‹ La case du Père TomChapitre 43 sur 200 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Livraison de la marchandise.

Les lueurs grisâtres d'une matinée de février éclairaient la cabane du père Tom, et faisaient voir des figures désolées. La mère Chloé repassait des chemises, qu'elle plaçait successivement sur le dos d'une chaise devant le feu, et de temps en temps elle portait la main à ses yeux pour essuyer ses larmes. Tom avait la tête appuyée sur la main, et tenait sur ses genoux une Bible ouverte; mais il gardait le silence. Jl était encore de bonne heure, et les enfants reposaient tous ensemble sur leur grossier lit de sangle. Tom possédait au plus haut degré cet amour de la famille, qui caractérise malheureusement sa race. Ti se leva, et alla regarder ses enfants.

— C'est pour la dernière fois, dit-il.

La mère Chloé ne répondit pas; seulement elle frotta de nouveau une chemise déjà suffisamment repassée. Enfin, laissant brusquement tomber son fer, elle s'assit, et fit entendre ces plaintes :

— Peut-être devrions-nous nous résigner; mais, en vérité, est-ce possible? Au moins, si je savais où vous allez, et comment on vous traitera? Madame promet de vous racheter dans un an ; mais sait-on si l'on reviendra jamais quand on s'en va dans les Etats du Sud1 On assure que, dans les plantations de la Louisiane, du Mississipi, on tue les esclaves à force de les faire travailler.

— 11 y a un Dieu là-bas comme ici, Chloé!

— Je n'en donle pas; mais le Seigneur laisse parfois d'affreux crimes se commettre. Je n 'attends pas de consolation de ce côté.

— Je me remets entre ses mains, Chloé. Rien ne peut arriver sans sa permission; et il y a une chose dont je le remercie, c'est que je parie et que vous restiez. Ici, vous vivrex tranquille avec les enfants; tout le malheur sera pour moi.

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