II
42 iS
Il résulte de ce tableau que le grand axe de Tile est trop incliné à Test de 57 minutes.
Lapie aussi trace une chaîne de montagnes qui partage la Grande-Terre en deux versants égaux. Cest une erreur. La crête des monts est très rapprochée de la bande orientale. Au nord et au centre se dressent des massfis volcaniques qui rayonnent dans tous les sens. Ils descendent à la mer des Indes par des pentes rapides, inégales; à l'ouest et au sud ils étalent leurs rameaux et leurs derniers plissements finissent à la lisière des vastes plaines basses qu'occupent les Sakalaves.
Ces erreurs s^expliquent. Jusqu^à ces derniers temps, l'intérieur de Tîle fut peu connu. Avant l'ouverture du canal de Suez, les navires passaient par le cap de Bonne- Espérance et les contrées les plus accessibles, les mieux connues, étaient par ce fait, celles du Midi. L'intérieur restait toujours terra incognita,
Lapie donne à l'Ile Bourbon le nom de Bonaparte, et sa carte a pour titre : Cartes des Isles de Madagascar, de Bonaparte et de France, de Comore et d*une partie des côtes d'Afrique, dressée par Lapie, géographe,
Il divise en provinces l'île de Madagascar.
Le nom des Hovas n*y figure pas, mais on y voit la province d'Ancoves et la ville d'Ancove.
Au commencement du xviii« siècle, l'Imerina était gouverné par douze chefs indépendants les uns des autres. L'un d'eux, qui répondait au gracieux nom de Andrianampoinimerina, entreprit de les soumettre à son autorité. La lutte, commencée en 1745, prit fin en 1810, par
le triomphe des Hovas. Le nom d'Ancove, que Lapie recueille en 1810, est le signe de la victoire de cette race, car Ancove, Ankovaou Amkhova signifie c demeure des Hovas ».
Depuis leurs succès^ les Hovas ont joué dans l'île le rôle principal et n*ont pas varié un instant dans la haine qu'ils vouèrent au nom français. Par contre, ils ont mis la meilleure grâce du monde à se laisser duper par les Anglais, ce qui finira par leur jouer un mauvais tour.
Radama. — Les Anglais à Madagascar. — Carte d'Owen de 1825
De iSioà 1825, notre situation a subi des modifications profondes. Napoléon I^^ a été culbuté, non sansgloire, car il n^a fallu rien moins que les forces réunies de toute l'Europe pour le vaincre et nous imposer la monarchie de droit divin.
Le nouveau gouvernement, harcelé par les partis, surtout par le sien, manque de temps et d^argent pour défendre les épaves de notre empire colonial. En ce qui concerne Madagascar, il ne peut qu^empécher la prescription de nos droits.
En 18 10, les Anglais nous avaient pris les îles de France et de Bourbon, les ports de Tamatave et de Foulpointe, interrompant ainsi les travaux du général Decaen. Le
i8 février i8i i, Sylvain Roux, notre agent général, avait dû capituler devant la flotte anglaise.
Le traité du 3o mars 1814 rendit à la France Tiie de Bourbon et Madagascar. L'île de France et « ses dépendances » restèrent aux Anglais, qui lui rendirent le nom de « Maurice» qu'elle avait reçu des Hollandais en 1 5y6. Elle eut pour gouverneur le vice-amiral Robert Townshend Farquhar.
Farquhar supposa que Madagascar était une dépendance deTîle Maurice. Cest comme si Ton supposait que le Royaume-Urtî est une dépendance de Tîle de Wight.
Malgré sa faiblesse et la terreur que lui inspirait la Sainte- Alliance, le gouvernement de Louis XVI II obtint de la Grande-Bretagne la reconnaissance de nos droits.
Cette reconnaissance devait nous laisser seuls en face des Malgaches.
Il n'en fut pas ainsi. Les Anglais, nullement gênés par la convention, changèrent leur fusil d'épaule, c'est-à-dire qu'au lieu d'agir ouvertement, ils agirent souterrainement.
Robert Farquhar disait en rSio : « Madagascar est une dépendance de Maurice». En 1814, après la reconnaissance de nos droits, il voit d'autre façon et dit : c Madagascar appartient aux Malgaches; aucune nation européenne n'a droit à une partie quelconque de son territoire ». D'après lui, nous n'avions qu'à retirer notre drapeau de tous les points que nous considérions comme nôtres depuis deux cents ans.
Radama * 1*^ était alors chef des Hovas >, peuplade issue des Prahos malais. Les Hovas eux-mêmes disent : a Nous sommes une race étrangère venue du Sud-Est » sous la conduite d^un chef vaillant et sage, Tancétre de » notre roi-dieu Radama ».
Très méprisés, considérés comme impurs jusqu'au commencement du siècle, ils arrivaient à la vie politique.
De 1745 à 1810, Andrianampoinimérina « le Désir d*Émirne » a soumis les douze chefs indépendants qui se partageaient Tlmerina et une grande partie de TAntsihanaka, de PAncaye et du Betsileo. Son successeur, Radama i<^^ notait pas néanmoins le chef le plus puissant de la Grande-Terre, mais il en était le plus intelligent, le
I Radama signifie « poli, uni, glissant, fourbe ».
II faut savoir que la dissimulation, le mensonge, la fourberie sont en admiration chez les Hovas. Les Hovas considèrent la mauvaise foi, la duplicité, la ruse, comme des signes de capaciié, d'habileté, de talent, et les familles s'efforcent de développer chez leurs enfants la mauvaise foi et la ruse. « On conçoit quels avantages ce système d'éducation doit procurer aux Hovas dans leurs transactions commerciales ou politiques avec d'autres peuples. Leurs diplomates sont doués d'une finesse et d'une astuce dont les Européens ont peu ridée. Un des reproches [qui ont le plus contribué à dépopuliriser renseignement du christianisme à Tananarive était la défense que faisait cette religion de mentir, même pour tromper les ennemis du pays ». (Froberville, Notice géographique et historique sur VUe de Madagascar^ p. 20, dans le Voyage à Madagascar et aux îles Comores^ par Leguével de Lacombe, 1. 1).
a Flacourt connaissait les Hovas sous le nom de Vohit^-Anghombes «< peuples habitant les montagnes de l'aurore ».
plus ambitieux \ et sa position centrale lui permettait d^évoluer dans tous les sens.
Farquhar comprend très bien cette situation et entreprend de pousser Radama, d'étendre son autorité sur Pîle entière, puis de le dominer et de nous Popposer comme un obstacle infranchissable.
Il lui envoie des armes, des munitions, des vêtements, des officiers, des conseillers, des missionnaires, des chevaux, un uniforme comprenant un habit rouge, un chapeau à plumes, un pantalon bleu et des bottes vertes. Radama, dans cet accoutrement, reçoit solennellement les envoyés anglais.
Sir Farquhar fait mieux : de son autorité privée il le
I 11 était de petite taille, cinq pieds au plus, mais bien fait. Ses traits étaient intelligents et expressifs. Il était élégant et gracieux, avait plutôt l'air d'un parfait courtisan que d*un chef à demi-sauvage. (BoTELER, Narrative ofa voyage of discovery to Africa and Arabia, t. II, p. 126.
II écrivait et parlait le français. 11 passait pour éloquent, était très orgueilleux et la flatterie était pour lui une séduction si grande qu'il se laissa rendre des honneurs divins . 11 était surtout passionné pour la gloire et aimait à être comparé à Napoléon 1er. Les Méthodistes l'appelaient « Africain éclairé », ce qui le transportait d'aise.
11 n'aimait pas le mensonge et punissait sévèrement qui voulait le tromper. Il se croyait tenu de rendre exactement justice aux étrangers qui venaient trafiquer dans son pays. Légué vel de Lacombe cite un fait de justice curieux et tout à fait dans le genre oriental. Il ne fallait pas d'ailleurs le gratter fort pour trouver le sauvage : il n'a pas craint de faire assassiner l'un de ses frères et d'envoyer l'autre, Rataf « apprendre de l'esprit avec les blancs ». (d'Escahp, p. 1 22 ; Froberville, p. 5o ; Leguével de Lacombe, 1. 1, pp. 148, i Sg).
sacre « roi de Madagascar et dépendances ». Pour assurer le succès de son agent le cabinet de Saint-James pensionne le roi des Hovas et dépense, de i Si3 à 1826, la somme ronde de i 549 000 fr.
Radama se montre reconnaissant et accorde aux Anglais, le 5 février 18 17, un traité qui leur est très avantageux.
Cest ainsi que la loyale Albion applique ses conventions avec le gouvernement de Louis XVIII.
Elle ne viendra plus, comme autrefois, les armes à la main. Elle a compris que Robert Macaire, avec sa voix tonitruante et son cynisme, faisait peur ; tandis que Bertrand, avec sa face longue et blême, son regard oblique, sa voix mielleuse, ses formes cauteleuses et jésuitiques, entrait dans la maison, plus modestement, par la petite porte, y prenait peu à peu de l'autorité et un jour s'en déclarait le maître.
Farquhar substitue donc aux soldats les Méthodistes. Ces saints hommes ne veulent, disent-ils, que civiliser les Malgaches et leur ouvrir les portes du paradis. Radama les croit sur parole. En 1820, ils ouvrent une école ; en 1826, ils ont deux mille élèves ; en 1828, ils ont, dans rimerina, 32 écoles et plus de quatre mille élèves. Ils s'occupent très peu de sciences élémentaires. Par contre, ils enseignent à leurs élèves « que Radama n'a point d'égal parmi les rois ; qu'il est au-dessus de tous les chefs de l'île et le maître de tout; que Madagascar n'appartient qu'à lui seul ». En même temps, ils forment des officiers pour la défense de l'île « contre l'ennemi commun », c'esi-à-
dire contre les Français. Ils fondent à Tananarive une imprimerie, répandent sur Pile une pluie de bibles et de livres de piété. Ils n^oublient pas toutefois la vente des armes, des indiennes et de la coutellerie.
Hastie, agent de l'Angleterre, les crible de plaisanteries et les accuse d'intolérance, d'usure, de vendre des esclaves. Il les signale, à Londres, comme une entrave à la civilisation et demande leur rappel. Sur les dénonciations de Hastie, Radama les tient pour des jongleurs d'ordre subalterne, leur ferme sa porte et ne veut pas les consulter. Ils pourraient répondre que Hastie est un ivrogne, qu'il abrutit Radama par l'abus des liqueurs fortes et lui dicte les mesures les plus violentes, qu'il a voulu vendre comme esclave un sujet anglais. Ils sont beaucoup plus habiles. Ils vantent, au contraire, tant qu'ils peuvent, le génie, le caractère, les vertus de leur ennemi.
Par cette apparente générosité et une souplesse d'acrobates, ils gagnent Tesprit de Radama et peu à peu l'amènent à faire massacrer les mécréants par les croyants, à prendre leurs avis. Force est de reconnaître que leur manque de scrupules est compensé par une grande habileté.
En 1817, Forestier, conseiller d'État, sur Tavis de Sylvain Roux, propose dereprendreTile. C'est encore possible, mais la dépense sera de i 200 000 fr. Le gouvernement ne peut faire un si gros sacrifice et laisse se développer, grandir l'influence anglaise et l'influence Hova. Il borne son action à l'exploration des côtes, à la reprise de posses-
sion, en 1818, de Tintîngue et de Sainte-Marie, et, en 18 19, de Fort-Dauphin.
Les insulaires revoient avec bonheur le drapeau français. Les Betsimisarakas « Gens unis d, population la plus nombreuse du versant oriental, se placent spontanément sous la protection du roi très chrétien. Avec de la décision, nous pouvions écraser les Hovas et jeter à la mer les Méthodistes.
La timidité de nos tentatives laissant à Farquhar toute sa liberté d^action, il lance contre nous son roi malgache, qui vient à Foulpointe, à Tintingue, à la Pointe-à-Larrée, écraser nos alliés, piller nos troupeaux, nous braver.
M. Blévec, commandant à Sainte-Marie, rappelle énergiquement nos droits sur cette partie de Madagascar. Comme il n'a ni soldats, ni navires pour appuyer sa protestation, Radama n^en a cure et les Anglais jouissent de leur triomphe.
Nous étions représentés à Fort-Dauphin par un officier et cinq soldats. C'était une force morale, le signe de notre souveraineté. Pour les Anglais et les Hovas, qui ne connaissent que la force brutale, le moment leur paraît bon pour s'emparer de la presqu'île. M. de Freycinet, gouverneur de Bourbon, ne se croit pas en force pour résister. M. Blevec, doué de pliis de flair et d'énergie que son chef, soulève contre Radama les Betsimisarakas, les Antanosys et d'autres peuplades amies de la France. Que le gouverneur de Bourbon mette en mouvement les navires et les troupes dont il dispose, les Hovas seront écrasis, nous rentrerons en maîtres dans Madagascar.
M. de Freycinet trouve plus noble de singer ce gentilhomme qui, à Foatenoy, cédait aux Anglais l'honneur de tirer les premiers. Il fit même plus fort : au lieu de battre, tout au moins de laisser battre les Hovas, il fait passer à Tîle Maurice leur demande de secours.
Notre faible garnison suffisait à maintenir en paix tout le pays d^ Anosy, mais elle était trop faible pour résister longtemps à trois mille Hovas. Cependant c*est par surprise que le fort est pris, que les six français sont garottés, que le drapeau français est arraché de son mât, foulé aux pieds, déchiré.
Et comme M. de Freycinet n'a ni prévenu ni vengé cette mortelle injure, Leguével de Lacombe, ancien officier du premier empire, put s^entendre poser cette question par un indigène ami : « Dis-moi si la France est » toujours grande et libre, ou si, comme les Hovas le » prétendent, après avoir été vaincue par PAngleterre » elle est devenue son esclave ? > »
Radama reconnaît à sa manière la courtoisie de M. de Freycinet : par décret, il ouvre aux Anglais les ports mal-
I Farquhar et Hastie, même Dayot, Tagent choisi par le gouvernement de Bourbon pour représenter la France à Tananarivo, disaient que les Anglais avaient vaincu la France et l'avaient réduits en servitude. Radama le croyait. Un jour qu*il dînait chez le roi, Leguével força Hastie d'avouer qu'il était, et que Farquhar et Dayot étaient des imposteurs. Radama, qui n'aimait pas êtie pris pour dupe, garda souvenir de cette explication et conçut pour les Anglais un singulier mépris. — Leguével de Lacohbe, Voyage à Madagascar et aux Mes Comores (i823-i83o); t. II, pp. 219-220, Paris, Desessart, 1840.
gâches et les ferme aux Français. En outre, il fait subir à nos colons de la côte toutes les avanies que lui inspirent les Méthodistes; il leur interdit de se procurer ailleurs qu'à Foulpointe et à Fénérife les produits de la Terre de Radama\ il défend, sous peine de mort, de vendre des esclaves au gouvernement et aux colons de Sainte-Marie.
En 1829, le successeur de M. de Freycinet demande au gouvernement les moyens de refréner l'arrogance des Hovas et de sauver nos intérêts. Le gouvernement gémit et laisse impunis les affronts que nous impose Sa Majesté malgache.
Radama consent aux Anglais divers traités. Non seulement il les exécute de bonne foi, mais il en interdit la critique et fait couper le cou à trois de ses parents pour avoir dit : « Les Anglais ne font rien sans motif d'intérêt « ».
Un intérimaire de Farquhar fut moins scrupuleux. Il traita Radama de « chef de sauvages » et refusa de tenir les engagements pris.
A cette nouvelle, Radama se tourne vers la France, les chefs de la côte manifestent leurs sympathies pour nous, les Hovas disent que le nom anglais est synonyme de faux et menteur, Radama crache cette injure à la face d'un négociateur anglais : False as the English '.
I Cétait pourtant ce que pensait Radama lui-même. Un jour James Hasiie lui propose de faire faire, aux frais des Anglais, une route carrossable entre Tamatave et Tananarive. « Non dit-il. Cette belle route mènerait vite les habits rouges dans l'Imerina • .
a William Elli s, History of Madagascar, pp. 227-230.
Le gouvernement français pouvait regagner le terrain perdu, étouffer Tinfluence anglaise : comme toujours, il n'était pas prêt et manquait d'argent. Il laissa à sir Farquharletempsde rejoindre son poste, de réparer les fautes commises et de refermer sur nous la porte.
Les Méthodistes ont introduit à Madagascar Tusage des liqueurs fortes. Hastie a saturé de gin et de brandy le roi Radama, et comme celui-ci n'était pas fait pour ce régime, il succomba prématurément, le 27 juillet 1828, à Tâge de trente-sept ans '.
Ils voulaient certainement Tabrutir, mais ils ne voulaient pas le tuer : c'était contraire à leurs intérêts. Ils appelaient Madagascar, reconnue nôtre officiellement par leur gouvernement : The great Britain of the Africa.
I La mort de ce prince, encore dans toute la force de l'âge, fut une véritable calamité pour son peuple et un sujet de profond regrets pour tous ceux qui s*intéressaient à la ci/ilisation de Madagascar. Son règne fut marqué par des événements qui lui assignent une place impiortante dans l'histoire de ce pays : la suppression de la traite des esclaves, rétablissement d*un système d'éducation publique, renseignement du christianisme au cœur même du pays, la conquête de presque toute Tile, l'organisation d'une armée régulière disciplinée à l'européenne, l'adoption de caractères pour écrire la langue malgache, enfin l'introduction à Tananarive de l'imprimerie, ainsi que d'un grand nombre de métiers européens : ce sont là des actes qui impriment un cachet particulier à cette époque, et font vivement déplorer que ce monarque, sous le règne duquel ils furent accomplis, ait ^té si prématurément enlevé à la mission civilisatrice qu'il remplissait avec tant d'intelligence et de résolution. — (Guil- LAiN, Documents sur Vhistoire, la géographie et le commerce de la partie occidentale de Madagascar, Paris» 1845, p. iio).
Pourraient-ils, sous un nouveau règne, se permettre une si grande liberté?
Sous Radama ils ont eu droit de circulation dans Pile. Ils en ont profité pour réunir les élémeilts d^une grande carte.
Cette carte fut publiée sous le nom deOwen, par PAmirauié, en 182 5, et porte les numéros 768, 759, 760.
Le nom de Tananarivo ou Ant' ananarivo « Ici les mille villages » figure pour la première fois sur une carte.
Il faut rendre cette justice à Owen, qu^il a conservé la nomenclature française et s'est contenté d'angliciser les noms de saints.
L'hydrographie est assez bien faite, mais l'orographie esta peine indiquée.
Les lagunes de la côte orientale sont figurées.
La pointe du nord et la baie de Diego-Suarez sont, pour la première fois, correctement dessinées.
Les Comores, Comoro Island$\ les bancs de Geyser, Geyser Bank ; les Glorieuses, Glorioso Isles; les nosy du nord -ou est sont bien représentés.
Les côtes sont frangées de nombreux sondages.
Les contours de l'île sont remarquablement exacts. En résumé, cette carte a été dressée avec le plus grand soin par des hommes habiles, libres de leurs mouvements, aussi préoccupés de science que de politique.
Elle mérite la reconnaissance des géographes.
Carte de Brué. — 1828
En 1828, Tannée même delà mort de Radama, Brué a publié une carte de Madagascar.
Après la carte de Owen, les études auraient dû porter sur rintérieur; mais Radama et les Anglais nous rendaient la chose impossible.
Brué signale seulement : sur le versant occidental le « Boyana ou pays Seclaves » ; sur le versant oriental, les « Aniaximes» et les « Antavares ». Nous n'avons trouvé sur aucune carte le nom des Antaximes, à moins qu'on ne ridentifie avec le « Aisimo » de celle de Hausermann de 1884. Le nom des Antavares se trouve au contraire sur les cartes de Gauche de 1 65 r , et de d'Anville, de 1 749.
Brué connaît Tananarivo sous le nom d' « Ancove » ou « Emirne i>, mais il la place trop au sud-ouest.
Il rapproche un peu trop de la côte Est la grande chaîne longitudinale, dont il nomme deu;c groupes et quelques sommets.
Il donne au cap d'Ambre le nom de « cap d'Alabre », qui paraît une défiguration du G. del amber de Mercator (1569), et du «G. del Ambar» d'Ortelius (iSjo).
La baie de Diego-Suarez, bien dessinée par Owen, est représentée par une simple encoche et devient « Entrée Britannique ». Le géographe anglais avait écrit « Diego Soares Bay » et « British Sound ». Pourquoi Brué a-i-il
adopté cette dernière appellation, qui n^est qu'Hun soustitre ?
Comme Owen, il conserve les noms de Pon Choiseul, Ile etcapSainte-Marie, Sainte-Lucie, des Galions, Saint- Augustin, Saint-Vincent, Saint-André, mais il oublie celui de Fort-Dauphin, qui figure sur la carte anglaise et sur presque toutes les cartes des xvii« et xviii^ siècles, alors même qu*tl devaitétre suividu triste adjectif « ruiné » ou « abandonné ».
Cette cane est bien inférieure à celle de Tamirauté anglaise que Brui parait n^avoir pas connue.
Carte de Lapie. — 1831
En i83i, quand Lapie publia sa seconde carte de Madagascar, Ranavalona ou Ranavolo, première du nom, était reine de Tlmerina.
Elle était Tune des onze femmes légitimes de Radama.
Leguével de Lacombe, qui était bien informé des affaires de la cour d^Antananarivo, dit que Radama ne faisait pas plus de cas de Ranavalo que d'une femme répudiée et.qu^il gardait toutes ses préférences pour Rasfalime, fille de Ramitrah, qui était seule ad mise à sa table quand il recevait des étrangers '. Elle n*avait donc aucun droit
I Leguével de Lacombe, op. ci7., t. II, p. 354.
au trône. Mais elle était élève des Ombias et dévouée de cœur au vieux parti hova ; elle haïssait mortellement la civilisation européenne et ne rêvait pour son pays que le retour à Tantique barbarie des ancêtres.
Les Ombias supportaient par force le gouvernement révolutionnaire de Radama et voyaient, avec colère, les Anglais implanter dans Pile une foi nouvelle qui, jour après jour, s'étendait sur l'Imerina. Andimiazo, officier d'état-major, amant de Ranavalo^ leur fit facilement comprendre qu'une femme crédule et superstitieuse, de cœur avec eux, leur permettrait de regagner le terrain perdu.
La mort de Radama n'a surpris personne et n'a pris personne au dépourvu. Un ministère prêt à fonctionner attendait dans l'antichambre le dernier soupir du roi.
Le roi more, le nouveau gouvernement casse son testament, comme celui d'un simple Louis XIV, et proclame reine Ranavalo. Sans perdre de temps, il fait mourir la mère, la sœur, l'héritier légitime, quatre des principaux parents au feu roi, les généraux et les fonctionnaires dont la popularité pouvait être une cause d'inquiétude, plusieurs milliers d'individus de- tout rang et de tout âge. Pour ces supplices on eut recours à la sagaye, aux crocodiles, au tanghin.
Tout cela se fit au nom de Ranavalo et Ranavalo fut surnommée Caligula femelle.
Ces massacres, qui ont duré autant que le rc^ne, qui fut très long, ne troublaient pas le sommeil de sa sauvage majesté. Elle voulait, à tout prix, par n'importe quel
moyen, la restauration de Taristocratie hova et de la puissance des Ombias.
Dans un grand Katar, elle annule tous les traités consentis par Radama et déclare abolie dans ses états la religion importée par les Anglais.
Le vieux parti hova hait si violemment, si follement les Anglais, quMl fait sagayer ou chasser^ à cause de leur origine britannique, les cochons et les chats.
Nous aurions pu savourer le désastre des Anglais, car c^est plaisir divin de voir écraser ses ennemis, mais Rana* valo et ses ministres ne nous traitaient pas mieux : la haine des Hovas pour les Anglais s^étendait à tous les européens.
Au moment où les Anglais devaient quitter Tîle, la nouvelle se répand que les Français se disposent à reprendre leurs anciennes possessions, et Ranavalo retient, pour la conseiller^ les missionnaires d^Albion. Cest très habile car, pour bien voir, rien ne vaut Tœil d^un ennemi sans scrupule.
La nouvelle était vraie. Peu après, Tamatave, Tintingue, la Pointe-à-Larrée retombent en notre pouvoir. Au dire de Coroller, prince hova, le capitaine Gourbeyre aurait pu, à ce moment, prendre Tîle entière. La cour d'Émirne, efirayée, envoie un prince et un général pour traiter de la paix .
L'entente se fait très facilement et la reine doit ratifier le traité avant le 3i décembre 1829. Les Méthodistes interviennent et décident la reine, par de bonnes raisons, à refuser sa signature.
Tout est à recommencer. Le capitaine Gourbeyre et le gouverneur de Bourbon demandent du renfort ; les ministres de Charles X en envoient, mais avec recommandation de ne pas s**engager à fond avec les ennemis des Hovas. Dans une lettre publiée par The Times, le 12 mai 1825, M. de Polignac offre à Ranavalo de lui fournir des armes et des munitions, une certaine somme d'argent et des officiers pour instruire ses troupes. En échange, la France aurait eu le droit de fonder de grands établissements dans les baies de Saint-Augustin, de Diego-Suarez et dans deux ou trois ports. M. de Polignac tenait ainsi pour non avenu tout ce que nous avions fait dans Madagascar depuis deux cents ans et donnait bravement aux Malgaches le moyen de nous combattre. Le renversement de Charles X a brusquement terminé ceue habile négociation. Avec Louis- Philippe, les affaires vont changer. Elles changent, en effet, en pis. Les quatre navires envoyés par Charles X sont rappelés; le gouverneur de Bourbon ne devra pas discuter « la question de souveraineté j>; il est autorisé à faire évacuer Tintingue et l'île Sainte-Marie. Ranavalo, instruite parles Anglais des dispositions du gouvernement de Louis-Philippe, refuse toute espèce de traité.
C'est au cours de ces événements que Lapie dressa une nouvelle carte de Madagascar.
Les travaux militaires de nos marins ont laissé peu de traces, grâce au manque d'esprit de suite de nos gouvernants; leurs travaux géographiques ont eu plus de succès. Leur tracé des côtes est aussi correct que celui des cartes
angla'ses, mais Tinterland est toujours, à très peu près, terra incognita,
La ligne de faîte, jalonnée par six pics ou volcans cteints, est indiquée assez exactement au nord et au centre; au sud, comme dans les anciennes cartes, elle est dirigée droit sur le cap SaUi te- Marie. La nomenclature orographique se réduit au seul nom de « Mont Befour, » qui deviendra le « Befourne » de Leguével de Lacombe.
Lapie supprime le nom d' a Entrée Britannique » que Brué avait conservé à Tentréé de Diego-Suarez. Il rétablit celui de Fort-Dauphin que le même Brué avait omis. Sa nomenclature, assez riche, est française et malgache.
Il partage Madagascar entre cinq peuples : les « Seclaves s (Sakalavas) et les Manomboules sur la côte occidentale ; les c Antavarts », les a Ancoves » (Hovas) et les Antaximes sur le versant oriental.
Tananarivo, qui figure sur la carte d'Owen de 1825, est omise sur celle de Lapie de i83i.
Ranavalo Ir«
Du 20 juin au 3 juillet i83i a lieu Tévacuation de Tinlingue. L'armée Hova voit cela, sans rien dire, d'une colline voisine. Dès que le dernier de nos soldats a quitté
terre, elle se précipite sur les Betsimisarakas, nos alliés, et en massacre un grand nombre '.
Ainsi se termine la lamentable expédition de 1829.
Le roi avait également décidé Tévacuation de Tile Sainte-Marie. C'était le complet abandon de Madagascar, le sacrifice des colons et la trahison des promesses que leur avait faites le Gouvernement ; c'était le massacre, par les Hovas, des Betsimisarakas qui s*étaient réfugiés dans Tîle lors de l'évacuation de Tintingue.
Louis-Philippe espérait, par ces concessions, contenter les Anglais et Ranavalo. Il ne se trompait pas, mais le résultat trompa ses espérances. Anglais et Hovas continuèrent à se moquer de lui et des sacrifices qu'il faisait à la paix à tout prix.
L'amiral de Rigny ^, ministre de la Marine, indigné que la France subisse les caprices d'une reine à demisauvage, donne des ordres, en i832, pour l'exploration de la baie de Diego-Suarez. Les explorateurs lui répondent, comme leurs prédécesseurs ont répondu à Napoléon i«^ que cette baie est la plus belle position militaire de la mer des Indes. Mais les conditions ne sont plus les mêmes que sous l'empire : alors, il n'y avait qu'à prendre ; en i832, il faut conquérir.
Soutenu par les Chambres, M. de Rigny décide l'envoi de huit navires et de douze cents hommes pour reprendre
I Henri d^Escamps, Histoire et géographie de Madagascar; Paris, Firmin-Didot, 18S4, p. 144.
> Henri Gauthier, comte de Rigny, commandait la flotte française à Navarin (20 octobre 1827) et fut fait vice-amiral après le combat.
nos anciennes possessions et repousser les Hovasdans les limites de Tlmerina.
Le roi ne Tentend pas ainsi. Il ne veut pas faire, à trois mille lieues de France, une guerre dont les avantages ne balanceraient peut-être pas les sacrifices. Au fond du cœur, il craint que cette expédition ne soit pas du goût de PAngleterre.
L'amiral de Rigny est remplacé, son successeur nomme une Commission selon le cœur du roi, et cette Commission décide d'ajourner « quelque utile qu'il dût être a pour la France de posséder un port dans une mer oîi » nous en manquions absolument » ». L'expédition n'eût pas lieu et Ventente cordiale sortit triomphante de cette terrible épreuve.
A cette époque, Ranavalo ne se souciait pas de revoir à Tamatave les canons français ; d'un autre côté, elle avait plus qu'assez des Anglais, des bibles, du gin et des cabales des missionnaires. Pour obtenir tout ce que nous voulions, il aurait suffi, très probablement, de montrer à la reine la bouche des canons que voulait envoyer Tamirdl de Rigny.
Tant qu'avait duré la crainte de l'expédition de 1829, Ranavalo ne pensait aux Anglais que pour tirer d'eux ce qu'ils pouvaient donner au point de vue de l'instruction industrielle de son peuple, instruction qui lui permettait de mieux tromper, de mieux dominer, de mieux opprimer les autres peuples de l'ile. Elle dissimulait sa haine,
I H. d'Escaups, op. cit.j p. 14G.
mais à certains éclairs on derinait le terrible orage qui grondait dans son cœur de barbare.
Un jour, allant en procession à Tune de ses divinités, elle entend des chants sacrés qui viennent d^une chapelle de missionnaires et prononce ces paroles sinistres : « Ils ne se tairont que lorsque la tête de Tun d'eux sera tombée » ».
Les indigènes partagent ses sentiments. Ils croient aussi que les livres, les instructions, les prédications des mis* sionnaires ont pour but la conquête de File par les Anglais. La reine, tenant pour vaines les menaces de la France, se sent libre et décide d^extirper de Madagascar les pratiques chrétiennes, dût-elle faire mourir tous ses sujets chrétiens.
Dans un message, en date du 26 février i835, adressé «t à tous les Européens, Français et Anglais », elle prescrit aux missionnaires de respecter les coutumes du pays et leur interdit de baptiser ses sujets, de célébrer le dimanche, de faire des cérémonies contraires aux lois du pays hova. Elle ajoute avec beaucoup de bon sens : « Quant à vous, Européens, faîtes ce qu'ordonnent les » coutumes de vos ancêtres et vos propres coutumes * ».
Les missionnaires réclament ; la réponse ne se fait pas attendre. Le i«' mars, dans un grand Kabar, elle expose que Ton doit observer strictement la religion des ancêtres ; qu'elle accorde un mois, à partir du coucher du soleil, à
1 H. d'Escamps, op, cit, p. 148.
2 EuG. DE Froberville, Noticc géographique et historique sur
Vile de Madagascar, p. 95, en tête du Voyage à Madagascar de
Leguével de Lacombe.
ceux qui ont reçu le baptême pour se dénoncer ; qu'elle déclare dignes de mort ceux qui seront dénoncés par autrui.
Plusieurs Grands viennent la prier d^adoucir la rigueur de son édit. c Je réduis à huit jours, dit-elle, le délai d^un mois que j^avais accordé aux chrétiens pour se dénoncer ».
Les officiers qui se dénoncent sont cassés. Les civils sont condamnés à de fortes amendes. Le tanghin, la sagaye, la corvée, Tesclavage, le bâton, le saut de TAmpaniarinana ( Roche tarpéien ne de Tananarivo) font prompte .justice de ceux qui ne se livrent pas spontanément .
Les missionnaires comprennent qu^ils ne peuvent plus tenir et, le i8 juin i835, ils quittent la capitale de Tlmerina. De Téchafaudage élevé par sir Robert Farquhar, à grand renfort d'argent, de mensonges et de duplicité, il reste le mot anglais que la cour et la ville emploient comme synonyme de mensonge et de fourberie >.
Débarrassés des Anglais, Ranavalo et les Ombias respirent à Taise. Ils vont pouvoir extirper les germes de civilisation semés par les Européens, exploiter à leur guise le bon peuple malgache.
Engagé par Hastie, Jean René et Leguével de Lacombe, à supprimer le supplice du tanghin, Radama répondit cyniquement : « Trouvez-moi un impôt qui, comme celui-ci, remplisse mes coffres et me fournisse aux besoins
I Ida Pfeiffer, Voyage à Madagascar ; Paris, Hachette, i86a, p. a 17. H. D*EscAMPs, op. cit., pp. 148-16 1. a Ida Pfeipffr, op. cit., p. i3o.
de mon armée ». Ranavâlo trouve aussi, dans le tanghin, une source de revenus. Dans Tespace d^une douzaine d^années, elle a fait mourir de ce supplice plus de 1 5o ooo personnes '.
Le tanghin était administré sur la dénonciation du premier venu qui faisait le dépôt d^une petite caution.
Quelle que fût Tabsurdité du crime dénoncé, Taccusé devait se soumettre, sans discussion, à ce jugement de Dieu. S^il succombait, il était reconnu coupable, ses biens étaient partagés entre la reine, ses officiers et le dénonciateur. S'il échappait, ce qui n'arrivait pas une fois sur mille, le dénonciateur était tenu de payer quatorze piastres de dommages-intérêts '.
Entre autres jugements de Dieu il y avait Tépreuve des caïmans.
L'accusé devait traverser à la nage, le nombre de fois fixé par le juge, une rivière infestée de caïmans. S'il en sortait vif, il était reconnu innocent, et le délateur payait quatorze piastres; s'il était dévoré par les caïmans, il était déclaré coupable et ses biens devenaient la proie de la reine, de ses officiers et du délateur 3 .
Les riches étaient toujours dans l'angoisse, car ils étaient à la merci du premier scélérat qui pouvait désirer leurs biens.
En 1837, Ranavâlo est informée par ses ministres qu'il
1 LsouévEL DE Lacombe, op. cit,, t. 1, p. 120. — Francis RiAUx, appendice au Voyage à Madagascar, d^ldei PfeîlTer^ p. 3o5.
2 Leguével de Lacombe, op. cit., 1, pp. i i3-i 17. i Fr. Riaux, op, cit.f p. 3o6.
y a dans le peuple beaucoup de sorciers^ de voleurs et de profanateurs de tombeaux. Elle tient de suite un grand Kabar et annonce qu'elle fera grâce de la vie à ceux qui se dénonceront eux-mêmes, tandis qu'^elle fera mourir les autres, i 5oo personnes se dénoncent, 96 sont dénoncées.
Aux premiers, elle fait river au col et aux poignets de lourdes chaînes de fer et les réunit, au nombre de quatre ou cinq, par de grosses barres de fer longues de cinquante centimètres. En cet état, ils sont libres d'aller où ils veulent, sousla surveillance de sévères gardiens. Quand un homme du groupe meurt, il faut lui couper la tête pour retirer le corps de la chaîne. Ses chaînes sont traînées par les survivants qui finissent misérablement, écrasés sous le faix.
Des 96 qui furent dénoncés, 14 sont brûlés vifs; d^autres sont précipités de TAmpaniarinana, d'autres sont jetés dans des fosses et couverts d'eau bouillante, d'autres sont sagayés ou soumis au supplice du tanghin. Le dernier est entouré d une natte qui ne lui laisse de libre que la tête et livré ainsi, tout vivant, à la pourriture '.
Ranavalo a fait disparaître annuellement de vingt à trente mille personnes. En quelques^ années elle a effacé du sol des milliers de villages et réduit de moitié la population de rîle.
Ce monstre a toutes les sympathies du Révérend Williams EUis, missionnaire anglais.
Comme le dit Ida Pfeiffer, EUis montre que les mis-
i Ida Pfeiffer, op> cit., pp. 213-214.
sionnaires anglais s^entendent parfaitement à fausser la vérité. Son livre est un tissu d'histoires faites à plaisir et M'"^ Ida Pfeiffer le prend, nombre de fois, en flagrant délit de mensonge». Leguével de Lacombe, un modéré, dit, parlant du livre de M. EUis : a Un grand nombre de faits, dont j'ai été le témoin oculaire, m'ont paru y être défigurés par l'esprit de fanatisme religieux ' ».
William EUis est un ennemi acharné de la France; c'est pour cela, sans doute, que M. R. Saillens le défend si chaleureusement.
En i835, après lexpulsion des Anglais, Ranavalo manifeste des intentions favorables à la France. C'était un leurre. Le gouvernement de Louis-Philippe s'y laisse prendre. En iSS/, il lui envoie un capitaine de navire pour jeter les bases d*un traité de commerceet d'amiiié (!). Cet officier fut mal reçu par le gouvernement des Ombias, qui ne voulait traiter avec aucune nation européenne, et qui prit texte de celte démarche pour inaugurer, contre les étrangers établis sur le littoral, une politique de tracasseries.
Les gouvernements de France et d'Angleterre interviennent et exigent, du gouverneur de Tamatave, une protection efficace des étrangers.
Peu après, les Anglais cherchent à rentrer dans Madagascar. Pour ne pas effaroucher la reine, ils lui demandent seulement l'autorisation d'engager huit cents naturels
I Ida Pfeiffer, op. cit., pp. 20 2-20 5.
2 LbGUÉVEL DE LaCOMBE, 0/>. Clt.,t, I, p. 1 1 .
pour les travaux de l'île Maurice. Elle leur répond avec cette désinvolture gui est l'œuvre des Européens, qu'elle défend, sous peine de mon, tout engagement pour Maurice, et elle fait sagayer, sous les yeux de l'agent britannique, les malheureux qui ont eu l'imprudence de traiter aveclui'.
L'amiral de Hell, qui commande à Bourbon, juge que le moment est venu de prendre des mesures pourassurer le son de nos nationaux et envoie le capitaine Passot sur la côte occidentale. Les études de cet ofRcier ont pour résultat la prise de possession de Nosy Bé et de plusieurs autres îles. Nous ferons le récit de cette affaire en parlant de Nosy Bé.
' H. d'E»c*mp», op. cit., pp. 1 54-1 55.