‹ La cartographie de MadagascarChapitre 7 sur 20 · V. DC. u · texte numérisé non relu

V. DC. u

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des colons à l'île Maurice et, chemin faisant, de pirater sur les Espagnols, les Musulmans et les « Gentils d. Ce programme plaît à Gauche, Gauche plaît à Goubert, et le nombre des futurs colons s'augmente d^Une unité.

Le capitaine s'acquiue consciencieusement de sa mission* Il rencontre deux navires, Tun espagnol et l'autre portugais ; se trouvant le plus fort, il les dépouille. GVst du brigandage; mais s*il était le plus faible^ les autres^ probablement, lui feraient pis. Dans ces temps de foy et de royauté, la force primait le droit et la mer était un coupe-gorge.

Tout en cherchant aventure maître Goubert aborde à rîle Rodrigues, qu'il appelle Diegos Rois, et en prend possession au nom du roi de France. Il passe ensuite à Tîle Maurice, que la carte de Gauche désigne sous le nom de /. des Mascarenes : longtemps elle porta le beau nom d'île de France, mais elle fut perdue par le premier Empire. De là, Goubert remonte au nord, à l'île Saincte Apollonie, Elle était occupée par les Hollandais et déjà baptisée du nom de Maurice de Nassau, prince d'Orange. L'auteur de la carte a déplacé l'île Bourbon ou de la Réunion et l'a confondue avec l'île de France.

Les Hollandais font bon accueil aux Français et leur donnent toutes les facilités pour se ravitailler* En rade se trouvait un navire anglais qui n'avait pas été moins bien reçu. Les officiers de la loyale Albion n'en proposent pas moins à Goubert de s^unir à eux pour chasser de nie les Hollandais. Goubert voulait bien pirater, puisque c^était Pusage ; mais il ne trouva pas français de chercher^

comme le serpent, à mordre ceux qui Tavaient oblige.

De Tile Saincte Apollonie^ Goubert se rend au port Sainte-rLuce, au sud-^est de Madagascar. Il faisait un bien mauvais choix; Tendroit était marécageux et xm\sain.

Gauche nie, avec raison, quMl y ait à Madagascar des lions, des tigres, des léopards, des éléphants et que les insulaires, riches en bétail, soient anthropophages.

La province, occupée par les Antanossi « Gens des îles > ou des a rivages », se nommait alors « Madegache » ou « Madegasse d et le roi était Andianramac, c^est'-à-dire le 0 seigneur de Ramac o.

Le capitaine et le roi échangèrent des cadeaux. Sur rinvitation du roi, Goubert se rend à Fanshère, capitale des antanosses. Ce village, qui ne figure pas sur la carie de Gauche, est à sei^e lieues de Sainte-Luce, entre une colline et une rivière, et se compose de quatre cents cases. Les monts sont couverts de citron niers, d^orangers, de grenadiers, de bananiers.

Tandis que Goubert jouit de ce paysage, les fièvres déciment sa petite colonie. Il se hâte d'aller chercher à Sainte-Claire, Tltaperina de nos cartes, à huit lieues au sud, un climat plus sain. Néanmoins, tout son monde paye tribut aux fièvres, et six mois suffisent à peine pour ramener la santé.

Gauche est chargé de reconnaître la vallée (TAugoule, probablement TAmboule de la carte, à seize lieues de Sainte-Claire. Il trouve une région entourée de montagnes boisées, des gens qui possèdent sept villages et ne

connaissent nî Dieu nî seigneur. Gauche leur offre des marchandises contre du bétail; eux le veulent tuer pour le voler. L'entente n'est pas possible, et c'est en faisant le coup de feu qu'il finit par se tirer de leurs mains.

Gouberl augure mal de sa tentative de colonisation, et pense à faire revenir en France son personnel et ses marchandises. Il profite successivement d'un navire hollandais, de sa barque et d'un navire Dieppois. Lui-même prend passage sur ce dernier navire et meurt à l'île de Ré, sans avoir revu son pays.

Il laisse à Madagascar, pour représenter la colonie, François Gauche, Sébastien Drouard et trois Dieppois : Jacques du Val, Abraham le Gaigneur et le malheureux Isaac Meldron, qui fut assassiné par un mari jaloux.

Gauche va se fixer auprès du roi Andianmachicore, à Mannhale, village à douze lieues au sud de Sainte- Claire, près de la baie des Galions.

La baie des Galions, ainsi nommée parce que des galions espagnols y cherchèrent un refuge contre une tempête, est située au sud-ouest de Fort-Dauphin. Contrairement au récit de François Gauche, l'autmr de sa carte la porte à Ambahy, à 3oo kilomètres trop au nord. Sanson (i653) prend pour vérité cette grosse erreur, mais l'année suivante, Flacourtdonne à « l'Ance aux Galions» sa place et sa forme circulaire.

Gauche ne peut tenir en place. Il n'a quitté Rouen que pour voir du pays, ei il veut en voir. Il décide donc de visiter la côte orientale de Madagascar.

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Son hète, Aiidianmachicore, lui donne, polir âà sûreté, un chef de village, vingt nègres et un domestique.

Après six jours de marche, il arrive chez Dianzore, qui lui fait très bon accueil. Par une autre marche de trois jours, pendant laquelle il traverse trois villages, il arrive au pays des Matatanes. Flacourt place ce pays entre la Mananghare (la* Manambava) et la Matatana (la Matitanana) : c'est aujourd'hui le pays des Taimoro. Il y est encore très bien reçu. En deux jours il arrive à la Matîtanana, qu'il nomme Vinangue. De son campement il découvre dix-sept grands villages assis au bord de la mer, au milieu de bananiers et de champs de cannes à sucre.

Andiampalola vient le voir. Il dirige, avec un aviron, un canot manœuvré par seize hommes, qui rament debout, comme les gondoliers vénitiens. De même que les Wikings et les compagnons de Guillaume-le-Bâtard, ils placent le long des bordages leurs zagaies et leurs boucliers.

Gauche part avec Andiampalola pour voir son village. Il est seul européen et ne peut compter sur aucune protection. D'un coup d'aviron, un insulaire pourrait le faire disparaître. Il voit bien le danger, et pour montrer qu'il est au-dessus de toute crainte, il tue, d'un coup de fusil, deux canards, une sarcelle et un vingeon. On recueille sa chasse, on examine les blessures, on est émerveillé. Il prend alors sa flûte et ravit ses compagnons. Ce blanc unissait évidemment une puissance surhumaine à une extrême bonté.

Andiampalola logeait toutes ses femmes légitimes dans

un village entouré d^un fort palis. Chacune d^^elles avait sa case, son magasin et deux domestiques : un homme et une femme.

Dans ce pays, les hommes achetaient lea femmes. Ces femmes ne se plaignaient pas de leur sort, trouvaient tout naturel d^obéir à leur mari, et d^applaudîr à tout ce qu'il faisait.

Si Cauche leur avait dit que, dans son pays, cMtait souvent les femmes qui achetaient les hommes et qu^elles avaient des prétentions à la souveraineté conjugale, les dames Malgaches auraient cru que c^était le monde ren* versé.

Il nous assure que ces dames n'étaient point jalouses Tune de Tautre et vivaient dans les meilleurs termes.

D'après Cauche, la province de Matatane, longue de 40 lieues et large de 1 2, est très peuplée^ riche en bétail et en cannes à sucre.

Il entre ensuite chez les Antavares et passe, en quatre jours, six rivières peuplées de crocodiles. C'est le pays de Matitanana, qui est long de 3o lieues et large de 20. Serré entre la mer et les montagnes, il est marécageux. Cauche a traversé douze villages occupés par des noirs qui sont armés de la zagaie et du bouclier. Ces noirs ont des ruches en grand nombre, mais ils ne savent pas en tirer pani et mangent la cire avec le miel. Le jeune rouennais leur apprend à séparer la cire du miel.

Après avoir séjourné chez eux une quinzaine, il passe dans une tribu qui se donne le nom (TAmboitsmenes,

c^est-Ji-dire c Montagne rouge. • Là encore^ il 7 a beau* coup de bétail, de graines et de racines.

Il donne le nom de Port aux Prunes à Pembouchure de la Mananjara, parce qu^il y a beaucoup de pruniers.

Ce nom a été transporté de rembouchure de la Mananjara à une île^ et cette île a flotté comme celles que le moyen âge rêvait dans T Atlantique. Elle fut supposée au^ud de Tamatave, tantôt plus, tantôt moins. Les cartographes la placent aujourd'hui au nord de cette ville, mais à des distances qui varient de trois à sept milles géographiques. Le nom de la rivière qui lui fait face n'est même pas bien fixé : sur la carte de 1 884, d'après la Vaissière et M. Grandidier, elle est nommée « Vohidrotra »; sur celle du dépôt de la Guerre de i885 « Ivoloina »; sur celle de Laillet et Suberbîe de 1889, « Ivolahiny ». Le principal, c'est que les géographes conservent le nom donné par Gauche.

Le voyageur note que les habitants d^un village sont bien vêtus dMtoffes faites de fil d^écorce.

Gauche compte 35 lieues de ce village à la baie d^Anton- Gil. lia vu dix-huit villages grands et peuplés. Les riches indigènes s^habillent de drap de coton ; les autres sont mal vêtus, « non que la terre ne leur soit bonne mère pour les nourrir suffisamment, mais parce quMls sont paresseux et ne veulent trafiquer » .

Au village d'^Angoada, au nord de la baie d^Anton>Gil, il retrouve le capitaine hollandais qui visita le port Sainte- Qaire. Ge capitaine fait la traite. 11 paye un jeune homme

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quatre réaux d'Espagne » ; une jeune fille, trois; un garçon de dix à douze ans, deux; une femme avec un enfant à la mamelle, cinq. Le roi lui faisait des conditions plus avantageuses et, moyennant quelques petits cadeaux, le laissait chasser à Phomme. Sa Majesté prenait les deux tiers des prises et lui laissait le troisième.

Avec le secours du capitaine hollandais, Cauche passe dans Pile de Sainte-Marie.

Cette île, située entre 1 6^40' et 1 708' de latitude sud, est appelée par les indigènes Nosy Boraha et Nosy Ibrahim ou « île Abraham », parce que les habitants seraient d'origine juive.

Le canal qui sépare Sainte-Marie de Madagascar est large de sept à huit milles. Il est traversé par un courant très rapide. Les insulaires y chassent la baleine dont ils mangent les chairs.

Le cartographe de Cauche donne à l'île la forme d'une amphore. S^il avait suivi le récit du voyageur, il se serait moins éloigné de la vérité.

De retour à Angoada, Cauche visite la baie d'Anton-Gil et trouve qu'elle est ceinte de montagnes qui s'abaissent vers l'est pour donner passage à une grande rivière, probablement l'Antanambalona qui, de même que les montagnes, ne figure pas sur sa carte.

Il y avait sur la baie deux grands villages qui n'existent

> Cette monnaie devait se rapprocher sensiblement du réal de plata antigua, d*une valeur de o fr. 5o, ou du réal de plata de 1721, qui valait o fr. 52. En portant à 7 le pouvoir de Targent, un jeune homme était vendu 14 fr. ou 14 fr. 58 de notre monnaie*

plus et que le cartographe ne marque pas : Pun était nommé par les hollandais, Spakembourg; l'autre par les Portugais, Santo Angelo.

Dans celte contrée, les villages sont entourés de foits palis. A leur centre est installé un corps de-garde, et, par crainte d'une attaque soudaine des voisins, toutes les avenues en sont gardées par des sentinelles. Ne dirait-on pas des Européens fin de siècle obligés, pour se garder des conquérants, de s^armer jusqu^aux dents ?

Gauche a vu le chef de Tun des villages. Il Va trouvé basané, barbu, les bras et les jambes chargés d'anneaux d'or et d'argent, couvert d'étoffes reçues en cadeaux des fils du Neerland.

Il dit que la baie d'Anton-Gil « est sous la hauteur de i6 degrés et demi du pôle antarctique-», s'étend « nordnord-ouest et sud-sud-est, dix lieues en longueur et cinq lieues en largeur ».

Ces données ne sont pas rigoureusement exactes ; elles sont néanmoins les plus certaines qu'on ait eu jusqu'alors. Son cartographe n'en tient aucun compte et donne à la baie la forme d'un triangle rectangle dont l'hypoténuse est tournée vers la mer. C'est en mal ce que Hondius a fait en 1607.

Cauche retourne à son village de Mannhale distant, à vol d'oiseau, d'environ î 000 kilomètres. Il est reçu si amicalement qu'il se tient pour récompensé des fatigues et des périls de son voyage, dont il ne rapporta, dit-il, « autre fruict que la connoissance des riuieres et ports.

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âuec beaucoup de bestail » qu^il reçut en échange de ses c babioles ».

Il n'est pas encore rassasié de voyages et veut traverser Pile de Test À Pouest. Son hôte Passure qu^il rencontrera des peuples barbares et sans foi. Cela ne Tarréte pas. Il veut voir. Andianmacliicore parle d^ailleurs de gens qu^il ne connaît pas, quM n'a jamais vus : il se trompe peutêtre. Cauche part donc avec un chef de village, dix-neuf noirs et quatre domestiques.

Il entre dans le pays des Tapâtes ou Manapates, dont le nom, mal placé, ne se trouve que sur sa carte et celle de Sanson. Le chef le reçoit très bien et veut le détourner de passer chez les Machicores qui sont, lui dit-il, « tous voleurs et meurtriers ». Combien sont-ils? demande Cauche. ~ Deux mille, répond le chef. — Deux mille ! « ie les battrois moy cinquiesme auec mes fuzils et pistolets ». Malgré sa crânerie, tous ses hommes d^escorte le quittent et il reste avec ses quatre domestiques. Il n^en continuera pas moins d^avancer.

Le pays des Machicores qui ne figure pas sur la carte, est placé par Flacourt au sui de rOnilahy supérieure et signalé comme abondant en soie et en bœufs sauvages.

Contrairement aux suppositions du chef Tapate, le seigneur des Machicores lui fait très bon accueil et lui donne des guides pour la baie de Saint-Augustin.

En cinq jours de marche il arrive à cette baie.

Il voit au bord de la mer les ruines d^un fort construit par les hollandais, en iSgS, et celles d^une forteresse française oQ nos compatriotes ont perdu, en 1601 et 160^,

dans l'espace de trois jours, quarante des leurs : le lieu de leur inhumation en a pris nom de c Cimetière des Français i.

Gauche donne sur les insulaires des renseignements qui s^accordent très bien avec ceux recueillis par Augustin Beaulieu.

Les hommes, dit-il, sont basanés, grands, bien proportionnés, glabres, les cheveux pendants, hors en guerre. Ils sont malfaisants, circoncis, craignant le dieu qui les tue et le diable qui les rend malades, mais ils ne prient ni Tun ni Tautre, bien qu^ils croient aller au ciel après leur mort.

Gauche voit beaucoup d'indigènes et fait peu d^afifaires parce qu'il n'a pas de marchandises à leur convenance* G'est la même chose partout et dans tous les temps; celui qui veut trafiquer doit avoir des marchandises au goût des acheteurs.

Bien que Gauche présente les habitants de Saint-Augustin comme les plus barbares de tout le pays Malgache^ il passe sept jours au milieu d'eux sans être inquiété.

Il repart pour Mannhale avec un troupeau de bœufs. Le cinquième jour de marche il est si fatigué qu'il monte à califourchon sur Tune de ses bétes. Les Tapâtes, qui n'ont jamais vu cela, sont émerveillés. Au commencement de février 1642, il est de retour dans sa maison, après avoir parcouru environ 400 kilomètres de pays.

Ce pays, marqué sur les cartes comme « inconnu d ; n'a guère été vu que par Gauche, en 164a, et par Louis Catat, en 1 890.

Èientôt ne sachant que faire, il part poui: Amboule et fait une excursion dans les montagnes.

La vallée d'Amboule ou d^Ambolo se présente magnifiquement. Elle a des forêts dMbéniers, de palissandres et d*orangers. Sa terre noire est fécondée par un grand nombre de rivières, de ruisseaux et par les sources thermales signalées par Cauche et revues par Louis Catat.

A son retour, Cauche trouve Mannhale en grande rumeur. Les Machicores ont volé quatre cents bœufs, dont dix-neuf lui appartiennent.

Tout le monde prend les armes et se met en marche contre les voleurs.

Mais les soldats d^Andianmachicore ne sont pas très belliqueux. Ils veulent que le chef marche devant et s^èxpose aux premiers coups. « Aussi quoy que ce peuple soit en grand nombre, il n*y a que les grands et maistres de villages qui marchent en teste pour attaquer Tennemi, lesquels estans morts, sont aussitost abandonnez de leurs gens 1. (Flacourt, avant-propps du second livre). Cela n'est pas maladroit. Si les rois de TEurope devaient marcher au premier rang et vivre de la vie du soldat, la guerre aurait pour eux moins d^attrait et les peuples ne s'en trouveraient peut-être pas plus mal.

Cauche leur raconte qu'en Europe les rois restent loin du danger et sont entourés de gens qui ne demandent qu'à se faire tuer pour eux. Les chefs accueillent son discours avec enthousiasme, mais venue Pheure du combat, ils se tiennent à distance et laissent Cauche et ses quatre domestiques s'arranger avec l'ennemi. Le combat ter-

miné, ils s'en attribuent la gloire et rentrent triomphalement dans leur village. Ce dernier trait n*est pas sauvage

et prouve qu'il n'y a pas qu'en Europe que les geais se parent des plumes des paons.

Tandis que le jeune rouennais court à travers Hle^ prend des notes, trafique, guerroie, joue de la flûte ou de la musette, se fait aimer des insulaires, le cardinal de Richelieu, sans s'en douter, prépare sa ruine. Par çcte du 28 janvier 1642, confirmé par lettres-patentes du 20 septembre 1643, le grand ministre concède, pour dix ans, au sieur Rigault, le droit de trafiquer à Madagascar et d^ fonder des colonies. Rigault donne à Jacques Pronis la direction de l'entreprise.

Pronis ne s'était pas donné la peine d'étudier la question, et s'arrangea pour arriver juste au commencement de l'hivernage, à Tépoque des fièvres; le hazard, son seul guide, le fit débarquer à Sainte-Luce, l'un des endroits les plus malsains de Madagascar.

Gauche s^empresse d'aller le voir. Il aurait pu lui rendre de grands services. Pronis ne l'entend pas ainsi et donne à Gauche six mois pour se défaire de ses marchandises, se réservant d'ailleurs de le renvoyer en France par le premier bateau.

Après une absence de douze jours, Pronis trouve que douze de ses hommes sont morts et que l'état des autres est désespéré. En deux mois, malgré les secours de Gauche, il perd 26 hommes sur 40.

Le i«r mai 1643, un autre navire, commandé par Ré-

glmond (Flaoourt écrit Rezimoat], apporte de France 60 nouveaux colons.

Ce capitaine prévient Gauche quMl va Temmener avec lui. « Ce me fut, dit celui-ci, une dure séparation puisquMl me Calloit laisser ma maison, mon jardin et une partie de mes meubles, et ce qui plus me fachoit, quitter Andianmachicore, qui m'aimoit infiniment; ma consolation fut que je lui laissois ce que je ne pou vois emporter ». Andianmachicorele conduit à Sainte-Luce où, dit le jeune rouennais, c après plusieurs plaintes, pleurs et regrets, nous nous préparâmes à nous séparer. » Cette affection d'un sauvage pour un français et d'un français pour un sauvage, on la retrouvait datis Tlnde et au-delà du Pacifique, dans la Nouvelle-France.

Réglmond lève Tancre, non pour retourner au pays, mais pour faire un peu de piraterie.

Aux environs de Sokotora, il rencontre un petit vaisseau qui venait du Malabar avec un chargement de coton, de drap et de laine. Il le dépouille de ses marchandises.

En sortant de la mer Rouge, il capture un autre navire du Malabar qui portait deux nouveaux mariés avec des richesses pour plus de deux cents mille écus. Toutes ces richesses deviennent la proie de maître Ré^imond. A la hauteur du cap Gardafui, il met la main sur un troisième navire et lui fait subir le même sort.

Il y a cependant, en faveur de la civilisation, un progrès notable. Au commencement du xvi* siècle, les Portugais pillaient les musulmans et se faisaient un pieux devoir de les massacrer; Rigimond les pille aussi, mais

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il ne fait aucun mal aux équipages et leur laisse mémd des vivres et de Teau pour continuer leur voyage.

Au commencemenf de novembre 1643, il rentrait à Sainte-Luce. Pendant son absence^ la petite colonie avait perdu quatorse hommes et les fièvres avaient saisi tous les autres. Pronis avait eu Tesprit de sHnstaller au milieu des marécages.

Ce qui causa le plus dMtonuement à François Gauche, ce fut de trouver chez Pronis une femme indigène habillée à la française. Cette femme était parente ou alliée de tous les chefs des environs et Pronis Pavait épousée à la mode € madagascaroise 1 '.

Au mois de mars 1644, Cauche quitte pour toujours Madagascar et rentre à Dieppe le 2 1 juillet suivant.

Il a voyagé en négociant et en observateur. Bon et loyal, il voulait surtout, comme Paul Soleillet, faire aimer son pays. Sa relation, mise au net par M. Morisot^ est une œuvre de bonne foi. Il a vu ce qu^il dit avoir vu et fait ce qu'il dit avoir fait.

Sa carte, qui porte le titre de Isle de Madagascar ov de S. Laurent, est un étonnement. L'auteur n'a pas tenu compte de la relation. Il donne à Madagascar la forme d'une chenille monstre dont les deux extrémités sont

1 M Concubinage », « débauche », dit le R. P. de la Vaiisière (Histoire de Madagascar f t. I, p. 8), De la part d'un homme, célibataire et jésuitCi cette appréciation n*a pas d'importance. Ce n'est pas chez les jésuites qu'on va prendre* des leçons de morale et de politique coloniale.

tournées vers le levant. Il paraît s^tre inspiré du (racé du planisphère mercatorien de 1569. Ce qui distingue cette carte, c'est la francisation de la nomenclature, qui d'ailleurs se réduit à quarante-trois mots, non compris le titre. Il donne l'amorce de quatre rivières. Les montagnes forment des chaines parallèles dirigées d'Orient en Occident. Nulle trace des monts que François Cauche a vus autour de la baie d'Anton-GÎI et tout le long de la côte orientale. L'archipel des Comores est défiguré, réuni à ceux d'Aldabra et de Cosmoledo. Il place la Réunion au sud-ouest de l'île Maurice, quand c'est le contraire qui existe. A l'île de Sable, il donne le nom de Nazareth qui K trouve sur beaucoup d'anciennes cartes.

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