‹ La carte jaune (volume 2)Chapitre 2 sur 11 · VIT · texte numérisé non relu

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vent rester slationnaires, clouées dans un lit de for, faites à une mesure éternellement invariable. Ces formes changent avec la société, avec le monde, la vie, les salons et les choses, elles se façonnent et se modifient d'après les révolutions morales et intellectuelles, d'après le goiit et la mode ; cela n'est pas neuf. D'ailleurs je ne veux pas dogmatiser : j'écris et ne professe pas.

Cependant il est un motif grave , oh ! très-grave pour sûr, qui m'a fait reprendre la plume, mon livre une fois terminé, après l'avoir quittée avec cette satisfaction du poète russe Ilinski, qui clôturait un ouvrage par ces deux vers (1) :

« Réjouissons-nous tous deux, ô Momus! voici un ouvrage fini. Je vais donc être en repos, et c'est à toi de t'exercer h présent. )

Ce motif est tout-puissant et irrésistible sur une âme d'écrivain ; le voici r

A côté de ces taches, selon Beauzée et d'Olivet, comme dirait un professeur de collège royal , i\ côté de ces dérogations souvent intentionnelles au Manuel (lu Style, que le monde excuse ou approuve, lorsqu'elles se rachètent auprès de lui par une idée saisissante, une situation dramatisée, une pathétique impression, a côté de ces imperfections, si l'on veut, il y a pire.

Ce sont les erreurs typographiques matérielles qui font dire à un malheureux auteur précisément ce qu'il ne voulait pas dire, qui lui collent au dos de son nom une grossière faute de langue, de syntaxe, de dictionnaire, de grammaire; ces erreurs dont il est, je vous jure, bien innocent, ne lui en attirent pas moins les accusations infamantes des lecteurs indignés, qui confondent trop souvent l'œuvre du typographe exécutant, avec le manuscrit de l'écrivain torturé, mutilé, supplicié par cette exécution.

Vrai! ces fautes typographiques font mal à l'amourpropre le moins littéraire. Les marquis et les hauts ba-

(1) Likouim, momé, obà! ce kaiga kout-chacïa, Miiié oubo pokoï, trourt-je Uebé Darovacia .'

ions pouvaient se faire honneur jadis de ne pas mettre l'orthographe; jamais un clerc ou un lettré n'a voulu être soupçonné de ne pas connaître sa langue. Quant à moi j'y tiens.

Ce n'est pas que ma colère se porte directement et uniquement sur mon typographe actuel. Ce malheur m'a trouvé partout; il chagrine tous ceux qui écrivent; il date de l'invention de l'imprimerie par Guttemberg à Mayence ou à Strasbourg, et il ne finira qu'avec elle. Je dois même avouer que, toutbien compté, j'aurais un moindre total de reproches à faire à propos de cette publication que pour toutes celles dont je me suis rendu coupable devant le public.

Cependant, quelatypographiem'aitfaitdire : àlapage 8 du premier volume : Aller chercher des sites et des paysages pour me mettre en quête de la nature pittoresque ei accidente lie au lieu de accidentée ;

A la page 94 : Jel'auraispai^e, pour je l'aurais parié; A la page 206 : mystère et bonheur, c'est entendre, au lieu de , c'est entendu.

A la page 5o8, et ceci est atroce !... : afin de mieux voir Vépisoàe palpitante, au lieu de Véipisoùe palpitant ; Qu'au 2" volume, page 3 19, elle ait jugé convenable de mettre des notes historiques dans le château de Saint- Germain au lieu des hôtes historiques qui l'ont habité : ce sont là, avec bien d'autres de même nature, des infortunes qui me font saigner le cœur , parce que je sais mon public, parce que j'entends d'ici l'exclamation de la belle dame , du jeune homme, qui s'arrêtent en colère, posant le volume et disant : «Ces auteurs d'à-présent sont-ils ignorants ! » — parce que je vois la cruelle note marginale dont les habitués des cabinets de lecture apostillent ces fautes involontaires. Tout le monde, surtout parmi les lecteurs de la littérature de romans , ne sait pas la distinction entre les méfaits de l'auteur et ceux de la typographie.

Voilà, àvous direlevrai, pourquoi je me suis décidé, cher lecteur, à vous arrêter un moment sur le seuil de mon livre; maintenant vous êtes prévenu , lisez.

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