ES AVOCATS QUI WODS GOUVERNENT
Vous prenez un ours qui soit jeune, s'il est vieux, c'est la même chose.
Veeket {L'Ours et le Pacha.)
Sons le consulat et sous l'empire, la couronne était un petit chapeau d'ordonnance, et le sceptre un sabre. —Les maîtres avaient le front pâle et les joues maigres, des cicatrices sur le corps, — avaient des habits usés , des bottes rapiécées et mangeaient de deux jours l'un et à l'avenant 5 les audiences se donnaient sur le champ de bataille.
Sous la restauration, la couronne s'allongea en mitre , le sceptre devint une crosse. — Les maîtres tonsurés, roses, potelés, jolis, eurent des rochets en dentelle, des bas violets et des améthystes aux doigts. Le palais du prince prit une forme de confessionnal.
Aujourd'hui , que quelques-uns appellent une seconde révolution , d'autres une seconde restauration, le gouvernement est parleur, et nous sommes gouvernés par les avocats.
Bonnets ronds que l'on appelle, je ne sais pourquoi , bonnets carrés, longue robe noire.
Et de cela gaudissons-nous et battons des mains. Car si un peintre ancien , conseillant à un cordonnier de rester dans la sphère de son échoppe, a consacré ce mot : Ne sulor ultra crepidam ;
Si Voltaire a répondu à M. André , perruquier, qui lui envoyait une tragédie , faites des perruques ,-
Personne n'oserait dire aux avocats faites des plaidoyers. Je ne veux pas dire par là que les avocats ne savent pas faire de plaidoyers , — au contraire , je veux dire que ce sont des hommes universels, des hommes propres à tout , et je ne serais nullement surpris de voir tel avocat célèbre , réussir parfaitement à faire des tragédies , des souliers ou des perruques.
En effet, un avocat n'est jamais embarrassé , el son esprit trouve admirablement le point juste d'une question.
Demandez à tel avocat que vous connaissez, —si nous aurons une bonne loi électorale.
Sans hésiter, sans balbutier, d'une voix ferme et agréablement cadencée , d vous répondra : Nous avons sauvé la pairie, — et il entourera et encadrera cela d'une multitude de fleurs de rhétorique depu,s la calaenrèse jusqu'à la litote , d'une foule de concetti , de jolis mots, de charmantes facéties et de délicieux calembourgs.
Demandez-lui si nous laisserons égorger nos frères d'armes de la Pologne.
Sans hésiter, sans balbutier, de la même voix ferme et agréablement cadencée , il vous répondra : Nous avons sauvé la patrie. —Le tout entoure et encadré comme dessus.
Aussi il y a là soixante avocats qui applaudissent, et moi j'admire et ne connais rien d'aussi beau.
Aussi , pour tout au monde , je voudrais voir des avocats partout. — Je voudrais en voir à la tète des armées , avec leurs robes noires pendantes sur les flancs des chevaux blancs, hennissant et frappant du pied.
Car alors les soldats auraient d'admirables proclamations. Non de ces proclamations, brèves et écourtées, où le peine effleuré, — comme en faisait Napoléon.
Mais de ces bonnes grosses proclamations divisées en ( avec exorde, narration, confirmation a péroraison.
Je voudrais en voir sur le trône, — car alors en réponse aux adresses quelque peu multipliées des villes et des communes, on entendrait non pas de petiles alloculions franches et patriotiques, maisde bons gros discours, bien complets et qui fassent dire que le gouvernement n'est pas avare de paroles.
Aussi je suis fort surpris que personne n'ait encore pensé à M. Dupin pour le trône de Belgique.
Peut-être à mon admiration, opposcra-t-on le sentiment de Bentham, qui dans ses livres, exclut les avocats de toute participation au gouvernement,— ou celui de Mirabeau qui inventa le mot avocasser pour exprimer un bavardage inutile, ou de Napoléon qui ne voulait pas entendre parler d'avocats.
Mais Bentbam, Mirabeau et Napoléon étaient de plaisans drôles auprès de maître Dupin.
sujet est à 1 quatre points,
mm.