‹ La carrièreChapitre 18 sur 25 · I.a Cnnièrc · texte numérisé non relu

I.a Cnnièrc

savez, tous les renseignements... toutes les indication.s (jue \ou.s ])()uvez .souhailer... Joli article à faire. Vous parlerez un peu de mes petite.s inventions, hein? Le sac...

Gaviolini. — Ah! oui, le sac...

La Morvandière. — Venez donc voir encore... {Il V entraîne.)

Yvonne, resiée seule. — Pourquoi l'Empereur sest-il donné la peine de contrarier nos projets? A quel titre? Dans quel intérêt?

Gavioi.i.n'i. revenant. — Pardon, chère madame, je... Oh!

Chaillv-Descombes, en pantalon à [.ied, se précipite sur Gaviolini et lui saisit les mains.

Chailly-Descombes. — Mon cher, cher ami... Alon valet de chambre est idiot, 'il ne m'avait pas averti. Et je dormais!

Gaviolini, flutôt froid. — Désol-é...

Mais j'étais en si heureuse compagnie que...

Chailly-Descombes. ■ — Ah!... Vous avez bien passé la nuit, madame?

Yvonne, distraitement. — Très bien, merci.

Chailly-Descombes, bas à Gaviolini.

— Un mot.

Gaviolini, de même. — Tout à l'heure.

Chailly-Descombes, le tirant à l'écart.

— C'est pour Vienne...

Yvonne, à fart. ^ Il est clair que .s'il me plaît de le revoir, aucune puissance Iximaine ne m'en empêchera... Mais où? puisque la comtesse est partie... Hélas! mon pauvre prince! Il m'aime tant, et si discrètement !

Chailly-Descombes, h Gaviolini. •

Voyons...

Gaviolini, se rapprochant d'Yvonne.

— Je ne sais rien du tout, rien du tout... Chailly-Descombes. — Je te reverrai

tout à l'heure?

Gaviolini, évasivcmcnt. — Oui, oui...

Chaill\--Descombes sort.

Yvonne. — Vous avez l'air bien froid avec M. Chailly-Descombes? Je le croyais votre ami intime.

Gaviolini. — Il me pose des questions auxquelles je ne veux pas répondre, vous savez bien pourquoi.

Yvonne. — Comment? Pas du tout.

Gaviolini. — Vous ne savez pas que votre mari et Chailly désirent tous les deux une même chose, et se sont adressés à moi tous les deux?

Yvonne. — C'est la première nouvelle.

Gaviolini. — Alors, je me tais. Appa-

remment, Xaintrailles veut vous faire une surprise.

Yvonne. — Parlez, au contraire, je vous en j)rie.

(iAviOLiNi. — Eh bien! ils prétendent toiis les deux au i)oste de premier secrétaire qui est vacant cà Vienne.

Yvonne, à fart. — A Vienne ! Francis veut m "emmener d'ici! C'est trop fort' (.4 Gaviolini.) Et?

Gaviolini. — Et je regrette de ne pas avoir vu votre mari : j'ai une bonne nouvelle à lui donner, son succès est presque assuré.

Yvonne, se contenant à feine. — Ditesle-lui, le voici.

Francis. {Même entrée que les frécédents. les deux mains.) — Mon cher, est-ce croyable ! Je viens de passer ici deux fois : il paraît que vous y étiez et je ne vous ai pas vu !

Gaviolini. — Pouvez-vous m'accorder un instant?

r rancis. — Venez donc par ici.

Ils entrent dans le cabinet de Chailly-Descombes, qui est libre, la porte ouverte à deux battants. Ils s'y enferment.

Yvonne, seule. Elle ne sait fins ce qu elle fait, elle marche à grands fas. — Ainsi, tout le monde se ligue contre une innocente amitié! Après l'Empereur, mon mari. Intrigue de cour, machination administrative, et partout la même hvpocrisie !... Pourquoi Francis s'avise-t-il 'aujourd'hui d'être ambitieux? Pour m'éloigner de Paul, c'est clair. Ces précautions sont flatteuses! A-t-il le droit d'être jaloux?... Suis-je jalouse de son Anglaise, moi?... Du moment que je sais qu'il ne se passe rien de mal entre eux!... Est-ce que je fais rien pour les séparer? Est-ce que je souffre? {Elle forte la main à ses yeux et ré fête avec égarement.) Est-ce que je souffre?

M. Henry, valet de chambre de Francis, entre fartant une lettre sur un flateau. — Madame la duchesse ne sait pas où est monsieur le duc? Voici une lettre" qu'on apporte pour lui et on demande la réponse.

Yvonne. — Donnez... M. le duc va revenir.

Il sort. Yvonne jette un coup d'oeil distrait sur l'enveloppe et reste un instant sans penser à rien. Puis elle entr'ouvre la porte du cabinet de Chaillv-Uescombes, et appelle :

Francis !...

Personne ne répond. Elle entre.

io6

Tiens!... ils ne sont plus là!... {Elle se laisse tomber dans un fauteuil) Le revoir... Quand? Où? {Elle se levé.) Mais ce soir même, puisque la famille impériale doit venir au grand complet... {Elle va s'accouder à la cheminée, regarde les invitations au cadre de la glace; puis son regard tombe sur une carte de visite posée devant la coupe de Sèvres, elle lit :)

r Archiduc PAUL

étant retenu ce soir à la forteresse par les exigences du service, aura le regret de ne pouvoir assister h la fête de M. r Ambassadeur de France, it lui en ténioigne tous ses regrets, en le priant d'être son interprète auprès de Ai'ne l'Ambassadrice.

Un Agent frappe a

COUPS DE MARTrAU SUR LA BOISERlIi.

Encore! Cette plaisanterie continue!...

Nous verrons.

M. Henry, reparaissant. — Pardon, madame... c'est pour la lettre : on dit quelle est très pressée.

Yvonne, impatientée. — Qu'on attende, M. le duc est occupé. {Seule. Grande agitation. Mouvements. Tout d'un coup elle sarrcte. Son visage s illumine. D une voix entrecoupée.) Partir... d'ici... c'est lui qui veut partir... d'ici... Alors... il n"a pas réfléchi... qu'en m'éloignant de l'archiduc... il s'éloignait aussi de... {Fresque un cri.) Mais si... il y a pensé certainement... et cela lui est bien égal... comme cela m'est bien égal à moi aussi de quitter Paul... que je n'aime pas... et lui non plus n'aime pas sa vieille caricature d'Anglaise... Il n'y a rien de vrai dans toutes ces histoires-là... Ce qui est vrai, c'est que nous nous aimons tous les deux et que nous n'avons j)as encore su nous le dire...

Mais nous allons ]iartir d'ici et recommencer à vivre... Je suis heureuse...

Elle fond en larmes.

D;ins sontranspori elle baise éperdu, ment la lettre cju'elle tient. Alors, elle éclate de rire.

Cette lettre...

On attend la réponse... Plus souvent je vais déranger Francis quand il s'occupe de notre départ, de notre salut...

Bah ! je peux bien décacheter les lettres de mon mari.

{Un regard sur V c n v e l 0 p p e.) O h !... cette grande écriture d'homme !... {Elle fait sauter le cachet. Lisant :) il/y love... (A la signature.) Ycur Dolly... Ah!...

Elle est debout, raide.

La ronde fait invasion dans le cabinet de Chailly- Descombes. Cette fois, c'est Gaviolini qui marche en tête, accompagné de Xaintrailles, lequel semble radieux.

1/ Ambassade ;r, fenchc. — Là... les plinthes.

Un a-^ent frappe à coups de marteau sur la bdiserie, jjour constater si elle sonne creux.

Gaviolini, cpouvanié. — Mais finissez donc, c'est absurde... Si vous cherchiez une fuite de gaz, n'est-ce pas, vous ne vous amuseriez pas à faire flamber des allumettes : vous cherchez des explo sifs, et vous tapez comme un sourd !

Yvonne, à voix basse. — Francis... {Plus durement.) Francis.

Francis. — Quoi donc?

Yvonne. {Elle lui tend la lettre ouverte. D'une voix brève :) — Tenez... répondez... On attend.

Francis. — Vous vous êtes permis... {Bafouillant tout d'un coup.) J'espère (jne vous n'allez pas croire...

je vous expliquerai...

Yvonne. — Inutile, je comprends... {Elle lui tourne le dos.)

L'agent avant terminé son examen, le cortège sort par la gauche.

Prodigieuses manches ds velours turfjuoise-ma-

lade. l'as un bijou.

Silence. Immobilité du musée Grévin.

Seule, I..A uccnKssK uk \aintuaii.les vit. Elle est

assise, dans une [wse relativement abandonnée.

Vous RENONCEZ A P.OMPBE AVEZ l'AnGI.ETE RUE

Gaviolini, très en verve, suit en faisant les grands bras et en fredonnant. - — Ah ! la po... la po... la po... ah! la poli-i-ce!

li'Rpothéose

Le petit salon de l'Ambassadrice. Les meubles rangés au mur. Illumination vieux style, uniquement de bougies.

A droite, la porte qui donne sur la salle des fêtes, est ouverte- A gauche, la porte qui donne sur un salon réservé à Leurs Majestés et à Leur Auguste famille, est close. — La porte du fond, qui donne sur l'escalier, est ouverte. Solennité de l'escalier. Sur les marches : laquais en poudre, et plantes exotiques.

A;i seuil, I'Ambassadrice' et l'Ambassadeur se font pendant. Son Excellence en uniforme : habit noir avec quelques agréments sentant le cirque, et boutons d'or. Une commanderie locale au cou (l'ordre des Saints-Innocents). La légion, discrètement, dans l'incognito de la brochette. La marquise de Chameroy, toujours Louis XIII ; le costume de Jane HadinCT en Marion Delorme, dans le frince d" Aurec. Diamants anciens, t^e personnel de l'Ambassade est semé avec art, et à peu près suivant l'ordre hiérarchique, d'un bout à l'autr^ du salon. Boutons d'or. Chari.et ganté. Il sourit. Son épouse est tellement dans la note et dans la tradition, qu'on voit tout de lite qu'elle a appris cela au Conservatoire.

MusiGNY et La Morvaxdière l'entourent. Elle ])arle avec feu. Sa toilette semble fort mal a[)propriée à d'aussi graves circonstances : toute lingerie et dentelles, tunique de dessous ajastée, en linon, tunique de dessus flottante, en angleterre. Des perles.

L'Ambassadeur, sans qu'un muscle tressaille. — Frécourt... Quelle heure?

Frécourt. {Rien quun petit battement d'artère à la tempe droite). — Dix heures deux.

Chailly-'Descombes. — Dans douze minutes, les salons seront pleins. Dans treize minutes, Leurs Majestés arriveront.

Yvonne, à Musigny, un peu trop haut.

■ — Moi, je le trouve superbe, le dénouement de Nora... Ce règlement de compte à froid, ce départ digne, le bruit de la porte... et, rideau...

Francis, faisant deux pas. — Yvonne...

Yvonne. — Laissez nous, mon cher, nos snobbismes ne se comprendraient pas : vous renoncer à rompre avec l'Angleterre, moi je fais les côtes de Xorwège avec ces messieurs...

Francis, penche, à voix basse. — "^ olre tenue m'afflige.

Yvonne, bas. — Consolez-vous, je vous assure qu'elle est parfaitement correcte.

C'est la vôtre qui ne l'est pas. Vous vous occupez de moi comme un bourgeois du Marais. M'en voilà réduite à vous proposer pour exemple... {Elle désigne L'harlct qui ri" ose pas approcher de sa femme. Francis s'éloigne en haussant les épaules.)

A partir de cet instant, un cortège ininterrompu de couples commence à défiler. Une brève station à la hauteur de l'Ambassadeur et de l'Ambassadrice, produisant un imperceptible remous, un inolTensif mascaret. Dans le salon, les rangs se forment, se tassent. Ces figurants semblent doués d'une compressibilité particulière. Peu de conversations, chuchotements en toutes langues, quel(|ues signes de politesse, gestes mous.

Tous les hommes eu uniforme, et remarciuablement coiiïcs, ou chauves. Les toilettes de femmes, médiocres ; ciuelques bijoux princiers. Sept ou huit beautés, types de races. Le reste, négligeable.

ITn temps d'arrêt.

G-^VIOLINI apparaît et fait halte dans l'encadrement de la porte ouverte. Il est seul en habit noir. On l'entend de très loin dire :

— Bonsoir, madame TAmbassadrice...

Monsieur TAmbassadeur... Votre E.xcellence est bien?

Il s'avance, d'une démarche gliss:ir.te. Il a l'air d'un maître de ballet qui coi.diiit une entrée, car, à sa suite, le défilé, un in^lant coupé, recommence.

YvoxxE. — Voici justement Gaviolini, qui a joué Maison de poupée cet hiver.

Gaviolini, lui baisant la main. — Il s'agit bien de cela! Vous n'auriez pas un cravon, madame? Croiriez-vous que jai oublié le mien !

La Morvandière, détachant un somptueux portemine de sa chaîne. — Le mien sera trop honoré de noter vos observations.

Gaviolini. — Merci, je veux croquer le suisse pendant que je l'ai encore dans l'œil. (Le carnet de Tonnel. Il note.)

Î/'JSIGNY. — Ah ! son bicorne et sa hallebarde ne sont pas piqués des hannetons.

Francis, bas a Hr^ Huxley-Stone qui entre (manches bouillonnées). — Parlonsnous à peine.

M" Huxley-Stone. ■ — Bien.

Huxlev-Stone, mettant les pieds dans le plat. — Mon cher duc, bonjour, oui !.., Voulez-vous me conduire à la duchesse?

Francis, évasivement. — Pardon, je ne puis. je...

Yvonne, m arc liant sur i\I" Huxley- Stone. — Bonjour... (Face-à-main.) Oh! si jolie !...

Yvonne lui tourne le dos et va rejoindre Gaviolini.

Gaviolini. — Des noms, duchesse, des

noms, des noms!... (Musique de valse, à côté.) Comment? Est-ce que l'on danse avant l'arrivée des Souverains?

Yvonne. — Non, non... Une valse pour rien... Le bal doit s'ouvrir par la contredanse officielle... D'ailleurs... (Elle se penche. An même instant, l'orchestre s'arrête.) D'ailleurs, Leurs Majestés ont dans la place.

Gaviolini. - Comment?

Yvonne. — Oui... Vous voyez bien que leurs. Leurs Majestés sont dans la place, paru, étant allés les recevoir en bas.

Gaviolini. — Sapristi ! moi qui voulais les cueillir à l'entrée !

Yvonne. • — Elles sont présentement dans le salon réservé. Elles vont traverser celui-ci pour se rendre dans la salle des fêtes.

La foule se tasse d'elle-même, laissant un passage d'une porte à l'autre.

Gaviolini. obéissant à la nécessité de faire des remarques. — Beau coup d'œil... Que d'uniformes!... Voilà ce qui nous manque en France... Vous me croirez si vous voulez, duchesse ; mais moi qui n'attache de prix qu'au mérite intellectuel, je donnerais bien cent sous pour avoir des boutons d'or sur mon habit noir.

Au ])remier rang de la haie, les ambassadrices de la Triflice. Klles causent très bas.

Leurs Majestés sont Et sans accident.

L'Allemagne.

au port.

L'Italie.

L'Autriche. — Tant mieux.

L'Allemagne. — Oh ! de colossales précautions étaient prises.

L'Italie, superstitieuse. — Et puis, la France a la veine.

L'Allemagne. — On m'avait pourtant fait espérer qu'il viendrait des anarchistes d'Orléans.

L'Autriche (face-ci-main). — Quelle splendide décoration ! Que de jolies toilettes !

L'Italie. — Plus brillantes qu'aux bals du Château !

L'Allemagne. — Cela n'est pas suivant l'ordre, qu'on fasse plus de frais pour l'Ambassadeur de France que pour Sa Majesté.

L'Autriche, lorgnant la toilette rutilante de la générale Puff. — Mais, vousmême...

L'Allemagne. • — Il faut bien se fortifier contre la satire : les Français sont un peuple si moqueur !

Voix diverses. — Chut!... chut!...

Grand silence, comme sur la place de la Roquette, un matin d'exécution, au moment où la porte s'ouvre. Celle du salon réservé s'ouvre en ellel, et ri'^MPKKEUK passe le premier, aceompaj^né de l'Ambassadeur.

Ils sont tournés l'un vers l'autre. Ils ne se disent lien.

Toutes les têtes s'inclinent. Gaviolini seul reste le nez en l'air. Puis il se |)enche vers Yvonne.

Gaviolini. bas. — Il ne ressemble pas à ses photographies.

Yvonne, avec recueillement. — Non.

Un temps.

L'I.MPKR-^TRICE paraît. Sa coiiTure en pâté. Elîe tient son éventail cor-ime une cravache. La robe, vieille étoffe Louis XVL Six millions de diamants.

L'Ambassadrice marche à côté d'elle. Elles sont tournées l'une vers l'autre, et sourient. Elles ne se disent rien.

Profondes inclinations.

Gaviolini, cherchant le mot à dire. —■ Il me semble... il me seiïible... quelle a un peu vieilli. Vous ne trouvez pas?

L'HÉRiTiKR passe, avec rARCHiDUCHESSE ThÉo- DORA, sa jeune sœur, très mal habillée. Rumeur 1 d'attendrissement.

Gaviolini. avec 2<ue désinvolture bienveillante. — Tiens ! Quel est ce petit officier? Il est gentil.

Yvonne. • — C'est Son Altesse Impériale Monseigneur l'Archiduc Héritier.

Gaviolini. — Ah! parbleu, oui!... Je ne le reconnaissais pas. Il a coupé sa moustache ?

Yvonne. — Elle n'a pas encore poussé.

Quelques seigneurs sans importance. Puis la foiile s'ébranle ; mais Gaviolini passe le premier immédiatement après Lutzbourg qui fermait la marche. Il bouscule même le comte, qui, pigantescpie, toise ce petit Parisien avec un olympien mépris.

Gaviolini. (// inspecte la salle d' un rapide coup d^ oeil. Vivement, il note.) — Carré long, blanc, or, petits amours fort relief, tout or; au fond, orchestre militaire, circulation vers le buffet à gauche. — Et maintenant, mon fils, de l'œil, de l'oreille, du jarret. Ceci est de l'histoire, et tu es témoin.

Il avise rEmi)ereur, qui s'entretient maintenant avec la marquise de Chamerov. Il marche résolument vers Sa Majesté, et se glisse derrière elle.

Un jeune officier, qui remplit les fonctions de maître des cérémonies, s'incline profondément devant le Souverain, et lui parle à voix basse.

L'Empereur. — Prenez les ordres de l'Impératrice.

Le maître des cérémonies. (// s'avance vers V Impératrice, qui s'entretient, à quelque distance, avec le marquis de Chameroy. Même étiquette.) - — Sa Majesté daigne-t-elle ordonner la première contredanse?

L'Impératrice, de la tite et de l'éventail. — Oui.

Signe à l'orchestre. Ritournelle du quadrille à' Or filée aux En J ers.

Gaviolini. — Bravo! Bon choix! Le chahut des dieux.

Les places :

Sur le grand côté, onze couples. Au milieu, l'Empereur avec l'Ambassadrice. L'Archiduchesse Tliéodora, sa fille, lui fait vis-à-vis avec Chaillv- Descombes. L'Héritier, (pii mène la duchesse de Xaintrailles, se truuve à côté de la Princesse sa sœur.

Sur le petit côté, cinq < ouples. Au milieu, l'Impératrice, que mène l'Ambassadeur.

Tous les spectateurs restent debout.

Gaviolini se trouve étroitement serré entre le premier rang des curieux et le dos de Sa Majesté.

Silence imposant.

Nouveau signe au chef d'orchestre. Reprise du quadrille.

Le maître des cérémonies, annonçant la figure. — Pantalon !

Gaviolini, très étonné. — Hein?

L'Empereur, à J/™*" de Chameroy. — Je ne me lasse pas d'admirer cet hôtel, madame. Belle demeure.

L'Ambassadrice. — Désormais historique, Sire.

Le maître des cérémonies, d'une voix de commandement. — En avant... Traversez !...

Gaviolini. — Oh ! oh !

L'Empereur, oubliant tout a fait de danser. — La France est magnifiquement logée dans mes Etats.

L'Ambassadrice. — Pourvu qu'elle le soit un peu confortablement dans le cœui de Votre Majesté...

Gaviolini. — Bien ! Bon mot !

Le maître des cérémonies, du ton d'un homme qui ne badine pas. — En avant... Traversez!

L'Ambassadrice, timidement. — Sire...

L'Empereur. — Ah! pardon... (/Z lui prend la main.)

Le maître des cérémonies, à tue-tête.

— Traversez ! ! !

I lO

L'archiduchesse Théodora, croisant Sa Majesté. — - Voyons, papa...

Gaviolini, enchanté. — Charmant, charmant... {Il fredonne.) La, la, la... la, la, la... en mesure, en mesure.

Chailly-Descombes, ayant traversé avec l'Arcliiduchesse, se trouve maintenant à la place de l'Empereur, devant Gaviolini qui lui adresse un petit signe d'encouragem.ent.

L'archiduchesse Théodora, à Chailly- Descotnhes. — Est-ce qu'on dansera tout à l'heure rien que pour s'amuser?

Le maître des cérémonies. — Traversez!

Gaviolini. — Ce matin, c'était un chantier de construction, ce soir, c'est un champ de manœuvre.

L'Empereur arrive à sa place bien après que l'orchestre s'est tu. Il fait un petit salut très gauche à la marquise de Chameroy, et demeure à court d'idées. Gaviolini, désespérant de plus rien entendre qui soit d'un intérêt européen, manœuvre vers l'Impératrice. Il parvient à se poster derrière elle.

L "Ambassadeur, faisant valoir ses favoris. — Lorsque je représentais mon pays... {Ritournelle de la seconde figure.) auprès de Sa Majesté la Reine d'Angleterre...

Gaviolini, prêtant V oreille. — Ah ! ah !

Le maître des cérémonies. — En avant deux !

Gaviolini. — Oh!

L'Ambassadeur, poursuivant. — J"ai eu plusieurs fois l'honneur de valser avec Son Altesse Royale la Princesse de Galles.

Le maître des cérémonies, insistant.

— En avant deux !

L'Impératrice. — ...

Elle s'excuse d'un geste et traverse la longue salle, de l'allure d'une personne qui n'a jamais marché seule devant le monde. Son vis-à-vis lui fait une révérence qui prend trois mesures de trop.

Le maître des cérémonies, précipitant le mouvement. — ■ Passez ! En avant deux ! Reculez !

L'Impératrice, se retrouvant à côté de V Ambassadeur. — Cette fête est charmante, monsieur l'ambassadeur, et la température ne m'en paraît pas excessive.

) L'Ambassadeur, enivré. — Votre Majesté me met au comble de la joie.

L'Impératrice. — Je suis née en Allemagne, où l'on sait ce que c'est qu'une maîtresse de maison. M™* de Chameroy...

Le maître des cérémonies. — ' En avant deux !

L'Ambassadeur, qui doit f2 détacher de Sa Majesfé, lui jette un regard de supplication et de désespoir.

L'Impératrice, avec magnanimité. — Allez, monsieur, allez.

Chameroy pousse une pointe vers son vis-à-vis, et balance, avec réserve mais avec grâce.

Fin de la figure. Gaviolini se dirige vers l'Héritier et arrive à se faire une place derrière lui,

. quelques instants avant la pastourelle.

L'Héritier, plus animé que de coutume, toujours très bien élevé, récite à Yvonne des phrases correctes qui semblent tirées d'un catéchisme de la civilisation puérile et honnête. — C'était un grand plaisir pour ma sœur et pour moi de venir danser ce soir à l'ambassade de France, madame la duchesse.

Yvonne, souriante, un peu maternelle.

— En vérité, Monseigneur?

L'Héritier, très naïvement. — Oh !

oui... {H se passe la main sur les cheveux, à rebrousse poil, pour constater si sa Bressant est bien de niveau.)

Yvonne. — On dit que Votre Altesse Impériale aime la danse avec passion.

L'Héritier, après avoir cherché nrieux.

— Oh! oui... {Il regarde Yvonne avec les yeux de Chérubin.) — Je ne vous cacherai pas qu'au Château... la danse, ce n'est pas amusant... excepté quand nous dansons dans nos appartements entre nous pour nous amuser... Mais la danse... qui est un exercice militaire comme ce soir... {Il devient pourpre.) C'est-à-dire que ce soir au contraire, avec vous...

Yvonne. — Votre Altesse Imj^ériale me comble...

L'Héritier. — Oh! madame... {Sa voix s'étrangle.) Je n'oublierai le jour où je vous ai vue pour la première fois.

Pendant ce temps-là, le vis-à-vis du Prince fait consciencieusement ses évolutions et finit par remettre sa dame aux mains de Son Altesse, c|ui ne s'est pas encore aperçue que Ton dansât. La conversation est interrompue. L'Archiduc lui-même fait le cavalier seul. Il se retrouve enfin auprès d'Yvonne. Il reprend :

Je ne peux jamais danser cette figure-là sans penser à mon oncle.

Yvonne. — Votre... l'oncle de Votre...

L'Héritier, de nouveau pourpre. — • Oui, mon oncle, l'archiduc Paul.

Yvonne, ailleurs. — Ah!...

L'Héritier, étourdimeut. — Vous n'avez pas idée des cavaliers seuls qu'il nous esquisse dans l'intimité... Je veux

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