‹ La carrièreChapitre 19 sur 25 · II · texte numérisé non relu

II

A CET lASTA.M, L'HtUlTlLR s'aPPUUCUI- Uli SA SŒUR EX LLl £>

LACJi LA TAlLLii.

dire... J'ai tort... D'ailleurs, il raconte que c'est une danse française. (Très inquiet, et perdant la notion des distances.) Cela ne vous choque pas, au moins?

Yvonne. — C'est au contraire un spectacle qui touche, Monseigneur. Notre grand roi Henri IV jouait au cheval avec ses enfants.

L'HÉRITIER, trcs content sans savoir pourquoi. — Vraiment? {Il fait un faux mouvement et donne un renfoncement à sa sœur qui se trouve près de lui.)

L'Archiduchesse Théodora. — Pousse-toi donc! {Elle le bouscule.) ' L'Héritier, furieux. ■ — Tu en as des façons 1

\ Gaviolini. — « Pousse-toi donc! Tu en as des façons! » Quelle aimable cordialité ! Cette famille impériale pourrait servir de modèle à nos familles bourgeoises les plus unies.

La contredanse officielle prend fin après un galop d'un train extrêmement modéré.

MusiGNY, rencontrant Gaviolini, et lui saisissant la main avec la cordialité des jours de fête. — Eh bien? Vou« êtes content?

Gaviolini. — Je suis ravi des Princes.

(// saisit Musigny par un bouton d'or de son habit.) Figurez-vous... {Le bouton cède, Musigiiv s'échappe.) Tiens! Un souvenir... {Il met le bouton dans sa poche.)

L'Ambassadrice d'Autriche, a celle dWllcmagne. — Il me semble que la contredanse n'a donné lieu à aucune manifestation significative.

La générale Puff, méfiante. — Attendez, attendez...

Musique de valse.

Le maître des cérémonies, se précipitant vers V orchestre. — Silence! (// se précipite vers l'Impératrice.) Sa Majesté daigne-t-elle ordonner la valse? {Signe affirmatif de V Impératrice. Il se précipite vers V orchestre.) La valse ! ! !

Gaviolini. — Eh! eh! voilà l'archiduchesse Théodora qui danse avec La Morvandière... Heureux coquin!... (JJn tour.) Avec Musigny à présent... (Un tour.) Avec... avec un page, un simple page... Avec tout le monde. alors?... {Apres réflexion.) « J'avais l'honneur, l'autre semaine, de valser avec Son Altesse Impériale... » Ça ne ferait pas mal... (// rejoint la duchesse de Xaintrailles.) Pardon, chère madame, on dirait que l'Archiduchesse danse avec "importe qui.

Yvonne. — Oui, oui...

Gaviolini. — Aimable sans façon...

Pardon... Puisqu'elle danse avec le premier venu, ne croyez-vous pas que je pourrais aller... en toute humilité... lui offrir mon... abatis?

Yvonne. — Elle danse avec le premier venu, parce que tout le monde ici est présenté...

Gaviolini. vexé. — Sauf moi... Bah!

elle ne connaît pas tous ces gens-là au point de mettre leur nom sur leur figure.

Yvonne. — Et votre habit?

Gaviolini. — Mon habit, le seul, c'est juste... Sotte mode!... D'ailleurs, entre nous, chère madame, la princesse valse comme une toupie.

A cet instant, l'Héritier s'approche de sa sœur et lui enlace la taille. L'Impératrice, à cette vue, sourit, et se jienclie familièrement vers l'Ambassadeur ému. L'Empereur se tient debout dans l'encadrement de la porte, et regarde en souriant ses deux enfants qui dansent. Tableau.

Rumeur respectueuse.

L'Ambassadrice d'Allemagne. — La voilà, tenez, la manifestation.

L'Ambassadrice d'Italie. — Ils veulent montrer qu'ils se sentent ici chez eux.

Yvonne, à Gaviolini. — Regardez, regardez !

Gaviolini. — Quoi donc?

Yvonne. — L'Archiduc et l'Archiduchesse valsent ensemble, l'Empereur a les larmes aux yeux.

Gaviolini. — Moi aussi.

' Yvonne. — Vous allez me juger bien enthousiaste, bien vieux jeu : je ne puis voir, sans être remuée profondément. Leurs Majestés donner à ma patrie une pareille marque de leur affection.

Frécourt. {Il arrive tout en sueur.) — Eh bien?

Yvonne. — Ah !

Gaviolini. — Ah !

Ils se pressent les mains.

Musigny. à yl/™^ Charlet. — C'est bien tout de même, des souverains qui ne font pas leur poire.

M""^ Charlet. — De quoi? Je le remettrai à sa place, ton Héritier. Il me débitait déjà son compliment, quand, sur un signe de l'Empereur, il me lâche pour faire pivoter sa sœur.

Musigny. — Sache te sacrifier à ton pays.

Gaviolini. — J'ai besoin de prendre l'air.

Yvonne. — Moi aussi.

Ils retournent dans le petit salon, absolument désert. Vvoiuie se laisse choir sur un canapé. Mais pres(|ue aussitôt, elle se redresse et tire Gavioliiii [)ar la manche.

Gaviolini. — Heiii? Quoi?

Yvonne. — L'Empereur.

En effet, l'officier qui fjarde la porte s'efface respectueusement devant Sun Altesse Impériale.

Le salon de l'Empereur.

Aucune disposition particulière. Seulement, près de la fenêtre, une petite table de collation pour les Souverains, avec Leur vaisselle, Leur verrerie et Leur argenterie

Yvonne et Paul s'installent. Elle est j-risc d'un fou rire.

I-'Empcreur traverse en effet le s ri-^e vers l'escalier. L'Ambassade personnat,'es de niari|ue l'acccimp lini ))rend une attitude militaire de réserve.

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ifjnent. Gavio-

il est officier

- Sa JNLijesté se tire Non. Elle va

Gaviolini.

déjà ?

Yvonne. jouer.

Gaviolini. — Où cela?

Yvonne. — Dans le cabinet de Chailly-De.sc()nibes, au rez-de-chaussée.

Gavioli.ji. — J'y cours... pardon... le devoir !...

Il sort. L'archiduc Paul ap.

paraît au même instant. Il est en fjrande tenue, bleu, blanc et or. Il porte sous le bras son casque or et argent. II regarde de tous cotes avec un effarement comique. — Musique à la cantonade.

Paul. — • Personne...

{Il aperçori la dnchesse.) Ah!

voilà une veine, par exemple ! Duchesse, je ne suis venu que pour vous voir, et je vous trouve du premier coup !

Yvonne. -— Vous, Monseigneur! Mais je croyais...

Paul. — L'Empereur?

Yvonne. — Il vient de descendre. Il joue. Votre Altesse Impériale peut sans inconvénient entrer dans la salle -des fêtes. {Elle fait un pas de ce côté.)

Paul, la reieiiaui. — Vous n'y pensez pas! Et l'Impératrice? Ma belle-sœur est d'origine allemande : elle ne badine pas avec la discipline.

Yvonne. — Eh bien! restons ici...

Paul. — Non, c'est un passage... Au fait, le salon de l'Empereur... Puisque mon frère est au jeu, il ne remontera pas de si tôt.

Yvonne. — • Mais puis-ie...

Paul. — Parbleu! vous passerez avec moi.

Chut! Je suis en bombe...

— Jurez sérieusement.

Paul. — A la bonne heure!

Yvonne. — Votre Altesse Impériale m'excusera. Je suis prise d'une gaieté... assurément un peu trop libre... quand je vois à quelles précautions un prince est obligé. Votre Altesse me rappelle... non...

Paul. — Je vous en prie.

Yvonne. — Votre Altesse me rappelle mon frère, qui faisait son volontariat, il y a quatre ans. Je ne vivais plus que le dimanche, cette année-là... Quand, par hasard il n'avait pas de permission, il s'habillait en civil et venait quand même. Xous l'emmenions aux courses, et j'avais des peurs affreuses lorsiue nous rencontrions un de ses officiers. Je lui mettais mon ombrelle devant le nez.

Paul, fcnmit les mains d^Yvoir^-c ^t la baisant. — Et vous ne vous doutiez pas

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