‹ La caricature en AngleterreChapitre 13 sur 16 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

impossible d'attribuer les deux premiers Statesraen, Disraeli et Gladstone, à un autre que Pellegrini. Point de fond, ou presque pas; très peu d'accessoires; rien qu'un personnage colorié mais visible des pieds à la tôte et achevé dans tous ses détails. La tôte est grossie, plus ou moins; les autres parties du corps gardent leurs proportions réelles. L'intention caricaturale ne se manifeste pas dans tous ces portraits avec la même clarté ni la même puissance , mais ils sont tous amusants en eux-mêmes, comme des types de comédie, abstraction faite de leur ressemblance avec les originaux. Je m'imagine que l'artiste devait suivre à la piste la victime indiquée, s'attacher à ses pas et observer tous ses mouvements jusqu'à ce qu'il eût découvert le trait dominant de son idiosyncrasie physique, l'attitude suggestive, le tic révélateur. C'est, par exemple, un nez envahissant, des dents menaçantes, un menton qui fend l'espace, des oreilles écartées comme les anses d'un pot ; c'est une certaine manière de serrer ou d'entr'ouvrir les lèvres, de plier les épaules ou les jarrets, d'enfoncer le chapeau ou de frotter les bottes l'une contre l'autre, de cambrer le torse ou de le creuser, de jeter la tête en avant, en arrière ou de côté, de jouer avec le binocle, do tripoter la cravate ou le mouchoir, do glisser sa main dans sa poche ou dans son gilet, de marcher à clochepied ou de se tenir en équilibre sur ses pointes, de cligner, des yeux comme sous un rayon de lumière trop vif ou de plisser les narines comme à l'approche d'une mauvaise odeur; enfin ce qui constitue dans l'homme l'animalité, ce qui le fait ressembler au chien ou au lion, à l'âne, au cochon, à la fouine, au mouton, à la souris, à un oiseau de proie, à un rumi-

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nant, à an fanve, à an échassier. Une fois maître de ce caractère particulier, Fartisie tenait son homme et n'avait garde de le laisser échapper.

La couleur n*était pas un simple agrément pour Tœil : elle donnait à ces silhouettes la solidité d*un portrait à l'huile ; elle apportait un appoint notable, quelquefois prépondérant, à l'idée comique. Elle soulignait le tempérament, sucerait telle ou telle diaihèse, l'hépatite probable ou l'apoplexie possible. Un médecin eût diagnostiqué d'après ces caricatures, les plus étonnantes qui aient été faites au point de Yue physiologique.

Ayaient-elles une signification politique aussi claire? Racontaient-elles l'individualité morale et intellectuelle comme elles racontaient l'individualité animale? Je ne le crois pas. Au premier coup d'œil, vous savez que vous avez affaire à un sanguin, ou à un demi-sanguin, à un lymphatique ou à un nerveux, à un bilieux ou à un anémique. Reconnaissez-vous également le whîg du tory, le radical à outrance du conservateur-borne? Non. Gladstone pourrait être un maître d'école de village, Disraeli un ténor en ruines qui cherche un engagement pour la province, le comte Russell un vieux cabman que les brouillards des nuits de novembre ont perdu et ankylosé; lord Granville a l'air de se tenir à la porte de Shoolbred ou de Whiteley et d'indiquer aux dames, avec un vague sourire, le rayon demandé. Et, en eSet, si le hasard de la naissance et des circonstances y avait mis un peu do malice, peut-être est-ce là, précisément, la fonction sociale qu'il leur eût assignée. Mais la philosophie du might hâve been est un peu trop haute, peut-être, pour le caricaturiste.

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