‹ La cartographie de MadagascarChapitre 4 sur 20 · TROISIÈME PARTIE DÉCOUVERTE DE MADAGASCAR · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE DÉCOUVERTE DE MADAGASCAR

la fin du xv« siècle, le monde étouffait dans ses anciennes limites et pressentait de grands événements.

Il prétait une oreille attentive aux théories de Toscanellî et de Christophe Colomb, qui réduisaient d'un tiers le volume de la terre et préten* daient que l'Extrême-Orient était à peu de distance de TEurope occidentale.

Il pensait aussi à ce quatrième continent que des théoriciens supposaient entre l'Europe et l'Asie. Et puis, il y avait dans l'air des bruits étranges, le vague souvenir d'anciennes' navigations. Cet état d'esprit éuit tel que des

armateurs de Dieppe et de Rouen ordonnèrent plus d'une fois à leurs capitaines « d'aller à la grâce de Dieu »« c'est-à-dire à la recherche de pays inconnus.

Le prince Henri le Navigateur, visant un but plus prochain, recommandait à ses capitaes d^aller aux côtes d'Afrique et de pousser le plus Join possible. Son exemple fut suivi par les rois de Portugal, et Pacadémie nautique de Sagres s'ouvrit aux savants de toute TEurope.

Au bruit des vagues qui fouettaient le promontoire, ces savants construisaient des portulans, des mappes et des sphères, perfectionnaient Toutillage nautique, étudiaient une route des Indes par Test.

Et les Hottes se suivaient, avançant toujours vers le sud.

Dans ces glorieuses explorations, la science était un moyen, non un but. Ce que voulait le roi de Portugal, c'était d'amener à Lisbonne, c sans qu'ils passent par douze mains et par douze gains », les produits du mystérieux Orient.

Martin Behaim subit l'attraction de la Cour portugaise et s'y rendit en 1481.

Il était de Nuremberg et de famille patricienne, marchand de toile, et, suivant son biographe Murr, grand mathématicien.

Il aurait contribué au perfectionnement de l'astrolabe. Sébastien Munster, qui lui survécut bien des années, fait cependant cet aveu : « Ni moi, ni ceux qui m'ont précédé, ne nous entendons à l'observation des longitudes < ».

I Amerigo Vçspucci, qui était autrement fort que Behaim, écrivait du cap Vert, te 4 juin i5oi, à Médicia: « Quant à la longitude,

■nw

Les savants de Sagres recommandaient l'observation des latitudes et des longitudes, mais, si Ton en jugeait par Tœuvre cartographique de Behaim, sans grand succès.

Ce Nurembei'geois passant à Lisbonne pour un savant, le roi Joâo II le nomma cosmographe de Texpédition commandée par Affonso d^Aveiro.

Le savant et consciencieux Jules Codine a fait, sur cette expédition, deux études qui éclairent l'œuvre carto^ graphique de Martin Behaim. En distinguant, ce qui n^avait pas encore été fait, l'expédition de Diogo Cam de celle d'Affonso d'Aveîro, surtout en précisant le nombre et remplacement des paJrons ou colonnes commémoratives élevées par chacun d'eux, il donne un moyen de contrôle indiscutable K

c*e8t une chose bien autrement ardue (que la latitude) et qu'entendent peu de personnes, excepté cell.'s qui savent s'abstenir du sommeil et observer la conjonction de la lune et des planètes. C'est pour ces déterminations de longitude que j*ai souvent sacrifié le sommeil et raccourci ma vie de dix ans, sacrifice que je ne regrette pas dans l'espoir d'obtenir un renom pour des siècles, si je reviens sain et sauf de ce voypge. Dieu n'imputera pas ces aveux à une présomptueuse arrogance, puisque tous mes travaux ne doivent aboutir qu'à le servir dignement ». (Cité par A. de Humboldt, Examen critique de l'histoire de la géographie du nouveau continent et dei progrès de V astronomie nautique dans les XV ^ et XV It siècles, t, V, p. 36.

1 Ces colonnes datent du règne de Joâo II. Elles étaient en pierre et surmontées d'une croix de p. erre qu'on y scellait avec du plomb au moment de leur érection ; leurs côtés portaient un écusson aux armes du Portug.J ou quinas, ainsi que des inscriptions en latin et en portugais a'aprcs Barros, ou d'aprùs Vas:oncellos et Duarte Pacheco Perdra, en latin, en portugais et en arabe, désignant le roi

Aveîro a planté son premier padron par i5« 40* 3o*^ de latitude sud, au cap Negro, dont la face est ronde, abrupte^ noire, ce qui lui a fait donner son nom «. Ce padron a été reconnu, en 1 845 et en 1 846, par Cécille, Saisset et Rudsky.

Behaim écrit sur ce cap une légende dont voici la traduction : c Ici furent plantées des colonnes du roi de Portugal, le 18 janvier 1485 de Noire-Seigneur > ».

Ce grand cosmographe place le cap Negro à 210 20^ trop au sud, c'est-à-dire au delà du cap de Bonne-Espérance.

Affonso d' A veiro continue de s'avancer au sud jusqu^aux environs du 18e parallèle, à la baie Frio, à quelques

au nom duquel se faisait la décou verte, la date de la découverte et le nom du découvreur. (Jules Codine, Padrons ou colonnes com^ mémoratives des découvertes portugaises ; Bulletin de la Société de Géographie^ déc. 1869, p. 3 du tirage à part). — Jules Codinb, Découverte de la côte d'Afrique depuis le cap Sainte-Catherine jusqu'à la t ivière Great Fish Mo Infante) et padrons plantés sur cette cote par les Portugais pendant les années 1484-1488. ( Bulletin de la Société de Géographie, janvier, février et mars 1876). Tirage à part. Ce second mémoire rectifie le premier sur un point très important : Behaim a navigué avec Affunso d*Aveiro et non avec Diogo Cam.

I P. DE Kerhallet et A. Legras, Instructions nautiques sur là côte occidentale d'Afrique ; Paris, 1871, p. 181, cité par J. Codine.

s Théop. Murr, Notice sur le chevalier de Behaim, célèbre navigateur portugais avec la description de son globe terrestre, traduit par Jansen, à la suite du Premier voyage autour du monde par le chevalier Pigafetta sur l'escadre de Magellan; Paris, Tan IX.

— domines au nord du cap Frio, Tancien port de San Bartholomeu Viego.

Behaim, qui parlait de choses vues, observées par lui, cosmographe de l'expédition, découvre que le continent africain s'arrête au cap Negro, par i5o 40* 3o" de latitude sud, c'est-à-dire à 2o<> i5' 53" au nord du cap de Bonne- Espérance ; qu'en cet endroit, la côte tourne droit à l'est; que la baie Frio est sur le même parallèle que le cap Negro et formée par la mer des Indes.

Pour que nul n'en doute, il illustre son globe des deux caravelles d'Aveiro, du pavillon portugais et de cette légende ainsi traduite par Jansen : « Jusqu'à ce lieu-ci sont venus les vaisseaux portugais, qui y ont élevé leur colonne, et, au bout de dix-neuf mois, ils sont arrivés de retour dans leur pays ».

Ainsi, Affonso d'Aveiro a mouillé dans la baie Frio le 24 août 1485, jour de la Saint-Barthélémy, et le retour à Lisbonne a eu lieu en mai i486 '.

De la baie Frio, Behaim prolonge la côte à Test jusqu'à un cap, sans doute le cap Cross découvert par Diogo Cam, qu'il place près et en face de Madagascar, alors que ces deux points sont séparés par toute l'épaisseur du continent.

Plusieurs questions se posent. Les connaissances cosmographiques de cette époque permettaient-elles les erreurs monstrueuses commises par Martin Behaim ? Non.

I Th. Murr, op, cit, — Jules Codine, op. cit, ~~ Lblbwbl, Géographie du moyen âge, t. II, pp. x3i et seq. ; Bruxellet, iSSa.

Le cosmographe d'une flotte de découverte pouvait-îl croire qu'il aurait navigué de Touest à Test et de Test à l'ouest, en vue d'une côte longue de 1 80 milles, alors qu'il voguait du nord au sud et du sud au nord ? Non.

N'est-il pas étrange qu'il ait omis, tant sur sa mappemonde que sur son globe, le nom du capitâo môr de l'expédition ?

On voit bien qu'il a voulu figurer dans son œuvre les découvertes de i486 à 1492, mais il ne cite pas plus les noms de Diogo Cam et de Bartholomeu Diaz que celui d'ACFonso d'Aveiro.

Ses erreurs monstrueuses, rapprochées de ces omissions inexplicables, portent à croire qu'il a voulu insinuer aux Allemands que c'est à lui, Martin Behaim, de Nuremberg, que revient l'honneur d'avoir découvert le cap de Bonne- Espérance. Il ne l'a pas dit, maison l'a cru, et après 1847, au moment oti l'attention commençait à se porter sur les anciens monuments géographiques, de bons Allemands écrivirent pieusement sur ses mappemondes, au droit du cap Negro, suivant qu'ils entendaient plus ou moins la langue latine : Caput bonce spei et Caput bona spei.

Pour le reste de son globe et de sa mappe, il s'est inspiré des œuvres de Pline, de Ptolémée, de Strabon, de Marco Polo et de Mandeville '.

I A la demande et réquisition des sages et vénérables magistrats de la noble ville impériale de Nuremberg, qui la gouvernent actuellement, nommés Gabriel Nutzel, P. Volkamer et Nicolas Groland, ce globe a été inventé et exécuté, diaprés les découvertes et les indications du chevalier Martin Behaim, très versé dans l'art de

Il dessine Madagascar exactement sous le tropique du Capricorne^ mais il en place le grand axe perpendiculairement à la côte d'Afrique.

Il peint sur cette ile le Bélier qui symbolise la ligne tropicale^ Davona et Isaïr, deux villes à toits rouges et pointus; des lacs, des rivières, des montagnes; deux hommes, dont Tun en robe rouge, debout et bénissant, Tautre en tunique, à genoux et suppliant.

Il a voulu montrer par ce groupe que le christianisme était prêché à Madagascar. Il invoque Pautorité de Marco Polo, et Marco Polo dit que les habitants de cette île suivaient la loi de Mahomet '.

Fernan Suarez, qui la vit en 1 5o6 >, rapporte que sa

la cosmographie et qui a navigué autour d'un tiers de la terre. Le tout pris avec beaucoup de soin dans les livres de Ptoléméei de Pline, de Strabon et de Marco Polo, et le tout rassemblé, tant terres que mers, suivant leur forme et leur situation, ainsi que cela a été ordonné par les susdits magistrats à George Holzschuer, qui a concouru à l'exécution de ce globe en 1492, lequel globe a été laissé, par le susdit seigneur Martin Behaim, à la ville de Nuremberg, comme un souvenir et un hommage de sa part, avant qu'il ne retournât chez sa femme qui était dans une île éloignée de 700 milles, où il a établi sa demeure et où il se propose de terminer ses jours. — (J, Lelewel, t. Il, p. i35).

I « Habitatores insulse Sarraceni sunt, habentes legem abominalem Maohometi. (Peregrinatio Marci Paulin lib. III, cap. xl). — Il sunt Saracinz, aorent Maomet ». CVoyage de Marc Pol, ch. cxcx}. Édit. de la Soc. de Géographie.

* « Fernan Suarez descubrio la gran isia de San Lorenço qui tendra docientas y setenta léguas de largo, y noventa de ancho, habitada de mucha gente, y muy domestica, mas nunca se a predicado

population était nombreuse, très hospitalière et qu^elle n'avait jamais ouï prêcher la foi de Jésus-Christ.

Près de ce groupe de fantaisie il écrit, en beaux caractères rouges : Madagascar insula.

A Touest, il dessine deux îles montagneuses qui représentent les Comores; à Pest, deux autres îles qui figurent Maurice et la Réunion.

Marco Polo ayant décrit Zanzibar après Madagascar, Behaim place Zanzibar au sud de Madagascar et lui donne lé nom de Zan^iber insula. Les deux îles ont la même forme, sont presque de même grandeur et portent les mêmes ornements. Une grande caravelle battant pavillon portugais vogue entre elles de Test à Touest.

Malgré la déformation et la rigidité du tracé, deux points très importants sont acquis : Madagascar figure à sa place et sous son nom moderne.

Le globe de Laon. — 1493 •

Vers le même temps, un anonyme gravait un globe en cuivre doré de ©"^Sb de rayon, qui est devenu la propriété de M. Léonce Leroux, commis principal de l'Administration centrale de la marine. Il a été retrouvé en 1861,

en ella la Fe de Jesu Christo ». fCompendio de las historias de los descubrimientos de la India oriental y sus Islas, por Martinez de LA PuBNTE, p. i55. En Madrid, 1681, in-S*»).

à Laon, dans un grenier, mais séparé de son armature qui paraît avoir été très compliquée et mue par un mouvement chronométrîque.

M. Leroux Va soumis à Texamen de M. d'Avezac qui Ta reproduit en projection synoptique cordiforme.

Il est construit sur le méridien de Ptolémée et donne Tétat des connaissances géographiques à Tépoque de la découverte de l'Amérique.

L'Afrique s'y termine au Mons Niger, par environ 27 degrés de latitude sud. Comme dans le globe de Martin Behaim, au Mons Niger, elle tourne à Test et s'étend jusqu'au 92^ degré de longitude, c'est-à-dire jusqu'au méridien de Ras-el-Had, à l'entrée du golfe d'Oman.

Par une simple inadvertance d'écriture, il donne à Zanzibar le nom de Memitias au lieu de celui de Menuthias, II nomme Madagascar, comme certains manuscrits de Marco Polo, Madagaschar; il représente et oriente cette île comme l'a fait Martin Behaim.

Au sud de Madagascar il place Zanzibar, grande île orientée est-ouest, coupée en deux parties égales par le I 20« méridien de Ptolémée. Ce même méridien passe sur la pointe orientale de Madagaschar et la bande occidentale de la Taprobane ou Ceylan. Plus loin, Tauteur donne ce nom de Ceylan, défiguré en Seylam, à une grande île de Tlnsulinde. probablement Sumatra.

Madagascar est ainsi placée trop à l'est d'environ 3o degrés. Sa figuration est donc hypothétique, uniquement basée sur les récits de Marco Polo.

Sur la côte occidentale d'Afrique, en face du Mons

Niger, Tauteur place cette légende : Hue usque Portugal lensis navigis pervenere : i4g3.

Ainsi que Ta remarqué M. d'Avezac, cette légende n^a aucun rapport avec le fait géographique qu^ellç mentionne, puisque le Mons Niger ou cap Negro, comme nous l'appelons aujourd'hui, a été découvert par Diogo Cam, le i8 janvier 1485, et marqué d'un padron aux armes du Portugal.

Ce millésime de T4g3, ne peut qu'indiquer la date de Tachèvement matériel de la sphère et la limite des connaissances que le sphérographe avait des navigations portugaises.

La sphère métallique de Laon n'est pas ornée de dessins et de légendes comme celle de Martin Behaim.

Elle n'apporte aucun progrès à la cartographie de Madagascar. Elle établit seulement que l'Europe connaissait de nom les îles de Madagascar et de Zanzibar '.

Mappemonde de Juan de la Cosa. — 1500

Juan de la Cosa fit partie^ comme pilote, de la seconde expédition de Christophe Colomb et de celle d'Alonzo de Hojeda, du 20 mai T499 au 8 juin 1 5oo. De 1 5oo à 1 5o2,

I M. d'Avbzac : Sur un globe terrestre trouvé à Laon, antérieur à la découverte de V Amérique ("Bulletin de la Société de Géographie , nov.-déc. 1860. —Tirage à part de 1861),

il pénètre jusqu^au Darien avec Rodrigo Bastidas. Au mois de décembre 1 5 09, il était encore à la Terre Ferme quand il fut tué dans un combat par les Indiens de Cartbagène.

Il fut illustre comme pilote des grands descubridores de la pléiade colombienne et plus encore par sa mappemonde de Tan i5oo. Dans cet admirable monument géographique, il donne Tétat des connaissances acquises à cette date, tant dans le nouveau monde que dans le reste du globe.

En ce qui concerne le sud de TAfrique, il tient compte des découvertes de Diaz et corrige les aberrations de Martin Behaim. Il dirige la côte au sud au lieu de la prolonger à Test comme avaient fait les anciens et, après eux, le cosmographe de Nuremberg.

Il désigne Zanzibar sous le nom de VS, Zancibar, et la grande île malgache sous celui de Y: Madagascar. Contrairement à Behaim, Zanzibar est au nord et Madagascar au sud. Zanzibar, en forme de fuseau, coupe transversalement le méridien. Madagascar, de moitié moins grande, forme un carré long perpendiculaire à la côte d'Afrique.

Il commet une autre erreur, non moins grave, en plaçant Madagascar en plein océan Indien, presque sous le méridien de VYsla Taprobana (Ceylan). En cela, il est vrai, il restait fidèle aux idées de Tépoque.

La grande île africaine n'a pas encore été vue, mais déjà les hypothèses se précisent.

Découverte de Madagascar

Du 8 mai 1497 à la fin d'août, peut-être au commencement de septembre 1499, Vasco da Gama fit son premier voyage à Calicut. II fut accompagné jusqu^au golfe de Guinée par Bariholomeu Diaz, le découvreur du cap de Bonne-Espérance.

Le 22 novembre 1497, îl était au cap. Là, d'après Fauteur des Lusiades, Adamastor lui apparut. Adamastor était l'un des Titans qui tentèrent Tescalade du ciel. Vaincu et poursuivi de pays en pays par la colère des dieux, Adamastor s'était réfugié à la pointe redoutable qui marquait Textrémité méridionale du monde.

Il fit aux Portugais, en très beaux vers, de sinistres prédictions, le récit de ses combats contre les Olympiens et de son amour malheureux pour Thétis, dos aguas a prince\a '.

Gama n'en poursuit pas moins son voyage. Toujours serrant de près la côte africaine, il arrive au promontoire où s'élève Mélinde, ville qui comptera, au temps de sa splendeur commerciale, 200 000 habitants. Sans même soupçonner Madagascar, il se dirige de Mélinde sur Calicut, ville du royaume de Cochin.

Au retour, il touche la terre d'Afrique à Magadoxo, un

1 GkMÔE8| 0 Lusiadas, canto V.

peu au nord de Téquateur, et descend au cap par le plus court chemin. Au retour, comme à Taller, il n^a pas vu Tîle de Madagascar. L^eût-il vue que les cartographes en auraient probablement tiré peu de profit, car le gouvernement portugais n^était pas pressé de révéler au public les résultats de cette glorieuse expédition. Cest seulement au bout d'un demi-siècle que Castanheda, Barros et Camôes en firent connaître les détails et la rendirent populaire.

En 1 5oo, Pedralvarez Cabrai s^élance sur les traces de Vasco da Gama, mais une violente tempête le saisit, le porte à Pouest et il découvre le Brésil. Reprenant ensuite sa route, il double le cap de Bonne-Espérance, refait jusqu'à Mélinde, Calicut^ Cochin et Cananor, aller et retour, l'itinéraire de Gama. 11 fait reconnaître Sofala et constate qu'il y a dans cette île de nombreuses mines d'or.

En i5oî, Joâo de Nova, en i5o2, encore Vasco da Gama, refont le même voyage. Ils déclarent aux Maures une guerre d'extermination, parce qu'ils sont musulmans, surtout parce qu'ils font, par l'ancienne voie commerciale, le trafic de Venise avec l'Orient.

Ils pillent ainsi d'immenses richesses, brûlent un grand nombre de navires, égorgent des milliers d'hommes, c et croient gagner des p>ardons en cela ».

Ils étaient d'ailleurs bien extraordinaires. Gama, dans son dernier voyage aux Indes, se trouve un jour dans le champ d'un tremblement de terre sous-marin. La mer est épouvantable ; les équipages, consternés, croient leur dernière heure venue. « Pourquoi craindre, leur dit-il,

la mer tremble devant nous », parole qui peint admirablement rétonnante bravoure et Timmense orgueil des Portugais.

En i5o5, une flotte composée de deux escadres part de Cocbin pour Lisbonne. L'une, commandée parBastiâo da Souza» suit la voie ordinaire par le nord des Laquedives et arrive heureusement à destination. L'autre, sous les ordres de Fernan Suarez, est poussée par les venis contraires; elle traverse la mer des Indes à Test de Madagascar et découvre, le i^^ février i5o6, le sud de cette « terre inconnue >. Elle rencontre dix petites embarcations chargées d'hommes nus, peints de diverses couleurs, les cheveux frisés, armés d^arcs et de flèches. Ces hommes s'adressent à Suarez et montent sur son navire. Le commandant les reçoit bien, leur donne de la nourriture et des vêtements. Ils se retirent fort contents en apparence, mais dès qu'ils sont à une certaine distance, ils font volte-face et envoient à leurs hôtes une volée de flèches. Ceux-ci leur répondent à coups de canon. D'autres barques s'étant approchées de l'escadre, Suarez s'empare de vingt-huit hommes.

Longeant ensuite les côtes, l'amiral découvre une rivière et tente de s'y approvisionner d'eau. Les indigènes accourent en nombre, décidés à chasser les Portugais ; Suarez les disperse à coups de canon. Continuant sa course, il découvre plusieurs promontoires et reconnaît que cette terre est une île.

Martinez de la Puente, dans le passage cité plus haut, ne s^accorde pas avec ce récit. II dit^ au contraire, que la

population de Hle, découverte par Fernan Suarez, était tnuy domestica^ c'est-à-dire très hospitalière.

Qui dit vrai ? probablement Mariinez de la Puente.

Un peu après, Ruy Pereira, capitaine de Tun des navires de Tristan da Cunha, fut poussé, par fortune de mer, sur la côte est de Tîle de Madagascar, dans une baie du pa^'s de Matatane, qu'il nomma Beauport. C'était le 10 août 1 5o6, jour de la fête de Saint- Laurent, ce qui fit donner à l'île le nom de Saint-Laurent. Ravi de la fertilité du pays, il rend compte à son chef de sa découverte. Celui-ci, gêné par le mauvais temps, aborde à la côte ouest, au lieu qu'il nomme Dona Maria da Cunha. Il parcourt toute cette côte et en dessine lui-même la carte.

L'honneur de la découverte de l'île fut attribué à Tristan da Cunha et le grand poète Camôes contribua pour une bonne part à la popularisation de cette erreur.

Sur les rapports enthousiastes de ses officiers, le roi Emmanuel envoya, dès i5o9, Diego Lopez de Sequeira pour étudier l'île, notamment pour rechercher les mines d'argent que l'on disait y être en abondance.

L'année suivante, Joâo Serrano y est envoyé pour continuer les études et fonder des comptoirs de traite.

Ces comptoirs joignirent à leur trafic de marchandises celui des nègres. Les insulaires virent avec irritation ce trafic inhumain et craignirent peut-être pour leur propre liberté.

Ils remarquèrent, d'un autre côté, que les missionnaires semaient le trouble dans les familles et dans les tribus et s'incrustaient dans leurs chairs. Ils pensèrent qu'ils n'en

pouvaient avoir raison, comme des poux de bois^ qu^en les écrasant, et, avec tout Tentrain diabolique que les Portugais mettaient à massacrer les Maures, ils massacrèrent, sans distinction, les marchands d'hommes et les missionnaires.

Les études faites par Fernan Suarez et Tristan da Cunha eurent pourtant, au point de vue cartographique, des résultats considérables.

Portulan de Ruich. — 1308

Dans sa table universelle de i5o8, Jean Ruich représente Madagascar sous la forme d^un carré long, orienté nord-sud, et lui donne le nom bizarre de Camaeochor, nom qui se rapporte bien plus à la géographie arabe qu^à celle de Ptolémée ou des Portugais qu^il prétend suivre.

Portulan de Pilestrina. — 151 1

Le portulan de Pilestrina, de 1 5 r î , accuse au contraire un progrès considérable. Les côtes sont entièrement relevées. Le tracé est régulier dans ses grandes lignes, bien que la partie septentrionale penche trop à lest. Les îles, les rivières et les ports sont nommés. Les Comores sont

trop au sud, mais le groupe de Zanzibar est à sa place. Les hauts fonds de Test et de Touest sont marqués par un pointillé. En résumé, Pilestrina reproduit exactement Tétat des connaissances portugaises en 1 5 1 1 .

Carte de Bordone. — 1528

Avec la carte de Bordone, de 1 528, on retombe dans le tracé conjectural et rigide de Martin Behaim. Sa c Maidegascar », tout auprès et à Test de « Zanzibar », accuse une ignorance complète des découvertes portugaises.

Carte d* Andréa Vavassore. — xvi* siècle

Andréa Vavassore, du xvi* siècle, comprend comme Bordone cette partie du monde.

Il place Mélinde à Touest, à 10 degrés de la côte et au nord des grands lacs.

Il indique en pleine mer des Indes, à 20 degrés du continent, la Menuthias de Ptolémée. Puis, sur le parallèle du cap des Courants (currentiani) et le méridien de sa • Menutiaii, il donne les Comores fComorian^; comme une seule île étroite et longue. A 20 degrés à l'est de Çomoriana se trouve Zanzibar; à 1 5 degrés de Zanzibar,

dans le champ de TAustraHe, Maidêgascar, et, à une quinzaine de degrés plus loin, une lie Mandat qui représente peut-être les Mascareîgnes.

Vavassore, comme Bordone, ignorait les travaux cartographiques des Portugais. Les pays nouvellement découverts faisant grand bruit dans le monde, force fut aux cartographes et aux sphérographes de les indiquer; ils les indiquèrent donc, mais leurs indications conjecturales prouvaient seulement que les noms de ces pays étaient parvenus en Europe.

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Globe de Francfort-sur-le-Mein, delà première moitié du xvi' siècle

Vers le même temps, un anonyme a construit le globe dit de Francfort-sur-le-Mein.

Il place Madagascar à i8 degrés trop à Test, et la sépare du continent africain par une grande île nommée Dawj:e(;^ et par un naufragé qui nage dans sa direction.

Comme dans la mappe de Martin Behaim, elle forme un angle droit. Sur la branche nord-sud elle porte une légende que nous expliquons ainsi : Madagascar insula non habet reges. Sunt Sarraceni et Mahumenste. Sur la branche ouest-est, il y a, au bord de la mer, Sanda, au-dessous, locus silve.

Au sud-ouest de Madagascar se trouvent deux lies dont nous nbsons q^s tenter Pidentitication. La plus

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occidentale est anonyme: Tautre porte le nom de Cireobena. Sur une troisième grande île, située au sud et près de Madagascar, on lit : Zam:{ibar, Sunt idolâtre. Cest évidemment une réminiscence de Marco Polo venue par Martin Behaim.

La Réunion, Maurice, Rodriguez s^étendent à Test jusqu'au méridien du delta du Gange et portent des noms tirés de la géographie arabe.

En ce qui concerne Madagascar, Fauteur a reproduit les erreurs de Martin Behaim. Pour les autres îles, son audace a été malheureuse. Par contre, le tracé du continent africain accuse Tinfluence portugaise et un grand progrès.

Carte de Diego Ribeiro. --1529

En Tannée 1529, parait la carte universelle de Diego Ribeiro, qui se trouve maintenant à la bibliothèque publique de Weimar.

Le 10 juin i523, Ribeiro était nommé cosmografo de S. M, y maestre de hacer carias, astrolabios y otros instrumentos. Chargé en cette qualité détendre et de rectifier, d année en année, le Padron Real ou recueil de positions « des terres fermes et des îles ultramarines », il avait à sa disposition une énorme quantité de matériaux et il les mettait en œuvre avec une remarquable exactitude. Si Ton est émerveillé des progrès qu'il a fait faire

à la cartographie de l'Amérique », on est surpris de son tracé des côtes de Madagascar. II reproduit d'ailleurs celui du portulan de Pilestrina dont il espagnolise la nomenclature.

Près de Tîle de Madagascar, dont il n'écrit pas le nom, il place cette légende : Esta es la mayor esto q hasta aora sesabe ayen ella Reyes ay en elle mucho gegibre estano çera y anbar : elle est la plus grande qui soit maintenant au pouvoir des Rois ; il y a beaucoup de gingimbre, d'étain, de cire et d'ambre.

Francesco Roselli. — 1532

En î532, Francesco Roselli publia son globe. Son tracé est inférieur de beaucoup à celui des cartes du Portugal et de r Espagne. En ce qui concerne la grande île africaine, il en est encore au tracé conjectural de Martin Behaim. Comme le cosmographe de Nuremberg, il place Zanzibar au sud-est de Madagascar, mais il change son nom en celui de Ra:[i.

Les Comores, confondues avec Tîle Juan de Nova, probablement aussi avec les bancs de sable d^Aldabra et de Cosmo-ledo, sont placées à la hauteur du cap d'Ambre, sur une seule ligne, en travers du canal de

^ A. DE HuMBOLDT, Examctt critique de la géographie du romveau continent, t. II, pp» 184-183.

Mozambique. Il paraît avoir connu les Mascareignes» dont il désigne la plus grande sous le nom de Coulu, mais il les place à plus de mille lieues trop à Test.

Antonio Salamanca. — 1532

La même année i532, Antonio Salamanca donne la grande île sous le nom de Madagascar Vel S. Laurentjr* 11 en reproduit sommairement et grossièrement le tracé. Toutefois, il la place en longueur et dans le sens du méridien. Comme dans Roselli, Zanzibar est au sud-est de Madagascar, mais sous son vrai nom. Il double Tîle Juan de Nova sans la nommer. Deux des Comores sont aussi indiquées, mais trop mal placées pour être identifiées.

Cartes et globes de Gérard Mercator

Vers le même temps, entrait en scène le rénovateur de la géographie, Gérard de Cremer, dit Mercator, de Rupelmonde, au pays de Waas, confins du comté de Flandre.

Selon Josse Hondius, Mercator, encore enfant, se livrait avec tant d'ardeur à Pétude de la géographie qu'il en oubliait parfois le dormir et le manger. Devenu vieux,

il avait encore la passion de mesurer terre et ciel; fréqaetnment, Paurore le trouva sur un travail commencé la veille ; fréquemment, la nuit le surprit dans des méditations qui duraient depuis le matin < .

En i569, arrivé à la renommée, Mercator écrivait de la géographie : « A ces études si belles, si utiles et à la fois si difficiles, je me consacre entièrement; rien au monde ne me plaît davantage, à tel point que d^autres occupations, même nécessaires, me sont presque à charge ' ». Il disait ailleurs : « Les tables géographiques, témoins oculaires de tout empire et de tout pays, sont nécessaires au gouvernement des États. Sans elles les marchands ne pourraient atteindre aux contrées les plus nobles et les plus riches, contracter avec les peuples et faire amie des chrétiens toute la terre ; les princes, forcés de se fier à des ministres peu fidèles, ne pourraient, sans grande peine, prendre des décisions sûres et stables ? ».

En 1 544, il avait trente-deux ans et jouîssairdéjà d'une grande renommée. Ses instruments de mathématiques, ses cartes, ses sphères étaient recherchés ; il avait Testime et Tadmiration de ses rivaux; Charles-Quint lui avait fait, par deux fois, d^importantes commandes. Entre la

I Raemdonck, Les Sphhes terrestre et céleste de Gérard Mercator f i54i-i55i, Saint-Nicolas, 1876, p. 14.

a Chronologh hoc est tcmporum demonstratio exactissima auetore Gcrardo Mercatore ; Coloniae Agrippins, 1 569. Praefacio ad Lectorem. Cité par Van Raemilonck.

I Gbrardus Mercator, De mundi creatione ac fabrica Liber, cap. primum.

construction d^une sphère et la fabrication d'une astrolabe, il trouvait, hélas ! le temps de brûler quelques grains d'encens sur Pautel de la théologie. Ses idées n'étaient pas bien subversives, mais alors il y avait danger, surtout en pays d'inquisition, à toucher aux questions religieuses. Aussi, Tun des premiers jours de février i5-i4 (n. s.), un homme noir lui mit la main sur Tépaule et le jeta dans les cachots du Saint-Office. Il était accusé de partager les « erreurs » des Réformés. C'était un crime énorme, tellement énorme que la justice humaine le punissait du bûcher et la justice divine des flammes éternelles de Fenfcr. Les dieux et les inquisiteurs , paraissent aujourd'hui un peu plus humains.

La duchesse Marie, de Rupelmonde^ prit à cœur l'affaire de Mercator. Elle demanda des renseignements au curé de Saint-Pierre, près Louvain, et à l'abbé de Sainte-Gertrude. Les renseignements étant favorables, elle réclama les lettres écrites par le géographe aux Minimes de Malines.

De quoi se mêlait-elle ?

Avait-elle la prétention de comprendre quelque chose aux questions théologiques?

Ne prenait-elle pas pour des idées à elle celles que son directeur avait ordre de lui imprimer dans la cervelle?

Etait-elle pour ou contre Mercator ? Au xvi« siècle, les grandes dames alliaient parfois à la dévotion l'amour des lettres et des savants.

Que le doute lui profite et qu^elle dorme en paix I

Par elle ou malgré elle, Mercator fut relâché après quatre mois de captivité ■.

Il se remit à Tœuvre. Mais se sentant toujours menacé de la griffe aigûe» brûlante, du Saint-Office, le séjour de son pays lui devint insupportable. En i552, après huit ans d'une existence troublée, inquiète, il transporta sur la rive droite du Rhin, à Duisbourg, dans la Prusse occidentale, sa famille, ses collections, ses cuivres et son atelier.

Les Allemands le revendiquent aujourd'hui comme leur. Ils dépassent la mesure. Mercator est né sur terre belge, de parents belges. En Belgique, il a fait toutes ses études, il s'est marié, il a eu ses six enfants, il a conquis ses premières palmes. Il a lui-même affirmé sa nationalité flamande, car, presque toujours il a signé ses œuvres: Mercator Rupelmundanus ; ses fils, qui devaient être bien renseignés, ont écrit sur sa pierre tombale : Natus Rupelmundanœ Flandrorum ; toutes ses œuvies, canes et livres, sont écrits en latin ou en flamand, jamais en allemand '.

Mais l'Allemagne lui a donné quarante-deux ans de sécurité, de tranquillité de conscience et d*esprit. Elle a favorisé ses méditations, abrité, fécondé son génie. Dire qu'il était Allemand, ce serait contraire à la vérité; dire

1 JoACHiK Lblewel, Géographie du moyen âge; Bruxelles, iSSi. t. II, p. 182, note 367.

» Raemdonck, Gérard de Cremer ou Mercator, géographe flamand; Saint-Nicolas, 1870, pp. 66-75*

qu'une partie notable de sa gloire ne revient pas à l'Allemagne, ce serait contraire à la justice.

En i552, quand il prit le chemin de Texil, son globe terrestre datait de onze ans et son globe céleste de un an.

Il commettait alors et il a toujours commis une grosse erreur.

Il évaluait la circonférence du globe à 6 480 milles communs, 7 200 milles espagnols, 7 200 milles français, 5 400 milles allemands,' 21 600 mil. italiques, 21 600 000 pas, 180 000 stades. Il donnait ainsi au degré 20 milles de France, ^5 milles d'Allemagne, 60 milles d'Italie. Le mille italique étant de 1 472^50, il supposait le degré du grand cercle de 88 35o mètres et le grand cercle de 3i 806 000 mètres. Comme Toscanelli et Christophe Colomb, il réduisait donc sensiblemont le volume de la terre.

Son globe terrestre de 1541 est : a Dédié à Tillustrissime seigneur Nicolas Perrenot, seigneur de Granvelle, premier conseiller de Sa Sacrée Majesté césarienne ' ». Dans un autre cartouche, il affirme sa nationalité flamande et signale le privilège qui lui est accordé par Charles-Quint «.

Il divise en cinq parties le monde connu : Europe, Asie, Afrique, Amérique (America a multis kodie Nova India dicta] et la Terre Australe « récemment ajoutée à

1 lllustriss. Dno Nicolao Pexrenoto Domino à Granuella Sac. Cssareae Mati à consiliis primo dcdicatû.

2 Edebat Gerardus Mercator Rupelmundanus cum priuilegio Ces : Maiestatis ad an : sex. Louanij. an : 1541.

notre orbe ^ ». Il croit que Magalhaes a côtoyé cette Terre Australe dans sa traversée du détroit que nous appelons « Magellan », et que la Terre de Feu est un prolongement du continent conjectural de Ptolémée. Il indique sur son globe les limites supposées de ce continent qu*il nomme, d'après les Portugais, < Terre des Perroquets », parce qu^elle nourrit^ dit-il, des perroquets longs de trois coudées >.

Bien avant Mercator on avait construit des cartes et des globes, mais nul n'avait atteint la pureté de son dessin,

la netteté de ses écritures, l'exactitude de son tracé ; nul non plus n*avait eu Tidée ou la science de porter sur ces monuments les latitudes et les longitudes. Cest à Mercator que revient Thonneur de cette innovation dans la cartographie et la sphérographie.

Il méprisait les astrologues et l'astrologie. Il ne voulait pas croire que les étoiles eussent pour unique raison d'être d'indiquer, par leurs divers aspects, la destinée des grands de la terre. Il n'en a pas moins sur le sujet des idées bien étranges. « Dieu a voulu avec délectation et soing, dit-il, que le Ciel et tous les Astres en iceluy servissent par divers mouvements l'homme, et pour l'homme à toute créature».

Selon lui, les astres sont de substance plus épaisse que le reste du ciel, toutefois également légère parce qu'elle

I Quinta hsec nuper orbi nostro accetsit.

a « Psitacorum regio a I.usitanis anno i5oo ad milUa bis mille pretervestis sic appellata quôd psitacos alat inaudite m.ngnituJinis, ut qui ternos cubitos aquêt longitudine.

est ignée. Le soleil a pour mission de séparer le jour de la nuit, de marquer les saisons et les années. Les étoiles ne sont pas faites pour permettre de prophétiser Pavenir, mais pour que les hommes apprennent à connaître la toute puissance et la bonté de leur créateur. Le soleil et la lune sont en outre donnés pour marquer les changements des temps. Ils démontreront, par leur obscurcisse* ment et leur dissolution, la fin des siècles. Ainsi, au jour de la passion du Christ, lorsque la loi devait être changée, Denis PAréopagite a vu Tadmirable éclipse de soleil ; ainsi Josué a senti la main de Dieu dans Tarrét momentané du soleil. Les étoiles, qui de nuit servent d'ornement au ciel, éclairent la terre et montrent le circuit annuel du soleil »•. Donc, pour Mercator, les mondes, en nombre infini, qui peuplent les plaines infinies de Tespace, n'existaient que pour Thomme et devaient finir avec lui. C'était absurde, mais c'était biblique, et, de son temps, personne ne se serait permis d'en douter. Cependant, de cette conception qui nous parait aujourd'hui grotesque, il sut tirer bon parti. Il pense que la terre est le centre de l'univers, ce qui est vrai, puisque le centre de l'univers est partout et la circonférence nulle part; que chacun des points de sa surface correspond à un point de la voûte céleste et que les étoiles doivent aussi avoir été faites pour guider les voyageurs à travers les déserts terrestres et les solitudes

1 Géra RDI Mercatoris de mundi créât ione ac fabrica liber ^ cap. 14. Voir la traduction de Judocus Hondius dans l'atlas dit de Mercator, de 161 9. Livre de la création et fabrique du monde^ ch. Tin.

océaniques. Il dessine donc sur sa sphère terrestre, à leurs points correspondants avec la voûte céleste, les étoiles qui servent le plus ordinairement de guides aux voyageurs. C^est ainsi que la route de Madagascar est indiquée par Pune des étoiles de la constellation d'Orion, par le Grand- Chien et par Canope qui sont marquées dans le golfe d'Aden, un peu au nord-est des Mascareignes et sur la lisière du continent austral, loin au sud de ces mêmes îles. On comprend, sans être un grand clerc, que ces indications devaient être, pour les marins, de la plus grande utilité.

Ayant particulièrement en vue Pintérêt des navigateurs, il dessine aussi sur son globe des rhumbs loxodromiques ou courbes que décrit un navire sous le même rhumb de vent. Il ajoute enfin, pour Tinstruction du vulgaire, des figures d''animaux, des notes historiques et, dans des cartouches, un grand nombre de noms de lieux.

Il était tout naturel qu^il fît progresser la cartographie de Madagascar. Son globe de 1 541 donne en effet le tracé de la mappe de Ribeiro (de 1529) qu'il avait certainement sous les yeux. Les gouvernements d'Espagne et de Portugal gardant secrets tous les travaux de leurs marins, comment Mercator eut-il en sa possession la mappe de Ribeiro? Par quel moyen réussit-il à connaître toujours les découvertes aussi exactement et presque aussi vite que les souverains eux-mêmes ? C'est son secret.

Il donne à la grande île africaine- le nom de Madagascar insula vel S, Laurentij et reproduit toutes les

Imperfections de son modèle. Ainsi la côte nord-est sudouest est trop étendue. Celle de Test décrit un arc-de-cercle rentrant entre la baie d'Anton-Gîl et Fort-Dauphin. Le grand axe de Tîle est incliné trop à Test d^environ trois degrés. Par contre, il donne à Pile sa formo, sa position; il en indique les articulations et place, sur la côte orientale, une dizaine de noms empruntés à la nomenclature locale.

D'après Marco Polo, il dessine sommairement, au sud-est de Madagascar, Tîle de Zanzibar, qu'il accompagne de cette légende : Zam\ibar visa insula sed nondum perlustrata, île vue, mais non encore explorée.

Toujours d'après Marco Polo, il donne, au sud de Madagascar, deux grandes îles imaginaires. « Marco Polo, dii-il, affirme quelque part l'existence de ces îles et assure qu'à certains moments de l'année on y voit l'oiseau Rokh, oiseau tellement énorme qu'il peut enlever dans les airs un éléphant ' »,

En i55i, il termine son globe céleste et le dédie à Georges d'Autriche, prince-archevêque de Liège. Ce monument est aussi d'une belle facture. Mercator y dessine 934 étoiles fixes réparties en 5i constellations représentées dans leurs figures symboliques. Il distingue les pôles du monde de ceux de l'écliptique.

Son horizon rationnel est formé de sept cercles concentriques qui donnent, en allant du centre à la circonfé-

I « Insulas hic vspiam esso tf statur M : Paul Venetus in quibus certo anni tempore rue avis apparet tam vaste magnitudinis vt elephantem in sublime attollat ».

xo

rence : i* les degrés; 2° les signes du zodiaque; 3« les jours ; 4^ les mois et les principales fêtes de TÉglise ; S** les ventsdominantsdechaque saison. Les deux derniers^ consacrés à des pronostics astrologiques, sont un sacrifice aux superstitions populaires. Il fallait compter avec les astrologues. Les astrologues étaient des charlatans, mais ils avaient bec et ongles, et Ton ne les bravait pas sans quelque danger.

Les sphères mercatoriennes acquirent vite une grande célébrité. En i56i, Girolamo Ruscelli, de Viterbe, après avoir parlé des difficultés que présentait la construction des sphères d'une certaine dimension, disait : « Cependant, j^en ai vu quelques-unes qui avaient trois palmes et demie de diamètre, comme une que m^envoya^ il y a quelques années, pour examen, Aurelio Porcelaga^ qui Tavait reçue en don de Monseigneur de Granvelle. Elle avait été imprimée en Allemagne et dédiée à son père ou à lui, je ne me rappelle pas bien cette particularité, mais je sais parfaitement que la boule était très belle, très bien ajustée, gravée de la main d'une personne très habile, autant qu'on en pouvait juger par la beauté du dessin et des leures ' ». Il s^agit sûrement des sphères de Mercator, et si Ruscelli écrit: Stampata in Allemagna, cela veut dire qu'elles venaient alors de Duisbourg et non que leur auteur était Allemand*

I « Espositioni e introduttioni universali, di Girolamo RusccIIi •opra tutta la geografîa di Tolomeo »; In Vcnetia, i56i. — Rabicdonck, Les Sphères terrestre et céleste de Gérard Meicator,

Elles étaient sî recherchées que Mercator ne pouvait suffire à toutes les demandes Son meilleur client était Jean Camerarius, « tresdoae personnage », dit J. Hon* dius.

Les expéditions se faisaient, de Duisbourg à Cologne» par le Rhin, et de CoÎQi;nc à Francfort, par le Main. Dans ce temps-là, il y avait à Francfort deux foires annuelles si célèbres que Henry Esiienne les appela : € Nundinnie Académie des Muses, Athènes Francofordiennes, les Foires des Muscs Mercuriales et le retrait ou le racourcv marché de tons les lieux de Trafic de ce monde » ».

C'est à ces foires que se vendaient habituellement les sphères de Mercator, pour le compte de Camerarius, par rintermédîaire du libraire André Wechel. Le prix de chaque sphère était de f o florins carolus, de 20 sols. En 1577, par suite du renchérissement du cuivre et delà main-d'œuvre, ce prix fut porté à 12 florins, soit, au poids de l'argent, 42 fr. 20. Si l'on évalue à 5 seulement le pouvoir de l'argent, on trouve que le prix d'un globe correspond à 2 1 2 francs de noire monnaie *.

Ces sphères, bien que vendues en grand nombre, ont disparu. On n'en connaît pas, dans toute TEurope, un seul exemplaire. En 1868, on en mit en vente les dessins de revêtement. Le gouvernement belge s'empressa de les acheter pour la Bibliothèque royale de Bruxelles. Ilscon-

1 J. HoNDius, Op. cit.j p. 262.

2 Raemdonck, Les Sphères terrestre et céleste de Mercator, pp. 21,22 et 65, note 3.

sistent, pour chaque sphère, en 5 feuilles avec titre et T 2 fuseaux.

Les savants s''émurent. Van Raemdonck et Joachim • Lelewel firent auprès du gouvernement des démarches qui eurent un plein succès'. Les précieuses reliques furent confiées au colonel Emile Adan, directeur de rinstitut cartographique militaire de Belgique, qui eu fit une reproduction fac simile. Nous devons à Tamitié de cet officier supérieur d'en posséder un exemplaire.

Grâce à cette reproduction, on n'a plus à craindre la disparition de ces perles géographiques du xvi« siècle.

En 1569, Mercaior termina, de sa main, la gravure de son grand planisphère intitulé : Nova et aucta orbis terrœ descriptio, ad usum navigantium acconiodata, et reproduit par Jomard, dans les Monuments de la Géographie, d'après l'exemplaire de la Bibliothèque Nationale, qui paraît être unique.

Il imagina, pour cette carte, une projection nouvelle, dite à latitudes croissantes. 11 ne pouvait donner l'explication mathématique de cette projection. Il savait bien toutefois que c'était le seul moyen de développer la sphère sur un plan et que cette invention servirait les navigateurs. 11 ne se trompait pas. La « projection de Mercator » est encore et sera toujours en usage. Cependant elle ne fut pas tout d'abord appréciée des marins, qui se trouvaient déroutés par la déformation des côtes.

Chacun avait alors son méridien initial. Mercator

a Raemoonck, Les Sphères. ,„, avant-propos.

considéra comme plus logique de donner au premier méridien une base stable, tirée de la physique du globe, et choisit celui où Paiguille aimantée se dirigeait exactement vers le pôle nord. François, de Dieppe, avait annoncé qu'en i552 ce phénomène se produisait aux îles du cap Vert. Il semble bien que François disait vrai, mais il ignorait, et Mercator aussi, que la déclinaison de Taiguille varie san^ cesse, de Test à Touest et de Touest à Test, suivant une loi encore inconnue. En faisant passer son méridien initial par les îles de Sal, Bonavista (Boavista) et Maye (Mayo), le géographe n'eut donc pas la base invariable qu'il désirait. Il fut néanmoins suivi dans cet errement par son fils Rumold, par ses petits-fils Gérard et Michel et par Onelius '.

Le grand géographe ne bornait pas son ambition à reproduire les anciennes caries : il cherchait, par tous les moyens, la réforme de la cartographie. Jusqu'à i 5 70, époque de l'accomplissement de ceue réforme, V Aimageste de Ptolémée et le Divisement dou Monde de Marco Polo furent les Evangiles des géographes. Mercator aussi les prenait pour guides; mais, loin de les suivre servilement, il les corrigeait et les augmentait, carte après carte, à mesure que se produisaient des découvertes en Amérique, au sud de l'Afrique et dans le Pacifique. Il était si bien au courant qu'il a pu dire : «c Manifeste est

» Lelewel, op, cit., t. n, p. i83. — Raemdonck, Les Sphères,.,, pp. 46-47. — Elisée Reclus, La Terre ; Paris, Hachette, 1872, t. II, pp. 439-42.

l'erreur de ceux qui font la Nouvelle-Inde continent avec TAsîe » ».

Il conserve pourtant sur son planisphère de iSôg, comme sur sa sphère de 1541^ le continent austral de Ptolémée.

En ce qui concerne Madagascar, il la figure moins bien en 1569 qu'en 1541. La pointe du nord est trop massive. Le grand axe incline toujours beaucoup trop à Test. La côte orientale subit la même dépression considérable que dans le globe de 1 541. Les aniculations sont moins indiquées que dans ce dernier monument.

La nomenclature, surtout malgache et portugaise, est enrichie de plusieurs noms français, ceux de C. St André, ilheos de St Vincent^ C. de St Roque. Plusieurs autres noms sont déplacés. Celui de C. del A w^^rparaît désigner, non le cap d^Ambre, mais la presqu'île du Nord.

Mercator admet cependant, mais sous forme dubitative,

» « Quare manifestum est errare eos qui Novam Indiam cum Asia continentcm faciunt ». Cette légende est donnée par Raemdonck (Sphères de Mercator, p. Sg, note 4), mais elle n'existe pas dans la reproduction de Jomard.

Avant Mercator, alors que Ton ne connaissait de TAmérique du Nord que les terres découvertes par Verrazano, au nctn de François 1% en i524, Tauteur du globe de l'Écuy, tjn Rouennris, a proclamé cette nouveauté hardie : Hoc loco secitti sumus recrntiores hanc partent vertus a continenti séparantes : Notre monde est séparé par un continent des terres nouvellement découvertes. En même temps il écrivait sur la côte occidentale d*Amérique : Ilec littora nondum sunt cognita. M. d'Avezac ; Sur un globe terrestre trouvé à Laon, antérieur à la découverte de V Amérique,

que rUe appelée par les indigènes Madagascar, par nous Saint-Laurent, est l'île de la Lune, la Cerné de Pline, la Menuthias de PtolJmée '.

Le planisphère de i 569, comme le globe de i54r, est bien dessiné, bien écrit. C'est une œuvre de paiience ei de génie, une synthèse exacte des connaissances géographiques de Pépoque.

En résumé, nous devons à l'illustre enfant de Rupelmonde : la réforme de la géographie, la graduation des cartes et des sphères, le tracé de rhumbs loxodromiques, le report sur la sphère des principales étoiles que consultent les pilotes, le perfectionnement des projections alors existantes, l'introduction de celle qui porte son nom, la localisation du pôle de Taimant, la création de la théorie du magnétisme.

Corneille Jode aurait pu dire, à moins : Kir in Cosmo^ graphia longé primas, en cosmographie, il est de beaucoup le premier homme. Le vénérable Cristoforo Negri a pu dire aussi, au pied de la statue de Rupelmonde, avec sa grandi loquenia iialiana, sur le ton d'un prédicateur qui prêche la Passion : « Les siècles se tourneront respectueusement vers la statue que le Belge t'a élevée dans le pays qui t'a vu naître et qui donna ton génie au monde > ».

t « Hec insula que ab incolis Madagascar, id est insula lune, a nostris S. Laurentij vocatur, Plinio, lib. 6, cap. 3i; videtur esse Cerne, Ptol. esc Menuthias ».

a « I sccoli si curverranno riverenti, alla statua chs il Belgio ti ha innalzato nel paese che ti ha dato la culla, ed a donato il tuo gcnio

Mappemonde de Henri IL — 1542

La mappemonde, dite (à tort) de Henri II, datée de Fan 1542, donne de Madagascar ou St. Laurens un tracé remarquablement exact pour Tépoque. Toutefois, la pointe méridionale incline encore trop à l'Orient. Le cap Est ou Ngonisy est déformé. La baie d'Anton-Gil et son îlot Manrose ou Nosy Mauyabé sont figurés, mais la baie est trop petite, Tîlot trop grand et le tracé défectueux. L'île Sainte -Marie est mal représentée. La nomenclature comprend plusieurs noms français : S. Sébastien, G. de St. André. G. de dame Marie da Cunha, Terre de S. Auihome, P de St Vincent, port de St Jacques, G. S^ M^, G. de St Roman, Y> S«e Glrfire, Y* S« Claire (qui paraît s'appliquer à Tîle Sain te- Ma rie). Tous ces noms sont nouveaux, sauf ceux St-Sébastien, de dona da Gunha et de Santa-Maria. Il faut aussi remarquer que l'île Sainte-Marie, nommée Sainte-Glaire, bien que mal représentée, figure sur une carte pour la première fois.

al montio ». (Compte-rendu du Coigrès des sciences géographiques^ cosmo graphiques et commerciales, tenu à Anvers du 14 au

2 2 août 187I, t. II, p. 312).

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Girte de Sébastien Munster. — i $44

Dans sa carte de 1544, Sébastien Munster représente grossièrement Madigascar entre le 90® et le ioo« degré de longitude ; Zan : abor (Zanzibar, au sud-est, entre le ioo« et iioe degrés; les Insulœ cintonû (probablement les Mascareignes), entre le i6o« et le 170*, plus à Test que la Taprobane et plus au sud que Zanzibar.

Munster ne savait rien des découvertes portugaises et représentait conjecturalement cette partie du monde.

Mappemonde deXIabot. — 1544

La même année, 1 544, Cabot donne sa magnifique mappemonde. On revient avec lui aux représentations scientifiques de Pilesirina, de Ribeiro et de l'auteur de la carte de Henri II.

Il enlève à Pile de Madagascar une forte tranche de la bande orientale, et le gonflement que forme la côte occideniale entre le cap Saint- André et la rivière Manambolo. L'île est ainsi sensiblement déformée.

Il désigne Madagascar sous le nom de isla de S. laxenco. II n'y a pas erreur, car ses écritures sont très bien faites et la lettre x est reproduite avec sa signification habituelle, notamment dans baxos da india ^, nom que portent encore les Bossas da India qui gisent un peu au nord du parallèle du cap Saint-Vincent.

Il marque, sans les nommer, les sept îles de Jean Parmentier.

L^île Juan de Nova est trop au nord d^un degré et de même grandeur que Tîlot de Chesterfield, dont il la fait voisine.

Les Comores, déplacées, défigurées, confondues avec les Cosmo*ledo et TAldabra, sont dénommées diaprés Pilestrina et Ribeiro.

La baie de Diego-Suarez, à peine indiquée, est appelée p. de S : Sébastian, Celle d'Anton-Gil devient agualade antogl:^, L'Ile Sainte-Marie est à sa place et sous le nom de F« de S : maria, mais elle est déformée, outre que la Pointe-â-Larrée, qui lui fait face, est représentée comme une île.

Les Mascareignes, trop près de Madagascar, sont nommées Mascaregnas. Ribeiro dit : Y* de Mascarenai ; l'auteur de la carie de Henri II : Mascarëhas ;TT2imezini dira : Mascarenas, et Homem : Is de Malcu enhas. Les allemands écrivent Maskarenen, les Anglais Mascarenkas, les Français Mascareignes. Si Ton prenait tout

I La netteté de récriture ne laisse aucun doute. L'orthographe de la carte ne permet pas non plus de donner à Vx une valeur autre Que X,

simplement, dans sa forme portugaise, le nom du découvreur, Pedro Mascarenhas, cela ne vaudrait-il pas mieux ?

. En résumé, le tracé de Cabot est inférieur à celui de Pilestrina, de Ribeiro et de la mappe de Henri II, mais ses écritures et ses illustrations sont parfaitement exécutées,

Globe du milieu du xvi^ siècle

A peu près dans le même temps, un anonyme construisait un globe en cuivre que M.. Alfred Grandidier reproduit en partie. Bien que Tîle ait son grand axe dans une direction nord-sud, son tracé est de beaucoup inférieur à celui donné par Cabot.

Elle est appelée Madagascar D. Laurentii et porte seulement trois noms : Terra S, André, C S lago, P S lusto, qui désignent assez exactement les caps Saint- André, Saint- Vincent et Barrow.

Le reste de la nomenclature, empruntée à des époques diverses, est très incertaine. Il a une île Zan\iber à la place de Zanzibar, et une île Zanzibar à la place des Mascareignes. Quantité d^îlessont indiquées le long de la côte d'Afrique et à Test de Madagascar. Deux de ces dernières sont connues de Tautcur : Nazareth et Joâo de Lisboa, qu'il nomme Laboa, Quant aux Comores, il ne les soupçonne pas.

Il ne dédaigne pas d^emprunterà Ptolémfe et nous donne ainsi une nomenclature latino-lusitano- française. On lit, au-dessus de Quiîîoa^ Raptwnprom; à côté à^Angola^ Prasù promô ; au sud de Alelinde, Terra S D Raphaël.

Les caps Raptum et Prasum sont d^ailleurs placés à peu près bien, par 7« et 15° de latitude sud, à l'endroit oïl les a figurés Karl Muller '.

Il faut rendre cette justice au vieux sphérographe, que s^il prend à Ptolémée des noms, il lui laisse son continent austral.

Globe espagnol de 1530 à 1540

L^auteur ne connaissait que très sommairement Madagascar et SCS environs. L'île grossièrement représentée affecte la forme d'un quadrilatère et ne porte que ces mots : Madagas vel S Laurentii. La presqu'île d'Ambre devient une île nommée Merithias. Une grande baie anonyme, probablement celle de Bombétoke, est ornée de six îles placées symétriquement sur deux rnngées.

Les Comores, réduites à trois, deviennent les Carados. Les îles de Parmentier sont placées le long de la côie d^Afrique. Encore près de la côie d'Afrique et à 5° trop

I Càrolo Mullero, Geographi Grœci minores. Tabule XII, Ora maritima sec. Ptolemxum.

au sud, l'auteur indique, sous le nom de S. Chrîstophoro, trois petites îles qui figurent celle d*Europa. Sur le même parallèle que les îles Christophoro, il donne, au sud -est de Madagascar, deux îles, dont Tune, qui paraît être la Réunion, est nommée Circosem. Enfin, un navire, très bien dessiné, indique la route que les Espagnols prenaient pour revenir de Sifilia,

Pierre Desceliers, de Dieppe. — iSSo et 1553

Pierre Desceliers, né à Dieppe vers la fin du xv^ siècle, était curé d'Arques-la-Baiaille.

Il donnait à l'étude des sciences tous les loisirs que lui laissaient ses fonctions et devint ainsi le plus fort géographe et le meilleur astronome de son temps.

L'un des premiers en France, peut-être le premier, il admit la sphéricité de la terre etTexisîence des antipodes. Cesi même sur cette donnée qu'il fonda ses principes d'hydrographie.

Il a composé une sphère céleste et une sphère terrestre. Sur celle-ci, il a indiqué les côtes de l'Asie à peu près telles qu'on les a découvertes depuis.

Par pur dévoûment, sans en avoir jamais tiré profit, il â fait gratuitement un cours d'hydrographie aux jeunes gens qui se destinaient à la marine. Ses élèves continuaient son cours depuis longtemps, et le gouvernement ne se

doutait pas encore que la science donnait le moyen de reconnaître une position aussi bien sur mer que sur terre. Cest seulement sous le gouvernement de Louis XIV que la chaire d'hydrographie de Dieppe devint chaire royale et qu'une pension de i 200 livres fut attribuée au professeur.

Tout en donnant ses leçons, peut- être pour en faciliter rintclligence aux élèves, Desceliers dressa deux grands planisphères. Il devançait ainsi de vingt années la publication de la carte marine de Gérard Mercator.

Le premier, qui appartient au Musée Britannique, mesure z'^iS sur i«35 et porte cette suscrîption :

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