‹ La Caravane des sombrerosChapitre 17 sur 23 · CHAPITRE XÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XÏI

l'assaut

Irona s'éveilla aux premiers rayons du soleil. Aussitôt Welland lui fit part de ce qu'il avait découvert la nuit précédente concernant Vas que- Ion et Pierre.

— Hier, vous les avez aperçus la première, Irona, dit-il ; regardez donc un peu dans les environs, et surtout là-bas près du petit promontoire.

La jeune fille promena dans tous les sens ses regards perçants :

— Je ne découvre rien, dit-elle enfin, si ce n'est des branches froissées indiquant les traces de leur passage à l'endroit où vous les avez vus.

Il est singulier que nous ne les r ^apercevions nulle part, et surtout que leurs chevaux

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soient invisibles. Ils les auront cachés derrière le bois, dans une clairière gazonnée.

— Ross, répondit Irona, comme si elle eût parlé en rêve, observez de nouveau le point où. ils sont arrivés, il me semble que je vois des vestiges de pas jusque près de l'eau.

Welland regarda mais n'aperçût rien, car, pour éviter d'être vu, il n'élevait point sa tête au-dessus du rempart de sable qu'il avait élevé pendant la nuit.

— Plus loin, là-bas, derrière un gros arbre penché , reprit Irona ; il me semble que j'y vois des pas tout frais. Voyez un peu.

Dans son impatience Welland oublia sa réserve prudente, et se redressa pour mieux distinguer ce que lui montrait la jeune fille.

— Prenez garde ! s'écria celle-ci...

Il baissa instinctivement la tête ; une balle siffla dans ses cheveux et alla ricocher au loin sur l'eau.

— D'où cela vient-il ? dit le jeune homme avec animation ; ah I j e vois !

Une guirlande de fumée montait doucement du sein des broussailles, à l'endroit que venait d'indiquer Irona. Welland visa au jugé et fit feu.

Un éclat de rire insultant et grossier fit écho à la détonation ; en même temps le sombrero de

Vasquelon se montra et disparut rapidement.

— Je suis encore un imbécile I s'écria WeLland furieux : cette nuit je l'ai tenu au bout de mon rifle, et je l'ai épargné ! oh. 1 mais, que l'occasion se présente... !

Ne vous désolez paâ^ Ross, tout est pour le mieux, peut-être ; le sang, au moins, n'a pas encore coulé.

Tout en causant^ lès deux assiégés s'étaient assis derrière lé rempart de sablé* polir être êfl lieu sûr, à l'abri des balles ; et ils continuaient à surveiller les environs^ lorsqu'ils aperçurent Yasqueîon debout sur lé rivage, élevant^ en parlementaire Un bâton au bout duquel flottait un mouchoir blanc î

Hé ! Holà ! cria Vâsquelôn en mâuvâiâ an*

Que voulez- vous ? répondit Wêllând tout en se tenant à l'abri, Car il Craignait quelque

le*

Pourquoi né vous môntrêz-vôïïS pas ? noua voulons vous parler.

— je vous entends sttmââmînent de là place Où je âùis : parlez, je répondrai si je Veux.

«— Que faites -vous donc sur ce bàiic?

— Rien qui vous concerne, impudent quéâ* tionnèùr !

— Ah 1 ah ! Pêhsêz-vôus y rester longtemps !

J'agirai à mon gré ; l'endroit me convient poux le moment.

Nous avons le désir de nous transporter auprès de vous, pour vous voir de plus près : que dites -vous de cela ?

Je ne suis disposé à recevoir aucune visite.

Mais, en supposant que nous insistions...?

Je résisterai : si les alligators vous laissent passer, j'aurai toute facilité pour vous fusiller, pendant la traversée ; et je n'y manquerai pas, je vous le garantis, ami Vàsquelon !

— Oh ! oh 1 voilà de bien gros mots ! Les alligators dorment profondément sous le sojeil ; d'ailleurs nous ne les craignons point : rien ne nous empêchera d'arriver jusqu'à vous.

Rien, non plus, n'empêchera mes balles d'aller vous trouver. Juarez Vasquelpn ! de plus longs discours sont inutiles : vous poursuivez une innocente jeune fille à laquelle vous faites horreur ; sachez-le bien 1 vous ne parviendrez à elle qu'en passant sur mon corps .

— Eh Lee ne sera pas long t americano stupide ! pourrez- vous vivre sans manger sur ce: banc de sable; ou bien, vous nourrirez-vdus d'alligator? .

— Je subirai toutes les épreuves plutôt que de vous laisser mettre les pieds ici.

Alors vous voulez voir la senorita Seraville mourir de faim avec vous ?

— Ross, je vous en prie, ne répondez plus à cet homme ; dit Irona à son compagnon.

— Juarez Vasquelon î s'écria Welland, les paroles doivent cesser maintenant ; la poudre et les balles parleront désormais.

— Eh bien! alors, répliqua l'autre avec son rire insultant, que le sefîor Welland regarde derrière lui sur la rivière, il saura à quoi s'en tenir.

D'un coup d'œil le jeune homme reconnut qu'il venait d'être dupé ; toute cette conversation, précédée d'un drapeau parlementaire -, n'avait eu d'autre but que de détourner l'attention des assiégés pendant que Pierre et le colonel Ovaton construisaient un radeau pour aborder l'île.

Eurieux, Welland songea à envoyer une balle au rusé bandit, mais il avait déjà disparu. Quelques secondes plus tard il le vit sauter comme un daim dans le radeau qui, aussitôt, fut mis à flot.

Pour se garantir contre la fusillade de Welland, les assiégeants avaient élevé, en tête de leur construction improvisée, un rempart en branches et troncs d'arbres liés ensemble, qui abritait leurs mouvements.

JÉI P W^I

Wellandy irrité de ne pouvoir les atteindre, se proposa au moins de les troubler en renversant leur fragile rempart. Il visa avec soin Tun des noeuds en écorce qui reliaient les divers morceaux ensemble et fit feu. Le succès dépassa son attente, car l'abri tout entier vola en éclats et les trois assaillants furent mis à découvert.

Malheureusement la carabine du jeune Américain étant déchargée, il lui fallut perdre un temps précieux pour la remettre en état de tirer. Ce délai fut utilisé par les ennemis pour reconstruire leur frêle échafaudage ; tout en ramassant à la hâte les débris épars ils se faisaient un bouclier du premier obj et tombant sous leur main,

car ils s'attendaient sans cesse à une nouvelle décharge*

Mais, au milieu de leur préoccupation, ils ne songèrent point à diriger leur radeau ; de telle façon qu'au bout de quelques minutes ils furent embarqués dans le chenal} sur un courant rapide qui ne leur permettait plus de songer à attérir du côté de l'île*

Furieux de cette déconvenue, ils se vengèrent en lâchant contre les assiégés une bordée de coups de carabines* Mais cette décharge n'eût

d'autre effet que de faire voler du sablé en l'air*

WeUaîidj de son côté, les harcelait de coups de

feu aussi fréquents que possible. Il n'atteignit

personne, car chacun d'eux se tenait soigneusement couché à plat ventre.

Bon gré mal gré, Vasquelon et ses compagnons furent contraints de se laisser aller à la dérive plus loin qu'un demi-mille, aûn de pouvoir débarquer hors de la portée des halles de Welland. Ils finirent par aborder sur la rive opposée.

— Voilà un premier danger passé, se dit Welland avec un soupir de soulagement, préparonsnous pour ceux qui sont à venir.

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