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largement payés, et mes commettants refuseront de m'indemniser.
" — Cependant ils doivent indubitablement apprécier les incertitudes et les dangers d'un tel voyage. En résumé, que cela ne vous inquiète pas, colonel Ovaton, ce ne sera pas pour vous une mauvaise spéculation : quel appoint vous faudrait-il pour balancer vos profits et pertes ?
Le colonel Ovaton enfonça ses mains dans ses poches, fronça le sourcil, roula ses yeux vers le plafond, et parut se livrer à de laborieux calculs. Enfin il pinça les lèvres, suivant son habitude, regarda Seraville d'un air innocent, et dit avec gravité :
— Deux mille dollars.
— Cette somme sera à votre disposition dans six mois à partir de demain, .. . . si vous êtes ici pour la recevoir.
— Je ne doute nullement de votre parole, don Àlfredo, reprit Ovaton en s'inclmanl, mais,, en affaires ; vous le savez, il est généralement admis qu'on fait usage du papier et de la plume- Ceci ne peut vous offenser en aucune façon, j'espère.
— Nullement, nullement ! je reviens dans une minute.
Don Alfredo sortit de la chambre et reparut
presque aussitôt, tenant à la main une feuille de papier sur laquelle se dessinaient quelques lignes d'une grosse écriture allongée. C'était l'engagement, signé par Seraville, de payer au co-
lonel Charles Ovaton la somme de deux mille dollars, à six mois de date.
Un post-scriptum modifiait quelque peu la teneur de cette promesse ; il y était stipulé que cet effet ne devait être présenté qu'à don Àlfredo Seraville lui-même ; — en d'autres termes, ce billet ne devait point être négocié ; — cette clause, destinée à recevoir la signature d'Ovaton, avait pour effet d'empêcher qu'il ne pût toucher cette somme, par aucun moyen, avant l'expiration du délai fixé.
Le colonel piit le papier, le lut fort attentivement, flairant chaque mot, épluchant chaque phrase, et finit par mettre sa signature au bas du post-scriptum. Il savait que le paraphe de Seraville valait de l'or, et que son billet était tout aussi bon que les dollars eux-mêmes.
Ovaton serra précieusement le papier dans sa poche ; mais au même instant don Àlfredo lui en présenta un autre : c'était une contre -lettre, daDs laquelle le colonel Ovaton s'engageait à rester au Texas, au moins six mois, avec ses compagnons, et plus longtemps encore, si leur sécurité n'en souffrait pas ; faute de quoi il perdait, tout
droit a exiger la somme de deux mille dollars.
— Cet arrangement ne peut que vous être agréable, j'espère, lui ditSera ville, en s 'asseyant, après avoir reçu ce second papier bien et dûment signé.
— Oui, oui ! nous voilà tous deux tranquilles, je présume. Mais, dans mon opinion, don Alfredo, vous auriez pu faire un marché plus avantageux que celui que vous venez de conclure.
— Je suis satisfait : et je vous paierai, rubis sur l'ongle, tout ce que je vous ai promis, si, de votre côté, vous me tenez fidèlement parole,
— Vous faites erreur ; je pense à. autre chose. Avez- vous réglé toutes les affaires incertaines? Ce serait bien le moment aujourd'hui.
— Je ne vous comprends pas, colonel Ovaton, interrompit Sëraville en fronçant le sourcil. Est-ce que, par hasard, vous voudriez jouer au plus fin avec moi, et me tromper sur ce chapitre ?
"•"■— * Ah bah! laissez-moi donc cà de coté. Je veux parler d'une autre misère, encore ; toute
autre chose !
.-■-~ Expliquez- vous, sir, vous devenez de plus en plus obscur.
■*— C'est que, voyez^vous, le jeune Américain peut revenir à 1- expiration des six mois..* On au-
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rait pu prendre un arrangement pour prolonger ce délai... un bon bout de temps... indéfiniment. . . concevez- vous ?. . .
— Je me perds en conjectures pour arriver à vous comprendre.
Carrai f vous avez l'intelligence dure, don Àlfredo. Je pourrais organiser les choses, voyezvous, de façon à ce que l'Américain ne revînt jamais... concevez-vous ?... jamais !... Àh 1 ah ! il y aurait une rude besogne à faire, pour çà : ce serait le cas de stipuler une bonne somme ?. . .
Vous songeriez peut-être à assassiner cet homme?... fit Seraville avec un dégoût et une indignation qu'il ne chercha point à dissimuler.
Chut ! chut ! qui vous parle d'assassiner?... Fi 1 que cela sonne mal !
— Osez dire que telle n'était pas votre pensée!
— Tout cela n'est qu'un jeu de mots, — mais...
— Non, sir ! s'écria Seraville irrité ; vous vous méprenez étrangement sur moi, colonel Ovaton ! Mon esprit ne sait pas se plonger en de telles noirceurs : ce que je vous demande c'est d'agir en homme d'honneur, vous me répondez par je ne sais quelle insinuation qui sue le crime. De ce que je ne veux point m'allier avec cet Américain, il ne s'ensuit pas que je lui veuilledumal: certes ! il ne m'en a j atnais fait ; et que mon bras se dessèche soudainement s'il devait se lever
contre lui ! — Je ne vous demande qu'une seule chose, c'est de m' aider à tenir Irona et l'Américain séparés pendant un certain espace de temps ; m'avez-vous bien compris ?
— Ni moi non plus je ne voudrais toucher à un seul cheveu de sa tête : après tout c'est un gentil garçon qui mérite toute amitié.
Au surplus, vous savez, ce que je vous en ai dit n'était que pour savoir comment vous prendriez la chose.
— Je la considère comme une grave insulte, répondit sévèrement don Alfredo.
— En ce cas j e vous prie d'agréer mes excuses, sir ; je serais bien fâché de vous offenser, senor ; vous qui êtes celui de mes concitoyens pour lequel je professe la plus grande estime.
— Donnez-moi votre parole d'honneur, colonel Ovaton, que vous ne ferez rien et ne laisserez rien faire qui puisse occasionner malheur à ce Ross Welland, pendant tout le temps qu'il restera auprès de vous.
— Je vous le jure.
— Bon! Maintenant tout est parfaitement éclairci entre nous ; je suppose, que vous arriverez, sans trop de peine, à réaliser mes désirs: ce jeune homme ne songera même pas à s'étonner de votre prolongation de séjour à l'étranger, Probablement il en sera satisfait, lui qui vous
accompagne surtout pour courir les aventures et étudier les pays lointains. Quand comptezvous partir?
Demain, de très-grand matin : j'aurai à peine le temps de vous revoir.
Ce n'est pas nécessaire: Une dernière fois, tout est bien convenu, n'est-ce pas ?
— Oui, don Alfredo. Alors je vais vous dire adieu ?
— Je vous souhaite un heureux et agréable voyage : j'en souhaite autant à tous ceux qui vous accompagnent. Bonsoir.
En même temps Seraville conduisit son hôte jusqu'à la porte, et tous deux se séparèrent.