FAICTE A ARQUES
PAR PIERRE DESCELIERS
p.BRE : l'an i55o.
Le second, appartient à M. de Bubics, prêtre autrichien. Il a figuré à TExposition du Congrès international de Géographie de 1875, où il a été très admiré. Il est sur quatre feuilles de velin qui ne mesurent pas moins de deux mètres et demi carrés. Bien dessiné, bien peint, il donne exactement Pétat des connaissances géographiques en i553.
Dans le bas, à droite, il porte cette mention :
FAICTE A ARQUES PAR PIERRES DESCELIERS PREBSTRE : l533.
Madagascar y est représentée sous le nom de Mada^
gascar ou Saint Laurent. Le tracé en est d'une correction que les cartographes n'atteindront pas de bien longtemps. Malheureusement la réduction photographique de M. Quinet est à si petite échelle qu'on ne peut se rendre compte des détails. Il y a des noms en assez grand nombre, mais il est impossible de les déchiffrer. On distingue seulement que l'auteur du portulan a tenté l'orographie de l'île, et même avec assez de bonheur.
Une indication qui paraît étrange, c'est celle du continent austral de Ptolémée >.
Carte de Tramezini. — iS54
En 1 554, Tramezini donne à la grande île le nom de Madagascar sive D Laurentii. Son tracé est inférieur à celui de Desceliers, mais infiniment supérieur à ceux de Ruisch, Bordone, Roselli, Antonio Salamanca et Munster.
Il indique au sud-est, sous le nom de Insul S. Clarœ, quatre îlots, dont un représente la presqu'île de Fort-Dauphin. Il donne la baie d'An ton-Gil et son îlot ainsi que l'île Sainte-Marie. Au nord de cette île, il dessine six îlots, mais
I V.-A. Malte-Brun, Un géographe français du XVI* siècle retrouvé, Pierre Desceliers et ses deux portulans cBulletin de la Soc, de Géographie, septemb. 1876). Dans ceue consciencieuse ctudc, M. Malte-Brun a résumé tout ce que nous savons sur Pierre Desceliers,
il omet toutes les îles, beaucoup plus importantes, de la côte occidentale. Il paraît tracer, sous le nom de P. Nouo, la baie de Diego-Suarez. Il ne connaît pas les Comores; par contre, il place assez bien les Mascarcignes, Tîle de Nazareth et celle de Lisboa. Toutefois, il augmente arbitrairement de deux le nombre des Mascareignes et donne à ces îles imaginaires le nom de InsuL S, lustu.
La caractéristique de son tracé de Madagascar est une inclinaison exagérée de Taxe de Tîle vers l'orient.
Carte de Homem. — 1558
Les cartes de Tramezini et de Homem se suivent à une distance de quatre ans. Dans ce court espace de temps, des renseignements nouveaux parvinrent en Europe. Homem donne à Tîle un nom nouveau, celui de Is. Schlamècj et lui conserve, pour la partie septentrionale, Porientation défectueuse de Tramezini. Mais, sur certains points, il apporte d'heureuses modifications.
11 indique expressément la baie de Diego-Suarez, mais il en accentue beaucoup trop les articulations.
La carte de Henri II réunit par un isthme la baie d^Anton-Gil à celle de Narendry. Homem exagère cette erreur et fait presque se toucher ces deux baies, qui sont distantes de 255 kilomètres.
L'île Manrose, de la baie d'Anton-Gil, est démesurément agrandie et le roc de Nosy-Hatafane prend les dimensions d'une île.
Homem donne, lui premier, le chapelet de lacs et de marais qui s'étend de Tamatave à Ambohipeno et caractérise cette partie de Madagascar.
Un pointillé indique les bancs de coraux de la bande orientale et les hauts fonds de la côte occidentale. Une chaîne de monts orne la partie médiane de Pîle.
Il y aurait bien quelques observations à faire sur le placement et les dimensions respectives des Comores, de Juan de Nova et du banc de Chesterfield, des Mascareignes et de Juan de Lisboa : mieux vaut constater franchement le progrès réalisé sur les précédentes mappes, tout en reconnaissant que le tracé de Homem est de beaucoup inférieur à celui de Desceliers.
Carte de Fernando Berteli. — 1567
Fernando Bertelli s'efforce de donner à Madagascar, qu'il nomme Isola de San Loren\o, son aspect orographique, son orientation et le tracé des cartes portugaises.
Un enchevêtrement de petits cônes représente le masûf montagneux du nord. De ce massif se détache une chaîne de monts qui se prolonge jusqu'au cap Sainte-Marie et
projette vers la côte occidentale deux bras dont les cartes modernes ne figurent qu^un tronçon. La grande chaîne longitudinale est beaucoup trop à Touest. Berteli n'en a pas moins Thonneur d'avoir représenté, pour la première fois, Torographie complète de Tîle.
Berteli donne aux rivières une largeur exagérée, une direction presque parallèle et un cours rigide purement conjectural. L'tle a ainsi l'apparence étrange de deux rangées de plates* bandes séparées par une allée centrale. Ce procédé, pratiqué depuis longtemps déjà, devait paraître absurde : c'est peut-être pour cela qu'il a joui fort longtemps du respect des cartographes.
Berteli redresse la partie septentrionale de Madagascar, mais il place sur une ligne parallèle au cercle équatorial le cap Saint-Sébastien, la baie William Pitt et le cap d'Ambre. L^ile se termine ainsi par un trapèze dont les bases sont sensiblement égales. Vienne Flacourt, ce trapèze deviendra carré, et cette monstruosité géographique se maintiendra pendant deux cents ans.
La baie de Diego-Suarez est sommairement indiquée; celle d'Anton-Gil est plus correctement tracée, mais son orientation est défectueuse et ses quatre lies sont trop grandes de beaucoup.
Le cap Massouala, qui regarde au sud, est appelé Capo de S. Maria, défiguré et tourné vers Test.
L'île Sainte-Marie est à peu près à sa place, mais il lui donne en largeur ce qu'elle devrait avoir en longueur, il la sépare de la Pointe-à-Larrée par un îlot imaginaire et
la fait suivre de trois îlots alors que les cartes modernes n'en signalent qu'^un^ celui des Nattes.
La pointe méridionale, d^une courbe gracieuse et peu accidentée, est défigurée par le prolongement excessif des caps S* Maria et San Roman (Caps Sainte-Marie et Andranomhô des cartes contemporaines). La péninsule de Taolanara dont il fait une île et une ville du bord de la baie portent le non^ dUtapera, nom qui se retrouve dans celui d^Itapéré conservé à la baie de Fort-Dauphin et à la pointe qui marque le nord de cette baie. La pointe d'Itapéréetune ville voisine de la rive gauche de la Manghiro sont nommées par Berteli Turunbaia,
LHle aux Chèvres, flanquée de cinq îlots, devient dans Berteli Y* de 5" Clara.
En somme, le tracé de toute la partie méridionale est défiguré. Par contre, la côte est, de la pointe d^Itapéré à la baie d'Anton-Gil, et la côte ouest, de la pointe Barrow au cap Saint-André [Porta S, Antonio de Berteli), sont représentées avec une exactitude remarquable pour Tépoque.
La nomenclature est assez étendue. Il faut constater pourtant que l'auteur en a élagué tous les noms français qu^on lit sur la mappe de Henri II.
Berteli a dessiné sur Pile, des forêts, des villes, un éléphant et sur la mer, des animaux fantastiques, de grosseur énorme, capables de briser d'un coup de queue ou d^un coup de dent les embarcations à rames qui sillonnent la mer des Indes.
Ortdius. — 1570
Abraham Ortel ou Ortelius, né à Anvers en 1627, était compatriote, ami, peut-être protégé de Gérard Mercator. Il a fait, comme numismate et antiquaire, des voyages en Hollande, en Allemagne, en Angleterre et en Italie. Il a trouvé occasion, en même temps, de réunir un grand nombre de cartes. De l'étude de ces vénérables documents lui est venu le goût de la géographie ancienne et ensuite de la géographie comparée. Il entreprit alors la publication des documents qu'il avait recueillis. D'abord il y mit peu* du sien ; puis, le succès aidant, il s'éprit de ce genre d'étude et finit par s'y donner tout entier. Moins scrupuleux que Mercator, il produisit vite et eut un immense succès.
En 1570, il publia une carte d'Afrique. Son tracé de Madagascar était celui de Mercator de i56q, mais sur projection stéréographique, tandis que celui de son modèle était sur projection à latitudes croissantes; il accentue ainsi la défiguration de la grande île malgache.
Il reproduit mot pour mot, presque lettre pour lettre, la nomenclature mercatorienne. Son action sur cette partie de la cartographie a donc été absolument nulle.
Forlaoi. — 1570
L'isola di S. Loren\o de Forlanî est simplement de Ta peu près. 11 convient pourtant de remarquer que, s'il défigure le cap Sainte-Marie (C. S. Maria), Tun des premiers il le met à sa place, juste à Tendroit oU Tramezini rindiquait le C. S. Romano.
Carte de Livio Sanuto. — 1588
Livio Sanuto, fils du sénateur vénitien Francesco Sanuto, est mort avant i588. 11 descend probablement de Marino Sanuto, le fameux hisiorien-géographe du xive siècle.
Il a dessiné pour son beau livre, Geografia di Livio Sanuto », douze cartes qui furent gravées par son frère Giulio.
Il donne à Madagascar le nom de Sanctus Laurentius,
1 Imprimé à Venise en i588.
et ces deux mots sont si étrangement disposés quMl faut en chercher les lettres une à une.
Son tracé se rapproche beaucoup de ceux de Berteli, de i567, et d'Ortélius, de iSyo.
II donne au cap d^Ambre le nom de Caput sanctî sebastiani ; à la baie de Diego-Suarez, celui de Portus sancti sebastiani; tandis que Port Louquez devient Nerci portus t\ la baie d^Anton-Gîl SaftctiAntonij sinus, L*ile Marosse, très exagérée, est baptisée du nom de S. Antonius et placée au beau milieu de cette baie/
Ulle Sancta Maria est trop au sud. Il en fait un triangle alors que, sur son îlot des Nattes, elle forme un grand point d ^exclamation. Il transforme en îlot la Pointe-à-Larrée.
Les Comores, les Aldabra, les Cosmoledo, les Amirautés, les Seychelles, les Mascareignes sont traitées avec la même inexactitude.
De la baie d'Anton-Gil à Fort-Dauphin, il fait décrire à la côte un arc de cercle rentrant; les rivières, démesurément larges, presque rectilignes, partagent Pile en triangles et en carrés, comme dans la carte de Berteli. Les articulations des rivages sont trop accentuées : des embouchures de rivières et de légères inflexions des côtes sont transformées en vastes baies.
Des caravelles voguent au nord et au sud. Une baleine prend ses ébats près de la côte pour nous rappeler Torigine que Ton attribuait à Tambre recueilli dans ces parages.
Toute la nomenclature de la côte occidentale est déplacée. Le caput Sancti iuste est sur la pointe Barrovsr;
le sinus Sancti iacobi sur la baie Saint- Augustin. Le cap Saint-André est anonyme et son nom de Caput Sancti A ndree est appliqué à la pointe sud de la baie de Narendry, qui est appelée Sinus Marie. La baie de Radama devient Johannes de Cunha, celle de Passandava ou Ampasindava est sous le vocable de saint André. Enfin^ ne pouvant plus mal faire^ il nomme Rotundus portus la baie William Pitt, et, pour justifier son appellation, il l'augmente d'un arrière-port circulaire.
Comme Berteli, il indique par une succession de petits cônes, portés beaucoup trop à Touest, Taréte dorsale de l'île.
Malgré tous ses défauts, la carte de Livio Sanuto apporte quelque progrès dans les détails de la configuration des côtes.
Portulan de Gysbert. •^1399
Gysbert nous repousse loin des belles écritures et des beaux tracés des cartes mercatoriennes : il revient aux formes rigides et aux écritures cursives des portulans du xv^ siècle. Néanmoins, dans Tensemble, il déforme moins les côtes que le géographe flamand.
Depuis quarante ans, TUe, qu'il nomme S. Laurens, a été vue, quelques renseignements nouveaux ont dû parvenir en Europe. Il les a ignorés, sans doute, car il paraît
chercher une moyenne entre Mercator et Bertelî. Q)mme Mercator, il fait décrire à la côte orientale un grand arc de cercle rentrant; comme Berteli, il accentue le cap Saint- André, mais il le place trop au sud et donne ainsi à la bande sud-ouest une étendue trop grande.
Les baies de Bombétoke, Mazemba ou Mahajemba, Narendry, qu'il a voulu représenter, sont méconnais îables et mal placées.
La partie septentrionale de Tîle se redresse et forme un carré, moins lourd que celui de Berteli pourtant. Il nomme la pointe ouest C. de S. Sebastiam : c'est le Capo Tistandan^a de Berteli, probablement notre presqu'île Saint-Sébastien qui se trouve par environ 12" 25' de latitude sud. La pointe est reçoit, comme dans Berteli, le nom de C. Dunatal : c'est le j7. de S, Sébastian de Cabot, la/7« de S. bastiam de Homem, notre cap d'Ambre.
La magnifique baie de Diego-Suarez, indiquée par un petit demi-cercle, est anonyme, tandis que les îles Suarez, Diego et de la Lune, voisines de son entrée, sont groupées sous le nom de Diego Saares.
La baie d'Anton-Gil est aussi anonyme, mais la pointe qui la termine au sud est appelée C. deantongiL L'île Marosse est ramenée à ses dimensions et bien placée.
Gysbert oriente la baie est-ouest alors qu'elle est nordsud; par contre, il donne à la pointe de Masouala sa véritable direction.
11 représente comme ronde 1'/ : de S : Maria et supprime la Poinie-à-Larrêe. Au sud de cette île, il indique, sans les nommer, Tilot des Nattes et celui des Sorciers;
Sur la bande orientale, un pointillé semble indiquer les bancs de coraux qui bordent la grande île.
Gysbert marque au sud un C. de S. Roman et u^ C. de S. Sebastiano.
De la baie de Saint-Augustin, qu'il nomme 5. Augustîno, au cap Saint-Vincent, P : de *S : Vincento de S thiago, il tente, comme Mercator, de rendre le gonflement du rivage. Par contre, il représente, comme droite, la côte du cap Saint-Vincent au cap Saint-André ( Terra de S andre]^ tandis que cette côie,*par une double courbe très gracieuse, s'avance vers le continent africain et réduit à sa moindre largeur le canal de Mozambique.
Il ne touche ni à Torographie ni à Thydrographie, mais il marque avec soin les hauts-fonds des mers voisines.
Cartes de Hondius de 1607 et 161 9
Dans ses atlas mercatoriens de 1607 et 161 9, Hondius revient au tracé de la mappe de Henri II, toutefois sans en atteindre l'exactitude. L'île est nommée : Madagascar I. al, S. Laurentii. La représentation de 161 9 est exactement celle de 1607.
Le cap d'Ambre y devient le C. de Natal et le nom de P. de S. Sebastiano est donné à une petite flexion de la côte septentrionale. La baie de Diego-Suarez n^est pas indiquée, mais le nom de Diego Sores est donné à une Ue.
-oé-
La baie (TAnton-GîI est CH-oée de deux îles et mal tracée. Uîle Sainte- Marie est toute petite et ronde. La bande orientale, arbitrairement découpée en arc de cercle, n^est pas, à beaucoup prés, aussi bîeo représentée que dans la mappe de Henri IL II en est de même pour la ban Je méridionale, si bien tracée dans cette dernière carte. Sur la bande ouest, Hondîus a marqué le P de S. Augustino, le P de 5. Vincent e^ la Terra de S. André qu^il rétablit à sa place; il a tracé les baies de Bombitoke, Mazemba, Narendrr, mais si capricieusement que Ton ne peut dire laquelle de Mazemba ou de Narendr}- fait face à celle dWnton-Gil. En déplaçant leur axe, il prolonge ces deux baies Tune à l'ouest, l'autre à Test, de manière à ne les séparer que par une étroite langue de terre. Son île a ainsi la figure d^une gigantesque tortue.
Cette erreur ne peut provenir que d'une fausse interprétation des renseignements fournis par les marins. 11 y a, en effet, un isthme très étroit entre les côtes est et ouest, mais il est à environ 3^ 45^ ou 225 milles géographiques au nord de la position qu'il indique, entre les baies William Pitt et Diego-Suare^.
La partie septentrionale de Tile est cependant moins défigurée dans les cartes de Hondius que dans celles de Berteli et de Gysbert.
Quant aux îles, elles sont encore mal connues, parfpis groupées arbitrairement, toujours mal représentées.