‹ La caricature en AngleterreChapitre 7 sur 16 · HOGARTH ET LA POLITIQUE · texte numérisé non relu

HOGARTH ET LA POLITIQUE

Les œuvres de vieillesse. — Caricatures politiques. — Contre la France. —Contre Wilkes. -^ Dernier. dessin. — Talent, ou génie? -— La place de Hogartti dans l'art anglais.

Le portrait que Hogarth a fait de. lui-même ei; qu'on place, d'ordinaire, en tête de ses œuvres j le représente entre cinquante et soixante ans. Les signes du déclin y sont déjà visibles. Si la h>ouChe n'était point dégarnie de ses dents, les lèvres ne disparaîtraient pas dans le mouvem6i)Lt qu'il fait .pour les serrer Tune contre l'autre, mouvement familier aux personnes dont les passions sont, yive^et médiocrement bienveillantes. Hogarth a voulu qu'on reconnût en lui, au premier regard, un railleur; on reconnaît, de plus, un homme fier çt quelque peu irascible^ plus enclin à se moquer des autrôs. qù!à sqpporlet lui-môme la moquerie. Auprès de lui apparaît son fidèle bouledogue. Le maître et le chien ont un air de famille ; môme droiture, môme entêtement, môme courage et même instinct de la bataille. Avec le bœuf, dont il fait sa principale nourriture et dont il semble

s'assimiler à la longue la robuste et patiente énergie, le bouledogue complète l'animalité du grand artiste. A celte époque, il était « arrivé ». Il possédait maison de ville et maison de campagne, et c'est dans son propre carrosse que Mrs Ilogarth se rendait de Leceister Fields à Chiswick. William allait bientôt être nommé peintre ordinaire du roi. Avec les honneurs et les années revenaient des ambitions que, plus jeune, il avait prudemment dédaignées. Il y a, dans les arts comme dans les lettres, une fausse respectabilité qui s'attache non pas au talent qu'on déploie, mais au genre dans lequel on l'exerce. Hogarth a été, comme bien d'autres, dupe de cette erreur : de là ses essais malheureux et tardifs pour atteindre à la grande peinture. Je n'insisterai ni sur les infortunes légendaires de sa Sigismonde, ni sur la fantaisie qui le prit, à cinquante ans, de se faire auteur en publiant VAnalyse du Beau, Ces tentatives, dans différents domaines qui n'étaient pas le sien, lui valurent des critiques acerbes et de cruelles railleries. On caricatura le grand caricaturiste, qui ripostait de son mieux, mais n'osait se plaindre :

Quis iulerit Gracckos de sedilione querenies ?

Mais c'est surtout la politique qui devait troubler, nous pourrions dire abréger les derniers jours de l'artiste. Pendant la première partie de sa carrière, il s'était assez heureusement soustrait à l'action malfaisante de cette grande ennemie de Fart et de la littérature; il lui avait môme dû quelques succès. Ses caricatures sur les élections de 1748, aussi confuses que ces élections elles-mêmes, lui avaient fait

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