‹ La carrière (volume 2)Chapitre 11 sur 23 · ÉTIQUETTE DE COUR · texte numérisé non relu

ÉTIQUETTE DE COUR

Le petit salon de l'Ambassadrice, plus grand que jamais, dans le désordre du ménage inachevé, dans la lumière crue du matin, toutes fenêtres ouvertes.

Au loin, cloches du dimanche.

Le duc de Xaintrailles, en complet cheviot hérissé comme un gant de crin, nuance marron dinde. Les souliers cuir de Russie, la cravate écossaise. Les mains dans les poches du veston. Façon de s'asseoir un peu lâchée, comme il convient avant midi. »

La Duchesse. — Grande toilette de ville, soie changeante. La jupe couverte de petits volants de dentelle blanche, tout à fait « Impératrice Eugénie ». La veste Directoire, grand col, grands revers, par-dessus lesquels passent les grands revers d'un gilet blanc à la Robespierre. Deux petites ailes de Valkyrie, qui pointent de sa chevelure, permettent de supposer qu'elle porte un chapeau. Elle est assise un peu raide, comme en visite.

Francis, avec autorité. — J'espère, Yvonne, que vous n'êtes pas émue ?

Yvonne, calme. — Voilà qui vous trompe, mon ami, je le suis.

Francis (haut-le-corps). — ■ Oh !... Pouvez-vous concevoir, et avouer surtout, des sentiments aussi

bourgeois?... Sous Napoléon III, les « épouses de ministre » (j'emprunte les termes propres du cérémonial officiel), les épouses de ministre avaient le droit d'être présentées ; elles perdaient ce droit dès que leur « époux » perdait son portefeuille. 11 se comprend que de telles parvenues fussent troublées d'une faveur aussi précaire qu'inouïe. Mais j'imagine que née comme vous êtes et portant mon nom, vous vous attendiez bien à voir de près quelques Majestés.

Yvonne, un peu solennelle. — Aussi n'est-ce point là ce qui m'émeut.

Francis. — Qu'est-ce donc ?

Yvonne. — Pour procéder par ordre, et pour énumérer d'abord les petites causes, qui sont souvent les plus grosses d'efjpts...

Francis. — Mon Dieu ! vous donnez dans le jargon des psychologues du boulevard Malesherbes.

Yvonne, décidément supérieure et ne s* arrêtant point à l interruption. — ... Je ne me sens pas à mon aise tout à fait, parce que me voici, à dix heures du matin, dans une tenue qui n'est supportable qu'après trois heures.

Francis, avec son grand rire de Versailles. — Ah ! ah !...

Yvonne. — Faites donc le malin avec votre veston, mais rappelez-vous un peu quels furent

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vos états d'âme, si jamais les circonstances vous obligèrent de porter l'habit noir en plein midi.

Francis. — Cela ne m'est arrivé que le jour de notre mariage, et d'ailleurs l'habit était bleu.

Yvonne. — Je ne pouvais, quant à moi, faire de la fantaisie pour paraître devant les Souverains.

Francis. — Poursuivez l'analyse.

Yvonne. — J'éprouve, en second lieu, une désillusion avant la lettre. Qu'il a fallu de formalités pour obtenir ma présentation ! Lettres au Ministre des Affaires étrangères, lettres au Grand Cham-, bellan ! Ces cours modernes me paraissent bien administratives. Ce n'est plus là de l'étiquette, c'est de la paperasserie.

Francis. — (Geste vide de sens.)

Yvonne. — Pour le reste, je n'ai pas appris sans plaisir que l'on suivait le cérémonial de notre ancienne cour, importé ici au siècle dernier. La marquise de Chameroy me conduira donc ce matin dimanche, au sortir de la messe, dans l'appartement ordinaire de S. M. l'Impératrice, à qui elle me présentera. Nous nous rendrons ensuite dans celui de S. M. l'Empereur, qui me recevra dans son cabinet, et j'irai ce soir au jeu de l'Impératrice, comme on allait jadis, les soirs de présentation, au jeu de la Reine ou de M me la Dauphine. Il me semble que j'ai revêtu pour cela

le grand corps de mon aïeule et que je viens "de répéter mes révérences. Je me sens rendue à ma véritable destinée. Sans la Révolution...

Francis. — Ne m'en parlez pas : sans la Révolution j'aurais déjà gagné des batailles, ou du moins j'aurais acheté une compagnie au lieu de faire mon volontariat.

Yvonne. — ... Je n'aurais pas eu besoin de faire un si long voyage pour trouver un emploi à mes facultés. Je ne puis me défendre d'y rêver, mon ami, et si je suis émue, c'est que j'aperçois les tristesses en même temps que les avantages de l'émigration. Vous le voyez, je ne sens point du tout comme ces « épouses de ministre » dont vous me parliez tout à l'heure, mais justement comme vous désiriez vous-même me voir sentir, le jour où nous conversâmes si gravement dans le salon Empire de la duchesse douairière. Votre leçon a porté ses fruits.

Francis, se levant. — Cela eât bien.

Yvonne, avec une certaine timidité. — Je suis heureuse d'avoir pénétré votre intelligence. Cela me rapproche de vous, resserre nos liens, et en conséquence je n'éprouve plus du tout le besoin de vous exprimer mon affection, désormais plus mûre et plus assurée, par des enfantillages qui, je le sais, vous déplaisaient. Quand je pense... (Elle rit) qu'il y a quatre ou cinq jours encore, je vous

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proposais sérieusement de vous monter un home intime et un petit ménage à l'anglaise ! Vous avez raison, demeurons un couple français. Je ne suis plus la petite fille que j'étais... la semaine dernière. Cette métamorphose qui coïncide avec ma présentation marque une époque de mon cœur, et j'ai bien le droit d'être émue.

Francis, cordial. — Vous me rendez plus heureux que vous ne sauriez croire, Yvonne. J'ai conscience de vous avoir formée à mon goût, j'oserais presque dire à ma ressemblance : il n'est rien qui flatte un homme davantage.

Il lui baise la main.

Yvonne, gaiement. — Figurez-vous qu'il y a huit jours, je n'aurais songé à rien de tout cela, mais uniquement à l'ennui de faire ces démarches sans vous. Entrer au Château autrement qu'à votre bras ! Je me serais crue perdue !

Francis, souriant. — Vous n'y courez pas, ce me semble, de bien grands dangers.

Yvonne. — Vous savez le contraire, puisque l'archiduc est amoureux de moi.

Francis. — L'archiduc? quel archiduc ?

Yvonne. — Paul.

Francis, ironique. — Vous ne voudriez pas, j'espère, d'un cadet. L'Empereur seul... et il est hors d'âge. D'ailleurs, on le dit fidèle à l'Impératrice.

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Yvonne. — Ne craignez rien. Paul est trop de Paris pour mon goût. Je vous avoue mAme que c'est une de mes curiosités de le voir à la Cour. Il doit faire des farces comme un écolier.

Francis. — Mais détrompez-vous, il tient son rang.

Yvonne. — La dernière fois que j'ai vu M me d'Eschcnbach...

Francis, un peu irrité. — Combien de fois l'avez-vous donc vue ?

Entre l'Ambassadrice, très habillée, tout en noir, les gants noirs,

petit turban de gaze d'or.

L'Ambassadrice. — Vous ai-je fait attendre ? Je suis à vous. Il est l'heure. Entamons notre ordre du jour.

Yvonne, gaie. — Ces allées et venues, cette sortie matinale, ces séances du matin, du soir, me rappellent la journée de ma première communion.

Un valet de chambre, ouvrant la porte. — La voiture de M m0 la marquise est avancée.

Adieux, sortie. Vive descente de l'escalier. Cinq minutes en

voiture.

L'Ambassadrice. — Oui... l'étiquette d'autrefois... un peu modernisée néanmoins... Ainsi l'on a renoncé au simulacre de la génuflexion, qui est humiliant, inacceptable, surtout pour des étrangers... Mais l'Impératrice a conservé l'usage d'une

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salutation bien gracieuse, qui vient de la cour de France... Vous offrez à Sa Majesté votre joue droite, contre laquelle elle daigne appuyer légèrement sa propre joue.

Yvonne, charmée. — Oh ! que cela est imposant et joli !

La cour du Château. Arrivée de voitures. Princes, princesses, dignitaires, etc. (Uniformes.) Voitures lourdes, livrées clinquant, chasseurs empanachés.

Les autres voitures s'arrêtent au pied du grand escalier qui conduit à l'appartement de représentation. L'équipage très simple, très correct, de l'Ambassadrice de France s'arrête devant la porte des appartements ordinaires de l'Impératrice.

Comme l'entrée des artistes à la Comédie-Française.

Aucun bruit. Huissiers automatiques à toutes les issues. Obscurité solennelle. Grands corridors.

Un premier salon. Un chambellan de service. Solennelles salutations, présentations à mi-voix...

— J'ai l'honneur d'être lié d'amitié avec le duc de Xaintrailles... Mesdames, veuillez me suivre...

Des couloirs encore. En passant, reproches du chambellan à un valet de pied feutier, qui se trouve là et qui ne devrait pas s'y trouver à cette heure. Un autre salon : mobilier fâcheux. Modèles français pour l'exportation. Faux Louis XV. Or neuf. Damas criards. Tables où on ne peut rien poser. Sièges où on ne peut pas s'asseoir. Objets d'art cyclopéens.

Le Chambellan. — Veuillez m'excuser, mesdames, j'eusse désiré vous tenir compagnie jusqu'à l'heure où l'Impératrice daignera vous recevoir. Mais mon service me...

Grands bruits de commandements dans la cour.

Je vois avec plaisir que vous n'attendrez plus longtemps.

140 LA CAMUÊRK

Yvonne. — Qu'est-ce donc?

Le Chambellan. — Le service divin est terminé. Leurs Majestés sortent de la chapelle et la garde prend les armes, parce que l'Empereur est forcé de traverser la cour pour rentrer dans ses appartements. Les galeries de communication se trouvent en ruine depuis le dernier attentat anarchiste, et c'est une bien grande incommodité.

Yvonne, sympathiquement. — Ah !

Roulement de tambour.

Le Chambellan. — Madame, approchez-vous de la fehêtre. (// Vy conduit.)

Une compagnie de grenadiers (tuniques vertes, casquettes plates demi-bottes) sur deux rangs. L'étendard est déployé. Les tambours roulent.

Tout à coup apparaît le cortège impérial.

D'abord, quatre huissiers du cabinet, puis un groupe de pages (uniformes militaires). Groupés et causant, avec des gestes : le Grand Maître des cérémonies, le Grand Ecuyer, le Grand Maréchal du palais.

L'Empereur, petit, triste, nerveux, les favoris grisonnants, avec le comte de Lutzbourg, gigantesque et encore à jeun. Derrière, le Grand Aumônier, le Grand Chambellan, le Grand Veneur.

Le cortège passe si vite que c'est à peine si l'officier porte-étendard a le temps de faire plonger et de relever trois fois le lourd drapeau devant Sa Majesté. Elle rend le salut d'un signe familier, Comme si elle disait au drapeau : bonjour, bonjour.

Commandement. La troupe rompt les rangs.

Yvonne, sans conviction. — Ah ! cela est impressionnant, tout à fait impressionnant.

Le chambellan prend congé.

Un temps.

L'Ambassadrice. — Je pense qu'à présent cela ne tardera plus.

Yvonne. — Ah !

Silence.

La porte s'ouvre sans aucun bruit. L'huissier s'efface et livre passage à une femme de noble stature, cheveux blancs, robe noire simple.

L'Ambassadrice, bas et vite. — La Grande Maîtresse de la maison de l'Impératrice.

Révérences, présentations.

La Grande Maîtresse, souriant comme pour s excuser de parler français avec dif/icultèè — Sa Majesté... est sortie... de la chapelle... Elle daignera recevoir... madame l'ambassadrice de France... et madame la duchesse de Xaintrailles , dans son cabinet...

La marquise et Yvonne s'inclinent.

Couloirs. Antichambre obscure. La Grande Maîtresse gratte à une porte qui aussitôt s'entr'ouvre. Colloque à voix basse avec une interlocutrice invisible. La porte s'ouvre enfin. M"** 8 de Chameroy et de Xaintrailles sont introduites.

Le cabinet de l'Impératrice. Gros meubles allemands. Papier faux cuir, terne. Panoplies. Cravaches. Objets de sellerie. Aucun objet d'art. Quantité prodigieuse de photographies, autant de photographies que dans le salon d'attente d'un photographe.

Sa Majesté est debout, devant la cheminée, en costume d'ama-' zone et coiffée bizarrement, avec une sorte de pâté de cheveux sur la tête. Les traits durs, la mandibule virile, les yeux perçants quand ils fixent, mais souvent égarés.

M l,c Henriette de Dortmund, sa demoiselle d'honneur favorite, une grosse blonde rêveuse, dix-huit ans, se tient près d'elle. Egalement en amazone. M ,le de Dortmund fait mine de se retirer.

L'Impératrice, la retenant. — Reste, Bébé.

LA CAIUSIfillE

(Table, Sa Majesté fait un pas versl'amba ée la première. Fille tend son auguste r meroy touche a peine.

Impératrice, bas. — Bébé.:. Face-à-main.

Bébé va chercher l'objet.

Impératrice, lorgnant Yvonne. — C'est donc ! jolie duchesse de Xaintrailles?

Amdassadrice. — J'ai l'honneur de la présent Votre Majesté, puisque Votre Majesté a daim'en donner l'ordre.

Impératrice s'assoit. — Mesdames, prenez des

ÎS.

vonne, dune voix respectueusement étranglée.

le suis émue... et profondément reconnais-

e... du bienveillant accueil de Votre Majesté.

uon entant, approche des chaises, puis va elle-même seoir sur le même sofa que l'Impératrice, qui s'appuie Ire elle familièrement.

Impératrice, à Yvonne. — Montez-vous à che-

vonne. — Oui, madame.

Impératrice. — Notre capitale vous offrira peu

romenades. Mais il y aura les chasses de la

roù vous serez invitée.

vonne. — Sa Majesté me comble.

La conversation languit.

Impératrice, reprenant. — Je monte beaucoup

à cheval, avec d'intrépides écuyères comme celleci. (Elle désigne Bébé.) N'est-ce pas?

Bébé, nonchalamment. — Oui.

Un temps.

L'Impératrice. — Pensez-vous beaucoup de mal de notre pays ? Vous ennuyez-vous ?

Yvonne, embarrassée. — Mais... Oh !... Nos compatriotes sont tellement fêtés ici... Nous serions bien ingrats... Et puis la vie est charmante à l'Ambassade.

L'Impératrice. — On dit que M me de Chameroy fait des merveilles.

L'Ambassadrice. — On me flatte, et Sa Majesté est trop bonne de vouloir bien écouter ces choseslà.

L'Impératrice. — J'imagine pourtant que vous devez regretter Paris quelquefois.

Yvonne, avec feu. — Jamais !

L'Impératrice. — Laissez donc... C'est une ville unique au monde. Quelle incomparable façon de vivre ! Il y a là des femmes qui montent à cheval étonnamment.

Bébé. — Surtout au cirque.

L'Impératrice. (Elle donne à Bébé une petite tape.) — J'y suis allée.. . (Regardant Bébé.) Nous y sommes allées... incognito... en 89. J'ai vu l'Exposition. Oh ! cette rue du Caire !...

144 LA CAKHIËKË

Yvonne. — Ah ! Votre Majesté...

L'Impératrice. — Est-ce que vous demeurez [ du Château?

Yvonne, décontenancée. — Du... Château?

L'Impératrice. — Je veux dire des Tuilerie des anciennes Tuileries.

Yvonne. — Non, madame. L'hôtel de la ducht douairière de Xaintrailles, ma belle-mère, est d le faubourg Saint-Germain.

L'Impératrice. — Beau quartier, mais un morne. Moi, j'aime surtout le bois, les bouleva et l'hôtel Bristol. J'ai rapporté de là des sen tions... J'en parle souvent avec Bébé, n'es!

pas?... et comme elle est musicienne, elle ra\ mes souvenirs de France en me jouant la Mars laise avec un doigt.

L'Impératrice, pour congédier les visiteuses, se lève, s'inc Révérences de départ. Retraite silencieuse el lente. • Dans l'antichambre :

L'Ambassadrice, avec satisfaction. — Sa Maj( vous a fait une grande faveur ; l'audience a d dix minutes.

Yvonne. — Vraiment ï

Corridors.

L'Ambassadrice. — Oui, j'ai regardé l'heun l'entrée età la sortie... Votre impression?

Yvonne. — Encore un peu flottante. .. Mais po

* Vf:

«ra

quoi Sa Majesté ne m'a-t-elle pas invitée à lui tendre la joue ?

Les appartements ordinaires de l'Empereur. Un chambellan de service précède l'ambassadrice et la duchesse.

Yvonne, poursuivant. — Est-ce que Sa Majesté n'est pas un peu...

L'Ambassadrice. — Excentrique, oui.

Un salon de mauvais goût. Des gens vont, viennent, qui, au

passage, les saluent, leur parlent.

Yvonne. — Et cette... jeune fille ?

L'Ambassadrice. — Cette jeune fille ?... Altesse !... Oui, Altesse... Non, merci, Altesse... Cette jeune fille ?

Yvonne. — Oui... Bébé... Pas encore, monsieur le maréchal.

L'Ambassadrice. — C'est sa favorite... En vérité, Prince... Vous savez... Mais, Excellence, il y a au moins six mois qu'on ne vous avait vu... Vous savez que l'Impératrice ne se console pas de sa stérilité. L'archiduc héritier est d'un premier lit. Elle l'a en grippe, et comme elle a, sans être mère, la folie de la maternité, elle reporte... Jamais, monsieur le duc.

Un chambellan de service. — Mesdames, l'Empereur m'a donné ordre de vous introduire auprès de lui.

Corridors. Grattement à la porte, etc.

Le cabinet de l'Empereur.

■Kî

e pièce : chêne, gobelins. Cheminée monu 1 de l'Empereur enfant. Immense bureau lires d'or. Les draperies de soie bleue pà blancs aux cassures, avec des application

n brasure d'une des fenêtres, un pelit pupi , le pupitre, S. A. I. l'Archiduc héritier.

, cheveux en brosse, uniforme de lieutenanl tve et salue très poliment ces dames sans

jIiib loin, L'Archiduc Paul. Il se lève, Tait 1 'me instant, la porte du fond s'ouvre, e de cellule à lit de camp où TEmpere ir. Lui-même parait. Il traverse le cabii e si précipitée que ces dames, prises de révérences.

jpEEtEUR, à F Ambassadrice. — Boi L'Ambassadeur se porte bien ?

oassadrice . — Sire, je remei é... et je suis heureuse d'avoir et avoir l'honneur de lui présenti ise de Xaintrailles.

iipereuh, à Yvonne. — Madame, so; (Il s'assoit.) Mesdames, veuilles

n rougissant,

ipereur. — J'éprouve véritablement du plaioir une Française de plus parmi nous.

>ne. — Sire, à titre de Française, je remer- Ire Majesté, ipeiieuh. — Grand pays que le vôtre, ma-

L'Ambassadrice. — Nous sommes tous profondément flattés, Sire, de l'amitié que Votre Majesté daigne témoigner à notre chère patrie.

L'Empereur. — Il y a bien longtemps que je ne suis allé en France. Mais le Prince Impérial, qui en arrive, est sous le charme.

L'Héritier, faisant un grand effort. — J'adore la France... (Avec un soupir) et je voudrais bien connaître Paris.

Yvonne, surprise. — Ah! Son Altesse Impériale ne...

L'Héritier. — Non, je ne connais encore que Vichy.

L'Empereur. — Montez-vous à cheval?

Yvonne. — Oui, Sire.

L'Empereur. — Notre capitale vous offrira peu de promenades; mais il y aura les chasses de la Cour, où vous serez invitée.

Yvonne. — Sa Majesté me comble.

L'Empereur. — Où demeurez-vous, à Paris?

Yvonne. — Sire, dans le faubourg Saint-Germain.

L'Empereur. — Beau quartier, mais...

Le chambellan de service pénètre jusqu'à Sa Majesté et lui fait

connaître qu'Ëlle est servie.

L'Empereur se lève. L'audience est terminée. Midi sonne.

Dans les couloirs :

L'Ambassadrice. — Neuf minutes chez l'Empe-

LA CAHMËKE

! Et, sans le déjeuner, il n'y avait plus de n pour que cela finit.

ix, dans les galeries. — Messieurs, au couvert Empereur !

Dans l'escalier :

onne. — Pourquoi l'archiduc Paul ne m'a-t-il

dressé la parole?

Lhbassadrice. — Il ne pouvait prendre d'ini-

e, et l'Empereur ne l'a pas mis dans la con-

tion.

onke, vaguement contrariée. — ■ Ah!...

ix, en bas. — Les gens de M™ la marquise

hameroy !

r, au Château- Dans l'appartement de représentation.

m de Diane, octogonal. Diane et or. Parquet marqueterie.

)od, une immense porte à coulisse, fermée. Canapés, fau-

s, chaises légères en amphithéâtre. Le centre de la pièce,

, sauf quelques groupes d'hommes debout.

mes, croii, grands décolletés, portraits de l'Impératrice

fés sur des corsages opulents. Pierreries de musées. Toi-

i ça et là nu peu défraîchies.

ambellans vont, viennent, font les honneurs.

bruit de c

comtesse d'Eschenbach (avec tout son attirail) êdpite vers Yvonne {Toilette de Joséphine au ). — Ah ! chère duchesse !

onne. — Madame...

~-r*T-^w r.-iw-^ - - n ..'Tr* |-

LA GARRlftRE 149

La comtesse d'Eschenbach. — Je vous cherchais... J'ai tant de remords... J'ai négligé de vous demander votre jour de réception... Quand vous rendre votre chère visite ?

Xaintrailles, grognon, la regarde de travers.

Yvonne. — Mais je... je n'ai pas pris de jour, cette année... On n'a guère chance de me trouver qu'au mercredi de l'Ambassadrice.

La comtesse d'Eschenbach. — Je crois justement que Son Altesse Impériale... (Nouveau regard de Xaintrailles.) Mercredi prochain... je ne manquerai pas.

Toutes les voix, subitement, se sont tues, comme à Bayreuth quand le gaz baisse, si bien que les derniers mots de la comtesse éclatent dans ce silence. a

Un chambellan. — Hem ! Hem !...

Remue-ménage mystérieux derrière la porte à coulisse.

Tout à coup, cette porte s'ouvre. Alors c'est comme une vision d'apothéose.

Au fond, les deux trônes, sur une haute estrade, mais Leurs Majestés n'y sont pas assises. Elles se tiennent debout, au bas de l'estrade, l'Empereur en uniforme de maréchal, l'Impératrice en robe de brocart jaune, la gorge comme cuirassée de diamants. Les Princesses et les dames se tiennent de son côté. Les Princes du côté de l'Empereur.

Et l'archiduc Paul qui, sans y prendre garde, est monté sur la première marche du trône, domine.

Les spectateurs envahissent cette espèce de scène. Quelques-uns ont la bonne fortune de saluer Leurs Majestés. Mais les Souverains quittent leur place et commencent à parcourir les salons.

Bousculade.

La comtesse d'Eschenbach, tirant Yvonne. — Vite,

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vite, ma chère duchesse, au jeu de l'Impératrice !... (A part y inquiète.) Où est passé Paul?...

Le salon de jeu. Une grande table ronde. Tabourets en cercle autour de la table. Tabourets en cercle autour du salon. Les femmes assises. Les hommes debout.

L'aAchiduc Paul, atteignant Yvonne. — Enfin, madarhe...

Yvonne. — Monseigneur... [Souriante.) J'avais aperçu Votre Altesse Impériale au sommet de l'Olympe.

L'archiduc Paul. — Je n'y ai pas moi... [Regard désespéré de la comtesse d'Eschenbach. — Se reprenant.) Je me suis hâté d'en descendre.

La comtesse d'Eschenbach. — Je suis témoin que Son Altesse Impériale vous cherchait partout.

Francis, survenant. — Monseigneur...

L'archiduc Paul, sec. — Bonjour, monsieur. (// fait des signes à la comtesse d'Eschenbach, puis tourne le dos à Xaintrailles. — A Yvonne.) — Vous avez là, madame, une merveilleuse toilette.

Yvonne. — Son Altesse Impériale daigne prêter attention à...

Francis. — C'est exactement la toilette de Joséphine au sacre... (Un chambellan vient le tirer par la manche.)

Le chambellan. — Monsieur... monsieur le duc...

Francis. — Plaît-il ?

Le chambellan. — J'ai le plaisir de vous annoncer que vous êtes, désigné pour le jeu de l'Empereur.

Francis. — Je suis... je...

Le chambellan. — Par ici, monsieur, on vous attend.

Xaintrailles sort. M me d'Eschenbach rentre en lui jetant un regard ironique. Elle rejoint l'archiduc et la duchesse qui parlent ensemble, maintenant avec beaucoup de liberté et de feu, Yvonne, radieuse, provocante...

Yvonne. — Votre Altesse Impériale ne s'approche pas de la table de jeu ?

L'archiduc Paul. — Ma foi, duchesse, il n'y a que le poker qui m'amuse, et ma belle-sœur ne veut pas en entendre parler.

La comtesse d'Eschenbach, vivement. — Son Altesse Impériale daigne faire une plaisanterie. Elle a le génie du whist... Mais vous, madame, (appuyant) il faut vous mêler à la partie. (D'autorite elle emmène Yvonne. Puis elle revient.)

L'archiduc Paul, furieux. — Ah ! ça, comtesse...

La comtesse d'Eschenbach. — Je demande pardon à Votre Altesse Impériale d'avoir eu l'audace de l'interrompre. Mais Votre Altesse Impériale ne voit pas qu'elle coupe elle-même ses effets? Cette petite duchesse de Xaintrailles est éblouie. Elle vous parle de l'Olympe et vous lui répondez que

'y moisissez pas ! Vous lui donnez du Un cri.) Qu'est... qu'est-ce que c'

chiduc Paul. — Quoi, cela?

:omtesse d'Eschenbach. — Son Altes a piqué un gardénia à une des bouto dolman !... Un gardénia!... Permet

des doigts, comme si elle touchait un animal i îgereux, une araignée, elle retire te gardénh lans la cheminée, furtivement.

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