‹ La case du Père TomChapitre 121 sur 200 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

tème est détestable; c'est l'avis de beaucoup de gens éclairés, et c'est aussi le mien; je voudrais de tout mon cœur que l'esclavage fût aboli , mais je ne sais comment y parvenir.

— Papa , vous êtes un brave homme , et vous avez toujours une manière agréable de dire les choses. Ne pourriez-vous parcourir les habitations, et tâcher de persuader aux maîtres d'affranchir leurs noirs? Je le ferais si je le pouvais ; faites cela pour moi , papa , quand je serai morte.

— Quand vous serez morte , Eva? Enfant 7 ne parlez pas ainsi ; vous êtes mon seul bien sur la terre.

— L'enfant de la vieille Prue était aussi son seul bieh , fe\ pourtant elle l'entendit crier sans pouvoir lui porter secours ! Ces pauvres gens aiment leurs enfants presque autant que vous pouvez m'aimer. Ah ! faites quelque chose pour eux ! Mammy aime ses enfants ; je l'ai vue pleurer en en parlant; Tom aime aussi les siens ; et il est affreux qu'ils en soient séparés.

— Allons, mon amie, dit Saint-Clare avec tendresse, ne vous désolez pas, ne parlez pas de mourir, et je ferai tout ce que vous voudrez.

— Promettez-moi, mon père, que Tom aura sa liberté aussitôt que... Elle s'interrompit, et ajouta avec hésitation : — Aussitôt que je ne serai plus.

— Oui , ma chère, je souscrirai à tous vos désirs.

— Cher papa, dit l'enfant appuyant ses joues brûlantes sur celles de son père , je voudrais que nous pussions faire le voyage ensemble.

— Où , mon amie ?

— Au séjour du Sauveur, où régnent la paix et l'amour. Est-ce que vous ne voudriez pas y aller?

— L'enfant parlait du ciel comme d'un lieu qu'elle avait souvent visité.

Saint-Clare l'étreignit dans ses bras, mais il garda le silence.

— Vous viendrez à moi, reprit Evangéline avec l'accent de la conviction.

— Je vous suivrai, je ne vous oublierai pas.

Les ombres solennelles du soir s'épaississaient autour de Saint- Clare ; il voyait à peine la frêle créature qui reposait sur son sein ; mais la voix qui lui parlait était comme celle d'un esprit : elle évoquait le passé; il eut en un moment devant les yeux les prières de sa mère, les bonnes résolutions qu'il avait prises dans sa jeunesse, les années de scepticisme et de dissipation qu'il avait passées dans le monde. On peut penser beaucoup en un moment : Saint-Clare fit d'importantes réflexions; mais il ne parla pas. Comme la nuit était venue, il emporta sa fille dans sa chambre à coucher; quand elle fut disposée à dormir, il congédia les domestiques, la berça dans ses bras, et chanta jusqu'à ce qu'elle eut fermé les yeux.

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