'ai quitté hier soir.
— Une fameuse idée que vous avez eue là i j'ose dire ; car cet homme là ne me fait pas l'effet d'avoir un caprice bien grand pour vous.
r~ Je vous ai dit mon nom, mes amis, observa
Welland ; maintenant je serais bien aise de connaître les vôtres.
— Parce que je m'appelle Ned Nuggens, je n'en suis pas plus malade, répondit le chasseur dont la balle avait siûlé si près de la tête du jeune Américain.
— Et vous ? reprit Welland en se tournant vers l'autre : vôtre nom, s'il tous plaît ?
— Par la même raison, je m'appelle John Smith,
— John Smith 1 répliqua Welland en riant, il me semble que j'ai déjà entendu ce nom-là.
-— Bien possible ! je suis joliment bien connu
partout dans ces parages.
—-Ces noms-là, je présume, sont ceux dont vous faites usage au Texas ! demanda Welland malicieusement. \
~ Sans doute, puisque nous vous les avons
dits. : '
—- Je ne ferai pas comme vous; je ne vous demanderai pas quelle attraction vous à poussés à émigrer ; vous ne me paraissez tramer aucune scélératesse?
— Éh bien ! sir, on vous a appris l'exacte vérité. John Smith est Tunique nom dont j'aie jamais fait Usage : Ned Nuggens est aussi le seul nom sous lequel mon ami se soit fait connaître aux Gomanches. De plus, nous ne sommes pas des
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émigrants : nous sommes nés, tous deux, sur le territoire Texien, et nous avons déjà passé Lien des journées ensemble. Nous ne sommes point ici comme tant d'étrangers qui ont des raisons sérieuses pour émigrer : nous étions dans notre droit en vous adressant les questions que nous vous avons faites tout à l'heure.
— Je suppose que vous êtes des chasseurs ?
— Exactement. N'avez- vous pas un cheval?
Certainement : il est picketed (attaché au piquet,) là bas tout près. Pourquoi me demandezvous cela ?
— Pas pour autre chose que pour le savoir; pour quelle destination êtes-vous en route ?
— Je vais à la Nouvelle-Orléans. Je suppose que vous êtes eii expédition de chasse ou de trappage ? (opération de tendre des trappes).
— Exactement. Nous marchons vers le haut Colorado.
— J'imagine que les Comanches sont nombreux dans ces parages ?
— Oui, oui : nous avons eu déjà plus d'une querelle ensemble. Pas plus tard que cette nuit, quelques-uns de ces gredins nous ont passé par les mains.
— Ah 1 vraiment ? alors ce sont vos carabines
que j'ai entendues?
— Eort possible. Ça s'est passé il y a trois
du quatre heures ; mais, si vous avez entendu nos fusils, vous avez dû entendre aussi les leurs, attendu qu'ils ont riposté.
— Et, quelle a été la cause de cette bagarre? demanda Welland.
— Cette poupée de calicot, là Las ; fit Nuggens, à voix basse, en désignant Irona.
— Ah ! elle était eii leur pouvoir... prisonnière...? murmura le jeune homme incapable de dissimuler son anxiété.
■ ■ ■ — - Positivement.
Pourrais-je lui parler ? reprit Welland.
— Demain matin répliqua Nuggens ; ce soir il^st trop tard.
11 sembla prudent au jèùhe homme de ne pas insister davantage * d'ailleurs, il connaissait trop bien les habitudes de la classé d'hommes à laquelle appartenait son interlocuteur, pour espérer quelque concession. 11 se leva donc et dit :
— ''• Je vais chercher mon cheval, dans quelques instants je serai de retour.
Eh passant au travers des arbres, il lança un coup d'oeil vers Jrôna; De son côté elle le regar-
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dait à tténtivem eut comme si elle eu t soupçonné la vérité : Welland eût une velléité de s'âppro^ cher d'elle pour s'en faire reconnaître ; mais après réflexion il jugea plus convénahlë d'at^ tendre jusqu'au matin.
Ayant trouvé son cheval en bonne position, comme il l'avait laissé, il mit à sa portée du fourrage, assura le nœud de sa longe et revint au camp.
Pendant cet intervalle les préparatifs pour la nuit avaient été complétés : un nouvel amas de broussailles avait été placé sur le feu, de grands rameaux avaient été déposés en forme fie rideaux pour cacher autant que possible les lueurs du foyer ; Irona s'était retirée dans une espèce de tente en feuillage au milieu de laquelle était étendue une épaisse couverture en guise de lit. La jeune iîlle s'était préalablement drapée dans son châle; de cette façon elle avait en perspective un lieu de repos suffisant sinon confortable pour la nuit.
Les chasseurs s'étaient installés dans l'herbe moelleuse, chacun à sa manière : John Smith s'était roulé dans sa couverture, de telle manière qu'il ressemblait à une énorme tortue blottie dans sa carapace : ni pieds, ni bras, ni tête n'apparaissaient extérieurement ; on n'aurait, assurément, pu deviner que, dans ce nid rond et enfoui sous les broussailles, dormait à l'aise un grand et gros gaillard long de six pieds.
Nuggens s'était assis, près du feu, dans une tranche d'ombre, pour continuer son rôle de
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