‹ La carrière (volume 2)Chapitre 16 sur 23 · L'INCOGNITO · texte numérisé non relu

L'INCOGNITO

Àu théâtre de la Résidence. Décoration vieux rose et or. Du Louis XV copié par des enfants. La loge officielle, de face, prend deux étages : bonne grâce à crépines, l'écusson. L'avant-scène de rez-de-chaussée, à droite, est la baignoire des Souverains. Celle de gauche est la baignoire des Archiducs.

Redoute masquée. Le rideau levé, le plancher sur les fauteuils. En scène, un décor de la Traviata. Un orchestre au paradis : Strauss, Offenbach, Lecoq.

Le va-et-vient, comme partout, mais moins de cohue qu'au palais Garnier. C'est plus distingué — et plus province. On ne pince pas, on ne gueule pas, il y a de bonnes têtes de gens qui sourient et qui ont l'air tout émus de croire qu'ils s'amusent. Des uniformes et des uniformes. Reaucoup de femmes non masquées et en simple petite toilette de dîner, dans notre note « hôtel de ville » . En revanche, beaucoup de mâles masqués et encapuchonnés.

Aux galeries supérieures, quelques jeunes gens jettent sur le parterre quelques carrés de papier multicolores : ils les prennent, par pincées parcimonieuses — comme on prend du tabac dans une tabatière — en des cornets à bonbons d'épicier, portant sur une étiquette ces deux mots : Confetti parisiens.

Le service d'ordre, à l'entrée des coulisses, est fait par des pompiers romains vêtus d'un maillot chair et d'une cotte de maille.

LA CAKIllftltË

ird, la loge de l'ambassade de France, au premier étage, à droite, dans l'entre -colonnes. Vaste, îze places. Derrière, un grand salon, divans, tables, neublement complet des loges italiennes.

iremier rang, cinq chaises de front. Les chaises impaires ccupées. Aux chaises paires, l'Ambassadrice (à droite), la hesse de Xaintrailles (A gauche).

ïuxiême rang, cinq chaises. Les chaises paires inoccupées, (chaises un, trois, cinq (en commençant par la droite), l'Amsadeur, Saboi.hald, Heisigny. Sabouraud, à qui on fait les meurs, se trouve ainsi entre les deux femmes, l'Am bassair et Musigny à la cantonade.

imL, à qui on fait la tète, est en troisième rang, assis de is et à demi tourné vers le salon, où M** Cbarlet s'est tallée sur le canapé — affaire d'habitude. Le petit vicomte La Hohvandière se promène comme une Ame en peine. •ois dames, le domino noir classique ; mais le domino de Cbarlet est doublé de jaune, et elle porte la mantille : les res, le capuchon et le toup. Garnitures : Yvonne, flots de telles noires ; l'Ambassadrice, bertbe de dentelle noire.

i, l'habit. Hais deux moines sont au porte -manteau, '

as invraisemblable où quelqu'un de ces diplomates

intriguer.

M. Lorgnettes.

vonne, à Mustgny, après avoir lorgné ta boire des Archiducs. — Y a-t-il quelqu'un chez les ces ?

osiGNY. — M™ d'Eschenbach, Luztbourg et [.

tonne. — Gomment distinguez-vous?... Les ns sont levés...

usigny. — Lutzbourg dépasse ; j'ai vu un bout omino rose si caricatural qu'on ne peut l'attriqu'à la comtesse ; et il y a une main qui tient lorgnette qui ne lorgne qu'ici. Donc...

~aT^

Ivonne menace du doigt. Haussement d'épaules amical. Elle se remet à observer la loge des Princes, et avec une telle attention que Musigny peut s'esquiver sans qu'elle y prenne garde.

Il manœuvre vers le canapé. Il s'assoit & la droite de B1 M Charlet (côté de la salle).

M me Charlet, demi-haut. — Monsieur de la Morvandière, asseyez-vous donc ! Vous me faites mal au cœur.

La Morvandière, des lèvres, sans prononcer les paroles qu'il dessine. — Je m'em-bête.

M me Charlet. — Venez vite flirter avec vos petits amis.

La Morvandière. — Ah ! merci, non. J'en ai assez de ma fonction. Pour le flirt, on se me dispute, et pour le positif... (geste de Théo quand elle s arrache successivement les deux canines du bout de r ongle), pas ça, pas ça.

M me Charlet. — Pauv' petit.

La Morvandière. — J'ai en amour la même situation précaire que dans la diplomatie. Flirteur professionnel, attaché autorisé, kif-kif. Je me présente régulièrement aux examens, et j'échoue toujours à l'écrit.

M me Charlet, l'asseyant de force. — Seat down.

Verneuil, réveillé par F anglais. — Hun î...

L'Ambassadrice. {Elle abaisse sa lorgnette et offre la salle entière à Sabouraud cTun geste qui rappelle celui de Satan sur le mont Boulgourlou.) — Voilà

1 que nous pouvons vous offrir de mieux comme missances locales... (A l Ambassadeur.) N'estpas, Luc?

('Ambassadeur . — Ah !... (Il fait des amitiés s favoris.)

aboiiraud, avec violence. — Charmant!... Cou- ■ !... Uniformes I... Entrain!...

/Ambassadeur, se risquantà opiner. — Heml...

iabouraud. — Ne dites 'pas cela, monsieur l'amsadeur, ne dites pas cela ! {// va croiser ses ibes et saisir son pied ; il constate que les interles trop restreints ne lui permettent point cette lution. Il y renonce, mais reste affligé d'un tortilent nerveux.)

l m0 Charlet, à Mttsigny . — Tu notes ?

ja Morvandière, frétillant. — Le Sabouraud >xci-ite.

/ Ambassadrice. — J'avoue que cette redoute me ait terne.

Iabouraud, avec des larmes dans la voix. — Maie l'ambassadrice, ne dites pas cela!... Vous i blasée!... Vous êtes ici depuis trop longips !... On devrait traiter les diplomates comme militaires et les déplacer le plus souvent pose... Vous êtes engarnisonnée, madame l'ambasrice. (Ilrit, seul d'ailleurs, de sa trouvaille de t.) Je suis sûr que (Élevant la voix) M™ 8 la dusse de Xaintrailles partage mon avis.

Yvonne, se tournant vers la gauche où elle croit toujours Musigny. — Musi... Tiens!... (A Sabouraud, distraitement.) Oui... {Elle jette un coup cTœtl inquiet sur la traîne de sa jupe, où Sabouraud piaffe.)

L'Ambassadrice. — C'est plaisir de recevoir un hôte comme vous. Vous êtes d'une indulgence î Tout vous plaît, comment? tout vous enlève.

Sabouraud, cordial et plébéien. — Dites que je suis gobeur, dites-le ! En voyage, je gobe. En France, scepticisme, crainte du vieux jeu, s'observer, cant...

Verneuil, grognant au mot anglais. — Hun !...

Sabouraud. — En voyage, le Midi monte. Je suis celui qui, à Paris, boude un déjeuner de Paillard../ tandis qu'à l'étranger... la moindre omelette d'auberge...

M me Charlet, à part, reniflant . — Il y a une petite odeur d'ail.

L'Ambassadrice, banale. — Vous voyagez beaucoup?

Sabouraud. — Je fais mes visites. J'ai des amis dans le monde entier. Je me frotte successivement à toutes les civilisations, et ma politesse entretient mon cosmopolitisme.

Il attend une réplique, qui ne vient pas. Il se décide à enfiler un lieu commun.

Je considère les voyages comme une gymnas-

see LA CARRIÈRE

tique indispensable. N'est-ce pas à ces déplacements continuels que les fines intelligences qui sont mi nous doivent leur universalité ï /Ambassadeur. — Ah!... (Les favoris.) >abouraud. — On nous méconnaît. [Goguenard. ) dit que nous savons surtout nous taire. (// ie.) C'est faux! Nous avons toujours quelque se à dire, nous sommes intéressants et substiels.

Iosigny. — 11 est certain que nous avons notre t esprit.

abouradd. — Mon cher!!... Mon cher monsieur Musigny!... Un esprit!... Un esprit qui touche tut, et qui ne parait superficiel que , parce qu'il supérieur !

ehkedil. (Fort accent.) — Pour employer une ression de sport, un esprit qui galope par des

[usigny, à part. — Ça ne veut rien dire, mais i l'air.

abouradd. — Je connais parmi nous des garçons ont une verve!... La verve des voyageurs, lement tempérée par une éducation, par un timent exquis du monde !

[■" Chabxet. — Oui, des Gaudissards snobs.

aboubaud. — Enfin... (Il pivote et trouve moyen atsir, rien qu'un instant, son pied droit.) Enfin,

mon cher monsieur de Musigny. . . notre vraie originalité, c'est d'être les seuls Français qui n'aient pas la superstition de Paris.

L'orchestre , au paradis, attaque la valse des Cent Vierges : « Paris... »

Je mets en fait qu'on ne trouverait pas, dans tout le personnel du Département, un seul véritable Parisien.

Musigny, à part. — Malhonnête !

Sabouraud. — Pour moi, lorsque, par grand hasard, je séjourne à Paris, j'aime à sentir que j'y suis de passage. J'y avais autrefois un pied-à-terre : j'ai donné congé pour me procurer le plaisir de loger à l'hôtel dans ma ville natale. {Exagérant.) Lorsque j'y flâne par les rues, j'aime avoir l'air d'un monsieur qui revient du Congo... (Finement) ou de Smyrne.

Musigny, à part. — Ce n'est quelquefois que de Pontoise.

En bas, aux accents de la valse des Cent Vierges, un couple, un seul, se met à danser.

Sabouraud, hors de lui. — La fête bat son plein !

Entre Chailly-Descombes avec le duc de Xaintrailles. Francis, machiavélique, prodigue à son compétiteur les témoignages d'amitié.

Francis, à Yvonne, brièvement. — Voulez-vous faire un tour dans la salle, au foyer ?

Yvonne, indifférente. — Volontiers.

L'Ambassadeur, à r Ambassadrice, — Chère amie?...

L'Ambassadrice. — Mais oui.

Sabouraud. — Nous sommes là, tout prêts à conduire ces dames... Messieurs, où est le mouvement ?

L'Ambassadeur offre le bras à Yvonne, et Chailly-Descombes à l'Ambassadrice. La Morvandière enlève M"* Charlet. Xaintrailles reste en arrière. A la porte :

Sabouraud. — Après vous, mon cher monsieur de Musigny.

Musigny. — Pardon, Musigny tout court : je suis aussi roturier que vous.

Sabouraud se tourne vers Xaintrailles, et lui jette un regard de pitié.

Francis, charmant et ironique. — Ces gens soidisant d'esprit sont des mal élevés et les troublefête de nos conversations. Ils font des mots qui détonnent et qui coupent la réplique au lieu de la suggérer.

Sabouraud. — Je suis bien de votre avis. (A VerneuiL) Corne out.

Verneuil, grognant. — Hun!...

Ils sortent. La valse des Cent Vierges, da Capo.

La baignoire des Princes.

Style ofiiciel, sauvé par le ton délicieusement faux du velours vieux rose. Des fauteuils presque Empire, à coussins mous.

Dans le salon, divans et chaises. Table servie : thé, gâteaux, viandes même. Boites de cigarettes.

Dehors, à la porte, deux sentinelles, cataleptiques. Elles ressuscitent lorsqu'un officier ou un dignitaire passe daas le couloir. Alors elles se font de l'œil, frappent rudement le sol de la crosse de leur fusil, pour marquer le premier temps, et, suivant le grade, portent ou présentent Parme.

Dans la loge, au premier fauteuil de droite, l'Archiduc Paul (l'habit). A côté de lui, sur le deuxième fauteuil, son domino. A côté du domino la comtesse d'Eschenbagh, en domino rose, petits choux de satin. A l'autre bout, le comte de Lutzbourg, uniforme de général d'infanterie, ses vingt-deux croix.

Toujours la valse des Cent Vierges.

La comtesse D'Eschenbagh, Lutzbourg. — ...

(Il se taisent ensemble.)

Paul. (77 siffle entre ses dents.) — Ph, ph, phu... ph, ph, phu... ville im-men-ense et... {Coupé net, comme une communication téléphonique.)

La comtesse d'Eschenbagh, Lutzbourg. — ...

Paul. — A quarante sous l'heure, comtesse, à quarante sous l'heure.

La comtesse d'Eschenbach, sans comprendre. — ... {Geste d assentiment.)

Paul, despotique. — Je dis que je m'embête, entendez-vous ?

La comtesse d'Eschenbach, Lutzbourg, avec la même expression de regret. — Ah !... {Geste.)

Paul, fredonnant. — Paris... {Parlé.) Paris... (7/ éclate.) Dire qu'il y a un Paris, un Opéra, des bals, et des rois, des vrais, qui ont la veine de demeurer à l'hôtel Vouillemont ou à l'hôtel Bristol !

Lutzbourg. — [Geste.)

Paul. — Et j'en suis réduit... Est-ce raté, leur

redoute ! Est-ce guindé ! Est-ce crevant ! Le détail

ff ridicule ne manque pas... (Férocement, à Af mc d'Es-

chenbach.) Ainsi vous, comtesse, vous êtes parfaitement ridicule avec votre domino rose. Peut-être ne le soupçonniez-vous point !

La comtesse d'Eschenbach, impassible. — Non, monseigneur.

Paul. — Vous ne vous doutez pas du succès que votre domino rose obtiendrait à Paris.

La comtesse d'Eschenbach. — Je ne m'en doute pas, Altesse, ne connaissant pas Paris...

Paul, agacé. — Ni le Moulin Rouge, ni rien au monde, c'est convenu. Ah!... (Soupir. Un temps. Geignant.) Le Jardin va rouvrir bientôt.

La comtesse d'Eschenbach. — Le Jardin?

Paul, grossier. — Oui, le Jardin... (Subitement cordial, et avec la physionomie dua anecdotier qui va en raconter une.) J'y ai fait, l'autre année, la connaissance... Approchez donc, Lutzbourg, vous restez à une lieue... connaissance... pfuit !...

Lutzbourg. — (Gros rire officiel.)

La comtesse d'Eschenbach, minaudière. — Ah !...

Paul, familier. — Ohé!... Jolie!... Ahî (Baiser) Et canaille !... (Les castagnettes.)

La comtesse d'Eschenbach, très intéressée. —

ïr^-^Tw-i-

Quel était le nom de la jeune personne que Votre Altesse Impériale a daigné...

Paul. — J'ignore son véritable nom. Elle est habituellement désignée par un sobriquet assez bizarre, qu'elle doit sans doute à la célébrité de son appétit.

Lutzbourg, se passionnant. — Ah !...

Paul. — Pour en juger par moi-même, je me la fis amener à souper.

La comtesse d'Eschenbach. — Son Altesse Impériale peut-elle se commettre...

Paul. — Incognito... Je ne détaille pas, pour la pudeur de M me d'Eschenbach... Souper... La suite... Vlan! vingt-cinq louis... Deux jours après, je repique. Souper, la suite, vingt-cinq. La veille de mon départ, je retourne au Jardin... incognito... toujours... Autour de moi, chuchotements discrets, respect, mais pas gêneur. Le directeur de l'établissement me faisait l'honneur de m' accompagner... La petite amie m'avise, me saute dessus, et là, carrément, savez : « Tiens ! bonsoir, ma vieille* Marches-tu ? Je suis ton homme. »

La comtesse d'Eschenbach, scandalisée. — Oh !... Cette dame n'a donc aucune éducation ?

Paul. — Mon directeur l'empoigne par le bras, la tire à part': « T'es folle... sais-tu qui c'est, le monsieur ? — J'te crois, c'est un rasta de la haute

ÎM LA CAMUÊF

avec qui j'ai... soupe deux fo:

vingt-cinq louis chaque. »

La comtesse d'Eschenbach. -

Paul. — Là-dessus, viol de

La comtesse d'Eschenbach.

révélation la foudroya.

Paul. — Un peu... « Ah ! n elle avec une touchante confu me mépriser, moi qui ai dit i devant toi I »

Lutzbourg. — Oh ! oh ! oh !

La comtesse d'Eschenbach, te j'ai compris.

Paul, riant. — Vraiment, femme qui ne sait rien de la ï

La comtesse d'Eschenbach. un miracle : je ne sais rien, j< je suis incapable de pénétrer le et je devine tout de suite où il un de mes maîtres qui parle.

Un temps.

Paul. — Non, mais la sei la sentez-vous bien, ma joie d'empereur, à ce tutoiement gneur, comme tu dois... »

La comtesse d'Eschenbach. je la sens, je la sens bien. M

humblement à Son Altesse Impériale qu'elle n'a pas besoin d'aller dans son Paris, dans son Jardin, pour goûter des joies du même ordre avec. moins de crapule et avec plus de ragoût.

Lutzbourg s'en va boire. Paul daigne écouter.

Tandis que vous parliez, monseigneur, je regardais là-haut, dans une loge, une jolie femme dont vous n'ignorez pas le nom propre et qui ne porte point de sobriquet. Elle est du monde, elle est noble. Votre Altesse elle-même ne lui peut adresser la parole qu'avec des formes de respect qui n'avancent pas les affaires . Mais le masque est l'incognito de la vertu. Elle ne peut répondre à Votre Altesse qu'en usant de la troisième personne, et cette troisième personne-là doit être bien gênante dans certaines extrémités ; mais le domino de bal masqué est l'incognito de la grandeur. Ah ! si j'étais à votre place, je m'offrirais le plaisir, monseigneur, de me faire tutoyer par une duchesse.

Paul, riant. — Comtesse, pas un mot de plus : j'ai beau tout connaître de la vie, moi, je ne suis pas aussi bête que vous pourriez croire.

Il se lève et revêt le domino. M" 1 " d'Eschenbach se lève, Lutzbourg reparaît.

Ah ! sortez si le cœur vous en dit, mais vous n'allez pas me suivre. Il serait réussi, mon incognito ! Lutzbourg, avec ses dimensions, vous avec...

{Bon enfant.) Non, c

ridicule avec votre ros

Il sort, A la porte, coi

C'est bon, c'est bon.

D'abord, ceux qui l'ont vu s s'écartent sur son passag quelques pas de là, il apej bras de l'Ambassadeur. Il roy le renarde avec ahurie

Ghaill y- Descombes, s bassadeur... (// parle roy.)

Paul, saisissant Yvo

Yvonne, reeonnaissa.

Paul. — Plalt-il?

Yvonne, riant. — L connaître?

Paul. — L'étiquette parle aux masques. (//

Yvonne, sans y pre; leur parle-t-on ? Je n mière fois que je mer telle sur le nez.

Paul. — Vous ap toujours par la même

Yvonne, choquée. disais cela, mes propre car elles prouveraient j je ne le connais pas.

Paul, plaisantant. — Tu ne me connais pas ?

Yvonne, candide. — Pas du tout.

Paul, mystérieusement, en lui serrant le bras. — Paul...

Yvonne. — C'est un nom très répandu. Mais — le hasard sans doute — je ne connais personne que j'appelle de ce nom-là.

Paul. — Vous connaissez quelqu'un à qui vous avez promis de penser, sous ce nom-là.

Yvonne, vivement. — Non, je... je ne me rappelle pas.

Paul. — Dois-je soulever mon masque ?

Yvonne. — Non... je me rappellerais encore moins... [Elle résiste.) Pardon... ma loge est au premier.

Paul, un peu trop hautain. — Si je vous invitais pourtant à venir visiter ma baignoire, qui est Favant-scène de gauche... comment feriez- vous pour refuser?

Yvonne. — Un enlèvement ?

Paul. — Un enlèvement.

Yvonne. — Eh bien, monseigneur, j'aime mieux : non.

Paul. — Pourquoi?

Yvonne. — Cela ressemblerait par trop à un enlèvement sérieux. Votre Altesse Impériale veut rire, mais elle a des façons trop majestueuses et

re trop form romantisme

récit, monsei ne sont pas

- De l'amoui , sèchement.

ur un prince

- C'est mon Ils arrivent .

. — Où somt

Les deux senti

urieux. — Il

pousse la porte

- Eh bien !

;... si roman . — J'accepl ne me méfie

irchiduc fait mi

mt). — Non.

jeune premi er à toutes 1 est tant dt

à visage d< '""d'Eschenb

visage déco . [Mélancoli

^\P>. 9 '. '» ^^ M V^y ■• V^TFI

LA OAHKIÈRb; 211

'•'- portions des masques pour avoir la permission

|£! d'être vrais !

*■" Yvonne. — Oh !... romantisme...

Paul. — Méchante!... (// en profite pour lui prendre la main.) Vous, n'étiez pas si dure, l'autre jour. Vous avez eu pitié de moi... un peu... Vous m'avez fait entendre que l'on devait aussi avoir un peu pitié de vous.

Yvonne, troublée. — Monseigneur...

Paul. — Pourquoi me marchandez-vous...

{S' échauffant) pourquoi^ vous marchandez-vous à vous-même un plaisir dont l'occasion est si rare?... {Dans le ton.) Je ne vous demande qu'une réplique, une pauvre petite réplique, puisque c'est une comédie que nous jouons... Laissez-moi répéter le mot, vous savez... le mot que j'ai osé prononcer tout à l'heure, et ne refusez pas de me rendre heureux — pas comme un roi, comme un homme, — en me disant que je ne vous suis pas indifférent tout à fait.

Yvonne, très franche. — Non, certes, vous ne m'êtes pas indifférent.

Paul. — Ah!... {Un élan.)

Yvonne. — Pas de gestes, monseigneur : c'est du Marivaux.

Paul, agité. — Ah ! duchesse, je suis heureux. (// lui baise les mains.)

2IÎ LA CAHKIKKK

Yvonne. — Bonheur facile.

Paul. — Non, il me manqi chose.

Yvoune. — Quoi donc?

Paul, tout à fait écolier. — D dites-moi que vous n'aimez péri

Yvonne, retirant vivement son idée? J'aime mon mari.

Paul. — Vous avez retiré \ dire cela : c'est une réponse d't

Yvonne. — J'ai retiré mon loi

Paul. — Instinctivement.

Yvonne. — Parce qu'il fait cl voulez-vous ?

Elle arrange ses cheveux, d'un geste m

Paul. — Vous ne répéteriez j vert ce que vous m'avez dit ma:

Yvonne, calme. — Mais si.

Paul. — Que je ne vous suis

Yvonnb. — Je serais bien inf tais pas à Votre Altesse Impéria

Paul, riant. — Ah ! non, i votre loup... Si c'est pour me là!...

Elle rit.

... Eh bien?

Yvonne. — ?

Paul. — L'autre chose?

Yvonne. — Quoi donc?

Paul. — Que vous aimez votre mari... Vous le» répéteriez ?

Yvonne. — Sans doute.

Paul. — Voyons... répétez...

Yvonne, hésitant. — Je...

La porte s'ouvre. Entrent la comtesse d'Eschenbach et Lutzbourg.

La comtesse d'Eschenbach. (Révérence de cour.) — Monseigneur... (Cri de joie.) Ma chère petite duchesse...

Yvonne, gênée. — Je... je... (Inspiration.) Mais, chère madame, quelle heureuse surprise ! Je vous croyais en voyage. . .

La comtesse d'Eschenbach, avec f expression du désespoir. — Ne m'en parlez pas... Je ne me tire pas des préparatifs... Et, à ce propos, si j'osais vous demander un petit service... (Coup d'œil à Paul.) Vous seriez un ange du ciel si vous veniez me voir cette semaine au Château.

Yvonne. — Je serai un ange du ciel.

La comtesse d'Eschenbach. — Ah !... Quel jour, s'il vous plaît, repart votre courrier?

Yvonne. — Mercredi.

La comtesse d'Eschenbach. (Coup d'œil à Paul.) — Mon Dieu! que vous seriez bonne, machère enfant, s'il vous était possible de venir mardi !

Yvonne, tout à fait remise. — {La main.) Et maintenant, raonsei dorai à Votre Altesse Impériale me rendre ma liberté. Le comte d> assez aimable pour m'offrir son b reconduire dans la loge de l'ambas

Lutzboubg. — Duchesse...

Paul. — Je prétends bien vous même.

Paul se débarrasse de son domino. Yvonne s Les sentinelles rendent les honneurs.

Ils montent rapidement au premier étage loge. Tout le monde est réuni au baie Sabouraud et de M™* Char le t. Assis prè:

du salon, il a repris son attitude favorite la main droite.

Entrée.

L'Ambassadeur, sursautant. — gneur... Messieurs, Son Altesse II

Francis, àpart. — C'est trop forl

Sabouraud, tirant La Morvandtèi son habit. — Mon cher!!... Vaissente?

La Morvakdière. — Seulement si le désir.

Sabouraud, gaffant. — Qui ça, ■

La Mobvandière. — Son Altesse

Sabouraud. — Ah!

Vërneuil, bas à Xaintrailles. sente ?

-*fRPT7^rffT773 rrr^v. ^ïOTr;* - ^:^ ,<,*■?•

Francis fait signe que non. Paul, très affable, très simple mortel avec l'Ambassadrice. Tout d'un coup, il aperçoit Francis.

Paul. — Ah t monsieur de Xaintrailles... Bon-» jour.

Francis. — Monseigneur...

Sabouraud, à part. — Ah ! ça, ah ! ça, qu'est-ce qu'il m'a chante, Xaintrailles? Est-ce que la petite femme, ce serait sa femme ?

Paul, ironiquement aimable avec Francis, et lui posant ces questions que posent les princes. — Vous ne vous êtes pas absenté ? Il me semble que voilà des siècles qu'on ne vous a vu.

Francis. — Non, monseigneur...

Paul. — Et votre famille ? Je m'intéresse beaucoup à votre famille.

Francis. — J'en suis touché, monseigneur.

Paul. — Vous avez des frères, je crois ?

Francis, agace' de cet interrogatoire. — Deux, monseigneur.

Paul. — En vérité? Et de quel âge ?

Francis. — Ma foi, monseigneur, je ne sais trop. J'ai une si mauvaise mémoire ! Chaque fois que je veux avoir sur ma famille des renseignements précis, je suis obligé de recourir au Gotha.

Sabouraud, bas à M** Charlet. — Dites donc chère madame... Est-ce que l'archiduc Paul et la petite duchesse de Xaintrailles... hein ?

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