‹ La Caravane des sombrerosChapitre 19 sur 23 · NOUVELLES ALARMES · texte numérisé non relu

NOUVELLES ALARMES

Quelques oiseaux, assez peu farouches pour se 5 lisser tuer à coups de gaules, avaient fourni les éléments d'un bon repas. Ensuite, avec un amas \q fougères, Welland avait fait un lit moelleux our Irona. Puis il avait éteint le feu, afin de ne -. lisser paraître aucun indice de leur présence \ t s'était posté en sentinelle à quelques pas, sur o bord du ruisseau, bien résolu à veiller fidèle-

lient toute la nuit.

Mais les fatigues des journées et des nuits pré-

. édentes l'avaient jeté dans un accablement qui

'emporta sur toutes ses bonnes résolutions ; il

'endormit donc d'un profond sommeil dont

î'aurore seule vint interrompre le cours.

Désespéré de sa faiblesse involontaire, il se ieva en sursaut, et son premier regard fut pour

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Irona. La couverture seule, roulée en boule, était à la place qu'avait occupée la jeune fille : quant à celle-ci, elle avait disparu.

Welland eut un affreux battement de cœur, il lui sembla qu'il allait défaillir. D'une main tremblante il toucha la couverture et la développa, comme si quelque éclaircissement devait en sortir. Il regarda autour de lui, fit çà et là quelques pas avec égarement, et appela.

Rien ne lui répondit, si ce n'est le murmure du ruisseau et le frémissement des feuilles au souffle de l'air matinal.

Tout à coup une ombre s'abaissa devant lui avec une branche flexible, et la forme svelte d'Ironà lui apparut, effleurant à peine le gazon*

Giel 1 Ghère Irona ! je vous croyais perdue; qu'est-il donc arrivé ? s'écria le jeune homme avec transport,

— Chut! fit- elle avec un geste de terreur; ne parlez pas si haut, ils ne sont peut-être pas loin, et pourraient nous entendre.

Wellaiid explora les environs, sans bruit, et avec les plus méticuleuses précautions.

Quand il se fut assuré qu'aucun ennemi a'était à proximité, il entraîna Irona à quelque distance, dans un autre fourré plus in expugnatole^ et lui demanda le récit de son aventure i

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— Je me suis réveillée au milieu de la nuit, dit-elle, sans qu'aucune cause perceptible soit venue troubler mon sommeil: cependant, en ouvrant les yeux, il m'a semblé que j e frisonnais sous le pressentiment d'un danger très-proche. J'ai levé doucement la tête sans remuer le reste du corps, et à une dizaine de pas j'ai aperçu le terrible sombrero de Velasquon. Il paraissait écouter et regarder attentivement

dans l'obscurité» Je me suis bien gardée de faire aucun mouvement, mais mon cœur battait si fort que j e craignais que Juarez l'entendît. Au bout de quelques minutes, il s'est avancé comme au hasard, a passé près de moi, sans m'apercevoir, et a disparu du côté du ruisseau. Quand il a été loin, je me suis levée, bien doucement, et je me suis cramponnée à cet arbre dans les branches duquel j'ai réussi à monter. Ma joie a été grande quand j'ai entendu votre voix, car j'avais unefrayeur mortelle qu'ils vous eussent tue. Voilà quelque chose d'extraordinaire J murmura WeUand; je n'ai rien vu, rien entendu. Ah I quand pourrai-je donc exterminer toute cette vermine I

Hélas ! songeons à fuir plutôt qu'à com*

battre : que pourriez-vous contre trois ?

Fuyons, je le veux bien; mais il faudra tôt ou tard en venir à une lutte suprême.,;. Ah !

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qu'entends-je, du bruit dans l'eau...? baisse^ vous Irona ! et ne soufflons plus.

Les deux jeunes gens restèrent immobile?

dans une fiévreuse attente. Au bout de quelque secondes, Welland vit un sombrero s'élever irjt sensiblement au-dessus du rivage ; peu à peu j. buste d'un homme surgit entièrement et offi^

un point de mire assuré à la carabine de l'Ain** ricain.

Celui-ci pressa la détente ; l'homme tomb^lourdement dans l'eau et ne remua plus.

— L'opinion personnelle du sefior Welland e$\ que Vélasquon ne se mêlera jamais plus do"* affaires d'autrui, murmura Welland avec u:

soupir de satisfaction, tout en rechargeai promptement sa carabine.

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Puis il se tint en garde, s'atteridant à chaqi:»r minute, à voir sortir Pierre ou Ovaton de queV que broussaille.

Après une heure d'attente, il ne put résiste £ au désir de vérifier de plus près l'identité de so , ennemi. Mais quelle fut la surprise, lorsqu'il lu

enleva son sombrero, de ne pas reconnaîtra Vélasquon ! les traits du cadavre lui étaient coin

plétement inconnus.

Il resta assez longtemps occupé à l'examiner,

et à réfléchir sur cette étrange aventure. Soudai ;

un cri d'Irona le fit tressaillir :

— Les voilà, s'écria-t-elle : gare à vous !

Welland releva la tête ; Velasquon, Ovaton et

Pierre étaient en pleine vue, à environ deux cents mètres de distance. Il ne fallait plus songer à se cacher, ils avaient aperçu le jeune Américain.

Celui-ci s'embusqua derrière un gros arbre, leur fît voir qu'il avait deux fusils, (car il avait soigneusement recueilli celui de l'homme tué), et les coucha en joue en leur criant d'une voix retentissante:

— Je vous jure par le ciel que si vous faites encore dix pas, il y aura parmi vous deux cadavres.

Les trois aventuriers s'arrêtèrent pour parlementer :

— Ou avez-vous pris ce second fusil ? demanda Velasquon d'un ton inquiet.

— Appelez votre éclaireur, il ne répondra pas I répondit Welland avec emphase.

Un mouvement de surprise se manifesta parmi eux : ils tinrent conseil longuement, d'un air agité. Enfin Velasquon reprit la parole:

t— . Ross Welland ! il est temps que ce j eu finisse. Aucun de nous ne vous veut du mal ; seulement, moi, Velasquon, je suis bien fondé à réclamer d'être avec vous le compagnon et le protecteur de la senorita Irona : je remplis ici

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une mission que ma confiée son père. Cédez au droit, à la raison, ou bien malheur à vous, ce terrain sera votre tombe I

Welland ne lui répondit qu'en le couchant en joue ; il allait tirer lorsque Irona le retint :

— Ne faites pas feu, Ross ; ils sont trop loin* vous les manquerez et alors nous serons perdus.

— Tous avez raison, fit Welland en frappant

violemment sa crosse contre terre : ah I les bandits I quand donc pourrai-je lés exterminer 1 Tenez, regardez I les voilà qui se séparent afin de nous attaquer par trois côtés différents *

Ènefîet, lés assaillants s'éloignèrent les uns des autres : niais tout-à-coup Velasquon regarda fixement dans la direction du Sud, puis il fit un signal aux deux autres pour qu'ils vinssent le

rejoindre.

Les fugitifs suivaient tous leurs mouvements

avec curiosité.

— Us ont aperçu quelque chose qui les in*

quiète^ murmura; Irona. .,..-.

— C'est peut-être une ruse* > . mais non ! il y a du nouveau I voilà Ovaton qui pérore en étendant son bras vers la prairie.^; ils- regardent tous*..; les voilà qui se préparent à marcher.

-— Qu ? ost*cê que ce peut-être ? demanda Irônâï *■* Je n'en sais rien : en. tous cas* c'est Une bonne affaire pour nous .

* Au même instant les assaillants avancèrent contre Welland.

— Halte I vous savez ! . . . cria celui-ci en les couchant en joue.

Ils s'arrêtèrent en maugréant.

— Voici une Lande de Comanches qui s'approche, répondit Oraton ; laissez-nous donc chercher un abri dans votre bois ; nous vous aiderons à vous défendre.

— Je n'ai nul besoin de vous pour me protéger. J'aime encore mieux les Comanches que vous. Et maintenant, prenez garde, je ne vous répondrai plus qu'à coups de fusil.

Les trois aventuriers se consultèrent rapidement, jetèrent un dernier regard sur la prairie, et partirent ventre à terre dans la direction du Nord-Est.

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