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LES NORMANDS A MADAGASCAR

Voyage de Jean Parmenlicr, de Dieppe i Sumatra. — iss^-tjjo

539, au moment oh Rïbeiro dressi\it sa carte, il y avait longtemps déjà que les Fran<;ai5 allaient ( Indes en passant par Madagascar. Les annales de la Chine en fournissent la preuve. Au moyen âge, un Franijaisvint au grand khan des Tariares. L'empereur lui demande quels cadeaux il apporte. « Sire, je ne vous ai rien apporté, car j'ignorais votre grande puissance. — Gïmment, réplique Sa Majesté, les oiseaux qui volent par les :

pays ne te dirent-ils rien quand tu entras dans cet empire?

— Sire, il peut bien être qu'ils me le dirent, mais je n'ai pas compris leur langage d '.

L^empereur de Chine était plus difficile à contenter.

Ayant remarqué la supériorité de Tartillerie française sur celle du Céleste Empire, il demanda aux marins français des/;' do ou canons.^ Li-Ping et Siu, géographes chinois, disent qu*en i5i7 le Fils du Ciel se fit ainsi donner des canons français. Les Français fréquentaient donc, depuis un certain temps, la Chine et Madagascar.

BarroSy le grand historien portugais, signale la présence, en 1527, dans la mer des Indes, de trois navires français qui venaient de Madagascar. Barros ne parle que des navires vus par ses compatriotes ^. Beaucoup d'autres ont fait le même voyage, mais les Portugais ne les ont pas vus et nous nVn avons, hélas ! conservé aucun souvenir.

Le premier voyage dont il nous reste une relation authentique est celui de Jean Parmentier, capitaine au service de Jean Ango.

Malgré les défenses rigoureuses du gouvernement de Lisbonne, il avait à son bord des cartes portui^aises et même un Portugais capable de les interpréter. Il avait aussi un truchement de langue Malaye nommé Jean

I Abel db Remusat, Mémoires de V Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. VI, p. 421, ciié par M. P. Margry.

3 Pierre Margry, Les Navigations françaises et la Révolution maritime du XIV* au XV h siècle; Paris, Tross, 1667, pp. 184 et

Masson, « ce qui donne lieu de penser, dît M. Margry, que ce dernier avait dû faire plus d'un voyage dans les mers de Test ».

Parmentier mit à la voile, de Dieppe, le 28 mars 1 529. Il longea la côte occidentale d\^frique jusqu'au cap de Bonne-Espérance, oQ il se trouvait le 23 juin. Le 21 juillet, il voit de grandes troupes d'oiseaux qui viennent probablement de Tîle de TEurope, que les anciennes cartes confondent avec les baxos de la India ou baxos da India, Cela lui fait supposer quHl n'est pas loin de « Tisle Saint-Laurent, dite Madagascar », et, en effet, trois jours après, il voit cette île à une distance de quatre ou cinq lieues.

Il s'en approche et envoie à terre des canots du Sacre et de la Pensée,

Quatre insulaires, montés dans un bateau fait d'une seule pièce de bois, long de quinze à dix-huit pieds, large de deux, en forme de navette, viennent près des .navires, les examinent et se sauvent. Poursuivis par les matelots mis à terre, ils se jettent à l'eau et s'échappent. Une autre barque indigène ayant paru, nos marins courent sur elle et lui enlèvent deux hommes qu'ils conduisent aux navires. Le capitaine leur donne des bonnets, des patenôtres, du bougran et les fait reconduire à terre. Deux marins s'aventurent avec eux dans le pays etsontassez bien traités. Ils reviennent avec des insulaires qui offrent en vente des fruits.

D'autres insulaires apportent aux navires un chevreau

et des fruits et reçoivent en échange des bonnets, des pa^ tenôtres et du bougran.

Le même jour, 27 juin, les deux navires dieppois remontent au nord -nord-est, le long de la côte, pour trouver une aiguade et du bois. Ils s^arrétent au sud du 19* degré, entre la Monambolo et la Tsiribihina, en un lieu que Parmentier nommera le cap de la Traison (Trahison).

Le lendemain, le capitaine envoie des canots avec ordre de reconnaître le pays, de faire des présents et de revenir sans rien entreprendre. Tant de prudence ne fait pas Taffaire des marins. Tandis que les uns remplissent d^eau des barils, les autres, au nombre de quatre, quittent leurs armes et vont dans les bois avec les insulaires. Ceux-ci leur promettent beaucoup de gingimbre et la révélation de mines d'or et d'argent. Au lieu de tenir ces belles promesses, ils les assassinent^ les dépouillent et les laissent sur place.

Ceux qui sont restés aux bateaux rapportent du sable qui leur parait contenir des parcelles d'or et d'argent. Parmentier reconnaît, après épreuves, que Turgent contenu dans ce sable est en quantité insignifiante.

Il renvoie à terre quatre bateaux pour faire a*guade, voir s'il y a des mines d'or ou d'argent et rechercher les matelots partis la veille avec les sauvages.

Ils ne trouvent ni mines d'or ni mines d'argent, mais ils découvrent les cadavres de leurs pauvres camarades et leur rendent les derniers honneurs.

Les insulaires les poursuivent à coups de flèches.

Ceux-ci répondent par des coups d^arquebuse et de passevolant. L'ennemi n'a cure du bruit des armes à feu ; c'est seulement quand il voit tomber un, puis deux des siens, qu'il soupçonne les effets de ces armes bruyantes et prend la fuite.

Ne pouvant faire œuvre utile sur cette côte inhospitalière, Parmentier se dirige à Pouest-nord-ouest, dans le canal de Mozambique. Il rencontre les hauts fonds qui bordent le rivage, puis les sept îles Barren ou Stériles qu'il nomme isies de Crainte, à cause des craintes que lui causèrent les hauts fonds qui les entoiirent. Comme premier découvreur, il impose à ces îles les noms de Maïéure, VEnchaisnée, Boquitlone, Lintille, Saint- Pierre, rAndouille et F Aventurée, La mer, qui était grosse et « fdscheuse », est nommée Sans Raison.

Le 8 août, il voit Tune des Iles « d'entre Madagascar et Mosamby » (le Mozambique). C'est Mohélie, la plus méridionale des Comores. Le lendemain, il approche d'une autre île assez grande où se trouve une ville de 5oo hommes vêtus et de haute taille, qui leur font des signaux avec un pavillon noir et blanc. Ne pouvant trouver près d'eux un ancrage, il double une pointe et monte jusqu'au ] 2« degré de latitude sud. Retenu encore au large par des remous, il envoie à terre quelques hommes qui échangent • des chemises et des bonnets contre des coques de palme. Cette île, qu'il compare à Madère, ne peut être que celle d'Anjouan.

Dans la relation conservée par Ramusio, Parmentier décrit ainsi Madagascar : « Du cap de Bonne-Espérance,

vers le sud-quart-sud, et à cinq cents lieues se trouve nie de Saint-Laurent, autrement nommée Madagascar. Cette île est longue de trois cent soixante-dix lieues et large de quatre-vingts. Elle est située sous le tropique du Capricorne. Les habitants en sont belliqueux et cruels. Les Portugais l'ont fréquentée, mais ils l'ont abandonnée à cause de la méchanceté de Tun et de Tautre parti. Les indigènes on pour armes des dards à pointe en fer en forme de pertuisane; habituellement, chacun en porte deux ».

De l'île d'Anjouan, Parmentier se dirige droit sur Tîle de Sumatra, en ayant soin toutefois d'éviter les points occupés par les Portugais. Malheureusement, les maladies déciment ses équipages. Pour les stimuler, il compose à bord et leur chante un beau poème sur les Merveilles de Dieu et la Dignité de r Homme; il y raille les professions sédentaires et glorifie la vie large, périlleuse et désintéressée du marin. La mort n'en continue pas moins ses ravages. Lui-même succombe le 3 décembre devant Ticou, dans le royaume de Pédir. Ses obsèques ont lieu, a au mieux que nous sceusmes faire », disent ses compagnons, dans l'un des trois îlots situés devant Ticou.

Le 22 janvier i53o, les deux navires, veufs de leurs capitaines, mais assez richement chargés, mettent à la voile pour revenir à Dieppe • ,

> L. EsTANCELiN, Rechcrches sur les voyages et découvertes des navigateurs normands (Jow nal du voyage de Je..n Parmentier, de Dieppe, à Tilc: de Sumatra, en Tannée 1629) ; Paris, Delaunay, pp. 240 et seq. — Pierre Margry, Journal d'une navigation des

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Augustin Beaulieu. — 1620- 1629

Augustin Beaulieu est né à Rouen en rSSq. Navigateur hardi, fin diplomate, habile marchand, avisé, prudent, bon surtout, il fut le digne continuateur des grands marins qui firent la gloire des ports de Normandie.

En 16 12, à Tàge de 23 ans, il commanda une patache de la flottille que Guillaume de Briqueville, chevalier normand, conduisit à la rivière de Gambie.

Cette expédition, qui avait pour but la fondation d'une colonie, se termina par un désastre.

En 1 6 1 6, la Compagnie des Indes Orientales, composée de parisiens et de rouennaîs, adjoint Beaulieu au sieur de Nets, capitaine dans la marine royale, pour un voyage à Java. Malgré la mauvaise volonté des Hollandais, qui prétendaient à la domination dans ces parages, les navires français reviennent avec un plein chargement.

Dieppois dans les Mers Orientales, sous François /«»*, 1 529-1 53o ^Bulletin de la Société normande de Géographie, t. V, pp. 168, 233 et 3 1 1). — Ramjsxo, Délie navipationi et viaggi, — « Discorso d'un grand capitano di mare francesi del luogo di Dieppa sopra le navigationi fntte alla terra nuova dell' Indie occidentali, chiamata la nuuva Francia, da gradi 40, fino a gradi 47, sotto il polo artico, et sopra la terra del Brasil, Guinea, Isola di San Lorcnzo, et quella di Summatrn, 6no aile quali hanno navigato le Caravelle, et navi Francese » ; Venetia, M. D. CVl, fo 358 E.

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En 1619, la Compagnie nomme Beaulîeu, général de sa flotte et Tenvoîe, avec troi? navires, aux côtes de Java, de Sumatra et de Malacca.

Ces navires sont : le Montmorency, de 450 tonneaux, 1 26 hommes et 22 canons; VEspérance, de 400 tonneaux, 1 1 7 hommes et 26 canons ; VHermitage, de 75 tonneaux et 3o hommes.

II meta la voile, de Honfleur, le 2 octobre 1619. Le 17, il passe à Madère, le 23 novembre, à Sierra-Leone ; le i5 février 1620 il jette Tancre dans la baie de la Table.

Il a Tordre d'aller à Bantam, alors capitale de Java et grand marché de poivre, mais cette ville vient d^tre prise par les Hollandais, qui sûrement ne reculeront devant aucun moyen pour l'en éloigner. Il décide donc de vendre ses marchandises sur la côte de Coromandel pour en acheter d'autres dans les lies de Sumatra et de Java. Il envoie en avant son navire V Espérance et se rend à la baie de Saint-Augustin, sur la côte occidentale de Madagascar, pour réparer le Montmorency.

Beaulieu reste quinze jours dans cette baie. Il s'entretient fréquemment avec les indigènes, beaux hommes, gais, intelligents, point brutes, et fait avec eux quelques échanges, non sans beaucoup marchander. Il se loue de leur franchise^ de leur fidélité aux engagements pris ; il apsure qu'ils ne lui ont rien dérobé, qu'ils n'ont fait de mal à personne, bien qu'ils en aient eu plusieurs fois le moyen. Et cependant ce peuple ne pratique aucune religion, ce que Beaulieu ne peut comprendre.

Il fait une excursion dans le pays et le trouve beau.

riche en pâturages, arrosé par une rivière (rOnilahy)» aussi large que la Seine en aval de Rouen.

Les indigènes ont leurs habitations loin du rivage et, quand ils viennent aux navires^ ils laissent leurs femmes dans les bois. Mais ces dames, comme toutes les filles d'Eve, sont curieuses, et les matelots en ont vu quatre qu'ils dirent fort belles.

Beaulieu signale cette baie comme très convenable pour se ravitailler et se reposer des fatigues de la mer.

Il monte aux Comores. Il y trouve un bon pilote^ dont il a grand besoin, mais, hélas! ce pilote est musulman, et Beaulieu ne pourrait le prendre à son bord sans offenser gravement le Dieu des chrétiens. Mieux vaut donc aller au petit bonheur, risquer de sombrer dans un courant ou de se briser sur un haut-fond.

Les Comorois étaient zélés musulmans et vendaient aux Portugais leurs prisonniers. Bonnes gens d^ailleurs^ et poltrons, ils passent pour grands sorciers.

Aujourd'hui encore, les Comorois sont doux, affables, honnêtes, hospitaliers, quelque peu poètes, beaucoup plus civilisés que leurs voisins de TAfrique et de Madagascar. Les Arabes sont franchement musulmans, mais les nègres greffent sur le culte d^ Allah celui des fétiches.

Beaulieu continue son voyage^ touche à la côte de Malabar, au cap Comorin, à Ticou et s'arrête devant Atché. Le roi et les seigneurs d'Atché lui font très bon accueil. Passés maîtres dans Tart de la friponnerie, ils trompent leur hôte tant qu'ils peuvent. Les Anglais et

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les Moilândaid qui sont dans le t>ort deSserVeht de léui^ mieux les Français. Beaulieu, homme digne de foî^ dit même que les Anglais ont tenté de Pempoisonner.

Les Hollandais aussi lui firent tout le mal possible, pillèrent deux fois, incendièrent et vendirent à Tencan la coque et les débris de son navire rEspérance.

Après bien des traverses il parvient à compléter son chargement et fait voile pour la France le i«r février 1622. Ilarriveau Havre le i«^ décembre 1623, après trente-huit mois d'absence. Des trois navires qu'il avait au départ, il en ramène un ; de ses 273 hommes, il en ramène 60.

Il a rapporté de ce voyage beaucoup de renseignements sur la géographie physique, l'ethnographie, le commerce et rhistoire des pays d'orient. 11 a noté avec soin les variations de Taiguiile aimantée. Il a constaté que les nations européennes avaient fait de l'orient un coupegorge, qu'elles s'y traitaient de corsaire à corsaire, comme elles font maintenant en Afrique.

Richelieu fit entrer Beaulieu dans la marine royale, le nomma gouverneur de l'île de Ré pendant les guerres de religion, puis au commandement d'un navire de 3oo tonneaux pour aider le comte d'Harcourt dans l'attaque des îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat. Ces îles prises, il fit une excursion en Sardaigne, puis vint à Toulon, oQ il mourut de fièvre chaude au mois de septembre 1639, à l'âge de cinquante ans ".

I Thévenot, Collection de voyages. Paris, x G64.

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François Gauche. — 1638-1644'

Les voyages d'Augustin Beaulieu eurent du retentissement. Plus d'un jeune rouennais rêva d'un de ces pays d'orient dont le ciel, la terre et les hommes ne ressemblent point au ciel, à la terre et aux hommes de l'occident. Pour beaucoup, c'était une terre de merveilles, un Eldorado. François Gauche en rêva peut-être aussi. En tout cas il se persuada que c'est « curiosité naturelle à Thomme de voyager. »

Il était simple ouvrier, sans beaucoup de ressources, mais il avait vingt-deux ans, il était tenace, avide d'aventures, et l'avenir lui paraissait tout en rose.

Il quitte Rouen, sa ville natale, pour Dieppe, espérant qu'il y trouvera plus facilement l'occasion d'un voyage aux pays fabuleux de l'orient.

Le i5 Janvier 1 638 devait partir de Dieppe le 5aiwf- Alexis, navire de 32 canons, commandé par Alonse Goubert. Maître Goubert avait pour mission de conduire

I Sa relation, mise au net par M. Morisot, a été publiée dans une collection intitulce : Relations véritables et curieuses de l'île de Madagascar et du Brésil, avec l'Histoire de la dernière guerre faite au Brésil, entre les Pot tuerais et les Hollandais. Trois relations <t Egypte, et une du Royaume de Perse. A Paris, chez Augustin Courbé, au Palais, en la Gallerie des Merciers, à la Palme,

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