LE LIBERAL
(Un Salon.) M. SÀIHT-MARTIN.
Eh bien! mon cher Verdier, il s'est opéré bien des changcmens depuis que nous nous sommes vus!
VERDIER
Auxquels nous étions loin de nous attendre la dernière fois que je vous vis !.... Mais je n'en reviens pas !.... Tout chez vous est de 1 élégance la plus recherchée... Il faut traverser une haie de laquais pour arriver jusqu'à vous... C'est vraiment ici la demeure d un prince.
SAIMT-MARTIN.
Dites tout bonnement d'un grand citoyen... , mon cher.
YEE.DIER.
D'un grand citoyen... puisque vous le voulez... Tous entendez fort bien l'existence. Je vous en fais mon bien sincère compliment.
SAINT-MARTIN
Asseyez-vous, cher ami. J'ai toujours, malgré mes nombreuses occupations , quelques instans à consacrer à mes anciennes connais-
VERDIER
Vous êtes bien bon...
( Ils -vont s'asseoir devant la cheminée. )
SAINT-MARTIN
Vous avez une petite famille , à ce que j'ai entendu dire , Verdier ?
VERDIER
Oui , j'ai deux fils. . . L'ainé fait partie de l'École polytechnique , et je viens solliciter auprès de mon ancien compagnon d'armes, le ministre de la guerre , une bourse pour le second.
SAINT-MARTIN
Vous l'aurez, Verdier, vous l'aurez... Gérard est un bon homme.
VERDIER
Et monsieur votre fils, le destinez-vous à la banque?
SAINT-MARTIN
Monsieur mon fils , mon cher Verdier , non... Il est encore bien jeune, il entre dans sa quinzième année... Ce n'est pas parce que je suis son père, mais c'est un sujet précieux. Il a fait de brillantes études, il a des vues excellentes : je le destine à la députation : c'est aussi son intention... Mais vous, mon cher ami, vous, ancien militaire, vous devez être enchanté de tout ce qui s'est passé.... Quelle admirable révolution vient de s'opérer !... quelle leçon ponr les gens du noble faubourg ! Vous ne pouvez vous faire une idée de l'insolence de cette caste! Quelque temps encore, ils nous foulaient aux pieds : on le3 aurait laissé faire....
VERDIER
Vraiment ? on a bien fait d'y mettre ordre.
SAINT-MARTIN
C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire.
( Un jeune homme entre dans le salon. Verdier se lève.)
SAINT-MARTIN
Ne vous dérangez pas , mon cher , c'est le maître de dessin .
El'GÈBE MORISSEAU.
Le Gérant, Ci. PHILIPON.
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La Caricature donne , par an , cent quatre lithographies exécutées par les Artistes les plus renommés. Chaque numéro, composé d'une feuule de texte et de deux lithographies, paraît très-exactement le jeudi.
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«Dit Soustrit :
A P«r, , eu envoyant , franco , uu bon sur la poste ou sur une maison de Par!, , au grand main, d caricatures JauIkH, passage Véro-Dodat - A Lvc chez Baron, hbravr., " ClêrLt. - A tan»», chez DelaparU, Burlington arcade F.ccaddly, corner of Burlhtton garden. A St.»»»».., chez Alexandre, dépos.tan-e des journaux. - A B™, chez Dcro Bcckcr, Montagne de la Cour, .. ,,. - A **., chez Baraca, et Compagnie, libraires.
.«PKIMEIUE DE CB. MttCCM, »UK N. ^OUB-G-MONTMAUTRE, «• ti,
Numéro 2.
Tout ce qui concerne la rédaction doit être adressé , franco, à M. A. Audibebt, Rédacteur en chef de la Caricature, boulevard Poissonnière , n. a5.
Les réclamations et envois d'argent doivent être adressés, franco, au grand Magasin de Caricatures A'Avkht, galerie Vcro-Dodat.
«ASÏIGAT RIDENDO HOTIE&.
MORALE, RELIGIEUSE, LITTERAIRE ET SCEMQLE
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LA C0KS3LTATI0N.
( Un hôtet Je la Chaussée- d'Antûl. )
— Plaisakterie à part, mon cher docteur, je sais malade, et ce n'est pas sans raison que je vous ai fait venir...
— Vous avez cependant les yeux vifs...
- C'est la fièvre; je l'ai eue pendant toute la nuit...
— Ali! Voyons votre langue?...
La jeune dame montre une petite langue rouge entre deux rangées de dents blanches comme de l'ivoire.
Oui, elle est un peu chargée au fond.... Mais vous avez de-
jeuné ?
Oh! rien du tout... Une tasse de café...
— Et que sentez-vous?...
— Je ne dors pas.
Bon.
— Je n'ai pas d'appétit...
— Bien...
__ J'ai des douleurs dans la poitrine, comme çà... la...
Le médecin regarde l'endroit où madame de *** se pose la main.
Nous verrons cela tout à l'heure...
— Et puis , docteur, il me passe des frissons par moment...
— Bien...
J'ai des tristesses... Il y a des momens où je pense à la mort.
. — Après...
— Mais je suis fatiguée aussitôt que j'ai fait la plus petite course...
— Bon...
— Il me monte des feux à la figure...
— Ah! ah!
— Je n'ai courage à rien. .. Ah ! ah ! j'oubliais ! ... Les yeux me cui-
sent. , et je ressens des tressaillemens dans les nerfs de la paupière de celui-là... (Elle montre son œil gauche.)
— Nous appelons cela un trismus...
Ah ! cela se nomme trismus '.... Est-ce dangereux !
. — . Nullement.
Je tousse. Une petite toux sèche... J'ai des inquiétudes dan» Ictk jambes... Je suis sûre d'avoir un anévrisme au cœur...
— Comment vous couchez-vous ?...
— En rond...
— Bien . Sur quel côté ?
— Oh! toujours à gauche...
Bien.... Bon. Combien avez-vous de matelas dans votre
lit?...
. — Trois...
— Avez-vous un sommier?
■ — De crin...
— Bon...
Marchez un peu devant moi?... (Elle marche.)
— Ne sentez-vous pas des pesanteurs dans la synovie de vos rotules?...
— Qu'est-ce que c'est, docteur, que cette synovie?...
— Ce n'est rien. Tenez, c'est une espèce de liqueur, à l'aide de laquelle se meuvent les cartilages que vous avez au genou, là...
— Non, docteur, je n'y sens rien. Êtes-vous heureux de savoir toutes ces choses-là!... Est-ce que si j'y avais des pesanteurs?...
— Que mettez-vous sur votre tête pendant la nuit? . — . Un bonnet.
— Est-il en toile ou en coton ?. . .
En batiste... Mais je mets quelquefois par dessus un foulard....
Donnez-moi votre main... (Il tire sa montre.)
Ah! docteur, je n'aime pas que vous comptiez les minutes... ça
me fairpeur... Ah! vous ai-je dit que j'avais des vertiges?...
— Non.
Eh bien, j'ai manqué de tomber hier à la renverse...
Était-ce le matin?...
Non, c'était le soir... — Mais était-ce bien le soir?... — Oui.
— Oui , c'était le soir.
— Bon...
— Hé hien, que dites-vous?...
— Hé! hé!... (Silence.) Savez-vous que M. le duc de G.... est allé àHoly-Rood?...
■ — Non... Ah! bah!... Est-ce bien vrai?
— Oui... Mais je m'amuse, et j'ai deux ou trois malades bien pressés...
— Comment, docteur, vous vous en allez... et vous ne me prescrivez rien?
— ■ Àvez-vous des nouvelles de M. le comte ?
— Mon mari !... Ah bah! est-ce qu'il pense à moi !
— Il s'amuse à Alger... Hi, hi, hi!... (11 rit.) Vous rapportera-t-il des cachemires ?
- — ■ Il n'aura pas cet esprit là... Eh bien, docteur, voilà donc tout ce que vous me dites!... Pas une petite ordonnance? Si je prenais de l'eau de tilleul ?
• — ■ Mais elle vous agace les nerfs ?...
— Ah ! c'est vrai ! Eh bien , de l'eau de Sellz ? — ■ Non...
— De l'orangeade?... A propos, avez-vous été entendre Lablache ?. . .
— Mais vous savez bien que je n'ai pas une minute à moi !...
— C'est vrai! ce pauvre docteur!... Eh bien ! avant de me quitter, ne me prescrivez-vous pas...
— Mais je pense que vous devriez simplement vous mettre à boire de l'eau ferrée...
— Adieu, docteur...
— Je me sauve ! Voici près d'une heure que je suis ici , et j'ai chez moi vingt personnes. C'est le jour de mes consultations gratuites.
(Le Docteur clans son cabinet.)
■ — i Eh bien, qu avez-vous?.... Allons, mon homme, dépêchonsnous.
— Monsieur, j'ai les fièvres depuis un mois.
— Ce n'est rien... Mais, oui , vous avez le fond du teint un peu altéré... Prenez du quinquina...
{A une autre.) Et vous, la mère, pourquoi êtes-vous venue?... < — Monsieur, c'est toujours mon squirre... • — Il faut aller à l'hôpital...
— Mais, monsieur, mes pauvres enfans!
— ■ Ah! dame... ils se passeront de vous... Si vous mouriez, il le faudrait bien.
La femme pleure
Alfred Coudueux.
J>antai&u&.
Où était le dénouement de sa vie ?. . Il ne croyait pas , comme l'abbé de Rancé, à un avenir. Quand il se serait livré à la justice humaine, elle n'aurait pas voulu de sa tète : les preuves de son crime n'existaient plus : c'était un secret entre lui et Dieu ! — > Ainsi le ciel et la terre lui manquaient à la fois!... — . Il essaya de la doctrine saint-simonnienne , parce qu'il y voyait l'avantage de se faire prêtre tout de suite, sans passer par un séminaire... Mais il méprisait l'homme , et Saint-Simon tend à le perfectionner. — Il avait étreint jadis la débauche comme un monstre moins fort que lui. — La femme?... elle n'existait plus. Pour lui, l'amour n'était plus qu'une fatigue, et la
femme?... un jouet qu'il avait déchiré, à la manière des enfans, pour en connaître les ressorts... Tout était dit:!...
Alors Use mit à manger de l'opium en compagnie d'un Anglais qui} pour d'autres raisons , cherchait la mort , une mort voluptueuse ; non celle qui arrive à pas lents , sous la forme de squelette ; mais la mort
des modernes , parée des chiffons que nous nommons drapeaux!
C'est une jeune fille couronnée de fleurs, de lauriers! Elle arrive au sein d'un nuage de poudre, ou portée sur le vent d'un boulet. C'est une espèce de folle souriant à un pistolet, ou couchée sur un lit entre
deux courtisanes, ou s'élevant avec la fumée d'un bol de punch
C'est enfin une mort tout à fait fashionable!...
Ils demandaient à l'opium de leur faire voir les coupoles dorées de Constantinople , et de les rouler sur les divans du sérail, au milieu des femmes de Mahmoud ; et là, ils craignaient, enivrés de plaisir, soit le froid du poignard, soit le sifflement du lacet de soie; et, tout en proie aux délices de l'amour , ils pressentaient le pal... L'opium leur livrait l'univers entier!...
Et, pour trois francs vingt-cinq centimes, ils se transportaient à Cadix on àSévillej grimpaient sur des murs, y restaient couchés sous une jalousie, occupés à voir deux yeux de flamme, — ■ une Andalouse abritée par un store de soie rouge, dont les reflets communiquaient à cette femme la chaleur, le fini, la poésie des figures, objets fantastiques de nos jeunes rêves... Puis, tout-à-coup, en se retournant, ils se trouvaient face à face avec le terrible visage d'un Espagnol armé d'un tromblon bien chargé !...
Parfois ils essayaient la planche roulante de la guillotine et se réveillaient du fond des fosses , à Clamart , pour se plonger dans toutes les douceurs de la vie domestique : un foyer , une soirée d'hiver, une jeune femme, des enfans pleins de grâce , qui , agenouillés, priaient Dieu , sous la dictée d'une vieille bonne.... tout cela pour trois francs d'opium.
Oui, pour trois francs d'opium, ils rebâtissaient même les conceptions gigantesques de l'antiquité grecque, asiatique et romaine!... Ils se procuraient les anoplothérions regrettés et retrouvés çà et là par M. Cuvier. Ils reconstruisaient les écuries de Salomon , le temple de Jérusalem , les merveilles de Babylone , et tout le moyen âge avec ses tournois , ses châteaux, ses chevaliers et ses monastères...
Ces immenses savanes, où les monumens se pressaient comme les hommes dans une foule , tenaient dans leurs étroits cerveaux où les empires, les villes, les révolutions se déroulaient et s'écroulaient en peu d'heures!... Quel opéra qu'une cervelle d'homme !.. Quel abîme, et qu'il est peu compris , — même par ceux qui en ont fait le tour, — comme Gall.
Et l'opium fut fidèle à sa mission de mort!... après avoir entendu les ravissantes voix de l'Italie , avoir compris la musique par tous leurs pores, avoir éprouvé de poignantes délices, ils arrivèrent à l'enfer de l'opium.... C'étaient des milliards de voix furieuses, des têtes qui criaient : tantôt des figures d'enfans contractées comme celles des mourans; des femmes couvertes d'horribles plaies, déchirées, plaintives -, puis des hommes disloqués tirés par les chevaux, terribles, et tout cela par myriades!... par vagues!... par générations!... par monde!..-
Enfin ils entrèrent dans la région des douleurs. Ils furent tenaillés à chaque muscle, à chaque plante de cheveux, dans les oreilles, au fond des dents , à tout ce qui était sensibilité en eux. Ils ressemblaient aux hommes blasés pour lesquels une douleur atroce devient un plaisir!... car c'est là ton dénouement! ô prestigieux opium !... Et ces deux hommes moururent sans pouvoir se guérir, comme toi, poète inconnu! jeune Mée, qui nous as si hien décrit tes joies et tes malheurs factices !
Le Comte Alex, de B....
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Croqui*.