‹ La carrièreChapitre 21 sur 25 · I.UTZBOURG. — Oui. monseicrneur · texte numérisé non relu

I.UTZBOURG. — Oui. monseicrneur

Paul. — Et pour terminer, cette magnifique branche de mimosa.

Pour juger de l'effet, Paul ye recule, Lutzbourg s'avance, heurte et renverse le vase : inondation.

Paul, sajis iniiiazement. — Imbécile !

Lutzbourg, à quatre pattes, épongeant

le tafis avec son mouchoir. — C'est un petit malheur, Altesse.

Paul, découragé, assis. - Je ne m'en tirerai jamais... Ah! que le diable emporte l'Empereur...

Lutzbourg, avec un geste de préservation. — A Dieu ne plaise, monseigneur !

Paul, poursuivant. — ... d'avoir envoyé au diable lui-même cette diable de comtesse d'Eschenbach, qui me serait diablement utile aujourd'hui !

Lutzbourg fait une légère inclination devant le tableau de sainteté.

Elle a le chic pour les décorations galantes. Elle a le coup de pouce... Au lieu que vous, Lutzbourg, vous n'y entendez rien. Mon effet de fleurs va être absolument raté.

Lutzbourg. — Monseigneur se met en frais bien inutilement. Pense-t-il que cette petite femme... la jeune duchesse de Xaintrailles... prendra seulement garde à ces fleurs? J'imagine que Son Altesse Impériale ne lui en laissera pas le temps.

Paul. — Ah ! Lutzbourg. vous ne connaissez pas les Parisiennes... moi non plus, d'ailleurs, et c'est bien là ce qui m'inquiète. Je suis ému comme un page à son premier rendez-vous.

Lutzbourg. — Pourtant, monseigneur, vous allez à Paris tous les ans.

Paul. — Au Moulin Rouge.

Lutzbourg. — Ici, du moins, vous avez distingué toutes les femmes de haute naissance qui en valaient la peine.

Paul. — Je ne sais pas comment elles se conduisent avec les autres : avec moi, elles y mettent moins de façon qu'au Moulin Rouge. Ahl ma destinée n'est pas enviable : je ne saurai jamais quelle différence il y a entre une Altesse et une fille.

Lutzbourg. — Alors. W^" la duchesse de Xaintrailles elle-même...

Paul. — Une parisienne, mon cher!...

Même lorsque leur pudeur cède, qui pourrait répondre de leurs caprices?... Leur malignité déconcerte... Je crains la gaffe, la fâcheuse gaffe... Tel que vous me voyez, je viens de compulser tous les derniers romans français qui traitent de l'adultère. Ils en formulent la théorie aussi clairement que le règlement des troupes d'infanterie formule la théorie du fusil nouveau modèle. Mais apprenez le règlement à une recrue, et mettez-lui un fusil nouveau modèle entre les mains : vous verrez comme elle s'en tirera.

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LuTZBOURG. — Les inquiétudes de Votre Altesse Impériale sont chimériques. Qui saurait le monde, sinon vous, monseigneur ?

Paul. — Voilà encore ce qui vous trompe. J"ai remarqué, moi, que la plupart des princes n"ont aucune espèce d'éducation. L'étiquette les sauve. Ils sont comme des acteurs en scène, qui savent leur rôle parfaitement : ils ne peuvent donc point se tromper. Dans la réalité, ils sont des êtres

— Il y dessina a petits coups d'aiguille, un cœur percé d'une flèche surmonté de la tour eiffel.

tellement au-dessus des usages qu'ils les ignorent... Alors... passez-moi donc un gardénia, je vous en prie... Alors, dans les circonstances que l'étiquette n'a pu prévoir, leur rôle devient en général piteux. Je trouve cela humiliant. Je ne veux pas que cette Parisienne rie de moi. Je désire lui montrer que tout en étant archiduc, je suis un homme bien élevé.

LuTZBOURG. - — • Monseigneur me permettra-t-il de lui exprimer mon opinion, avec la liberté des camps?

Paul. — Vas-y, mon vieux compagnon d'armes.

LuTZBOUKG. — Eh bien ! monseigneur, j'ai idée que cette femme, qu'on ne sait par quel bout prendre, sera une mauvaise affaire

pour Votre Altesse. Si j'étais de vous, je la planterais là. D'abord, il ne me parait pas convenable que l'on dépense plus de fleurs pour une passade que pour un enterrement. Paul. — Parbleu! J'aimerais mieux qu'elle fût à la coule (c'est une expression de son pays)... bon enfant... comme ma cousine la princesse de Thessalie, que j'emmenais souper en cabinet particulier avec des cabotins... Te rappelles-tu le jour où ce tragédien anglais en tournée me lança à la tête une bouteille de Pommery-Greno ?

LuTZBOURG. — C'était le bon temps.

Paul. — Nous formerons peutêtre la duchesse... En attendant, il faut bien la prendre comme elle est, et, je te le répète, je tremble. Je me méfie de mes meubles, de mes vêtements. Je mesure mes gestes, je pèse mes mots... Et puis... il y a... il y a la tour Eiffel.

LuTZBOURG, surpris. — La tour Eiffel ?

Paul. — Oui... une des curiosités que l'on m'a fait voir lors de mon dernier voyage à Paris, c'est les bas-fonds... Oh ! très intéressant... les bouges, les cabarets, les endroits où se réunissent les voleurs et les assassins.

LuTZBOURG. — Est-il '"^ possible !

Paul. — Oui... à Paris, tout est si bien organisé... On va dans ces endroits-là comme à l'Exposition. On se fait accompagner d'un fonctionnaire de la police.

Les malfaiteurs, qui sont avertis, se tiennent prêts comme pour une revue. Depuis que j'ai fait cette promenade, on dit couramment, pour parler d'un petit voyage circulaire dans tous les mauvais lieux de la Capitale : la promenade de l'Archiduc.

LuTZBOURG. — Je trouve cela touchant.

Paul. — On me fit admirer, cette nuitlà, un homme tatoué des pieds à la tête. Ce spectacle me frappa vivement. On me présenta un artiste capable d'accommoder de la même façon — en partie du moins — les amateurs. Je dépouillai mon bras et le lui tendis. Il v dessina, à petits coups d'aiguille, un cœur percé d'une flèche, surmonté de la tour Eiffel, avec la date, et cette légende : Souvenir p^, Papt<:.

LuTZBOURG. — Votre Altesse Impériale

est tatouée? Mais moi aussi... Tout le monde est tatoué.

Paul. — Non... Tout le moniJe n'est pas tatoué. Je m'en suis aperçu à Biarritz. Lorsque je me baignais, naturellement on faisait cercle. Et en remontant jusquà ma cabine, j'entendais des chuchotements :

« Tiens!... lArchiduc est tatoué... Oh! que c'est curieux!... » Ça m'a gêné. Je me suis baigné avec un maillot à manches. On.;i souri ; et j'ai fini par ne plus me baigner du tout.

LuTZBOURG. — Monseigneur, quand un homme a... du cœur au ventre, peu importe qu'il ait un cœur tatoué sur le bras.

Paul, lui frappant sur Vêpaule. — ■ "Voilà une belle parole de soldat... Mnis vois-tu, mon brave Lutzbourg, mon petit dessin me tourmente quand même... Il me fait l'effet d'un symbole... Je dois présenter un tas de particularités du même ordre, que je ne sais pas. mais qui ébourifferont peut-être la duchesse... Et j'aurai beau lui cacher mon bras, j'ai bien peur de rester dans son souvenir... l'homme tatoué.

Un temps. Puis l'Archiduc pousse vers la porte Lutzbourg, qui se retire à reculons.

Allons, va-t'en, il est l'heure... Mais reste à portée de la voix... C'est bête, tu ne peux me servir en rien... et pourtant, je suis tout heureux de savoir que tu es là.

Lutzbourg. — Je souhaite bonne chance à Votre Altesse Impériale.

Paul. • — Mais non, mais non... ça porte malheur.

Lutzbourg disparaît. Le Prince fait lentement le tour de la chambre. Il ouvre la croisée, s'accoude à la balustrade.

A ses pieds, le parc : une véritable forêt.

La fumée blanche de la locomotive, entre les arbres.

Ah

Cinq minutes.

Bruit d'une voiture.

Le coupé, fermé, s'arrête devant la maison.

Yvonne descend. Robe de drap d'été, très simple, très sombre. Capote. Voilée, sans affectation.

Le valet de pied qui a ouvert la portière précède \vonne. Des ordres ayant été d'avance donnés, on la mène directement à la chambre. Comme on n'est pas à la cour, on frappe.

Paul. — Entrez!... (// se tient debout, devant la cheminée.)

La duchesse de Xaintrailles entre, comme elle entrerait dans un salon. Elle s'avance vers l'Archidnc. En levant les veux, elle aperçoit la pendule de sa belle-mère.

Yvonne. — Ah!...

Paul, avec un élan modéré. — Ah! duchesse, comme c'est aimable à vous dêtre venue !

Yvonne, avec engouement. — ■ J'avais juré, monseigneur.

Paul. — - Permettez-moi d'espérer que vous ne faites pas qu'obéir à la contrainte de votre serment.

Yvonne. — J'ai peine à me persuader, en effet, que c'est un devoir que je remplis.

Un temps.

Paul, après réflexion. — Vous avez fait un bon voyage?

Yvonne. — Il n'était pas si long.

Paul en convient, d'un geste, ensuite : — Asseyez-vous donc, duchesse.

Vvonne. — J'en ai à peine le temps, monseigneur.

P.'VUL, se récriant. — Vous n'allez pas parler de départ au moment où vous arrivez.

Yvonne. — Je sais mon indicateur sur le bout du doigt. J'ai le choix entre deux trains. Le premier quitte la station de bien bonne heure. Mais le deuxième la quitte... bien tard.

Paul. — L'un est omnibus, l'autre express : vous n'avez presque pas davantage à prendre le premier.

Yvon.ne, faiblissant. — C'est juste.

Paul. — D'autant que le matériel des express est beaucoup plus confortable.

Yvonne, presque gouailleuse. — Oh !

monseigneur, il n'est pas de pays en Europe où les chemins de fer soient plus merveilleusement organisés. (Un temps, Paul pianote avec impatience sur le marbre de la cheminée.) Enfin, je cède. {Elle s'assoit.)

Paul, pénétré. — Ah! duchesse... (// s'assoit.)

Vis-à-vis l'un de l'autre, à droite et à gauche de

la cheminée.

Us se taisent.

Yvonne, prenant le dé de la conversation. — Votre Altesse Impériale n'a pas eu de désagrément?

Paul. — Désagréments?

Yvonne. — La bombe d'hier...

Paul. — Hein! quelle bombe? Encore une bombe?

Yvonne. ■ — Mais non...

Paul. — Ah!... la bombe que j'ai tirée. Je n'y étais pas. Aucun... Quelle fête charmante !

Yvonne. — X 'est-ce pas?

1 a Carrière

Paul, avec une galanterie un feu surannée. — Vous étiez la plus belie.

Yvonne. — Votre Altesse Impériale me flatte; mais elle n'a pu me comparer à personne, puisque je suis la seule femme qu'elle ait \ue.

Paul, se raccrochant. — Vous étiez la seule que je voulusse voir. J"ai emporté du bonheur pour toute la nuit.

YvoxNE. — Elle était déjà bien avancée.

Paul. — Je ne dis pas : « Et pour toute la journée du lendemain ». puisque vous m'avez fait la grâce de venir jusqu'ici renouveler ma provision.

Yvonne, perdant pied. — J'avais...

j'avais juré.

Paul, à part. {Piétinement nerveux.) — Nous tournons toujours dans le même cercle. — (4 Yvonne.) Nous avons une grande heure devant nous... Je veux dire, une heure... trop courte... "Vous allez... goûter avec moi, n'est-ce pas, duchesse?.. Voyons... retirez vos gants.

Yvonne. — C'est bien inutile, monseigneur.

Paul. — Retirez vos gants... je désire... {Faisant Venjant gâté.) Laissez-moi vous retirer vos gants. {Il vient.)

Yvonne. — Mais... {Elle nose refuser sa main. U archiduc la dégante très maladroitement, et garde cette petite main entre les siennes.)

Paul, avec assez de naïveté. ■ — Savezvous... ce que j'aime en vous le mieux... c'est... cette gaieté tendre... Quelque chose, Iiier soir, m'a fait plus de plaisir que tout... plus même que votre promesse... votre serment (oh ! le vilain mot !...) C'est quand vous m'avez raconté... si simplement... l'histoire de votre frère... (]ui tirait des bombes comme moi... quand vous m'avez presque avoué... par cette allusion délicate... un sentiment... qui n'est peut être pas tout à fait aussi vif que je souhaiterais... mais qui est si nouveau pour moi . . .

Yvonne. {Elle se lève.) — Cette fenêtre donne sur le parc? Je l'ai à peine vu. Nous allions comme le vent. Les deux chevaux que Votre Altesse Impériale m'a envoyés sont si vifs...

Paul. — Ce sont d'excellents trotteurs.

Yvc:;ne, au balcon. — Quel calme!

Paul vient près d'elle. — N'est-ce pas? (// essaie du lieu commun.) Quelle joie d'être ici, deux, seuls!... Vous aimez beaucoup la campagne, duchesse?

Yvonne, avec conviction. — Beaucoup...

Paul. — Je savais bien que ce pavillon

vous plairait... C'était jadis un rendez-vous de chasse. J'ai voulu en faire un asile de roman : le roman n'est pas venu. Vous complétez mon rêve pour la première fois.

Elle s'écarte de la fenêtre, s'en va vers la commode. Il la suit. Elle prend une des grandes photographies.

Yvonne.

Tiens! Sarah.

Un temps. Yvonne, par contenance, regarde çà et là, les meubles, les peintures.

Paul. — Ces bibelots vous... vous intéressent ?

Yvonne, par politesse. — Oui... {Elle regarde avec quelque étonnement le tableau de sainteté et la veilleuse.)

Paul. — Je n'ai pas grand'chose... Si peu de place, d'ailleurs... Ainsi, il n'y a à cet étage que trois pièces. Au bout, un cabinet de travail... A côté, un cabinet de toilette... Ah! par exemple, le cabinet de toilette est bien.

Yvonne, indifférente. — Ah!...

Paul. — Je tiens beaucoup au cabinet de toilette... J'y veux des raffinements... féminins.

Yvonne. — Ah!...

Paul. — Ici... la chambre à coucher.

Yvonne, étourdimetrt. — Comment ?

C'est ici une chamfcre à coucher?

Paul. — Oui... Cela vous étonne, parce que vous ne voyez pas le lit... Voilà la question : cherchez le lit... Eh bien, le lit... il est là. {L' archiduc ouvre le rideau.)

Yvonne. — Ah!...

Lentement elle retourne vers la fenêtre, et de nouveau s'accoude. Paul revient près d'elle et lui prend la main. Ils regardent au dehors. Silence.

Paul, après une longue hésitation, bas.

— Voulez-vous... que je vous laisse?... Voulez-vous me permettre... de vous laisser un instant ?

Yvonne, sans accent. — Vous êtes le maître.

Paul, avec transport. — Ah !... (// baise plusieurs fois les mains d'Yvonne et sort précipitamment.)

Yvonne, seule. — Oh!... C'est bien fait! c'est bien fait!... {Un temps.) Il n'y a encore rien de fait... {Elle court au lit, ferme les rideaux, revient, met vivement ses gants. V archiduc rentre au moment oîi elle les boutonne.)

Paul, suffoqué. — Eh! bien?

Yvonne. — Je suis désolée de manquer à

l'étiquette, mais Votre Altesse Impériale mettrait le comble à ses faveurs si elle daignait me faire sentir (jue l'audience est levée.

Paul, ires prince. — Allons, vous plaisantez.

Yvonne. — Ce serait mancjuer au respect.

Paul. — Vous ne comptez pas que je vais vous laisser partir ainsi?

Yvonne. — J'y compte : vous me l'avez juré.

Paul. — Vous n'êtes plus une enfant, vous savez ce que valent ces paroles-là.

Yvonne. — J'ai bien tenu ma promesse, moi.

Paul. — C'était... officieusement, m"autoriser à ne plus me souvenir de la mienne.

Yvonne. — Voilà un biais commode pour vous dégager de vos obligations.

Paul. — Voilà de bien grands mots pour vous justifier de vos coquetteries. Vous pouviez, dès le premier jour, me montrer cette vertu farouche, et c'est une étrange perversité à votre âge, madame, que de venir jusqu'au bord du lit pour s'y refuser.

Yvonne. — Ah ! monseigneur, les apparences sont contre moi... vous avez le droit (le me juger sévèrement... Et pourtant... il me semble que je ne mérite pas même le reproche de coquetterie... étourderie, tout au plus... Rappelez-vous ce qu'un jour vous me disiez vous-même... nous vivons de cérémonies et de formules... Nous ne distinguons plus bientôt, parmi nos sentiments, nos actes et nos gestes, ceux que la nature nous inspire et ceux que l'étiquette nous impose... Xous finissons par ne plus prendre garde à rien, parce que nous ne crovons plus à la réalité de rien qui nous concerne. Xous devenons téméraires, comme des soldats qui ne croient pas à la mort, et nous poussons jusqu'à des extrémités invraisemblables, parce que nous n'en admettons pas les conséquences... Certes, monseigneur, j"ai pour vous une vive amitié : c'est le seul atome de vrai au'il y ait dans notre roman. Le reste de l'intrigue ne vaut pas plus qu'une révérence de cour. ^NTais. hélas ! je ne m'en suis aperçue... comme vous l'avez dit si cruellement... qu'au bord du Ht.

Paul. - Toutes ces subtilités sont de votre fait, duchesse; moi, je suis beaucoup plus simple et plus net que vous ne crovez. Et la preuve, c'est que je n'entends rien à vos raisonnements diplomatiques. Xous n'en sommes plus aux phrases. Je vous ai posé

une question à laquelle on répond d'un mot. Répondez.

Yvonne. — Je réponds... non.

Paul. — Prenez garde que c'est la première fois...

Yvonne. — C'est la première fois peutêtre que Votre Altesse Impériale pose cette question à une honnête femme.

Paul. — Bien... M. de Lutzbourg, qui est ici, va vous accompagner jusqu'à la gare.

Yvonne. — Je partirai seule, comme je suis venue.

Paul. — Votre main... {Yvonne lui tend la main. Paul, la retenant :) Eh bien ! non, vous ne partirez pas ainsi... (Souriant.) Xc craignez rien... je veux dire que nous ne devons pas nous quitter brouillés. Ma conduite est assez belle, que diable ! pour que vous m'en récompensiez un peu... Tenezmoi compagnie jusqu'à l'heure du train.

Yvonne. — je reste.

Paul. — Il ne faut pas que tous mes préparatifs, aient été faits pour rien... Vous ne m'avez seulement pas dit un mot de mes fleurs : c'est moi qui les ai arrangées ainsi. (Yvonne, sans dire un mot, casse un bout de mimosa, et le garde.) Ah! voilà une gracieuse pensée... Et ma collation, ma pauvre collation...

Yvonne, gaîment. — Eh bien, Monseigneur, je vais goûter avec vous. J'ai faim... parce que j'ai eu peur.

Paul. — Vraiment peur ?

Yvonne, avec un signe de tctc. — Oui... d'ailleurs c'était bien fait pour moi... mais vous avez tout de même l'âme noble.

Paul. — Laissez-moi vous verser un peu de votre vin de Champagne.

Yvonne. — Votre Altesse ne veut pas me griser, au moins?

Paul. — Oh!...

Yvonne. — C'est que j'ai la tête faible... (Elle rit.)

Paul. — Pourquoi riez-vous ?

Yvonne. — Encore un souvenir qui touchera Votre Altesse... un souvenir de famille et d'enfance... Mon frère... figurez-vous, il était très gâté. Il en profitait pour mener une vie... il rentrait à des heures indues. Alors, je lui préparais dans sa chambre une collation comme celle que vous avez préparée pour moi, afin qu'il pût se restaurer et se rafraîchir en rentrant \os chambres étaient voisines et isolées au dernier étage de 1 hôtel. Personne ne pouvait nous entendre. Souvent, il me faisait la surprise de venir me réveiller, et je me levais pour aller souper avec lui.

Paul. - — Me voilà de plus en plus dans l'emploi de Irère.

Yvox.XE. — Nous faisions mille folies.

J allais jusqu'à... jusqu'à fumer une cigarette... oh ! une cigarette russe.

Paul. — Quoi d'étonnant?

Yvonne. — C'est qu'en France, ce n'est pas trop l'usage pour les jeunes filles.

Paul, lui Pendant une boite ouverte. — Faites-moi la grâce... {Brusqueme>it. tout pâle.) Duchesse, ne jouez pas la comédie plus longtemps.

Je vous aime. Je vous tiens. {Elle se lève.)

Yvonne. — Votre Altesse veut rire.

Paul. — En ai-je l'air?

Elle s'échappe. Va-et-vient.

Yvonne. — Je n'ai pas de feu.

fJlle -aute sur une chaise et allume sa ci<^arette à la veilleuse qui brûle devant le tableau de sainteté.

Paul, hors de lui. — Descendez... Voulez-vous descendre? Ah ! vous êtes une vraie française, une vraie parisienne, coq'iettCj dépravée, sans respect, sans religion, sans foi... {Comtne Yvonne, ahurie, hésite, il la saisit far les poignets et brulalementla fait sauter à terre.) Sortez, tenez, sortez...

j'aurais dû vous laisser partir...

Yvonne. — Sauvage... {Elle se rajuste et s'enfuit.)

Paul. seul. — Tonnerre!... Tonnerre!

l'homme tatoué...

Lutzbourg !...

Ensuite, il rouvre les rideaux et se jette sur le lit. Lutzbourg, entrant. — IMonseigneur ?

Elle salte sur l^e chais cigarette a la ve

Reste avec

Lutzbourg s'asseoit près du

lit.

Silence.

Paul. — Lutzbourg!

Lutzbourg. — Monseigneur ?

Paul. — As tu d'excellents cigares ?

Lutzbourg. — Oui, Monseigneur.

Paul. — Donne.

Lut/bourg présente son pnrteci^are au Prince, qui fait son choix, coupe le havane avec ses dents, allume.

Silence.

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