‹ La caricature en AngleterreChapitre 12 sur 16 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Avec Gruikshank et John Leech se trouve clos Tépisodc de révolution artistique que j'ai essayé il étudier dans ce livre. La caricature anglaise a cessé de vivre sa vie indépendante; elle a cessé d'être un genre. N'ayant plus de maison qui lui appartienne, elle a tenté de s'installer dans la maison des autres. Avec Gruikshank, elle s'est introduite dans le Roman et a prétendu y faire la loi. Non seulement on n'a pas subi son autorité, mais on l'a mise à la porte, en lui faisant comprendre que, dorénavant, le Roman étant la représentation plus ou moins fidèle de la vie réelle, la môme condition est imposée à l'écrivain et à l'artiste qui rend sa pensée visible : être vrai. Cette règle nouvelle excluait le fantastique et le grotesque et réduisait peu à peu la part du comique dans l'illustration. Ainsi jusqu'au jour où le Roman se sentit assez fort pour dire aux artistes : « Je discute des thèses, j'analyse des sentiments, je décris des états d'âme. Je n'ai plus besoin de votre crayon. Ici nos routes se séparent. Votre chemin est par là, le mien par ici. Bonsoir, messieurs I »

D'autre part la caricature, avec John Leech, s'est réfugiée dans le Journal et là, pour elle, ont com-

mencé d'autres destinées que je n'entreprends pas de raconter.

Un homme complètement étranger à l'Art et — j'oserai dire — absolument inartistique, Charles Dickens, a eu, dans cette transformation do la caricature, une influence personnelle qui semble décisive. Il a dompté Cruikshank; il a rejeté Thackeray de la satire graphique vers la satire littéraire, John Leech de l'illustration des livres vers la presse comique. Mais cette action personnelle' de Dickens eût été vaine si elle n'était intervenue dans un moment critique et si elle n'avait servi de moyen pour assurer et accélérer une conversion inévitable. La caricature, qui avait vécu de fantaisie et d'indécence, avec le patronage des hautes classes, devait languir et s'éclipser dans un âge de respectabilité, de démocratie et de réalisme scientifique. Il eût fallu un Hogarth pour la sauver, mais Hogarth n'était pas là. Ne pouvant le ressusciter, on le réédita, et on se contenta de John Leech. On lui sut gré, à lui et & ses successeurs, d'être exact alors que la caricature, par définition, est tenue d'exagérer; on lui sut gré d'être sage, alors que le premier devoir de la caricature est de faire des folies.

Les genres ne meurent pas d'un seul coup, et j'ai assisté à une tentative pour rendre vie à cette forme de TArt qu'avaient tant aimée les contemporains de Gillray et de Rowlandson. Le 7 novembre 1868 fut mis en vente le premier numéro de Vanily Fair^ mais c'est seulement le 30 janvier 18G9 que le mordant journal offrit au public le premier spécimen de sa fameuse série des hommes d'État. La signature Ape ne se lit qu'à partir du troisième cartoon, mais il est

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