UNE PASSION
l'tie Passion.
Laff'le était éteinte à Saint-Germain; la Yille était retombée dans l'ornière ordinaire de ses mœurs, qui tiennent dé la province, et du Marais à Paris, c'està-dire que la petite bourgeoisie et les
quelquc^s geiitillâtres , ou se croyant tels , qui constituaient les sommités de sa population, jasaient et cancanaient à qui mieux mieux. Leurs loisirs se nourrissaient des chroniques laudatives ou malignes dont, chaque année régulièrement , le bal devenait pour eux un prétexte inépuisable : une nuit les défrayait pour douze bons mois.
Gomme on le pense bien , la somme des idées intelligentes qui fermentaient dans ce monde était fort légère. Du reste, ce qu'il était alors il l'est aujourd'hui, il le sera demain. Du vrai Paris, du Paris de la Chaussée-d'Antin, du faubourg dont ils ont le nom, de ce Paris indépendant dans ses mœurs, si artistique , si sémillant , si poli , et qui n'est pourtant qu'à six lieues de là , ils n'ont rien adopté. De la province, ils
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ignorent la grosse urbanité et les manières franches et cordiales. Leurs habitudes, qui ne ressemblent à rien, sont à eux, et à cause de leur physionomie exceptionnelle, on serait peut-être tenté d'en faire un sujet d'étude, si l'on ne découvrait, dès qu'on s'en occupe, que tout est superficiel, et qu'en poussant ses investigations à une certaine profondeur, il n'y a que du vide à rencontrer.
Dans ce cercle de monde, on se faisait donc une grande affaire de cette soirée. On vivait dessus , on glosait , on commentait, on conjecturait, c'était à n'en plus finir.
Mais le château tout entier était replongé dans son calme habituel. Les voûtes sonores de ses longues galeries ne résonnaient plus que de loin en loin de quelques bruits de pas, car parmi le
très-petit nombre de gardes-d a-corps qui l'habitaient, la plupart avaient demandé des semestres , et ils étaient partis.
On était entré dans la saison des chasses, et régulièrement cette époque était celle d'une désertion presque complète dans les quatre compagnies. Le bai de la Saint-Louis clôturait l'année militaire : quelques jours après on se séparait, et chacun, selon ses goûts, prenait sa direction, les uns pour aller revoir le toit paternel, les autres pour explorer les chaumes de la Beauce , les îïarrîofues du Midi ou les marais de la Picardie ; d'autres enfin profitaient de ce temps de liberté pour se plonger dans le sein de la vie bruyante et animée de
Paris.
jûi^ston était de ceux qui prenaient
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ordinairement leui' volée pour de lointaines excursions; tnais cette année gou goût pour les voyages se taisait devant une passion qui s'était allumée en lui presque à son insu , et dont l'intensit/é ppe- «ait plus de force à mesure qu'il cherchait à la combattre. Il songait d.on.c à ^Jt 1er habiter Paris pepdant queljqijies ^QfS; dans le seul espoir de retrouver Marie. Mais sans doute, alors même que ce motif déterminant n'eût pas existé, d'autres considérations auraient entraîné chez lui une résplution semblable. Castelneau n'avait pas tardé à n^^tr tre à exécution le projet de retraite (jlont il avait entretenu Gaston. Sa.démission donnée en bonne règle , dès le \em4emain du bal, avait été acceptée, et son nom ne figurait plus sur Jes cadres ^de la compagnie de Ç-rçimmont. il rA^^t
abdiqué l'épaulette et le sabre en faveur de la plume et du bordereau. Sa parade était la Bourse et Tortoni. Sa pano|)!ie d'armes était remplacée par un casier paré de ses registres et de ses carnets. Il s'était fait banquier. Il était donc naturel que Gaston éprouvât le désir de se rapprocher de lui pour assister à ses premiers pas dans une carrière où la fortune l'appelait en lui promettant les plus larges faveurs. C'était un spectacle qui l'attachait sous le double rapport de l'amitié et d'une curiosité toute personnelle.
li voulait examiner de près le rouage des affaires et apprendre comment doit fonctionner l'homme qui fait produire de l'argent par l'argent. Jusque là il n'avait eu aucune idée de cette science d'alchimiste moderne.
L'occasion était favorable ; il se voyait jeté comme à l'improviste parmi des i^ens de finances. M. de Paraviédèshiimênae paraissait vouloir établir des relations intimes avec lui. Au moment où ils s'étaient quittés , le mari de Caroline lui avait cordialement serré la main , et il l'avait invité avec beaucoup d'empressement ti le visiter souvent à Paris. Une lettre était venue depuis renouveler ces mêmes invitations avec de trèsvives instances. Paraviédès écrivait à Gaston en se servant de la phrase consacrée dans toutes les Espagnes. — « Ma maison est la vôtre! »
Gaston n'avait pas manqué d'attribuer les avances de l'Espagnol et ses démonstrations d'amitié aux secrètes suggestions de Caroline. Il pensa que rien ne pourrait surgir plus à propos. C'était
beaucoup , dans les dispositions de sentiment où il se sentait, que l'entrée de la maison de sa maîtresse lui devînt plus accessible ; au moyen de la liberté qui en résulterait pour tous deux de se voir , il espérait se soustraire à la fréquence des rendez-vous que la contrainte de leur position avait rendus inévitables jusqu'alors, et dont la seule image était maintenant un fardeau pour sa pensée.
Il n'aimait plus Caroline.
C'était là une vérité qu'il ne pouvait plus se dissimuler. Née d'un souffle, un souffle avait éteint cette flamme. Gaston avait accompli le premier cycle de sa vie d'amour. Caroline avait été pour lui cette première femme à laquelle se cramponne avec avidité le jeune homme qui naît au monde.* Une luxuriante
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énergie des sens est le seul aiguillon de ce sentiment. Mais pour luj un nouvel amour plus pur, plus chaste , venait d'ér clore; un de ces amgurs où toutes les fleurs de l'âme s'épanouis$£iî]t , où l'on ne sait qu'obéir aux inspirations généreuses et spontanées du cœur. Et à mesure qu'entraîné par la déclivité de sa destinée , Gaston se sentait de plus en plus subjugué par cet amour , il se laissait envahir par d'imperceptibles remords ; sa conscience commençait à flétrir le lieij qui l'ui^issait à Caroline. Dpi^é d*un noble coeur que les vanités di| monde seules avaient faussé dès son preniier essor ^ les témoignages de confiance que lui donnaient M. de Paraviédès avaient suffi pour éveiller la droiture originelle de ses sentiments. Il s'effrayait avec une
candeur d'ange d'une situation qui l'obligeait à assassiner dans ses plus chères affections celui qui, le sourire sur les lèvres, lui présentait une main d'ami.
Assis solitairement dans sa chambre dont les croisées ouvertes dominaient le vaste et poétique horizon de la terrasse, les réflexions se pressaient en foule dans sa tête. Il cherchait à démêler dans le chaos de ses idées contradictoires une percée lumineuse pour l'aider à sortir des inextricables difficultés de sa situation. Son regard voyageur franchissant les bornes du vaste bassin qui étalait ses pompes rurales devant lui, allait se poser sur les aiguilles lointaines de Saint-Denis. A cet aspect il se sentait mollement bercé par d'indicibles mélancolies d'amour. Cette contemplation semblait le rendre de plus en plus
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lioiuicle homme. On eût dit qu'il trouvait là la source des scrupules qui creusaient de moment en moment un abîme entre lui et Caroline.
— C'est bien cela, ilitbrnyammeiit la voix de d'Hybouville qui venait inopinément d'ouvrir la porte de la chambre. C'est bien cela. Je l'aurais passé. Triste et rêveur, exactement tous les symptômes d'une passion naissante et irrésistible.
— Sois le bien venu , docte médecin de l'ame, toi le plus hal)ile, le plus répandu, le plus disert et le plus blasé
des quatre compagnies. Décroche cette pipe; assieds-toi près de moi , j'ai besoin des secours de ta philosophie et des conseils de ton expérience.
— Il paraît que tu veux une consultation en règle. Soit; je n'aurai pas grand peine à deviner la nature de ton mal. Tii aimes mademoiselle Marie d'Hervilly?
— Comme un fou.
- — Je l'avais ainsi compris, répliqua d'Hybouville avec le sceptique sang-froid qui ne l'abandonnait jamais; c'est une passion qui date du 25 août, neuf heures et demie très-précises du soir, et à mon avis, c'est une folie.
Cette parole inattendue éveilla chez Gaston la mémoire des paroles que lui avait dites d'Hybouville en l'accostant au bal, et ce souvenir bouleversa un instant ses idées.
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— Tu la connais donc?
— Beaucoup , et qui plus est madame deBoncourt, sa tante. C'est une femme positive et rusée; elle jouit cependant d'un certain renom de vertu, et cela parce qu'elle n'a point abandonné Marie à la mort de son père. Ainsi le monde! il s'émerveille volontiers à la vue de tout ce qui ressemble à l'accomplissement d'un devoir; mais moi qui m'attacbe peu à la simple apparence, et qui ne crois pas à la vertu désintéressée, je suis parvenu à me convaincre que madame de Boncourt en couvrant Marie de sa protection spéculait tout simplement sur son avenir. Je sais qu'elle s'occupe d'un mariage pour elle, mariage d'argent qui lui revaudra de gros intérêts pour les sommes que cette éducation a pu lui coûter. L'homme sur
lequel elle a jeté ses vues est le vieux et riche marquis de Creteil; c'est un libertin en cheveux blancs. Il en tient pour Marie, et comme il n'existe pas d'autre moyen de la posséder qu'un mariage régulier, il ne reculera pas d'une semelle devant la consommation du crime.
Et c'est pourquoi je pense que tu te fourvoierais en t'engageant dans une pareille coulisse. Marie ne possède rien sous le soleil. Pour prétendre à elle avec quelques chances, il faudrait se présenter plus riche que n'est le vieux Creteil, et je ne te connais pas ce pouvoirlà. L'argent , voilà le seul gâteau qui
puisse endormir le cerbère qui veille sur
Marie.
— Pauvre Marie, si jeune et si pure
ainsi sacrifiée, murmura Gaston avec
une sincérité de douleur qui fit faire
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une explosion de rire à son camarade.
Mais d'où tiens-tu ces détails?
— Je les ai déduits comme une conséquence logique de ce que j'ai vu de mes propres yeux.
— Tu vas donc chez madame de Boncourt?
— Assurément, et j'aimême euThonneur de l'accompagner quelquefois dans ses visites à la maison royale de Saint- Denis, où j'ai une cousine, par parenthèse : une pauvre enfant amie de mademoiselle d'Hervilly , sans fortune du reste, et qui certes par cette raison ne sera jamais ma femme.
Et pourquoi cela, d'Hybouville? demanda Gaston sans trop réfléchir à ce qu'il disait:
— Tues admirable, toi, avec ta qucs^ tion philosophique et rêveuse; est-^îe
que cela se demande? Grâce au ciei je n'en suis plus à me laisser vaincre par l'amour, et l'enthousiasme c'est bon pour les enfants de ton âge. Dans l'état de désabusement complet où je suis, mon cœur est de marbre et mon imagination est de granit. Je ne m'émeus plus. Une seule chose peut me faire sortir de ma torpeur : l'argent; je ne crois à rien autre; je ne crois pas surtout aux femmes; je pense au contraire que chez elles la résignation et le devoir sont dominés par la passion et l'entraînement. Je crois que le bonheur domestique est une utopie, que c'est une plante qui s'étiole et meurt vitesousleclimat du mariage. Tôt ou tard le caprice ou l'ennui se dressent et commandent au cœur des fe mmes:
riche, c'est le caprice; pauvre, c'est l'ennui; et alors tu comprends, puisque c'est
là une fin inévitable et prévue avec elles, que si jamais je me mariais , il faudrait que la fortune m'offrît, le cas échéant, une planche de salut contre les calamités conjugales, car je crois encore et en dernière analyse que la femme qui nous trompe , mais dont la dot nous sert à nous venger d'elle pour payer des maîtresses, celle-là est la vraie dupe. Voilà mon symbole.
Gaston n'écoutait pas ; il connaissait les principes professés par d'Hybouville, au demeurant le meilleur enfant du monde. — Ah! mon cher, dit-il en lui prenant les mains et le regardant d'un air peiné... Situ étais mon ami!...
— Diable ! ceci est solennel , dit d'Hybouville, et je sens que pour te répondre ce ne serait pas trop d'un dithyrambe sur Tamitié. Mais parle, que veux-
tu de moi ? il est évident que cette forme oratoire tend à mettre mon dévouement à l'épreuve. Voyons, que ferais-je si j'étais ton ami?
— Cela va sans dire... Tu me présenterais chez madame de Boncourt.
— Il valait bien la peine d'être si dramatique pour une pareille conclusion!
Décidément, je erois en effet que tu es fou. Quel est ton espoir?
— Aucun pour le moment; mais je sens que j'entreprends en vain de lutter avec mon cœur. Je marche vers Marie , entraîné par une force irrésistible. Estce une étoile de bonheur, une étoile amie, que Dieu créa pour guider mon passage à travers les écueils de ce monde, ou bien suis-je le phalène qui va à la lumière , poussé par une destinée fatale ? Je ne sais, mais il ne dépend pas de
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moi de m'arrêter sur la pente où je suis, de détourner mon regard de ce point lumineux qui me fascine et m'attire. Oh! ce mariage n'est pas fait. Marie ne saurait consentir à une association si discordante. Quelle sympathie pourrait donc exister entre elle, jeune , candide, naïve, et ce vieillard qui n'a plus que de viles ou d'égoïstes passions au cœur, et dont l'amour serait une souillure pour son corps virginal ?
— Sublime enthousiasme!
— Oui , chez madame de Boncourt, dabord... et puis...
— Il faut avouer que tu es d'une crédulité bien conditionnée. Quelle aveugle confiance est donc la tienne ? Je te répète qu'entre toi et Marie les basses
* spéculations de madame de Boncourt sont là comme une barrière que le pou-
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voir de l' or peut seul faire tomber.
M'entends -tu bien ? C'est la femme la plus positive , la plus insinuante, la plus subtile du monde, et comme elle n'a qu'un désir qui la dirige, cehii de marier sa nièce à un homme riche, aucune considération ne prévaudra sur celle-là. Ni ta jeunesse, ni ta probité digne d'un meilleur siècle, ni ta générosité romanesque , ni ton dévouement pyladien ne pèseraient une once à sa balance. C'est une de ces fem* mes à qui il faut un bien-être matériel large, continu, une table somptueuse et la possibilité de satisfaire les mille fantaisies qu'elle éprouve à chaque heure du jour. Il lui faut des domestiques à livrée, des terres pour s'y abriter pendant les chaleurs de l'été et pour y jouir des plaisirs de la veii-
dange. Ses biens à elle sont insuffisants pour faire face à des besoins aussi multipliés ; elle y pourvoira en mariant Marie. Son premier soin sera de lui faire assurer une existence indépendante au moyen d'un contrat en règle; après quoi, elle travaillera problablement à la brouiller avec son mari, afin d'avoir à gouverner les rentes qui seront devenues la propriété de sa nièce. Je gagerais vingt mille francs que c'est là le plan de la vieille.
— Oh! c'est une ignoble créature , dit Gaston ; et il se tut abîmé dans un océan d'amères réflexions.
Il continua après une pause : — Je touche à l'une des phases critiques de ma vie. Plusieurs issues se présentent pour en sortir ; mais je les démôle confuses et vagues dans le chaos de
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mes idées tulmutueuses. Quelques moments de mûres réflexions me sont encore nécessaires avant de prendre un parti.
— Je ne te comprends plus du tout.
Allons, Gaston , ne va pas laisser passer ta folie à l'état chronique. Tu me fais peine, parole d'honneur. Ceci n'est qu'une faible épine dans la vie. Que sera-ce donc quand la ronce te pénétrera à vif dans la chair et la déchirera en lambeaux? L'homme dans une sage prévision couvre son corps de vêtements chauds à l'approche des saisons froides et rigoureuses ; il prend une foule de précautions les plus variées contre tous les maux physiques, et rarement il songe à se garantir de l'atteinte cent fois plus vive de la douleur morale. Couvre donc ton âme à son tour, enveloppe-la d'un épais
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manteau , fais si bien que sous les plis épais où elle se sera drapée, l'âpre souffle desvicissitudes et des poignantes désillusions du cœur ne puisse la crisper et la tordre. Pour moi, regarde si quelque chose dansce monde peut m'ébranler. Je suis loin d'exiger que d'un seul bond tu sautes de tes croyances prismatiques au scepticisme des miennes; mais, mon camarade, tu ne saurais trop tôt te préparer en te fortifiant l'esprit, aux luttes et aux secousses qui t'attendent, pour peu que tu sois appelé à accomplir une destinée d'homme.
— Tu te trompes, d'Hjbouville, si tu me juges ainsi. La fermeté d'âme ne me faillira jamais pour résister au choc delà douleur.
— Es-tu bien sur de toi, Gaston ?
- — Comme de toi.
— - En ce cas mon amitié ne voit plus d'obstacle à t'introdnire chez madame de Bonconrt, car une fois que ton pied aura franchi le seuil de son salon , tu te trouveras eno^agé dans un combat où toutes les chances de gain ne seront pas de ton côté. Marie est actuellement auprès de sa tante, et elle ne rentrera probablement pas à Saint-Denis avant la fin des vacances, si tant est même qu'elle doive y retourner. De cette sorte, toutes les parties vont se trouver eu présence, et la défaite ou la victoire n'en sera que plus tôt décidée. Quand je suis entré dans ta chambre, je venais te faire mes adieux, mais je vois maintenant que nous ne nous quitterons pas. Au revoir donc ; nous nous retrouverons à Paris.
Mon adresse comme de coutume : de huit heures du soir à dix heures du matin.
nulle part et partout; le reste du temps au café de Paris.
Ils se séparèrent.
Gaston resté seul ne tarda pas à faire les préparatifs de son départ. Tout fut disposé pour que le lendemain il se rendît à Paris. Gomme il allait monter en voiture , un palefrenier vint lui apporter une lettre ; elle était de Garoline.
t( Je suis fort tourmentée, lui écrivaitelle; je viens d'acquérir la certitude que trois de tes lettres ont été enlevées de leur paquet. Elles étaient serrées
dans un coin ignoré de mon secrétaire où j'enferme toute ta correspondance. Je me perds en conjectures sur la destinée probable de ces lettres qui, par une double fatalité, sont précisément celles auxquelles il m'était permis d'attacher le plus de prix. Dis-moi, mon Gaston, mais hâte-toi de me le dire, car tu comprends à quelles inquiétudes je suis en proie , si par quelque circonstance oubliée, ces lettres chéries ne seraient pas restées entre tes mains. »
L'extrême concentration des idées de Gaston l'empêcha de se préoccuper de cet incident, qui, en toute autre conjoncture, lui aurait causé la plus vive agitation.
Il se contenta de penser que Caroline avait étourdiment fait la recherche de ces lettres , et que sans doute elle
ne manquerait pas de les retrouver.
Il monta en voiture , et deux heures après il voguait à pleine voile, le Cap sur ses destinées, à travers l'orageux océan de la vie parisienne.