‹ La cartographie de MadagascarChapitre 12 sur 20 · NEUVIÈME PARTIE LEGUÉVEL DE LACOMBE · texte numérisé non relu

NEUVIÈME PARTIE LEGUÉVEL DE LACOMBE

Voy.-iges de 1S35 à i8jo. — One de 1840 '

Arri^■& à Tamatave. — Voyage de Tamatave à Andevoranio

[eguével de Lacombe était officier de cavalerie sous le premier empire.

La Resiauraiion lui fait des loisirs, comme ù tous les survivants des glorieuses phalanges qui ont émerveillé rÉgypie, la Syrie et l'Europe, Retiré à l'ile Maurice, chez des membres de sa famille,

I Leguével de Lacombe, Voyage à Madagascar et aux îles CoiiorM(i8i3-i83o)i Paris, Louis Deie»»art, 1840, 1 vol. in-8".

il entend sur Madagascar des récits dignes des « Contes des Mille et une Nuits ». Il commence par en rire, puis, à force de les entendre répéter, il les trouve moins étranges, et quand un capitaine de navire marseillais lui propose d'y aller voir, il ne demande pas mieux.

A la fin d'avril 1 828, il quitte Tîle Maurice ; huit jours plus tard il contemple l'île aux Prunes et les récifs de Tamatave.

Il est reçu par Jean René, produit d'un français et d'une malgache. Jean René est devenu, par des friponneries, chef de Tamatave. Il oublie alors qu'il a du sang français dans les veines et se met au service des Anglais, et les Anglais le jettent c loyalement » dans les serres de Radama.

Tamatave a Toamasina, comme sainte », jadis tout petit village, avait, en 1823, de huit cents à mille habitants. Sa rade spacieuse en avait fait le port d'attache principal des navires de Maurice et de Bourbon.

A cette époque, Radama vint à Voboaze, chef-lieu des Bétanimènes. Il était alors dans toute sa gloire et se comparait modestement à Napoléon I«^ Leguével veut le voir et part avec une lettre de recommandation de Jean René.

Il descend au sud, le long de la mer, au village d'Ivondron, qui est nommé, par M. Alfred Grandidier, Jolokefa « oti le parc à bœufs est fini », et Ivondrona.

L'habitation du chef de Jolokefa se compose de plusieurs cases entourées d'un triple rang de palissades.

Leguével remonte l'Ivondrona ', rivière bordée d^arbres gigantesques dont les branches s^entrelacent et forment des bosquets impénétrables. Des lianes d^une infinie délicatesseï ornées de fleurs à teintes vives, sMtendent d'un arbre à Tautre et donnent asile à une foule d^oiseaux pour la plupart inconnus en Europe '. Dans Tépaisseur des massifs gîtent des sangliers ; dans la rivière s'agitent de hideux caïmans. Non loin de ces derniers sautille leur « pilote » le vouroun saranoum, oiseau immortel et sacrée

qu^on ne peut tuer sous peine de mourir bientôt

disent les Malgaches.

Leguével entre dans un lac qu^il nomme Nossi Bé. Cest le Nosy Vé « Iles tortueuses » de M. Alfred Grandidier. Ce lac forme le premier anneau de la chaîne lacustre qui relie Tamatave à la Matitanana.

Il dit que Tlvondrona est séparé du lac par un pangalame ou^ comme on dit aujourd'hui, par un ampanalana,

1 Cette rivière a été nommée par Flacourt, en i656, Ivonrhon ; par F. Martin, en i665, Vaudron; par Mayeur, en 1717, Ivondrou ; par M. Alf. Grandidier, Ivondrona « Qui a des joncs ».

2 Sylvain Roux dit, dans un rapport de la fin de 18 19, à M. Millius, commandant et administrateur de Bourbon : « Le » 10 (septembre 18 19) au soir, nous partîmes pour Ivondrou, » où nous sommes restés jusqu'au lundi 14, que nos effets sont M rentrés à Tamatave. Cette excursion nous a procuré à tous le » plaisir de visiter la belle rivière d'Yvondrou, semblable en général, » pour la beauté de ses sites, à ceux que nous présente la Loire le » long de la belle jetée depuis Orléans jusqu'à Nantes ». — (Louis Brunbt, La France à Madagascar, 181 5- 1895; Paris, Hachette, 1895, p. 34).

sortes d'isthmes qui séparent Tun de Tautre les lacs de h côte.

De grands changements ont dû se produire depuis 1823^ car aujourd'hui la branche principale de Tlvondrona se jette dans le lac Nosy Vé.

Ce lac, long de dix-sept kilomètres et large de trois, fait Tadmiration du voyageur. La traversée en est, pourtant, très dangereuse pour les indigènes. Mahào, la sorcière, y fait sa demeure et commande aux génies malfaisants qui planent sur les eaux.

Mahâo était belle, fille d'un chef puissant des Antaîmoros, et connaissait tous les secrets de Part magique importés d'Arabie par ses ancêtres. Son mari la trompa pour quelque laideron. Elle le tua, prit en haine les hommes et mit au service de sa vengeance sa beauté, ses richesses, sa science magique. Elle joua les Marguerite de Bourgogne, enivra d'amour et jeta dans le lac beaucoup des princes des environs. L'un d'eux, instruit du sort qui l'attendait, prévint Mahào, la poignarda et l'envoya rejoindre ses nombreux amants. Mais un talisman qu'elle avait lui permit, même morte, de nuire aux hommes. Il faut donc traverser en silence le beau lac Nosy Vé: si par hasard on réveillait la sorcière, il y aurait mort d'hommes »,

La description de Leguével est très précise; on n*y reconnaît pas, cependant, non plus que dans sa carte, le tracé de M. Alfred Grandidîer.

t Lfguével de Lacombe, OTp, cit,, t. I, pp. 48-51.

Dans le Tan^ foutchi « Terre blanche », entre le lac Nosy Vé et le lac Iranga, il y avait jadis un fangane, serpent terrible qui dévorait les hommes et les bœufs. Il avait sept dards ; dans ses plis il pouvait envelopper et broyer un village de trois cents familles. Il a été tué par Dirafify, le bon principe. Les indigènes montrent encore sa caverne et le lac où il se baignait >.

Du lac Iranga, Leguével voit les montagnes qui s^étagent et dominent les forêts delà côte. Leurs pics, entourés de brouillards, ont un aspect fantastique. Les Malgaches croient qu^ils portent la voûte du ciel et qu'ils sont habités par les Kymos, peuple de pygmées. Personne n'a jamais vu de Kymos; raison de plus pour y croire, et fermement. Froberville a longuement et savamment discuté cette légende '.

Le lac « Rasoabé » ^, que Leguével réunit à Plranga, est à environ 17 kilomètres de la rivière Nanya. A michemin de cette rivière au lac Rasoabé se trouve le lac Mangaoka, que le voyageur passe sous silence.

Il dit que le lac Rasoamasay 4 est uni au lac Rasoabé par un étroit canal, ce qui est encore vrai. Dans sa carte, au contraire, les deux lacs n^en forment qu^un.

I LEGuévEL DE Lacombe, op. cît,, t. I, p. 5i. — Froberville, Bulletin de la Société de Géographie, cahier de janvier i83g.

a Froberville, Notice géog. et hist., pp. 26 et seq.

i Rasoabé « la bonne grande », femme du géant Dirafily (Alf. Grandidier).

4 « La bonne petite », femme du géant Dirafify (Alf. Grandidier).

Les Betsimisarakas lui disent que ces deux lacs ont été formés par les larmes des deux femmes de Dirafify. Ces veuves inconsolables leur causent encore une grande frayeur et, pour ne pas les troubler dans leur retraite, ils gardent le silence en traversant leurs fantastiques lacrymatoires • .

Leguével place d'abord le Rasoabé, puis le Rasoama-. say. 11 fait une confusion puisque le Rasomasay est entre 1 8<> 46' 3o" et 1 8û 48' 1 5'' et le Rasoabé entre 180 48' 3o" et 180 5i'o" ^

A sa sortie du lac Rasoabé (et non du lac Rasoamasay), il fait halte dans un village de trente cases qu'il nomme Vavoune. C'est ainsi que se prononce Vavony, « La bouche de la rivière ». Le chef lui offre sa plus belle case et le prie de partager son roh\ c^est-à-dire son dîner. Au moment convenable, le bonhomme apporte son riz dans un vase de fabrication européenne qui fait sa gloire et Tadmiration de ses sujets. Il regarde finement son hôte et croit Tétonner beaucoup. Hélas ! ce vase précieux, unique dans la contrée, ne sert pas chez nous de soupière, et Lacombe, malgré sa courtoisie, ne peut se résoudre à manger dedans.

Le lendemain, en traversant la forêt de Vavony, Leguével de Lacombe entend les cris lamentables du babakoute ou a Babakoto», espèce d'orang-outang qui toujours se tient debout ou assis.

I M. Alp. Grandidier, Hist. de la Géog,, p. 100. a Alf« Grandidier, Hist, de la Géographie,

Les Malgaches croient que le Babakoto a été homme, quUl s*est réfugié dans les bois pour se soustraire au travail, et que le dieu Zanaar, pour le punir. Ta mis au rang des singes.

Le jésuite de la Vaissière raconte autrement cette métamorphose. Un homme condamné à mort et poursuivi par le bourreau gagne les bois. Il est métamorphosé en singe, s^allie avec des guenons et donne le jour à des hommes. 11 ajoute que son confrère Pages en ayant tué un, les indigènes « réclamèrent à cor et à cris le cadavre de leur parent » et lui firent des funérailles solennelles. Pour un peu, ils auraient abandonné le P. Pages au milieu des bois ».

Leguével aussi a tué un babakoto. « Sa vue j», dit-il, a me fit frisonner, tant je lui trouvai de ressemblance » avec rhomme; un sentiment de tristesse s'empara de » moi. . . Les Malgaches, joyeux de la mort du singe qui » leur assurait un régal, me demandèrent la permission » de s^arréter un instant : ils allumèrent un grand » feu ... * »

I Le P. DE LA Vaissière, Vingt ans à Madagascar^ colonisation, traditions historiques, mœurs et croyances; Paris, V. LecofiFre, i885, pp. 236-237.

3 LEGuévtL DE Lacombe, op. Cit., t. I, pp. 62-63.

Andevoranto. — D'Andevoranto à Voboaze. — Radama. Mœurs malgaches. — Retour à Tamatave.

A Andévourante, « Andevoranto », « Le marché aux esclaves *, il y a deux mille habitants. Les hommes sont plus propres, les femmes plus jolies et mieux vêtues, les cases plus commodes que dans les autres villages de la côte. La race est Bétanimëne.

Ces braves gens donnent aux étrangers leurs plus belles cases, leurs aliments les plus délicats, leurs plus jolies filles. Et le voyageur s^attarde volontiers chez eux. A son départ, il donne au père de famille quelques brasses de toile, à la mère une pièce de mouchoirs, à la jeune fille quelques pièces d^étoffe, et tout le monde se tient pour satisfait, comblé d*honneur.

A Andevoranto, Leguével a vu, dans sa case, une petite vieille qui lui demanda, en français, des nouvelles de Louis XVI, de Marie-Antoinette et de la cour de Versailles. C'était l'ancienne maîtresse de Beniowsky.

La petite vieille n^avait pas été éblouie des merveilles de notre civilisation. Par amour pour Beniowsky, elle se conforma à nos usages et porta les toilettes françaises, mais rien ne lui parut comparable à sa case, à son léger costume national, aux forêts de son pays, à la liberté sans bornes des femmes malgaches. Son amant mort, elle

reprit sa vie de jadis et devînt sage, comme ses compatriotes, quand les rides de la vieillesse dispersèrent les amoureux.

D'Andevoranto, Leguével monte à Voboaze, village fortifié de palissades, à rues bien alignées, étroites et malpropres. Je ne le trouve sur aucune carte. Il y voit Radama, qui lui dit en le quittant : « Moi bien content » voir blanc; vini ici tout-à-l'hère avec missié Hastie v pour dîner ».

Quelques jours après, Radama passait en revue son armée. Il était à cheval, sous un dais. Il avait quatorze canons, mais ses artilleurs ne savaient pas les manœuvrer. La salve réglementaire coûta deux morts et six blessés. L'armée aurait fait triste figure devant une troupe européenne; ses armes à feu et ses rudiments d^instruction en faisaient cependant une force assez puissante pour modifier profondément la géographie politique de Madagascar.

Elle était recrutée comme celle de la France l'était alors, mais elle ne coûtait rien au trésor royal : les soldats pourvoyaient eux-mêmes à tous leurs besoins, sauf à faire du commerce.

Quand le mari est à Tarmée, les infidélités de la femme sont punies de mort. Hors ce cas, les femmes hovas de toutes conditions, mariées ou non mariées, jouissent d*une liberté absolue; elles ne prennent même pas la peine de se cacher.

Les Hovas sont polygames. Prendre plusieurs femmes, c'est mampira/er, c'est-à-dire « faire des ennemis ».

Ils peuvent, avant le mariage, prendre les femmes à

Tessai pendant un certain -temps. Quand l'épreuve est jugée suffisante, la jeune fille retourne chez ses parents. Si elle a plu, la demande en mariage suit de près, sinon, tout est dit; elle attend un autre prétendant. En tout cas, ce noviciat n'atteint pas sa réputation ^

11 en coûte une piastre pour contracter mariage, autant pour divorcer. Au temps de Leguével, la vadi-bé ou première femme était rarement répudiée, mais elle devait donner à son mari ses sœurs et ses parentes plus jeunes qu^elIe. Dans le pays hova, comme dans Israël» ^^ fécondité de la femme est une bénédiction. Cette tournure d'esprit explique bien des choses.

Leguével revient en huit jours de Voboaze à Tamatave. Il est suivi de près par Radama qui met garnison dans la ville et envoie son bon ami, Jean René, guerroyer contre les Vourimes, sauvages braves et adroits qui vivent en grande partie de brigandages. Leguével accompagne Jean René.

De Tamatave à la Manambava. — Le frère de Radama. — Vatomandry. — Marosika. — Mahanoro. — La Mananjara. — La Nomorona. — Le Faraony. — La Matitanana. — Les Anuîmoros. — Les Chavoaïes. — Les Chaflfates. — Arrivée à Fahandza. — La Manambava.

L'armée se rend à Mittinandre ou Maintinandry «Aux poteaux noirs * ». Contrairement aux indications de la

I La Vaissière, op. cit., pp. 177-178.

3 M. Alf. Granoidier.

carte de Leguével^ la côte est ici bordée de lagunes, et la rivière Sakarivo « la rivière au gingimbre » ou « la rivière » qu^îl est défendu de passer avec des paquets < » les traverse pour se rendre à la mer.

Le pays est fertile, malheureusement il n^a aucun moyen d'écouler ses produits.

Rataf, frère de Radama, vient à Maintinandry. Il a vingt ans; il est chauve, ridé, simiesque. Radama ne veut pas qu'il soit militaire et l'a envoyé « apprendre de Tesprit avec les blancs ». Il est systématiquement abruti par Tordre de son royal frère qui finit par le faire mourir de faim dans un cachot. Ranavalo, en arrivant au pouvoir, mande à Tananarivo le major Ratsi-atou, bourreau du jeune prince, Paccuse de concussion et lui fait couper le cou.

De Maintinandry au port de Vatou-Mandré, notre Vatomandry « Rocher dormant' », Leguével ne voit que des sables arides et des rochers battus par les vagues. Ce ne sont plus les beaux et frais paysages qu'il a tant admirés dans son voyage à Andevoranto et à Voboaze.

A Vatomandry, les cases sont bien faites et les habitants affables. L'entrée de la rivière est obstruée par les sables pendant une partie de l'année; il serait facile de la tenir toujours ouverte et d'avoir un port commode, mais les indigènes sont trop amis du repos et trop inintelligents pour comprendre les bienfaits du commerce.

Marousic, « Marosika » ou « Marosiky » « là où il y

> M. Alf. Grandidier.

> M. Alf. Grandioisr.

a beaucoup de joncs i>, est à l'embouchure commune des rivières Manampontsy « qui a des ravinais », Ivato ou Ivatana et Manandry ou Manandra « qui saisit avec force». Leguével ne représente qu'un seul cours d'eau, la Maroussic ; le P. D. Roblet en représente deux : la Manandry et la Manampontsy ; ainsi font Laillet et Suberbie. Alfred Grandidier, dans sa carte des lagunes, trace, entre ces deux rivières, PI vato ; en outre, il dénomme ainsi, en allant du nord au sud, les trois rivières : Manampontsy, Yvato et Manandry.

Marosika est caractérisé par des légions de rats. Ces répugnantes bêtes dévorent les récoltes, infestent les cases. Leur audace est si grande, qu'il faut, au moment des repas, charger quelqu'un de les empêcher de sauter dans les plats. Et les chats, « compagnons du diable », sont rigoureusement proscrits du pays.

Leguével, marchant toujours avec l'armée, se rend à Manourou, « Mahanoro » « qui rend joyeux » ; village situé sur un lac. Il y a maintenant un fort hova. Cette région est figurée différemment par Lacombe, Suberbie et Grandidier.

Leguével place Manourou « Mahanoro > sur un large estuaire alimenté par un ruisselet qui sort de monts anonymes. M. Grandidier donne à ce ruisselet le nom d'ivolo et le représente, ainsi que le fait le P. Roblet, comme réunissant le Mangoro au Sahasaka. L'orientation des rivières n'est pas la même chez Suberbie que chez Grandidier ; cependant, de iSjS à 1880, cette région a été parcourue par Suberbie.

Le Manourou de Leguével est situé sur un roc escarpé. Bien que le mouillage en soit très mauvais, les navires de Maurice et de Bourbon viennent y chercher le riz, la cire, le tabac, la gomme copal qu'ils échangent contre des marchandises de peu de valeur.

Leguével traverse ensuite beaucoup de villages et de rivières, dont le nom et le cours varient de carte en carte, et arrive aux belles cascades du Mananzari ou Mananjara 9 qui a des arbres zarina ou zara ». A Tembouchure de cette rivière, Leguével écrit : « Riv. Mananzari^ ancien » établissement français occupé par les Hovas ».

D'après son récit, le village est au « nord-est », à deux portées de fusil; diaprés sa carte, il est au sud.

Le mouillage est loin de terre et peu sûr. Une plantation de caféiers fait l'admiration des voyageurs. Un peu au nord se trouve Mahela ' où, malgré les dangers du mouillage, les Français viennent chercher du riz.

Une île du Mananjara est occupée par des Ranoumènes, gens bien faits mais de petite taille et très timides.

Plus au nord, jusqu'à la rivière Namour ou Namorana « qui a rendu prospère », le terrain est nu, piqué seulement de quelques bouquets d'orangers et de cocotiers dont les fruits sont délicieux.

A une journée de marche au sud se trouve FaraonS village de huit cents cases, dans une île du Faraony « Le dernier fleuve ». Roblet, non plus que Laillet et Suberbie

i « Qui retient [les voyageurs] (parce quMs s*y trouvent bien) ». M. Alf. Grandidier, Hist, de la Géogr, de Madagascar, a Nommé par Sanson, en i655, Vinangue.

.*'. A-Irtc '^xit^c .Citrr it Fara:irj fcirnE iiîic lie c: dans

;A^'.>a '- -',i f-r.:! par terrasser e: -crter à la n^cr. M- Alfred (fî'cU'*^A'At ci: 'jie hlr^zïy personninc les preniicrs oÀAn *raUr$ ':j ^i vinrent, au x< siècle, de la côîc orientale d'Airi jue^ et que le» cornbau légendaires de ce géant se rappr/ru;r)t â U ]u:te de ces noureaux Tenus contre les indigents, qui sont personnifiés par le géant Fatrapaitanana ',

Les Antaimoros, babitanu des bords de la Matitanana, élitaient leurs chefs^ qui éuient toujours pris dans la métnt famille^ et avaient pour eux un respect superstitieux, A Matatane, le Jugement de Dieu répondait à toutes lei accusations. Les accusés étaient forcés de traverser à la nage, plusieurs fois de suite, une rivière grouillante de cuimans.

Vn peu au sud'Ouest, dans des montagnes oîi Ton marche sur des mines de fer, vivaient les Chavoaïes, misérable peuplade qui descend peut-être des habitants

( Ai.i'. (îiiANuiDiKR, ///#/. de la Géogr, de Madagascar, p. io5.

primitifs de Madagascar. Ils se croyaient les seuls hommes du monde. Les Chaffates, leurs voisins, plus misérables encore, vêtus d^un petit morceau d'écorce, n'avaient que des villages de douze à quinze cases.

Leguével arrive à cheval dans Fahandza, leur principal village.

Or, d'après les récits des Ombias, le cheval est un animal terrible, investi d'un pouvoir magique. Aucun malgache ne peut l'approcher sans mourir. D'un coup de pied, il tue cent hommes et fait trembler la terre. Sa course est plus rapide que celle du sanglier chassé par les chiens. Il se nourrit de chair humaine et tous les soldats du « roi rouge > y passeraient si Tombias blanc ne le lui défendait. L'arrivée de cette béte, prédite par les ancêtres, doit coïncider avec la destruction des peuples malgaches.

Naturellement, à l'approche de ce terrible animal, tout le monde prend la fuite.

De Fahandza au pays des Vou rimes les montagnes sont très escarpées et les sentiers impraticables. Sur le chemin se trouve Hantsy-lava, village de trois cents cases, baigné par un affluent de la Mananghare.

Le tracé de la Mananghare par Leguével reproduit celui de Flacourt, lequel est en désaccord avec les cartes modernes qui font arriver à la mer, par une commune embouchure, la Manambava ', la Manampatrana ^ et la Manambato K

I Qui est bordé de vavana. (A. Grandidier).

3 Qui coule dans un pays découvert. (A. Grandidier).

3 Qui a des pierres. (A. Grandidier).

En traversant du nord-est au sud-ouest le pays des Chaffates, Leguével a dû passer ces trois rivières. Il repousse d^un degré trop à Touest la ligne de partage des eaux. Cependant, de la Monongabë (Itsitambola?), dont il fait un affluent de la Mananghare (M anambava) il a vu : à Touest, les montagnes des Betsiléos; au sud-ouest, les monts des Ambohitsmènes ; au nord, ceux des Antatchimes. Il constate aussi que tout le pays des Vourimes porte des traces de volcans, II aurait pu, sur ces divers points, améliorer sensiblement la carte.

DeTamatave à Foulpointe. — Foulpointe. — Le prince Rafaralah.

— Fénérife.— L'île Sainte-Marie.— L*île auxPrunes.— L'Onibé.

— La Maningory. — Tintingue. — La baie d'Anton-Gil.

De retour à Tamatave, Leguével en repart le 1 5 septembre 1823 pour Foulpointe.

Marofototra « oii il y a beaucoup de souches > a reçu des Anglais le nom de Foulpointe, qui signifie : « Sale pointe » ».

Leguével est très bien reçu par Rafaralah, gouverneur de la province, et reconnaît à Foulpointe des traces nombreuses de Inoccupation française.

I « Foui point » parce que la rade est encombrée de coraux et dangereuse. Le nom de Foui point a été donné par Dupré Eberard, en 1667; en 1725, GirsiTd écril Hope^Fullpoint. (M. A. Grandidibr, Hist, de la Géogr, de Madagascar y p. 97).

une conzr.tr'zziz'z re gisr:^ c ^: r esc ^e . ir^n: que :a » Teox >, la: Ttpoztî It pri-re « ti chercher dans les » cadarres de tss K:Iii3 1-es piêjcres ie niin trésor qui ■ ont servi à Itnr donner la r::3r:. car elles on: rescplacé « les balles dont ccus n:anjzi:îis depuis îc3*;::emps ».

Radama reconant. en brare eu 11 était, la raîeur de son adversaire. En iS>S, Ranavalo aussi rendit hommage à ses mérites, à sa maRÎère, en le faisant assassiner.

L^uével écrit sur sa cane, en face de Foui pointe : « Ancien éublîssement Français occupi par les Hovas ».

Il signale la rade de Fénénfe ou Fenoarivo, c qui est plein de mille hommes > », comme Ist plus mauvaise de la côte orientale, parce que son mouillage est loin de terre et coupé par des courants d^une grande violence.

Fenoarivo est moins malsain que Foulpointe et Ton y fait annuellement deux récoltes de riz. Ses marins sont les meilleurs de I^île et les pirogues qu'ils fabriquent trouvent acheteurs sur toute la côte. Ses trafiquants sont connus pour leur loyauté.

En 1823, Pile Sainte-Marie était improductive et insalubre' et Leguével regardait comme perdus les 60000

I Parce que là S2 réunit Tarmée des Bctsimisarakos, vers 1712, pour secouer le joug des Tsikoa, leurs oppresseurs. (M. A. Grandi- DiER, op. cit., p. 96).

a Cela est bien changé. « Sainte-Marie est un vrai bijou... J'niétd fiappé de Tadmirable tenue de Thôpital où l'amiral Miot envoie achever de se guérir les typhiques venus de France et ceux qui ont

francs qu'elle coûtait annuellement à la France. Elle était peuplée d'Antavares et de Betsïmtsarakas chassés de la Grande-Terre par les Hovas.

Au temps de Leguével, les baleines éiaient nombreuses dans les eaux de Tile, surtout dans le canal qui la sépare de Madagascar.

Le voyageur s'arrête à l'île aux Prunes, qu'il a déjà vue. Elle est bien située pour la pèche, mais elle manque d'eau. Son circuit esi d'une lieue. Les mangliers y croissent en abondance cl sont habités par de grosses chauvessouris dont la chair est délicate.

Leguével donne le nom de Vouibé à l'Onibë s La grande rivière», qui débouche entre •Fénérife et Fouipointe, par 170 39' de latitude sud. Son tracé se rapproche sensiblement de celui de la carte de la Guerre de 1 S94, donné en partie comme conjectural. Il désigne la pointe sud de rOnibé sous le nom de « Rafaralah n ; Laillet et Suberbie sous celui de i Tananarive n; Roblet la laisse anonyme, Grandtdier ne la cite pas.

La Maningory, qui se jette dans la mer par 1 70 1 3' 3o" de latitude sud, a souvent changé de nom '.

Le tracé de Leguével s'éloigne beaucoup de ceux du P. Roblet et de Laillet. II ne connaissait pas d'ailleurs

I Elle est, pourFIacourl(i656), laManangourou, pour Fr. Martin (i665), la Manangouri; pour Thornton (i7o3), Cow bay; pour Beniowsky (r776), la Ranou Mangourou ; pour Leguével (1840), la Manangoure; pour Roblet (188S), la Manangoro ; pour Laillet et Suberbie (1889), Alfred Grandidier (1881) et la carte de la Guerre Je 1894, la Maningory.

le grand lac Alaotra, source de la branche méridionale de la rivière Mantngory.

Tintîngue « Taintaina », « qui a été brûlé », conserve encore des vestiges du fort construit par le commandant Gourbeyre en 1829. Leguével écrit en face : « Etablisse- » ment pris par les Français le 2 août 1829, abandonné » le i3 juillet i83[ ».

Sur la baie d^Anton-Gil il écrit encore cette lamentable légende : « Ancien établissement Français ».

La côte de la baie d'Anton-Gil à Tamatave est représentée assez correctement.

De Tamatave à Tananarivo et à la baie de Diego-Suarez. — Le bakoubak. — Les Bezonzons. — L'Ankaye. — La Mangoro. — Tananarivo. — Ratsitatane, Hastieet Farquhar. — Marche militaire entre la baie d'Anton-Gil et la baie de Diego-Suarez. — Les Mamelles. — La Manahar. — Les Antalavas. — Iba-Ratsi. — Une relique de Beniowsky. — Les Antalaotras. — Diego- Suarez.

Leguével était à Tamatave depuis six semaines et se préparait à y passer l'hiver. Le prince Râtaf, nommé général

été contaminés par eux. Et le fait est qu*iis se guérissent à Sainte- Marie dont le climat est excellent pendant les mois de mai, juin, juillet, août, septembre et octobre. » (François de Mahy, Autour de Vile Bourbon et de Madagascar; Paris, Lemerre, 1891, pp.

et chargé de soumettre les peuples du nord, Tinvîte à raccompagner et à le rejoindre à Tananarivo.

Il accepte et quitte Tamatave le 7 octobre 1823. Il repasse par Voboaze et traverse les monis de Réfourne. Ces monts ne sont pas indiqués sur les cartes modernes, mais on trouve Beforona « beaucoup de forona (herbe) », village situé par environ 180 5o' 10'' de latitude sud et 460 i5^5o'Me longitude est, sur la première bande des forêts, à 5i5 m. d'altitude. Cest peut-être à ce premier gradin de la chaîne longitudinale qu^il donne ce nom de Befourne. Ces monis ont été ravagés par des volcans aujourd'hui éteints. Les malgaches les figurent par le a bakoubak », animal monstrueux qui ne pousse son cri et ne sort de son repaire que pour dévorer les hommes et les animaux. Quand les joueurs à'^érahou chantent cette légende, ils décrivent, sans peut-être s'en douter, les efifets des éruptions volcaniques.

Leguével traverse le pays des Bezonzons ou Bezanozano ir gens dont la coiffure est faite de petites tresses », hommes grands, robustes, bienveillants, qui se disent originaires du pays des Sakalavas. Autrefois ils étaient de mœurs guerrières ; maintenant qu'ils possèdent un pays fertile, ils sont pacifiques, portefaix ou marémites du roi pour les transports de Tananarivo à la côte et de la côte à Tananarivo.

Le grand plateau de TAntankay ou Ankay, t pays nu que borde la forêt » ' , était autrefois un vaste lac ou maré-

I A. Grandidier, op. cit., p. 141.

cage. Les habitants paraissent de même race que les Hovas.

Leguével a vu le cours supérieur de la Mangoro et Va. tracé assez exactement. Mais il ne distingue pas le plateau de TAnkay de la masse des monts ; pour que les cartes donnent Taspect de cette région, il faut attendre 1869 et le voyage de M. Alfred Grandidier.

A son arrivée à Tananarivo, Leguével reçoit la visite de Rakavalo, parent de Radama. a Est-ce vrai, lui dit le vieillard, que mon fils a été tué par les Français?» — « Non, répond Leguével », et il lui raconte l'histoire de ce meurtre.

Ralsitatane, fils de Rakavalo, ami et conseiller de Radama, avait toujours eu de bons rapports avec les Français, mais il se défiait des Anglais et de leur politique. Comme tous les Hovas, il détestait le fameux Hastie, qui était toujours attaché aux pas du roi, traitait brutalement les soldats indigènes, et avait dicté l'article du code militaire malgache qui punit du supplice du feu tout homme convaincu d'avoir reculé devant l'ennemi ».

Pendant la guerre contre Ramitrah, qu'il avait conseillée, dirigée, et qui finit par un désastre, Ratsîtatane le fit arrêter. Hastie se fit humble, promit sous serment de quitter l'île et d'engager ses compatriotes à ne plus y venir. Ratsitatane crut à sa bonne foi et le relâcha.

Hastie n'a jamais pensé à tenir sa parole, et Ratsitatane

I En 1895, pendant la guerre franco-malgache, Ramasombaza, 14e honneur, gouverneur général du Boina, fut brûlé vif, à Tananarivo, en vertu de cette loi, pour être revenu vivant de Maroway.

le gènani beaucoup, il manœuvre auprès de Radama pour se déralrc de lui. Les soldats, instruits de ce qui se trame, menacent de se révolter. Hasiîe, par crainte, ne demande plus la mort de Ratsitatane, mais son envoi à Maurice, où il se charge de le conduire. Une nuit, il enivre Radama, obtient sa signature et, sans perte de temps, part pour Port-Louis avec Ratsitatane. Dès son arrivée, il s'entretient longuement avec sir Robert Farquhar, et parce que le Jeune prince est ami des Français, sir Robert Farquhar le met au bagne avec des esclaves qui connaissent sa naissance, le condamne aux corvées les plus répugnantes, fait tout, en un mot, pour Texaspérer, le pousser à la révolte. Son Excellence legouverncur avait son plan.

Il y avait au bagne bon nombre de vauriens, propres à toutes les besognes, ne demandant d'ailleurs qu'à recommencer leurs exploits. Ils proposent à Ratsitatane de se mettre à leur tête, de s'évader avec eux et de retourner à Madagascar.

Un soir, malgré les gardiens, qui paraissent y avoir mis beaucoup de bonne volonté, tous les condamnés s'échappent; mais au lieu de chercher à sortir de Maurice, ils gagnent les montagnes, appellent à eux les nègres fugitifs et lèvent l'étendard de la révolte.

Sir Farquhar n'en demandait pas davantage.

A celle époque, les miliciens et les magistrats de Maurice éiaient encore Français.

Le gouverneur arme la milice, force le camp des révoltés, enchaîne les chefs, les jeiie dans des cachots et les fait comparaître devant les juges. Ceux-ci, trompés par

Farquhar sur les crimes attribués à Ratsitatane, prononcent contre le jeune prince une condamnation à mort; et, sans perdre une minute, le gouverneur fait exécuter la sentence.

Pour couronner cette œuvre, sir Robert Farquhar fait répandre le bruit, à Madagascar, que Ratsitatane a été pris et tué par des Français.

Leguével de Lacombe a osé dire la vérité sur ce drame.

Revenons à Tananarivo. Antérieurement à Pan 1600, elle s^appelait Aralamanga a Où il y a un beau bois ». Andrianjaka Tenléve aux Vazimbos, vers 1607, et la nomme Antananarivo « Où il y a mille mains, mille bras », peut-être la a Ville des mille hommes » ou des « Mille maisons ' ». Au temps de Lacombe, en 1823, elle comptait 25 000 habitants, non compris l'armée.

Le palais royal, * Le Traon-vola » ou case d'argent, était une réunion de quelques grandes cases. Les missionnaires anglais, peu soucieux de la vérité, ont décrit le Traon-vola comme un palais merveilleux.

Antananarivo ou Tananarivo, résidence des grands chefs, était entourée de palissades et de fossés. Ses rues étaient étroites, ses maisons placées sans ordre. Ses cases sont les mieux construites de Tîle, élevées, sur de forts pieux, à deux pieds du sol pour éire préservées des inondations. Elles se composent d'une ou deux pièces. Le meuble principal de la salle à manger est le sala\a, gril

r A. Grandidier, op, cit»t?< 142*

en gaulettes qui sert de table. Plus il est grand et sale^ plus le propriétaire est supposé riche et généreux.

L'Imerina est montagneux, peu fertile. L'air y est aussi salubre qu'en France. En mai, juin et juillet, le froid est vif: il faut se vêtir de drap et faire du feu soir et matin. Lacombe n'a pas vu d'autres maladies que celles causées par la malpropreté.

Tout le monde est marchand, même les soldats. Il y a marché tous les jours à Tananarivo, et plusieurs fois par semaine dans les bourgs de la banlieue. Les étalagistes crient leurs marchandises comme leurs confrères européens. Le roi se fait payer le dixième du prix de chaque vente faite dans les marchés.

Leguével part le 20 octobre avec le prince Rataf, chargé de conquérir, sur les Antankaranas, le pays entre la baie d'Anton-Gil et le cap d'Ambre.

Il passe sur la bande orientale, dans la province de Bezanozano, chez les Ambanivoules, gens grossiers, mais de mœurs plus simple et de caractère plus loyal que les Hovas.

Sa première étape est Ambatou-Manga, probablement l'actuel Ambohi Manga. Il remonte la Maqgoro et cite un assez grand nombre de villages qui ont disparu ou dont le nom est changé. Nous croyons pouvoir identifier seulement Mangout-Sara avec Ambohitsara, Nounoulahé avec Nonolahy, labaratsi avec Ibaratsi, Fianourana avec Fianorana, Vareikhala avec Varikala, Benyola avec Bengoala.

Le 2 5, il est au pied des Mamelles, pitons remarquables

qui* se voient, dit-il, de Foulpointe et de Fénérife. Ils ne figurent cependant pas sur les cartes de Roblet, de Lailiet et Suberbie, ni sur celles de la Guerre.

Il a longé, à petite distance, la côte orientale du lac Alaotra ; il a traversé la Maningory, bien près de Tendroit où elle sort de ce lac ; il a traversé aussi la Mahitsihazo, affluent de gauche de la Maningory, pour aller à Nonolahy. Toujours séparé du lac par des colines ou des forêts, il ne Ta même pas soupçonné.

Il figure assez bien le Manahara « Qui refroidit », et remarque dans les montagnes de cette région de nombreux cratères.

Au nord d'Antala-lava, sur un affluent méridional de la Manahara, Leguével trouve des nomades que les Malgaches appellent Oula-hala « Hommes des bois ». Ils ne reconnaissent aucune autorité, n'ont aucune industrie, leur vêlement est d'écorces d'arbres « et ils n'en désirent pas d'autres». Ils ne cuhivent pas la terre, vi-ent de chassé, de racines, de fruits et gîtent dans des cavernes ou dans des huttes qu'ils élèvent en quelques heures et abandonnent au bout de quelques jours.

Le village d'Iba-Ratsi « le Mauvais père », sur la branche septentrionale de la Manahara, est conservé sur les cartes de Roblet, Lailiet et Suberbie, sous le nom d'Ibaratsy. Les habitants ne connaissent pas les Hovas ; à peine ont-ils entendu le nom de Radama.

La Marantchette, aujourd'hui Antambalona, est bien représentée sur sa carte. Le village de Fianourana « Fianorana » a pour chef un vieillard qui conserve, comme

une relique, une lettre de recommandation que Beniowsky lui a donnée à Port-Choiseul.

Plus au nord, à Beniola ou Bengoala, se trouve une population dbrigine arabe que les Malgaches nomment Antalotches « Antalaotras ». Les Antalaotras comprennent le malgache, mais entre eux ils ne parlent que le souahéli. Ils ont des écoles publiques et lisent le Koran. Ils sont intelligents, encore un peu musulmans, sobres, honnêtes; les Européens les emploient comme courtiers.

Leguével arrive à la baie de Diego-Suarez. « Cest » ditil, a le port de Tîle le plus sain et le mieux situé; sa » position est si avantageuse, que les rivières qui se jettent j> dans les havres assurent au commerce des communica- » tions faciles, tant au Boina et Antsianac qu^avec les 3» Sakalaves du sud. Ces dernières contrées étant les plus » riches de Pile en troupeaux, c*est le plus près possible » ou dans la position la plus commode pour commercer 3> à la fois avec elles et avec les colonies européennes qu'il D faudrait sMtablir; les principales chances commerciales » reposeraient sur la traite des bœufs, dont on salerait la » chair pour approvisionner Maurice et Bourbon, et dont » les peaux séchées seraient expédiées en Europe > ».

Plus d'une année après son départ, le capitaine Owen a fait rhydrographie de la baie de Diego-Suarez ; en 1 832, elle a été explorée par le navire la Nièvre.

Owen a mis partout des noms anglais, selon Pusage de son pays. Leguével a conservé les noms indigènes, et

( Leguével de Lacombe, op, cit,, t. H, pp. 67-68.

il a bien fait, car ces noms, sauf quelques exceptions, finiront toujours par prévaloir.

Les Malgaches donnent à Tune des parties principales de la baie le nom de « Douvouk vasah' », baie des Français.

Ils distinguent d'ailleurs trois sortes de Français :les « Vasa-foutchi », Français blancs de Maurice et de Bourbon; les « Vasa-minti », Français noirs de ces îles; les « Vasa-animi-també », Français de la Grande-Terre, de la France. Les Anglais sont appelés Englilich,

Leguével pense qt!e c'est sur la baie de Diego-Suarez, dans le port de la Nièvre, que nous devrions établir la première base de nos opérations commerciales. Il y a dans ce port de douze à quinze brasses d'eau, ni bancs ni écueils. La rivière des Caïmans et celle des Maques, qui se jettent à proximité du port et donnent une excellente eau douce, peuvent être remontées en bateau.

Départ pour l'île d'Anjouan. — Baie de Narendry. — Mazangaye. — La Grande-Comore. — L'île d'Anjouan. — Excursions dans le Ménabé. — La ville de Ména-bé. — La rivière Ranou-Minti. — Le mont Tangoury.

Leguével dit qu'il fut alors très malade et prit passage sur un navire de Surate qui faisait route pour l'île d'Anjouan. Il fait escale à la baie de Nareenda, c Narinda » ou c Narendry », au village de Mazangaye et donne sur ce village des détails précis.

Le commaadaDt Guillaio est allë aussi à Moud^angiàe. 11 n'a pas vu un p(Hi âorissant, mais une cité en ruines ; il ne l'a pas trouvée sur la baie de Narendry, mais sur celle de Bombétoke. Il est probable que Leguével n'a vu ni la baie de Narendry, ni celle de Bombérake, et que l'indication de sa carte aura en pour résultat unique de tromper M. Suberbie.

Il se remet en voyage, aperçoit la Grande-Comore, dont les pics se voient de très loin, et s'atrtte à Anjouan [Jobanna, Nsouanî] ou ■ tle à la main >.

L'Ile d'Anjouan a surgi, par poussée et par éruptions volcaniques, d'un plateau sous-marin qui pore tout l'archipel comorien et s'élève, par gradins, de fonds de plus de 2 ooo mètres à des fonds de moins de soo mètres.

Sa forme est triangulaire et sa surface de 3^8 kilomètres carrés. Ses montagnes, dit Leguével, sont peu élevées. Cependant Elisée Reclus donne aux somibets une hauteur de ( 200 mètres, ei Suberbie fixe à i 5 76 mètres l'altitude du Tinguidyou.

Leguével compte ^m l'île d'An}ouan trois villes remarquables dont les maisons sont en pierres, mais il ne cite que Domoni, la capitale, située dans l'est. Selon lui, Domoni est entourée de murailles et défendue par une forteresse carrée, ceinte de fossés bourbeux, ornée d'une batterie de canons de gros calibre donnée aux Anjouanais par le premier consul de la République française.

Celte description, bien que très précise, laisse des doutes.

En 1 599, Houtman a vu Demos. Beaucoup de ruines

attestaient Tancienne force et Tancienne grandeur de cette ville. Ce qui en restait formait encore une fort belle cité. La plus grande partie des murs était abattue, et les parties qui subsistaient avaient une épaisseur extraordinaire '. Ces murailles ont-elles été relevées? Ce serait une exception dans rhistoire du monde arabe, et les Antalaotras sont surtout Arabes. Or, des hommes qui ne s^occupent que de leur religion, de leurs femmes et de la mastication du bétel, ne pensent guère à la reconstruction de grands travaux de défense.

D'après Elisée Reclus, le sultan ne réside pas à Domoni, mais à Msamoudou, « dans une cité d'apparence médiér vale, aux murailles irrégulières, tours carrées, étroites poternes, citadelle croulante * ».

Henri Jouan a visité Tîle en 1869 ou 1870. Il en a vu la capitale, qu'il appelle Mashamoudon et en décrit les fortifications à peu prés comme Elisée Reclus. Quant à la bourgade, c'est, dit-il, un fouillis de ruelles et de cloaques où sont déposées toutes les ordures qui fermentent et contribuent, dans une bonne mesure, à l'insalubrité de rîle. Jouan a vu des villages dans les vallées, auprès d'eaux stagnantes. Il n'a pas entendu parler de Domoni, cette ancienne capitale ayant dû tomber, depuis longtemps, au rang de simple bourgade '.

L'auteur de l'article sur les Comores, dans V Univers

i Histoire générale des Voyages, t. I, p. 409, éd. in-40.

i Elysée Reclus, Nouv. Géog. univers. , t. XiV, p. i33.

} Henri Jouan, Notes sur les archipels des Comores et des Sey

chelles, ChQTbouTQf Bedelfontaine, 1870, p. 33.

pittoresque, ne cite pas noQ plus Domoni, ce qu'il n'aurait pas manqué de foire si elle avait eu une certaine importance.

Leguével de Lacombe pourrait bien n'avoir fait ce voyage qu'en imagination. 11 n'a pas vu, en tout cas, en 1824, le sultan d'Anjouan en résidence à Domoni.

Nous rappellerons, en passant, qu'Anjouan est passée sous la domination française en 1886, après avoir vainement sollicité cet honneur en t8i6. Ses vallées, les plus belles de l'archipel comorien, sont riantes, arrosées de nombreuses petites rivières, riches en poissons délicats. Son sol, en partie composé de laves réduites en poussière, est d'une extrême fertilité. Tous les arbres fruitiers de l'Europe et de l'Inde y réussissent parfaitement.

Elle est la meilleure escale du canal de Mozambique, et peut être considérée, sous tous rapports, comme une acquisition précieuse pour la France.

Leguével dit avoir quitté Domoni en avril 1824, et s'être dirigé sur l'embouchure de la rivière Mena-bé * Grande [eau] rouge ' a II indique, au nord de cette rivière, Mouroundava, village de pécheurs qui n'existe plus, s'il a jamais existé.

La Ména-bé ne peut être assimilée qu'avec la Morondava. Leguével donne Ji cette rivière des courbes trop accentuées et un cours trop réduit. Il la remonte et fait route au nord-est, par le Betsilco, vers Tananarivo. Il

> LXUUÉVEL DE LaCOKDE, Op. Ctl., t, 1[, p. 100. — M. A. GlUNDI-

DjEii,op.,cil., p. 191, dit: M<!naM BÎgnifîâ «le grand (pays)

jalonne sa rouie du nom d'une dizaine de villages qui n^ont laissé aucun souvenir.

Parmi ces villages, il décrit en détail Ména-bé, capitale du roi Ramitrah : « La ville de Méaa-bé ou Andréfout^a^ » dit-il^ est située sur la rive gauche « du même nom > : » elle contient environ deux mille cases, ^habitation » royale, composée de quinze ou vingt grandes cases, est 9 entourée d'un triple rang de palissades et d'un fossé 9 profond. Un quatrième entourage est formé par les » feuilles épineuses des raquettes ; Textrémité supérieure » de chacune des palissades est armée d^un large fer de » zagaie.

» Indépendamment de ces fortifications intérieures, la » ville est défendue par un fossé et par un entourage » encore plus fort que celui dont je viens de parler; cet » entourage est fermé par des portes en bois qui n'ont » pas moins de quinze pieds de hauteur ■ ».

Cet important village aurait dû laisser des traces. En admettant que les Hovas en aient détruit les cases et les palissades, ils ne se seraient certainement pas donné la peine d'en combler les fossés. Cependant, MM. Grandidier et d'Anthoiiard, qui sont passés sur son emplacement supposé, n'ont rien remarqué.

A répoque oQ Leguével place son voyage, Ramitrah était bien roi du Ménabé; toutefois, sa résidence nMtait pas à 5o milles dans les terres, mais à Ambondro, au sud

I Leguével de Lacombe, op, cit., t. Il, pp. 10 5- 106.

de Temboucbure de la Morondava, où il est mon en

Leguével fait sourdre du Tangoury, à dix milles au nord de Ména-bé, la Ranou-mtnti « Eau noire », ainsi nommée ■ probablement parce que son fond est couvert de petits cailloux noirs et quelle charrie pendant la saison des pluies beaucoup de matières volcaniques ' n. Cette rivière, qu'il dit avoir vue, coule du sud-est au nordouest, et son embouchure louche celle d'une autre rivière qu'il appelle Paraceyla : il faut lire sans doute Parcelas, nom donné, par Owen, en 1824, au Tsiribihina. Eh bien ! la rivière Ranou-minti ne se trouve sur aucune carte, la sienne exceptée.

Le Tangoury « Ruche, Cercueil ■ suivant l'étymologie de Leguével, est un mont isolé, conique, situé à dix milles au nord du village de Ména-bé. < Toutes les terres B qui avoisinent Tangoury ei la montagne elle-même » sont volcaniques; Je mont Tangoury est aride et parait » noirci par l'action du feu. Un cratère ouvert à son 1 sommet, plusieurs autres cavités considérables, d'oU I jaillissent les sources du Ranou-Minii, des éboule- I menis de terres et des laves ne permettent pas de douter ■ de Texistence de feux souterrains qui se seront éieinis D à la suite des siècles. La tradition vient d'ailleurs con- » firmer celte assertion ' ». Et Leguével raconte longue-

■ GuiLLAiN, Op. cit., pp. ia^,3i5.— M. A. Grandidibk a hiverné dan» ce village en 1S60.

> Leguével de Lacohbe, op. cil., t II, p. I ig. ) Leguével de Lacohbs, op. cit., t. Il, pp. 119-110.

ment une légende recueillie, dans le pays même, au moment de visiter ce mont redouté.

En 1869, M. Alfred Grandidier, qui avait son livre entre les mains, est passé à l'endroit où devait se trouver ce volcan : il n^a rien vu. En 1890, M. d^Anthotiard a traversé le même lieu et n'a rien vu non plus.

Comme la grande ville de Ména-bé, comme la rivière Ranou-minti, le mont Tangoury a disparu. Reste seulement une légende, mais elle est curieuse et fait honneur à la féconde imagination de Leguével de Lacombe.

Le lac Nosy-Vola. — Le Betsiboka et l'Ikopa.

Au mois d'avril i825, Leguével de Lacombe revient à Tananarivo.

A cette époque, James Hastie était omnipotent au Traon-Valo « Maison d'argent » ».

Leguével, homme gênant, dangereux, difficile à intimider, fut reçu froidement. La capitale hova ne lui promettant pas un séjour agréable, il en partit, d'après sa relation, pour se rendre à la baie de Bombétoke.

Aucun des noms des villages qu'il cite * ne se trouve

i Ainsi nommé parce que les bardeaux de la toiture sont fixés avec des pointes d*argent.

a Antaruk, Amboudrona Bémarivo, Anacamoussa, Sora-Minti « Hérisson noir », Finoulak, Miadi, Ankavala, Maro-Ma « beaucoup

dans les cartes et itinéraires que nous avons sous les yeux.

^ Cela n'a rien d'étonnant. Depuis 1825, la région qu'il dit avoir traversée a été ravagée par les Hovas, dépeuplée, mise à sac, et des villages, légèrement construits, ont pu disparaître. Ses descriptions, très précises, très détaillées, semblent l'expression de la vérité pure ; on le suivrait de confiance, avec le plus vif intérêt, jusqu'à la baie de Bombétoke, s'il ne décrivait dans sa relation et ne marquait sur sa carte, au beau milieu de sa route, un grand lac inconnu. Ce lac est le Nossi-Vola. Il le place par 170 20' de latitude sud et 440 82' de longitude est. Il dit ravoir abordé par un petit canal encombré de joncs. Il contiendrait plusieurs îlots et une grande île nommée Nossi-Voia « île d'argent ». Dans cette île s'élèveraient, outre plusieurs petits villages, Rahidranou « le Père des eaux »; ancienne résidence du prince Rafaralah, chef du pays des Antsianacs ou Antsihanakas. Leguével donne sur le lac Nossi-Vola, sur ses habitanis et leurs industries, les renseignements les plus complets et raconte, en même temps, ses aventures personnelles.

Henri d'Escamps ' cite le Nossi-Vola, le Révérend

d'yeux », lac Nossi-Vola, dans Tune des îles du lac, le village de Rahidrounou « le Père de Teau », résidence de Rafaralah*. Après le lac Nossi-Vola, viennent : Arkibou « le Ventre », Kakazou-Folak « TArbre rompu », Landé-Foutchi, Maroa-bé, ancienne capitale des rois Sakalavas du Nord, Zouma-Androu. (Leguével, t. H, pp. 149- 162).

I Histoire et géographie de Madagascar, p. 370.

Ellis ' aussi, et après eux, M. Vivien de Saint Manin '. Eh bien! ce grand lac n^a été vu ni par M. Alfred Grandidier, ni par le docteur Louis Catat, ni par le vicomte d^Anthoûard, ni par aucun des voyageurs, qui sont allés de Tananarivo à Majunga.

Leguével le place dans TAntsibanaka. A la vérité^ il y a dans cette province un grand lac, l'Alaotra, situé sur le même parallèle que le Nossi-Vola de Leguével, mais à deux degrés plus à Test, par 48» 3o'de longitude.

L^Antsibanaka, qui est en forme de quadrilatère, s*étend du 1 7« au 1 8« parallèle et de 45® 40' à 46® 1 5' de longitude. Le Nossi-Vola serait donc à plus d'un degré à Touest de TAntsibanaka.

Lislet-Geoffroy, en 18 19, Vandermaelen, en 1827, ont placé sur leurs cartes, PAlaotra dans le pays des Sakalavas. Leguével les a crus sur parole et son imagination a fait le reste.

Il parle aussi du Betsiboka et de Tlkopa comme quelqu'un qui ne les a pas vus. Il est bien vrai que nos cartes actuelles, les meilleures, donnent encore en pointillé une partie notable de ces deux grands cours d'eau. Mais si Leguével avait fait le voyage marqué sur sa carte, il aurait longé le Betsiboka depuis ses sources jusqu'à son embouchure ; il ne donnerait pas que le tiers de son cours, il laisserait pour compte à Lislet-Geoffroy et à Vandermaelen leur lac Nossi-Vola, il n'induirait pas en erreur

I Visits of Madagascard.

» Dict tonnait e de géogr. univers., verbo Antsianaka.

Henri d'Escamps, Ellis et même Vivien de Saint-Martin.

Il a vécu à Tananarivo ; il a vu les digues et les canaux d'irrigation dePIkopa, que les princes de Plmerina entretiennent avec soin depuis plus d'un siècle. Sans grand effort il aurait appris des Hovas^ qui connaissaient bien alors cette rivière, que ces centaines de cours dVau, grands et petits, qui sillonnent Tlmérina tout autour de la colline isolée qui porte Tananarivo, affluent à Tlkopa et que rikopa, après avoir coulé quelques kilomètres seulement à rOuest, tourne au Nord et se dirige droit sur la baie de Bombétoke. Il n^aurait pas commis cette énormité de faire passer le Mantao^ notre Kanatri, tout au travers de la ramure du Manambolo et du Tsiribihina, pour recevoir les affluents du Haut-Ikopa.

Leguével n^a fait qu'en imagination le voyage à la baie de Bombétoke et sa carte ne donne, sur ce point, que des notions erronées.

Les côtes méridionales de Madagascar. — Une reine de vingt ans.

— Le dernier des Ramînites. — Fort-Dauphin. — Sainte-Luce.

— La Sandravinany . — Métamorphose d*un chef Antaraye. — Le Masianaka.

Après un nouveau voyagea Bourbon, Leguével revient à Madagascar en février 1827, et aborde à Andrahoum. Il dit dans sa relation > que la baie d' Andrahoum est à une journée de marche au sud de Fort- Dauphin.

1 Tome II, p. 172*

L^Andrahombe des cartes les plus récentes est au cap Andavaka, à 40 kilomètres de Fort-Dauphin. Mais il ne doit pas être confondu avec celui de Leguével qui se trouve à 96 kilomètres à vol d^oiseau et à plus de 100 kilomètres de marche à l'ouest de Fort-Dauphin. Dans un pays oîi les routes sont inconnues et les sentiers rudimentaires^ le voyageur le plus alerte ne fait pas 100 kilom. en un jour. Leguével voyageant alors en bateau, aura voulu parler, sans doute, d^un jour de navigation.

Son Andrahoum est situé un peu à Touest de la rivière du même nom, notre Mandrary. Il est anonyme sur sa carte et sur celles de la guerre de i885 et de 1894; le P. Roblet et MM. Laillet et Suberbie l'omettent; il ne figure pas dans les tables de M. Grandidier.

Il est dans le plus oriental des cinq petits États formés par l'Androy, et son chef ou roi, en 1 892, était Valoelatra.

Leguével dit que la reine du pays, avertie de son arrivée, est venue le voir. Elle avait vingt ans, la taille haute et bien prise, les yeux pleins de noblesse et de douceur, les cheveux noirs et tressés à la mode des femmes de Fort- Dauphin ; son kanezou (corset) était de mousseline rose, son lamba était de soie marron à bordure noire; un collier de corail ornait son cou. Sa peau était un peu basanée, mais fine et lisse. Elle n'avait rien ou presque rien de la sauvagesse et ressemblait à une belle espagnole du midi. Sa jeune majesté, par d'heureux combats, avait chassé les Hovas de son petit royaume et cette victoire était peut-être i>our quelque chose dans l'admiration de l'ancien officier de cavalerie.

Sur sa demande^ il se rend, avec ses marchandises, à Mandzolo, sur la rive droite de la Mandrary, qu'il nomme rivière d'Andrahoum. II y fait peu d'affaires et part pour le pays des Antampâtres.

Ce pays est aujourd'hui nommé, par le cartographe de laguerre(i885), Tandroy; parle P. Roblet, Antandroy; par Laillet et Suberbîe, Antandrouîs; par la cartographe de la Guerre (1894), Antandroy; par M. Alfred Grandidier, Androy. Et c'est Androy, « oîi il y a des roy (buissons épineux) », qu'il [faut dire, car Antandroy signifie : habitants d'Androy « le peuple de la brousse ». Drury, en 1702, a cité pour la première fois ce nom et la écnt Anterdroea ; Sonnerat, en 1782, parle de VAn* droué^\ Flacourt le désigne, comme MM. Laillet et Suberbie, sous le nom d'Antandrouis.

Leguével visite successivement et porte sur sa carte : Andracala, Fangahé, Firava, Matalili, Afovato, la rivière Mandreré. Il ne trouve rien à faire dans ces pays, qui sont tantôt déserts, tantôt boisés, et retourne, par Mand* zolo, à Fort-Dauphin.

Enire la baie de Ranofotsy et la Manambovo, son tracé est assez correct, et sa nomenclature se retrouve entièrement plus ou moins modifiée sur les cartes nouvelles. Pour plus de clarté, voici résumées, dans le tableau suivant, les mutations subies par les noms de lieux que cite Leguével :

I A. Grandidier, op. cit., 109.

En route pour Fort-Dauphin, Leguével apprend, de l'un de ses marémîtes, Thistoire de Ramini. Ce récit, vrai ou supposé, est à peu près celui de Flacourt. Ramini a encore un descendant qui est chef à Ranofotsy. Il va le voir et trouve un homme abruti par Tabus des liqueurs fortes.

Leguével place Ranoufoutchi « Ranofotsy » au bord de la mer, à Test de la rivière d'Am boule « Ony ». D'après le P. Roblet, Ranofotsy est sur une colline, à petite distance de la mer et de la baie des Galions ; ce même village est nommé Taly par le cartographe de la guerre (1894), et par M. Alfred Grandidier.

Leguével représente la baie des Galions, ou Ranofotsy, par une simple dentelure. Dans sa relation, il prend pouj un étang le lac Sivora qui communique, par une large ouverture, avec la fausse baie des Galions. Il omet une petite rivière, qu'il a dû traverser, et que Flacourt, Bellin, d'Après de Mannevillette , Beniowsky, représentent comme débouchant dans le lac Sivora. A la vérité, il ne dit rien de son voyage de Ranofotsy à Fort-Dauphin.

Il ne trace pas sur sa carte la péninsule de Kaolankarana « le rocher qui a la forme d'un os », et la désigne par cette légende : « Fort-Dauphin, ancien établissement français occupé par les Hovas ».

Le chef du poste est Uamananoule, Tune de ses anciennes connaissances, jadis aussi distingué que le peut être un officier hova. Ramananoule, devenu une masse énorme de chairs noirâtres, remue à peine et passe sa vie dans un fauteuil. Depuis un an les Antanosses le

coupent de Tananarivo. Il se défie de tous ses officiers et n'est sûr que de quatre dogues monstrueux qui ne le quittent jamais. Mortel ennemi des Anglais, il est soupçonné d'ambition, surveillé d'aussi près que possible, confiné à Fort-Dauphin pour qu'il y périsse.

Leguével est admis dans le fort. Il y trouve partout des traces de l'occupation française : les ruines d'une église et de murs d'enceinte, les restes de plantations d'orangers et de citronniers, celles d'un beau puits en maçonnerie construit par Flacourt; l'inscription, au-dessus d'une grande porte d'entrée, des noms des directeurs Flacourt et Caron. « Le fort, dit-il, était construit sur un carré » long, entouré d'un mur de trois pieds d'épaisseur, qui » est aussi couvert de mastic ; le côté de la mer n'a que » des pierres d'attente, et les rochers énormes, qui sont » au-dessous, sont battus par les vagues quand la mer est » haute; plusieurs autres rochers noirs, isolés, ont peut- > être été détachés par la mer : ils paraissent former des » puits larges et profonds qu'on croirait avoir été creusés » par la main de l'homme '. »

Le docteur Louis Catat, aussi a vu Fort-Dauphin et sa description est parfois en désaccord avec celle de Leguével.

Sur la porte d'entrée, oti celui-ci a lu les noms de Flacourt et de Caron, le docteur Catat vit les traces des trois fleurs de lis de France. Leguével donne au mur d'enceinte une épaisseur de trois pieds, et Catai une épaisseur de quatre mètres. L'attention de Leguével, ancien officier,

I Leguével de Lacomde, op, cit,, t. II, p. 198.

aurait dû être appelée sur les plateformes qui, de place en place, coupent la muraille d'enceinte pour recevoir des batteries circulaires '. Il n'a d'ailleurs pas eu, comme le docteur Catat, le temps et la permission de tout voir.

Leguével remarque, aux environs du fort, des plantations de poivriers et d'orangers faites par les Français et donnant encore de belles récoltes.

Il remonte au Nord, à la Manamboundre^ ou Manambondro « qui a des roseaux, » par 23<> 47' 20" de latitude et 45® i5' 40" de longitude. Il la place à 25' trop au Nord, mais exactement quant à la longitude. Son tracé est assez exact. Il est à remarquer toutefois que le docteur Louis Catat et le cartographe de la guerre ( 1 894) donnent de cette rivière un tracé conjectural.

A Sainte-Luce, dont il trouve les cases désertes, Leguével voit une énorme pierre apportée par leis Français, en 17 17, pour témoigner de leur reprise de possession. Sur sa carte il écrit : « P<^ de Mangafiaf premier établissem^ Français abandonné pour cause d'insalubrité d.

Lacombe place la Chandervinang, par 23° 40*. C'est notre Sandravinany « L'embouchure défendue [par des rochers] ou la bouche accidentelle ».

En y arrivant, son chef marémite lui conta cette légende :

Le dieu Zennaar, on ignore pour quel motif, métamorphosa en crocodile un chef des Antarayes (sans doute les

I Docteur Louis Catat, Voyage à Madagascar, 1889- 1890 ; Paris, Hachette, 1895, pp. 371-376.

«Ântaifasy» d^aujourd'bui). Ce chef, sous sa nouvelle forme, se fit le protecteur de son peuple et lui donna la force de résister aux armes des Hovas. Il est maintenant sacré, inviolable ; attenter à sa précieuse existence serait un crime digne du dernier supplice. LacombeTa vu dans une petite rivière au Sud de la Sandravinany.

Il dit que la Chandervinangue forme à son embouchure une magnifique nappe d^eau bordée de montagnes et continuellement agitée par une multitude de poissons. Sa carte, à trop petite échelle, n'indique pas celte particularité, mais celle du P. Roblet donne une lagune longue de trente milles qui s*étend du sud de la rivière lanibola au nord du village Somisika.

Le pays produit en abondance de gros bœufs, des porcs, du coton, de la soie, de la cire, de la gomme copal.

A la Manambondra, la bande maritime est désolée ; mais à un quart de lieue dans les terres, le pays devient riant et les montagnes sont couvertes de villages.

Leguével y fonde un établissemedt pour le commerce des bœufs. Tracassé, inquiété par le chef du pays, il pense à se transporter sur la Mananghare, notre Mananara « qui a des roches. » . .

Il place Tembouchure de cette rivière à plus de vingt milles trop au nord. II ne faut pas s'en étonner, car aujourd'hui même, les cartographes ne s'accordent ni sur sa position, ni sur son tracé. Le tracé du P. Roblet, adopté sous réserve toutefois, par le docteur Louis Caiat et le cartographe de la guerre (1894), nous paraît conjectural, pour ne pas dire impossible. Le seul point hors de

doute, ccst la position de 23' 17^ ?o*^ donnée à IVmbou* cbore par M. Alfred Grandidier.

Diaprés LeguéTel, les bords de la Mananara seraient riches en bœufs, fertiles en riz de marais, manioc, ignames, patates sucrées, cannes à sucre, mais, indigo, coton et tabac. Les villages sont bâtis sur les hauteurs et très rapprochés.

Le pays de Massianac ou « Masianaka >, nommé par Flacourt c anse du borgne >, est situé entre la Manambondra et la Mananara. Il est peu étendu, mais fertile. Son peuple est guerrier et paraît heureux. Lacombe y fait le commerce des bœufs et gagne beaucoup d'argent.

Nouveau voyage aux Comores. — ^Départ pour la France. — Carte de

Leguével de Lacombe.

En 1828, Leguével fait un nouveau voyagea Anjouan. Les Mohéliens avaient alors la réputation de maltraiter, de piller, de réduire en esclavage les étrangers que la ruse ou les naufrages faisaient tomber entre leurs mains. Aujourd'hui encore, bien que français depuis 1886, ils passent pour ombrageux et farouches. Leguével n'at-il pas profité de la réputation des Mohéliens pour pous* ser au noir le récit de son naufrage et de sa captivité dans

nie.

Au retour à Madagascar, il passe près de la Grande Comore et voit le Karadalla couronné de flammes. « Cette

tnontdgne dont rélération est considérable, ne vomit du feu, dit-il, que très rarement >. On signale pourtant des éruptions en f858eten f865.

Leguével reste à Madagascar jusqu^en i83o, uniquement occupé de sjn commerce. A la fin de cette même année, il a connaissance de la révolution de juillet. Il lui semble que la France, délivrée des fauteurs de la Restauration, doit s* épanouir en pleine liberté. II éprouve le plus vif désir de la revoir, met ordre à ses affaires, et y arrive en mai i83r.

Pendant huit années, de 1823 à i83o, il a parcouru la Grande-Terre notant au jour le jour ses observations, ses impressions, ses aventures. Malheureusement il a donné libre cours à son imagination et décrit comme vrais, des voyages imaginaires.

On disait autrefois : « A beau mentir qui vient de loin ». Ce proverbe n*est plus de mise. Il faut aujourd'hui des descriptions exactes, des observations vraies.

En 1840, Leguével de Lacombe a publié sa carte, dressée par Dufour.

Elle est d^une exécution très remarquable. L'orographie est figurée par des hachures parfaitement faites qui donnent bien Tillusion du relief du sol. Malheureusement Tcxactitude ne répond pas à la perfection du dessin.

La chaîne de partage des eaux est trop accentuée, trop loin de la côte orientale. Les rameaux qui s'en détachent donnent trop à la fantaisie. Même sur la route d'Andevoranto à Tananarivo, on ne distingue pas les gradins litanesques qui unissent la base au sommet de la mon-

tagne. Touie ia masse orographique de Pile se ramifie à l'aréie longitudinale comme si elle était le résultat d'un soulèvement unique. Les collines qui se déroulent parallèlement à la côte de l'ouest et qui accusent une origine indépendante, sont figurées comme des contreforts du massif principal. Le cartographe n'a pas suivi les indications du voyageur et a donné, comme lui, libre cours à sa fantaisie.

Nous avons eu occasion de relever des erreurs qui incombent tantôt à l'un, tantôt à l'autre. Elles sont nombreuses, néanmoins cette carte est belle et accuse sur les précédentes un progrès considérable.

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