‹ La carrièreChapitre 10 sur 25 · ROMAINS · texte numérisé non relu

ROMAINS

Sabouraud, étreignant son pied gauche avec frénésie. — Les Montmorencv de la guillotine.

Xaintratt.les. — - Je ne l'aurais pas

dit.

Ii'Incognito

Au théâtre de la Résidence. Décoration vieux rore et or. Du Louis XV copié par des enfants. La loge officielle, de face, prend deu.x éta<:jts : bonne grâce à crépines, l'écussoa. L'avant-scène de rez-de-chaussée, à druitc, est la baignoire des Souverains. Celle de gauche est la baignoire des Archiducs.

uedoute masquée. Le rideau levé, le plancher sur les fauteuils. En scène, un décor de la l raviaia. Un orchestre au paradis : Strauss, Ol.Vi bach, Lecocq.

Le va-et-vient, comme partout, mais moii.s de cohue qu'au palais Gamier. C'est plus distingué — et plus province. On ne pince pas, on aie gueule pas, il y a de bonnes têtes de gens qui sourient et qui ont l'air tout émus de croire qu'ils s'amusent. Des uniformes et des uniformes. Beaucoup de femmes non masijuées et en simple petite toilette de dîner, dans notre note « hôtel de ville ». En revanche, beaucou]3 de mâles masqués et encapuchonnés.

Aux galeries supérieures, quelques jeunes gens jettent sur le parterre (|uelques carrés de papier multicolores: ils les prennent, par pincées parcimonieuses — comme on prend du tabac dans une tabatière — en des cornets à bonbons d'épicier, portant sur une étiriuette ces deux mots: Conjetti parisiens.

Le service d'ordre, à l'entrée des coulisses, est fait par des ))omi)iers romains vêtus d'un maillot chair et d'une cotte de mailles.

D'abord, la loge de l'ambassade de France C'est au premier étage, à droite, dans l'cntrecolonnes. Vaste. Douze places. Derrière, un grand salon, divans, tables, l'ameublement con.plet des loges italiennes.

En [)remier rang, cin(| chaises de front. Les chaises impaires inoccupées. Aux chaises paires, l'Ambassadrice (à droite), la duchesse le Xaintrailles (à gauche).

En deuxième rang, cinq chaises. Les chaises paires inoccupées. Aux chaises un, trois, cin(i (en rommen(,ant par la droite), i.'Ami'ASSADEUR, Sabduraud, Mcsigxv. Sabouraud, à qui on fait les honneurs, se troive ainsi entre les deux femmes, l'Ambassadrice et Musignv à la cantonade.

Verneuil, à qui on fait la tête, est en troisième rang, assis de biais et à demi tourné vers le salon, où M"" Chari.et s'est installée sur le canapé — allaire d'habitude. I^e j'ctit vicomte de La MnRVANmÈRE se iiromène comme une âme en peine.

Ces trois dames, le domino noir classione ; mais le domino de M"' Charlet est doubli* de jaune, et elle porte la mantille : les antres, le capuchon et le loup. Garnitures : Yvonne, flots de dentelles noires; l'Ambassadrice, berthe de dentelle noire.

Ces messieurs, l'habit. ^Tais deux moines sont au porte-manteau, podf le Ciib invraisemblable o'i quelqu'un de ces diplomn*'»? voudiait intriguer. Silence. Lorgnettes.

Yvonne, à Musigny, après avoir lorgné la baignoire des Archiducs. — Y a-t-il quelqu'un chez les Princes?

MusiGNY -- M"'^ d'Eschenbach, Lutzbourg et Paul.

Yvonne. — Comment distinguez-vous?...

Les écrans sont levés...

MusiGNY. — Lutzbourg dépasse; j'ai vu un bout de domino rose si caricatural qu'on ne peut l'attribuer qu'à la comtesse ; et il y a une main qui tient une lorgnette qui ne iorgne qu'ici. Donc...

— Il y a une MAliN QUI TIENT UNE LORGNETTE QUI NE LORGNE QU ICI. . .

Yvonne menace du doi;j;t. Hmissement d'épaules amical. Elle se remet à observer la loge des Princes, et avec une telle attention que Musigny peut s'escjuiver sans qu cil» y prenne garde.

Il manœuvre vers le canapé. Il s'asseoit à la droite de M"" Charlet (côté de la salle).

M"'' Charlet, demi-haut. — Monsieur de la Morvandière, asseyez-vous donc 1 Vous me faites ma! ai? cœur.

La Morvandière, des lèvres, sans frononcer les paroles qu'il dessine. — Je m embête.

M"*" Charlet. — Venez vite flirter avec vos petits amis.

La Morvandière. — Ah! merci, non.

J'en ai assez de ma fonction. Pour le flirt,

on se me dispute, et pour le positif... {geste de Théo quand elle s'arrache successivement les deux cafiines du bout de V ongle), pas ça, pas ça.

M™^ Charlet. — Pauv' petit.

La Morvandière. • — J'ai en amour la même situation précaire que dans la diplomatie. Flirteur professionnel, attaché autorisé, kif-kif. Je me présente régulièrement aux examens, et j'échoue toujours à l'écrit. M™^ Charlet, Vasseyant de force. — Seat doïvn.

Verneuil, réveillé -par Vanglais. — ■ Hun!...

L'Ambassadrice. {Elle abaisse sa lorgnette et offre la salle entière à Sabourand d'un geste qui rappelle celui de Satan sur le mont Boulgourlou.) — Voilà ce que nous pouvons vous offrir de mieux comoiie réjouissances locales... {A l Ambassadeur.) N'estce pas, Luc?

L'Ambassadeur. — Ah!... (// fait des amitiés à ses favoris.)

Sabouraud, avec violence. — Charmant!... Couleur!... Uniformes!... Entrain !...

L'Ambassadeur, se risquant à opiner.

— Hem!...

Sabouraud. — Ne dites pas cela, monsieur l'ambassadeur, ne dites pas cela ! i va croiser ses jambes et saisir son pied ; il constate que les intervalles trop restreints ne lui permettent point cette évolution. Il y renonce, mais reste affligé d'un tortillement nerveux.)

j^jme Charlet, h Musigny. ■ — Tu notes? La Morvandière, frétillant. — Le Sabouraud m"exci-ite.

L'Ambassadrice. — J'avoue que cette redoute me paraît terne.

Sabouraud, avec des larmes dans la voix. — Madame l'ambassadrice, ne dites pas cela!... Vous êtes blasée!... Vous êtes ici depuis trop longtemps !... On devrait traiter les diplomates comme les militaires et les déplacer le plus souvent possible... Vous êtes engarnisonnée, madame l'ambassadrice. {Il rit, seid d'ailleurs, de sa trouvaille de mot.) Je suis sûr que {Elevant la voix.) M™^ la duchesse de Xaintrailles partage mon avis.

Yvonne, se tournant vers la gauche où elle croit toujours Musigny. — Musi...

Tiens!... {A Sabouraud, distraitement.) Oui... {Elle jette un coup d'œil inquiet sur la traîne de sa jupe, oii Sabouraud -piaffe.) L'Ambassadrice. — < C'est plaisir de recevoir un hôte comme vous. Vous êtes

d'une indulgence ! Tout vous plaît, comment? tout vous enlève.

Sabouraud, cordial et plébéien. — Dites que je suis gobeur, dites-le ! En voyage, je gobe. En France, scepticisme, crainte du vieux jeu, s'observer, cant...

Verneuil, grognant au mot anglais. — Hun!...

Sabouraud. — En voyage, le Midi monte. Je suis celui qui, à Paris, boude un déjeuner de Paillard... tandis qu'à l'étranger... la moindre omelette d'auberge...

M™^ Charlet, à part, reniflant. — Il y a une petite odeur d'ail.

L'Ambassadrice, banale. — Vous voyagez, beaucoup ?

Sabouraud. — Je fais mes visites. J"ai des amis dans le monde entier. Je me frotte successivement à toutes les civilisations, et ma politesse entretient mon cosmopolitisme.

Il attend une réplique, f|ui ne vient pas. Il se dccide à enfder un lieu commun.

Je considère les voyages comme une gymnastique indispensable. N'est-ce pas à ces déplacements continuels que les fines intelligences qui sont parmi nous doivent leur universalité?

L'Ambassadeur. — Ah !... {Les favoris.)

Sabouraud. — On nous méconnaît. {Goguenard.) On dit que nous savons surtout nous taire. (// tonne.) C'est faux! Nous avons toujours quelque chose à dire, nous sommes intéressants et substantiels.

Musigny. — Il est certain que nous avons notre petit esprit.

Sabouraud. — Mon cher!!... Mon cher monsieur de Musigny!... Un esprit!... Un esprit qui touche à tout, et qui ne paraît superficiel que parce qu'il est supérieur !

Verneuil. {Fort accent.) — Pour employer une expression de sport, un esprit qui galope par-dessus.

Musigny, à part. — Ça ne veut rien dire, mais ça a l'air.

Sabouraud. — Je connais parmi nous des garçons qui ont une verve!... La verve des voyageurs, seulement tempérée par une éducation, par un sentiment exquis du monde !

M™° Charlet. — Oui, des Gaudissards snobs.

Sabouraud. — Enfin... {Il pivote et trouve moyen de saisir, rien qu'un instant, son pied droit.) Enfin, mon cher monsieur de Musigny... notre vraie originalité, c'est d'être les seuls Français qui n'aient pas la superstition de Paris.

L'orchestre, au paradis, attaque la valse des Cent Vierges: « O Taris.... »

Je mets en fait quon ne trouverait pas, dans tout le personnel du Département, un seul véritable Tarisien.

MusiGNY, à fart. ~ Malhonncle !

Sabouraud. — Pour moi, lorsque, pnr grand hasard, je séjourne à Paris, jaime à sentir que j'y suis de passage. J'y avais autrefois un pied-à-terre : j'ai donné congé pour me procurer le plaisir de loger à l'hôtel dans ma ville natale. {Exagérant.) Lorsque j'y flâne par les rues, j'aime avoir 1 air d'un monsieur qui revient du Congo... (/Vnemetit) nu de Smyrne.

MusiG.w, à part. ~ Ce n'est quelquefois que de Pontoise.

En bas, aux accents de la valse des Cent Vierges un couple, un seul se met à danser. '

Sabouraud, hors de lui. — La fête bat son plein !

Entre Chailly-Descombes iivec le du< ,1e Xaintrailles. Francis, machi.ivelique, prodigue à son compétiteur les témoif^na-^es d'amitré.

Francis, à Yvonne, brièvement. — Voulez-vous faire un tour dans la salle, au foyer ?

Yvo.WE, indifférente. — Volontiers.

L'Ambassadeur, éi l'Ambassadrice. — Chère amie?...

L'Ambassadrice. — Mais oui.

^ Sabouraud. — Xous sommes là, tout prêts à conduire ces dames... Messieurs, où est le mouvement ?

L'Ambassadeur offre le bras à Yvonne, et ChaiHv- Descombes à l'Ambassadrice. La Morvandière enlevé M°" Charlet. Xaintrailles reste en ar-^ rière. A la porte.

Sabouraud. — .A.près vous, mon cher monsieur de Musigny.

MusiGXY. — Pardon, Musigny tout court : je suis aussi roturier qire vous.'

Sabouraud se tourne vers Xaintruilies, et lui jette un ref^^rd de pitié.

Fraxcis, charmant et ironique. — Ces gens soi-disant d'esprit sont des mal élevés et les trouble-fête de nos conversations. Ils font^ des mots qui détonnent et qui coupent la réplique au lieu de la suggérer.

^- Sabouraud. — Je suis bien de votre

avis. {A Yerneiiil.) Come out.

Verxeuil, grogttant. — Hun !...

Ils sortent. La valse des Cent Vierges, da Cafo.

La baifjnoire des Princes.

Style officiel, sauvé par le ton délicieusemr'-.t

taux du velours vieux rose. Des fauteu, .

presque Empire, à coussins mous.

Dans le salon, divans et chaises, Tablt servi" •

the, Kateau.\, viandes même. Boites de ciearc ■

tes. "

Dehors, ^à la porte, deux sentinelles, catalep • ques. Elles ressuscitent lorsqu'un officier ou '■ • dignit.aire passe dans le couloir. Alors, elles =, tout de 1 œil, frappent rudement le sol de la crosse de leur fusil, pour marquer le premier emps, et, suivant le grade, portent ou présentent 1 arme. ^

Dans la loge, au premier fauteuil de droite' L ARCHIDUC Pal-l (l'habit). A côté de lui, sur le deuxième fauteuil, son domino. A côté du domino la comtesse d'Eschenbach, en domin-j rose, petits choux de satin. A l'autre bout 1p comte DE LCTZBOURG, Uniforme de général d'in-' fanterie, ses vingt-deux croix.

loujours la valse des Cent Vierges.

La comtesse d'Eschenbach, Lutz- BOURG. — ... {Ils se taisent ensemble.)

Paul. (// siffle entre ses dents.) — Fh, ph, phu... ph, ph, phu... ville im-men-ense et... {Coupé net, comme une communication téléphonique.)

La comtesse d'Eschenbach, Lutz- BOURG. — ...

Paul. — A quarante sous l'heure, comtesse, à quarante sous l'heure.

La comtesse d'Esche.nbach, sans comprendre. — {Geste d'assentiment.)

Paul, despotique. — Je dis que je m'embête, entendez-vous ?

La comtesse d'Eschenbach, Lutz- BOURG, avec la même expression de re<^ret ~ Ah'.... {Geste.) "^ "

Paul, fredonnant. — O Paris... {Parlé.) Paris... (// éclate.) Dire qu'il v a un Paris, un Opéra, des bals, et des rois, des vrais, qui ont la veine de demeurer à l'hôtel Vouillemont ou à l'hôtel Bristol !

Lutzbourg. — {Geste.)

Paul. — Et j'en suis réduit... Est ce raté, leur redoute! Est-ce guindé! Est-ce crevant! Le détail ridicule ne manque pas... {Férocement, à il/'^^ d'Eschenbach.) Ainsi vous, comtesse, vous êtes parfaitement ridicule avec votre domino rose. Peut-être ne le soupçonniez-vous point !

La comtesse d'Eschenbach, impassible. — Xon, monseigneur.

Paul. — Vous ne vous doutez pas du succès que votre domino rose obtiendrait a Paris.

La comtesse d'Eschenbach. — Je ne m'en doute pas, Altesse, ne connaissant pas Paris...

Paul, agacé. — Ni le Moulin Rouge, ni rien au monde, c'est convenu. Ah !... {Sou-

fir. Un temps. Gagnant.) Le Jardin va rouvrir bientôt.

La comtesse d'Eschenbach. — Le Jardin ?

Paul, grossier. — Oui, le Jardin... {Subitement cordial, et avec la physionomie d'un anecdotier qui va en raconter une.) J y ai fait, l'autre année, la connaissance... Approchez donc, Lutzbourg, vous restez à une lieue... connaissance... pfuit!...

Lutzbourg. — {Gros rire officiel.)

La comtesse d'Eschenbach, nnnaudi'ere. — Ah !...

Paul, familier. — Ohé!... Jolie!... Ah!

{Baiser.) Et canaille !... {Les castagnettes.)

La comtesse d'Eschenbach, très intéressée. — Quel était le nom de la jeune personne que Votre Altesse Impériale a daigné...

Paul. — J'ignore son véritable nom.

Elle est habituellement désignée par un sobriquet assez bizarre, qu'elle doit sans doute à la célébrité de son appétit.

Lutzbourg. se passionnant. — Ah!...

Paul. — Pour en juger par moi même, je me la fis amener à souper.

La comtesse d'Eschenbach. — Son Altesse Impériale peut-elle se commettre...

Paul. — Incognito... Je ne détaille i)as, pour la pudeur de xM"= d'Eschenbach... Souper... La suite... Vlan! vingt-cinq louis... Deux jours après, je repique. Souper, la suite, vingt-cinq. La veiiie de mon départ, je retourne au Jardin... incognito... toujours... Autour de moi, chuchotements discrets, respect, mais pas gêneur. Le directeur de l'établissement me faisait l'honneur de m'accompagner. .. La petite amie m'avise, me saute dessus, et là, carrément, savez : « Tiens ! bonsoir, ma vieille, ^larches-tu? Je suis ton homme. »

La comtesse d'Eschenbach, scandalisée. — Oh!... Cette dame n'a donc aucune éducation ?

Paul. — Mon directeur l'empoigne par le bras, la tire à part : « T'es folle... sais-tu qui c'est, le monsieur? — J'te crois, c'est un rasta de la haute avec qui j'ai... soupe deux fois, et qui a casqué de vingt-cinq iouis chaque. »

La comtesse d'Eschenbach. — Casqué!

Paul. — Là-dessus, viol de mon incognito.

La comtesse d'Eschenbach. — J'espère que cette révélation la foudrova.

Paul. — L'^n peu... « Ah! monseigneur, me dit-elle avec une touchante confusion,

comme tu dois me mépriser, moi qui ai di': ci sou\-ent... {Geste) devant toi ! »

Lutzbourg. — Oh! oh! oh!

La comtesse d'Eschenbach, tout d'un coup. — Ah ! j'ai compris.

Paul, riant. — Vraiment, comtesse, pour une femme qui ne sait rien de la vie...

La comtesse d'Eschenbach. — Monseigneur, c'est un miracle : je ne sais rien, je ne comprends rien, je suis incapable de pénétrer le sens d'un bon mo,... et je devine tout de suite où il faut rire quand c'est un de mes maîtres qui parle.

Un temps.

Paul. — Xon, mais la sentez-vous, comtesse, la sentez-vous bien, ma joie de p-ince, de frère, d'empereur, à ce tutoiement cocasse? « Monseigneur, comme tu dois... »

La comtesse d'Eschenbach. — Là.

monseigneur, je la sens, je la sens bien. Mais je représenterai humblement à Son Altesse Impériale qu'elle n'a pas besoim d'aller chercher dans son Paris, danr, son Jardin, pour goûter des joies du même ordre avec moins de crapule et avec plus de ragoCit.

Lut/bourg s'en va boire. Paul daijjne écouter.

Tandis que vous parliez, monseigneur, je regardais là-haut, dans une loge, une jolie femme dont vous n'ignorez pas le nom propre et qui ne porte point de sobriquet. Elle est du monde, elle est noble. Votre Altesse elle-même ne lui peut adresser la parole qu'avec des formes de respect qui n'avancent pas les affaires. Mais le masque est l'incognito de la vertu. Elle ne peut répondre à Votre Altesse qu'en usant de la troisième nersonne, et cette troisième personne-là doit être bien gênante dans certaines extrémités ; mais le domino de bal masqué est l'incognito de la grandeur. Ah ! si j'étais à votre place, je m'offrirais le plaisir, monseigneur, de me V&ire tutoyer par une duchesse.

Paul, riant. — Comtesse, pas un mot de plus : j'ai beau tout connaître de la vie, moi, je ne suis pas aussi bête que vous pourriez croire.

Il se lève et revêt le domino. iP' d'Eschenbach se lève, Lutzbourg reparait.

Ah ! sortez si le cœur vous en dit, mais vous n'allez pas me suivre. Il serait réussi, mon incognito ! Lutzbourg, avec ses dimensions, vous avec... {Bon enfant.) Non, comtesse, ce que vous êtes ridicule avec votre rose, c'est un bonheur !

II sort. A la porte, coup de crosse des sentinelles.

C'est bon, c'est bon...

D';ibord, ceu.\ qui l'ont vu sortir de la lofje le reconnaissent et s'écartent sur son |)assa}^e. Puis il se perd dans la foule. A (|uel(|ues pas de là, il aperçoit la duchesse de Xaintrailles.au bras de rAmbitssadeur. Il vient se camper devant eux. C'iiameroy le re-^arde avec ahurissement.

Chailly-Descombes, survenant. — Monsieur l'iimbassadeur... (// parle bas à l'oreille de C/iameroy.)

Paul, saisissant Yvonne par la main. —

Yvox.VE, reconnaissant sa voix. — Monsei...

Paul. — Plaît-il?

Yvonne, riant. — L'étiquette est de ne pas reconnaître ?

Paul. — L'étiquette est de me parler comme on parle a.uxm<\sques. {/Il' entraîne.)

Yvonne, sans y -prendre garde. — Et comment leur parle-t-on ?

Je n'en sais rien. C'est la première fois que je me mets du velours et de la dentelle sur le nez.

Paul. — Vous apprendrez vite. On débute toujours par la même phrase : « Je te connais. »

Yvonne, cJioqnée. — Oh!... {Narquoise.) Si je disais cela mes propres paroles me démentiraient : car prouveraient justement qut timide) je ne te connais pas.

Paul, plaisantant. — Tu ne me connais pas?

Y'voNNE, candide. — Pas du tout.

Paul, mystérieusement, en lui serrant le bras. — PauL..

Yvonne. — C'est un nom très répajidu.

Mais — le hasard sans doute — je ne connais personne que j'appelle de ce nom-là.

Paul. — "Vous connaissez quelqu'un à qui vous avez promis de penser, sous ce nom-là.

Yvonne, vivement. — Non, je... je ne me rappelle pas.

Paul. — Dois- je soulever mon masque?

Yvonne. — Xon... je me rappellerais encore moins... {Elle résiste.) Pardon... ma loge est au premier.

Paul, un peu trop hautain. — Si je vous

invitais pourtant à venir visiter ma baignoire, qui est I avant-sccnc de gaucne... comment teriez-vous pour refuser?

Yvonne. — Un enlèvement?

Paul. — L'n enlèvement.

\ VONNE. — Eh bien, monseigneur, j'aime mieux : non.

Paul. — Pourquoi?

Yvonne. — Cela ressemblerait par trop à un enlèvement sérieux. "Votre Altesse Impériale veut rire, mais elle a des façons trop

— Ah! si j'i'rpAis a votue pi.\ce...

majestueuses et une stature trop formidable pour marivauder : elle y met du romantisme et de la musique de Verdi. C'est Lucrèce, monseigneur, c est le Ballo in maschera, ce ne sont' pas les Jeux de... {Elle se tait.)

Paul. — De l'amour.

Yvonne, sèchement. — Vous avez trop de littérature pour un prince.

Paul. — C'est mon rôle de cadet.

Ils arrivent à la porte de la luge.

Yvonne. - — Où sommes-nous?

Les deux sentinelles. Coup de crosse.

Paul, furieux. — Imbéciles.

Il pousse la porte. Yvonne se laisse attiicr.

Paul. — Eh bien! vous voyez... cela n'est pas si terrible... si romantique... Cette table servie...

Yvonne. — J'accepte le pain et le sel, et maintenant je ne me méfierai plus de votre hospitalité.

L'archiduc fait mine de retirer sou domino.

{Vivement), — Xon... nous répétons en costume.

Paul, jeune -premier. — Prenez garde, c'est m'autoriser à toutes les franchises et à bien des libertés. Il est tant de choses que je ne puis pas vous dire à visage découvert... {Se rappelant la leçon de /V^" d'Eschenhacli) tant de choses que vous-même, à visage découvert, vous ne pouvez pas entendre... {Mèlaticoliquement.) Il faut que nous portions des masques pour avoir la permission d"être vrais !

Yvonne. — Oh!... romantisme...

Paul. — Méchante!... (// en profite pour lui prendre la main.) Vous n'étiez pas si dure, l'autre jour. Vous avez eu pitié de moi... un peu... Vous m'avez fait entendre que Ton devait aussi avoir un peu pitié de vous.

Yvonne, troublée. — Monseigneur...

Paul. — Pourquoi me marchaiidezvous... {S' échauffant) pourquoi vous marchandez-vous à vous-même un plaisir dont l'occasion est si rare?... {Dans le ton.) Je ne vous demande qu'une réplique, une pauvre petite réplique, puisque c'est une comédie que nous jouons... Laissez-.moi répéter le mot, vous savez... le mot que j'ai osé prononcer tout à l'heure, et ne refusez pas de me rendre heureux — pas comme un roi, comme un homme, — en me disant que je ne vous suis pas indifférent tout à fait.

Yvonne, ires franche. ■ — Non, certes, vous ne m'êtes pas indifférent.

Paul. — Ah!... {Un élan.)

Yvonne. — Pas de gestes, monseigneur :

c'est du jNIarivaux.

Paul, agité. ■ — Ah ! duchesse, je suis heureux. {Il lui baise les mains.)

Yvonne. — Bonheur facile.

Paul. — Non, il me manque encore quelque chose.

Yvonne. — Quoi donc?

Paul, tout à fait écolier. — Dites-moi, duchesse, dites-moi que vous n'aimez personne.

Yvonne, retirant vivement son masque.

— Quelle idée? J'aime mon mari.

Paul. • — Vous avez retiré votre masque pour dire cela : c'est une réponse d'étiquette.

Yvonne. — J'ai retiré mon loup sans y penser.

Paul. — Instinctivement.

Yvonne. — Parce qu'il fait chaud ici... Sortons, voulez-vous?

Elle arrange ses cheveux, d'un geste machinal de coquetterie.

Paul. — Vous ne répéteriez pas à visage découvert ce que vous m'avez dit masquée.

Yvonne, calme. — Mais si.

Paul. — Que je ne vous suis pas indifférent ?

Yvonne. — Je serais bien Ingrate, si je ne portais pas à Votre Altesse Impériale des sentiments...

Paul, riant. — Ah ! non. duchesse, remettez votre loup... Si c'est pour me parler sur ce ton-là!...

Elle rit.

... Eh bien?

Yvonne. — ?

Paul. — L'autre chose?

Yvonne. — Quoi donc?

Paul. — Que vous aimez votre mari...

Vous le répéteriez?

Yvonne. ■ — Sans doute.

Paul. — Voyons... répétez...

Yvonne hésitant. ■ — Je...

La porte s'ouvre. Entrent la comtesse d'Eschenbach et Lutzbourg.

La comtesse d'Eschenbach. {Révérence de cour.) — Monseigneur... {Cri de foie.) Ma chère petite duchesse...

Yvonne, gênée. ■ — Je... je... {Inspiration.) ^lais, chère madame, quelle heureuse surprise! Je vous croyais en voyage...

La comtesse d'Eschenbach, avec lex pression du désespoir. — Ne m'en parlez pas... Je ne me tire pas des préparatifs... Et, à ce propos, si j'osais vous demander un petit service... {Coup d'oeil à Paul.) Vous seriez un ange du ciel si vous veniez me voir cette semaine au Château.

Yvonne. — Je serai un ange du ciel.

La comtesse d'Eschenbach. ■ — Ah!...

Quel jour, s'il vous plaît, repart votre courrier ?

Yvonne. — Mercredi.

La comtesse d'Eschenbach. {Coup d'œil a Paul.) — Mon Dieu ! que vous seriez bonne, ma chère enfant, s'il vous était possible de venir mardi !

Yvonne, tout à fait remise. — C'est convenu. {La main.) Et maintenant, monseigneur, je demanderai à Votre Altesse Im-

— Quelle idée ?,,. J alme mon .maki.

périale de vouloir bien me rendre ma liberté. Le comte de Lutzbourg sera assez aimable pour m'offrir son bras, et pour me reconduire dans la loge de lambassade.

Lutzbourg. — Duchesse...

Paul. — Je prétends bien vous y conduire moi-même.

Paul se débarrasse de son domino. Yvonne se masque. Ils sortent. Les sentinelles rendent les honneurs.

Ils montent rapidement au premier étage et se font ouvrir la loge. Tout le monde est réuni au balcon, à l'exception de Sabouraud et de M"' Charlet. Assis près d'elle sur le divan du salon, il a repris son attitude favorite, le pied gauche dans la main droite.

Entrée.

L'Ambassadeur, sursautant. — Oh ! mon.seigneur. .. Messieurs, Son Altesse Impériale...

Francis, h fart. — C'est trop fort !

Sabouraud, tirant La Morvaudiirc far le fan de son habit. — Mon cher I I... Vaisje lui être présenté?

La Morvandière. — Seulement si Elle en exprime le désir.

Sabouraud. gaffant. — Qui ça, elle?

La Morvandière. — Son Altesse.

Sabouraud. — Ah!

Verneuil, bas à Xaititr ailles. — Serai- J3 présenté?

Francis fait signe que non. Paul, très affable, très sirnple mortel avec l'Ambassadrice. Tout d'un coup, il aperçoit Francis.

Paul. — Ah! monsieur de Xaintrailles...

Bonjour.

Francis. — Monseigneur...

Sabouraud, à fart. — Ah çà ! ah çà ! qu'est-ce qu'il m'a chanté, Xaintrailles? Est-ce que la petite femme, ce serait sa femme?

Paul, ironiquement aimable avec Francis, et lui fusant ces questions que fosent les f rinces. — Vous ne vous êtes pas absenté? Il me semble que voilà des siècles qu on ne vous a vu.

Francis. — Xon, monseigneur...

Paul. — Et votre famille? Je m'intéresse beaucoup à votre famille.

Francis. — J'en suis touché, monseigneur.

Paul. — Vous avez des frères. Je crois?

Francis, agacé de cet interrogatoire. — Deux, monseigneur.

Paul. — En vérité? Et de quel âge?

Francis. — Ma foi, monseigneur, je ne sais trop. J'ai une si mauvaise mémoire! Chaque fois que je veux avoir sur ma fa-

mille des renseignements précis, je suis obligé de recourir au Gotha.

Sabouraud, bas à /V"" Charlet. — Dites donc, chère madame... Est-ce que l'archiduc Paul et la petite duchesse de Xaintrailles... hein ?

M™" Charlet. (Mouiement d'éfaules.) — Qui sait? Pas encore peut-être. A coup sûr, un jour ou l'autre. Pourquoi voulez-vous que Xaintrailles soit un mari privilégié? Il en porte, ou il en portera : seulement il les portera fermées.

lie liivpe Jaune

documents diplomatiques

Le .Marquis de Chameroy au Ministre des Affaires étrangères, à Paris.

« J'ai reçu les dépêches télégraphitjues que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser. Je m'en inspirerai dans mes prochaines entrevues avec les ministres du commerce et des relations extérieures. Ma situation demeure assez délicate. La bienveillance de Sa [Majesté n'est pas douteuse, et les sympathies populaires nous sont acquises. Il n'en est pas moins vrai que les deux gouvernements se trouvent en désaccord sur presque toutes les questions.

« J'espère avoir résolu celle de l'incident frontière, qui traînait en longueur. J'ai conduit l'enquête sévèrement, et j'ai eu la joie d'établir que le douanier français tué par un garde n'avait pas reçu la mort dans l'exercice même de ses fonctions. Je présume qu'il se livrait à un braconnage, que nous devons être les premiers à désavouer. D'autre part, le cadavre a été trouvé au pied du poteau -frontière ; il était renversé la face contre terre, et ses bras, tendus en avant, dépassaient seuls la ligne de démarcation. La balle avait pénétré entre les deux omoplates, ce c|ui semble indiquer que ce mâsérablo fuyait, et cette attitude vaut un aveu.

(I je dois reconnaître oue les autorités locales ont lutté «rV courtoisie avec les magistrats français. Xos efforts contradictoire? pour faire la lumière ont abouti à un anéantissement réciproque des respo-nsabilités. J'ai retiré toute réclamation. L'Empereur néanmoins a stipulé gracieusement une indemnité pour la veuve, et a bien voulu déplacer le meurtrier, en lui donnant un avancement.

La Caii'icie

a T.cs choses ne vont malhcureuscmcn':

pas aussi bien en ce c[ui concerne l'application de notre nouveau taiif douanier. L. s journaux de toutes nuances épuisent les rubriques à sensation pour traiter chacjue jour ce sujet, sous les titres : (( La question brûlante », (( La catastrophe est arrh'ce », (( Constimniatum est », etc.

(< Ce déchaînement me semble trop violent et, en définitive, trop exagéré par rapport à ses causes j)our pouvoir durer longtemps. J'espère que les hommes du gouvernement sauront se soustraire aux efforts que fait la presse pour les entraîner à des mesures qui compromettraient l'avenir sans remédi(>r au présent. »

F,e chef des cuisines de /Ambassade de

France à M. Gilet {^comestibles étrangers),

à Paris.

(( Monsieur Gilet, l'Ambassadeur donne prochainement une fête que Leurs Majestés daigneront sans doute honorer de Leur présence. Le souper, auquel je pense qu'Elles assisteront, ne doit rien laisser à désirer. Il me paraît convenable de faire figurer au menu quelques-unesdes spécialités nationales. Malheureusement, il est presque impossible de se les procurer ici en quantité suffisante et sous une forme présentable. Ce n'est qu'à Paris, et chez vous, qu'on trouve de hv^" comestibles étrangers. Veuillez donc m'en faire un envoi sérieux par la prochaine valise. Nous souperons deux cents. Vous savez bien

à quel bureau il faut s'adresser, quai d'Orsay. Joignez, je vous prie, quarante belles bottes d'asperges et de la petite fraise en conséquence. On ignore la primeur dans ce 2)ays.

« Recevez mes salutations. »

(( P. -S. — Monsieur Gilet, monsieur Gilet, que la marée ne manque pas à la table impériale ! Vatel saurait ce qu'il lui reste à faire. »

Musigiîy à so}i ami A'***, tont jeïtne homme, de lettres, à Paris.

(< Vous vous plaignez, Monsieur mon cher disciple et admirateur, de mon ignoble paresse. C'est vrai que j'écris peu, comme je parle peu. Je ne dis que le mot qui jDorte, et cela ne se trouve point dans le pas d''un cheval. Je n'écris que tous les deux ou trois mois, des lettres qu il ne serait pas cynique d'imprimer.

« Celle-ci n'est pourtant qu'un billet, bref et familier. J'ai une ardente curiosité, cjue seul peut satisfaire un Parisien vivant à Paris. Mon bon ami, rendez-moi un service dont voici l'aperçu.

<( L'Ambassadrice n'use guère de la valise pour sa correspondance personnelle. Pourtant, les courriers emportent, une fois sur deux, une lettre d'elle, une seule. Cette lettre est TOUJOURS adressée à la baronne du Breiiil- Blangy, faubourg. Saint-Honoré, 403 bis. Or, si bien cachetée que soit l'enveloppe, malgré la gomme, malgré la cire bavante frappée aux

LE r.ADAVRE A l'riÉ TROUVE AU PIl-D ÛU POTEAU FRONTlEliE.

armes de Charmeroy, .'nalgré toutes les précautions, malgré tout, toujours, toujours, toujours, il s'échappe des plis de l'enveloppe un petit bout de cheveu. Ce cheveu m'intrigue. Quel est ce cheveu ? Quelle est cette baronne.'^ Que signifie cette correspondance capillaire ?

<( Mon ami, on reproche à notre littérature de couper les cheveux en quatre. Ah! il se peut, car j'en rêve, de cheveux. Un jour, n'y tenant plus, j'ai eu l'infamie de tirer jusqu'au bout celui qui passait. Il en est venu un ^"^i

<<■ J'ai eu l'infamie de tirer jusqu'au bout celui qui passait. »

a.utre à la suite, qui m'a montré gentiment le bout de sa pointe, d'un air de défi et de moquerie.

(( Je ne peux plus vivre avec cette inquiétude. Vous savez combien je suis neurasthénique: mes caprices ne souffrent point de délai. Je vous en prie, épargnez-moi le crime de chiper un jour toute une lettre, allez au r''inistère, voyez le chef de cabinet, demandez une audience au ministre. Faites-vous ])résenter à la baronne du Breuil-Blangy, couchez, s'il le faut, avec cette dame, que je crains âgée et orléaniste, mais pour Dieu, sachez-moi le mot de cette énigme. J'en meurs.

Le Marquis de Chavieroy au Ministre des

Affaires étrangères

(^Annexe à la ^précédente dépêche.^

Confidentielle.

« Pour faire suite à ma dépêche d'hier, je crois pouvoir assurer à \'otre Excellence que nous viendrons à bout de la presse. Le directeur de \ Eclairé possède une réputation d'incorruptibilité si bien assise qu'il n'a plus besoin de se gêner. Son aller ego ne m'a laissé aucun doute à ce sujet. J'espère que Votre Excellence pourra m'envoyer les fonds par la prochaine valise. Il faudrait en ce cas confier à un courrier d'une intelligence •jà éprouvée, afin que nous n'ayons pas à aindre un vol à l'américaine : cela sest vu. (( J'ai une autre communication à vous faire, mais si délicate que j'ai longtemps baicé.

■ « Leduc de Xaintrailles, deuxième secrétaire de l'amoassade, a récemment rejoint son poste, à l'expiration d'un congé de trois mois, au cours duquel il s'était marié. Sa jeune femme a ]iroduit une grande impression sur S. A. I. l'Archiduc Paul, frère de Sa Majesté. La vertu de la duchesse ne saurait être suspectée en aucune manière, surtout aussi peu de temps après son mariage. Il m'est quand même permis de croire c|u elle ne reste pas tout à fait indifférente aux sentiments du Prince, et qu'en son inexpérience des choses de la Cour, elle ne soupçonne pas le danger où elle se précipite.

« Il semble que jusqu'à présent rien de grave ne se soit encore passé. C'est apparemment l'extrême lenteur, et, si je puis dire, la cérémonie de ce flirt, qui aveugle la jeune duchesse. Elle ne se doute pas de la cruelle surprise que lui réserve le premier tête-àtête. Elle ignore qu'il est déjà question de sa chute inévitable dans les cercles politiques, et que l'Empereur doit suivre heure par heure les phases de cette intrigue: car la police particulière de Sa ^Majesté est si bien faite que l'Archiduc lui-même croit prudent de recourir à la valise de France lorsqu'il veut correspondre, à l'insu du cabinet noir, a,vec son médecin, le docteur Cuvillier^ de Paris.

<( Peu s'en est fallu que l'accident se produisît hier même. S. E. la comtesse d'Eschenbach, vieille demoiselle d'honneur de l'Impératrice, qui a la fâcheuse réputation d'être secourable aux fantaisies de l'Archiduc, avait, sous un prétexte, attiré la duchesse dans son appartement, au Château. Par une suprême habileté, ]\I™* d'Eschenbach a en-

«Je suis en TRAiN d'exécuter pour Son Altesse Impéuiale l'Archiduc Paul

Page 1