‹ La case du Père TomChapitre 139 sur 200 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

La faiblesse sans appui.

Il n'y a point dans ce monde de détresse égale à celle des noirs auxquels la mort enlève un bon maître. Il reste à l'orphelin la protection de la loi; il a une position et des droits reconnus, l'esclave n'en a pas. Ses besoins d'homme ne sont satisfaits qu'en vertu de la volonté souveraine de son maître; et quand ce maître n'est plus, l'esclave reste sans appui. Ceux qui usent avec humanité de leur puissance irresponsable sont en très-petit nombre. C'est un fait constaté, et l'esclave le sait mieux que personne. 11 comprend donc qu'il a dix chances contre une de tomber sous le joug d'un despote, et la perle d'un maître bienveillant lui cause naturellement de longs regrets.

Lorsque Saint-Clare eut rendu le dernier soupir, la terreur et la consternation s'emparèrent de tous ses serviteurs. 11 avait été frappé si vite, à la Heur de l'âge ! Toute la maison retentit de sanglots et de cri s de désespoir.

Marie, qui avait travaillé toute sa vie U affaiblir son système nerveux , tomba de syncope en syncope, et fut dans l'impossibilité d'adresser un dernier adieu à son époux. Miss Ophélia, douée d'une rare énergie, assista son cousin jusqu'au dernier moment, attentive à tout ce qui pouvait le soulager, et elle s'associa de tout son cœur aux ferventes prières que le pauvre esclave avait dites pour son mailre expirant.

Quand OU le déshabilla, on trouva sur lui un médaillon fermé par un ressort, et qui contenait d'un côté une boucle de cheveux noirs, de l'autre le poitrail en miniature d'une femme. On replaça sur la poitrine inanimée ces tristes reliques des premiers rêves qui avaient lait battre avec tant de force un cœur désormais glacé.

' "l" , < 1 * > i ■ t toutes les pensées étaient tournées vers l'éternité, ne pensa pai un instant que ce coup affreui le condamnait à la servitude.

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