ÉPILOGUE
Le public n'est jamais las, scmblc-t-il, do révélalions sur les premiers rôles de la comédie poliliquo. « Faites bien attention à mes cheveux, disait le maréchal Canrobert à Mlle Jacquemart qui peignait son portrait; ils appartiennent à Thistoire. d La mèche de Napoléon est intéressante; celle de Girardin a encore quelque importance. Après les singularités du tempérament, il reste encore de la curiosité pour les particularités du costume. On veut connaître le parapluie de Gladstone et la « gâteuse » ou le lorgnon de Disraeli. Mais quand on arrive aux doublures, aux grandes utilités, Fintérêt s'attiédit et la pénétration moqueuse de Fartiste est en pure perte. L'énigme qu'il s'est évertué à chercher ne valait pas la peine d'être déchiffrée.
En regard du portrait dessiné, on lit un portrait & la plume, parfois très brillant, et dont le mot le plus caractéristique, le plus suggestif est reproduit, en guise de légende, au bas de l'image; comme si ce mot avait servi de mémento, d'inspiration à l'artiste ^ Mais il n'est pas nécessaire de pousser très loin la comparaison entre le texte et l'image pour se convaincre que les deux satiristes ne se doivent rien l'un à l'autre. L'un a dit ce qu'il pensait, Fautre a représenté ce qu'il voyait. Leurs attaques parallèles ne peuvent ni se nuire, ni s'entr'aidcr. C'est l'unique
1. Quand la série fut plus avancée, on emprunta quelquefois ce portrait à des articles déjà parus ailleurs. C'est ainsi que, feuilletant, l'autre matin, la collection de Vanity Pair au British Muséum, j'ai trouvé une des premières pages que j'aie écrites (été de 1872), en regard d'un cruel portrait de certain grand liommc oublié. C'est une sensation mélancolique que de se découvrir soi-même dans un passé déjà mort que l'on exhume pour en faire de l'histoire.
circonstance où j'aie rencontré le dessinateur et Técrivain tels que je les voudrais toujours : sur un pied d^égalité.
Le journal s'était vendu d'abord deux pence, puis six pence. On le mit à un shilling et cela seul montre que Vanity Fair était bien une tentative de retour vers les temps heureux où le patronage des riches mettait à la disposition du caricaturiste des moyens d'exécution vraiment artistiques. Mais la démocratie intervint, la grande ennemie de l'art : elle ramona Vanity Fair sous son niveau. La classe moyenne, qui n'aurait pas osé tarifer le pain, mais qui tarifait les choses d'art, avait décidé qu'un journal comique illustré ne se paierait pas, au milieu du xix* siècle, plus de six pence. Puisque la livre de sucre n'en coûtait que quatre!... En cela comme dans le reste, la volonté de Brown, de Jones et do Robinson a prévalu.
Cependant Bennett, puis John Tenniel et Dumaurier prenaient la succession de John Leech et, quelquefois, le dépassaient en talent, mais sans changer de système. Judy venait faire concurrence à Punch\ Fun faisait concurrence à Punch et à Judy. Des journaux innombrables naissaient et mouraient qui avaient tous la prétention de faire rire et qui ont engendré une nuée d'artistes. Encore une fois, je ne veux pas rechercher quels sont les grands talents et les tendances dominantes de la période où nous sommes; il est trop tôt pour bien juger les uns et discerner clairement les autres. Beaucoup de symboles et d'allégories, légués par l'ancienne caricature à la nouvelle, reparaissent çà et là, et c'est peutêtre cette persistance des types traditionnels qui fait