‹ La carrière (volume 2)Chapitre 13 sur 23 · COURRIER DE CABINET · texte numérisé non relu

COURRIER DE CABINET

La garçonnière où demeurent ensemble le petit vicomte de la Morvandière, attaché autorisé, et le troisième secrétaire, Frécourt.

Deux pièces communiquant par une large porte dont on a supprimé les vantaux, et qui est drapée d'étoffes orientales :

1» Au fond, une salle à manger, qu'après les repas on transforme en fumoir, en faisant disparaître chaises et table. Point de sièges volants : rien qu'un divan tout autour, le vrai divan égyptien, en côtes de palmier treillagées, recouvert de tapis très simples. Tapis très beaux par terre et au mur — souvenirs des postes passés. Panoplie d'armes persanes. Photographies décolletées de célébrités parisiennes parmi des images japonaises de la plus révoltante obscénité. Dans une vitrine anglaise, collection complète des cigarettes et cigares de tous pays.

Sur un tabouret incrusté de nacre, les ustensiles pour exécuter le café turc.

Sur un autre tabouret incrusté de nacre, un narghilé. Sur un troisième, l'album de timbres-poste.

Une actejuse qui a fait des tournées ne rêverait pas d'autre intérieur. Gela pourrait aussi bien être la salle de repos d'un hammam, en province.

2* Le cabinet de travail, spécialement réservé à Frécourt. Au mur : le Pape, Wagner, Bismarck et John Lemoinne. Un petit canapé, deux chaises banales et un fauteuil de bureau.

Un bureau, où s'entassent des Débats blancs et roses Une paire de ciseaux de journaliste et un volume de M. Leroy- Beau lieu.

Dans une bibliothèque tournante, Larou romans russes, le dernier numéro de Uondei, et te dernier chef-d'œuvre de M.

Dans la salle a manger, actuellement fumo:

FllÉCOL'HT, MUSIGNY, L* MOU VAKDIÈRE.

Vernei:il, le counrier de cabinet, qui est s C'est un gros garçon à bajoues, court, cheveux, extrêmement longs, sont goun la plus surprenante et la plus artiste con fure qui Tait penser. On lit dans ses ye dive peur de n'Être pas assez anglais.

Sabouraud, simple attaché à l'agence fran fils du fameux Sabouraud (de 48), noti Smyrne, arrière- petit- fil s de l'illustre Sabo et régicide, s'it vous plaît : enfin l'un < plus distingués de la noblesse républicai

Sabouraud IV est de taille moyenne, inéli les allures d'un beau ténor du Midi, ave contremaître et les yeux en boule de lo congé, il a accompagné, pour le plaisir,

Tous l'habit, naturellement.

Tous accroupis sur les divans, à l'exceptio qui est debout au milieu de la pièce, e' coups de pied au derrière de son domest

La Morvandiére. — Tu es une h Le domestique. — Oui, monsieur

yeux expriment une terreur folle

grosses gouttes qu'on dirait que so La Morvandiére. — Si j'avais un

casserais sur le dos.

Le domestique. — Oui, monsieu La Morvandière, — Pourquoi t'

service ?

Le domestique. — Oui, monsieu

La Morvandière. — Pour me servir, n'est-ce pas ? Alors, canaille, pourquoi te permets-tu de me laisser manquer d'allumettes et de tisons, surtout un jour que j'ai du monde ? Entends-tu, imbécile ?... (Criant.) Allumettes !... Tisons !...

Verneuil. — Braided...

Musigny. — Spitchki...

La Morvandière. — Tiens... baise-moi la main et f... le camp.

Le domestique. — Oui, monsieur le vicomte. (// baise la main tendue de la Morvandière et duparaît.)

La Morvandière. — Ouf !

Il se laisse tomber sur le divan à côté de Verneuil. Sabouraud prend la position du ténor assis, croise les jambes, et saisit son pied droit dans sa main gauche.

Sabouraud, avec une violence d'intonation extraordinaire. — Mon cher!!...

La Morvandière. — Quoi donc?

Sabouraud. — Vous êtes d'une dureté avec les domestiques !

La Morvandière. — Comment ? C'est vous qui me dites cela, vous qui vivez en Orient ? Vous savez bien qu'il n'y a, pour être obéi, que la courbache et la botte. Et puis, quel serait l'avantage de vivre dans un pays où la sainte égalité ne règne pas, si l'on n'en profitait pour battre ses gens? En France ,

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