‹ La Castration des Vaches TaurelièresChapitre 10 sur 23 · AE LEE · texte numérisé non relu

AE LEE

lement, parfois presque noire, injectée, dure au toucher. Le grain, au lieu d’être fin, est très grossier. Il n’y a ri persillé, ni marbré. Graisse de couverture et ‘graisse intérieure font totalement défaut. Dans les quartiers postérieurs, il ne reste pour ainsi dire que des os, des aponévroses et des tendons; les quartiers antérieurs, en général un peu plus charnus, ne sont cependant pas d’une qualité bien supérieure.

La cuisson de cette viande est difficile : il faut environ à la ménagère un temps double à celui nécessaire pour faire cuire un morceau de viande normale. Le bouillon obtenu est sans graisse, sans sucs et fade ; la chair reste maigre, sèche, coriace et des moins nutritives. Ajoutons une odeur sexuelle très marquée, une saveur désagréable et nous aurons . réuni tous les caractères essentiels de la viande des vaches taurelières qui, pour toutes ces raisons, ne ‘peut être considérée que comme une viande de troisième qualité et de basse boucherie, risquant même la saisie du vétérinaire inspecteur quand la maigreur par trop accentuée se rapproche de la cachexie.

Pourquoi le fermier risquerait-il cette perte totale? Pourquoi, après une perte partielle, s’élevant à déjà plus de la moitié de la valeur de l’animal s’il était sain et gras, perte subie du fait que le boucher n’a consenti à le débarrasser de sa vache qu’à vil prix, pourquoi ce fermier hésiterait-il un seul instant à transformer une carcasse cachectique en une excellente bête de boucherie, par la simple opération de la castration ?

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Traitement

A notre avis, un seul procure les résultats cherchés : c’est la castration. Si pour une raison quelconque, nous estimons qu’il y a contreindication à la pratiquer, nous nous abstenons:

Nous citerons néanmoins quelques moyens médicaux classiques qui ne peuvent selon nous et dans quelques rares cas seulement, chez la vache, que donner une amélioration passagère, mais jamais la guérison complète. Nous envisagerons successivement un traitement palliatif, un traitement médical et un. traitement chirurgical.

A) Traitement palliatif.— Il consistera uniquement dans l’isolement de la malade afin de la soustraire complètement du voisinage de ses compagnes. Un régime rafraîchissant pourra donner de bons effets, enfin la mise quotidienne dans un pré clos, isolé, aura pour but de distraire un peu la malade et par là d'exercer une influence favorable.

B) Traitement médical. — On préconise les boissons calmantes additionnées de chloral, de bromure de potassium, de camphre.

Le massage et la compression des ovaires ont été souvent indiqués comme étant suivis d’excellents résultats chez les juments nymphomanes; personnellement, nous l’avons essayé deux fois chez la vache taurelière et ce fut un insuccès complet.

c) Traitement chirurgical. — La ponction des kystes ovariens par la voie rectale vient en premier lieu. Ce traitement semblerait devoir retenir l’attention, la nymphomanie des vaches taurelières étant dans la majorité des cas déterminée par des kystes ovariens. Mais cette ponction est difficile à réaliser chez la vache; d’autre part, pour être suivie de pleins effets, la vidange de tous les kystes est nécessaire, chose quasi impossible. Enfin, l’amélioration ne serait jamais que passagère, le liquide des kystes se reformant très vite.

Le traitement de choix, c’est donc la castration, Nous ne voulons pas nous étendre sur la technique opératoire, tel n’est pas notre sujet. Voici en quelques mots comment nous opérons avec notre père. Après une diète de vingt-quatre heures et une antiseptie de la vulve et du vagin, la ponction vâginale est pratiquée; les ovaires sont saisis et l’ablation en est réalisée à l’aide du simple écraseur à chaîne de Chassaignac. L'opération est terminée et jamais nous n’avons eu de complications graves. Un minimum de propreté et une préhension rapide des ovaires, c’est

là tout le secret de la réussite.

Telle est notre méthode; c’est celle classique par incision vaginale;- c’est elle qu’a toujours employée

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notre père; c’est elle que nous-même nous avons déjà employée et que vraisemblablement nous emplierons encore.

Hâtons-nous de dire que toutes les variantes dans le choix de l’instrument pour la ponction du vagin, des antiseptiques pour la désinfection des voies génitales, des appareils divers pour l’ablation des ovaires ont leur raison d’être. Chaque praticien a ses méthodes; toutes sont bonnes à notre avis, il suffit de bien les appliquer. Dans cette étude, peu nous importe la technique employée pour la castration; ce qui nous intéresse surtout, ce sont les résultats obtenus, Nous allons enfin les envisager bientôt, nous réservant auparavant de montrer les contreindications de ce traitement chirurgical, contreindications tirées de quelques essais défavorables à la castration des vaches.

Essais défavorables à la castration des vaches

Avant Charlier et sa méthode par incision vaginale, de nombreux insuccès ont été enregistrés par les opérateurs. La méthode par le flanc est loin évidemment de donner toutes les conditions requises pour le succès de l’opération. C’est ainsi qu’un vétérinaire anglais, Copeman, opérant cinquante vaches, eut deux mortalités; en plus, chez trois cinquièmes des opérées, la quantité de lait diminua progressivement et elles durent être livrées à la boucherie quatre mois à peine après la castration. À coup sûr, le mode opératoire pratiqué doit être incriminé dans cet insuccès.

Aujourd’hui, grâce à la méthode Charlier, ces insuccès deviennent beaucoup plus rares ; la mortalité n’atteint pas un pour cent et les résultats obtenus sont presque toujours satisfaisants. Cependant, des déboires ont été enregistrés par Charlier luimême : « S’il est, dit-il, des vaches castrées qui donnent peu de lait et restent maigres, il faut en accuser les diverses conditions où elles se trouvent et non l'opération. Ainsi, j'ai pu opérer des vaches phtisi-

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ques ou affectées de pleuro-pneumonie chronique, fort maigres, qui donnèrent peu de lait et n’engraissèrent point. J’en ai opéré d’autres, qui, épuisées par des désirs érotiques, prirent peu d'état après la castration et donnèrent peu de satisfaction à leur propriétaire sous les rapports de la production du lait. J'en opérai une chez moi qui ne paraissait pas malade; elle donna d’abord passablement de lait, puis diminua sensiblement, mais ne s’engraissa pas au milieu des autres. Je la mis à part, je lui fis donner du grain cuit en sus de sa nourriture ordinaire, elle ne s’engraissa pas davantage. Enfin, je la vendis au boucher en moyenne chair et à l’abattoir je reconnus que le foie était rempli de dépôts tuberculeux. »

La tuberculose, en effet, maintenant si fréquente dans l’espèce bovine, voilà bien la grande cause d'insuccès dans les suites de l’opération de la castration. Si nous n’avons jamais eu de déboires dans la castration de nos taurelières, Jamais aussi nous n’avons omis de tuberculiner nos malades dans la semaine qui a précédé l’opération. C’est là, à notre avis, une précaution essentielle dont il ne faudrait jamais omettre de s’assurer. Et cependant, combien de vétérinaires confiants dans un seul examen clinique, éliminent la tuberculose, opèrent leur animal et sont surpris de voir apparaître des complications aussi diverses qu’inattendues ! Combien d’échecs dans les résultats, de mortalité même, eût-on pu éviter par une simple intra-dermo ?

La tuberculose constitue donc bien une contreindication formelle, soit qu’elle engendre la maladie

en siégeant dans les ovaires, soit qu’elle existe dans tout autre organe, la nymphomanie étant simplement d’origine kystique.

M. le Professeur G. Moussu repousse également l'opération quand la surexcitation ne tient pas à une lésion des ovaires. En vérité, ce diagnostic causal est souvent délicat à établir. Cependant, souvenonsnous que les kystes ovariens sont dans la majorité des cas cause de l’affection et nous n’aurons que peu de chances de faire erreur à ce sujet. Néanmoins, dans tous les cas de vaginite et métrite chroniques, de polypes vaginaux, de tumeurs avec répercussion sur les ganglions inguinaux et sous-lombaires, d’atrophie et d’hypertrophie de l’utérus, en un mot, chaque fois qu un diagnostic précis permettra d'éliminer l'ovaire comme étant le siège de la maladie, nous nous abstiendrons catégoriquement d'opérer l'animal.

En résumé, la castration par le flanc sera toujours à rejeter. L'opération ne sera pratiquée qu'après une tuberculination négative ; enfin, dans tous les cas mentionnés ci-dessus, il sera prudent de s’abstenir. Et ainsi, connaissant ces quelques contreindications, le vétérinaire qui castre une taurelière peut être -assuré du plein succès. Les résultats dont nous allons maintenant poursuivre l'étude, doivent l’encourager et lui faire dissiper toute trace d’hésitation dès qu’il sera consulté à ce sujet par un propriétaire.

Résultats de la castration de la vache taurelière

Ils constituent à coup sûr tout l’intérêt de notre étude. Nous les grouperons sous trois chefs. Les ré- * sultats sur la modification du caractère seront envisagés les premiers. Ceux sur la réapparition de la sécrétion lactée seront ensuite étudiés et enfin nous terminerons par les avantages obtenus au double point de vue quantité et qualité de la viande.

Alors qu’en ce qui concerne la jument nymphomane, la plupart des auteurs admettent que la castration ne modifie pas sensiblement le caractère, on peut affirmer au contraire qu’elle exerce une influence des plus heureuses sur la vache taurelière. C’est là un fait intéressant à noter. La vache normale, mais d’un naturel sauvage et méchant, est déjà considérablement assagie par la castration. Rapportons à ce propos, les paroles de Jacq. Valserres : « Cette vache de race hongroise, vivant à demi-sauvage, supportait difficilement l'approche de l’homme, si ce n’est de son gardien. Après la castration, cette bête, sans être aussi douce que nos vaches, est

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devenue beaucoup plus maniable; on a pu facilement l’approcher sans craindre les coups de corne. Un grand changement s’est opéré dans tout son être: d’abord vive, alerte, impressionnable, on l’a vue tout à coup calme, tranquille, indifférente. »

Sur les taurelières, ces résultats sont plus marqués encore. L'opération chez toutes nos opérées a toujours ramené le calme et la tranquillité. A l’étable, en moins d'une semaine, la surexcitation cesse, les mugissements lugubres ne se font plus entendre, la malade ne gratte plus avec ses membres antérieurs, l'œil n’est plus brillant, la conjonctive se décongestionne, le regard devient doux comme auparavant.

Au pâturage, l’opérée ne chevauche plus ses compagnes; au lieu de toujours chercher querelle aux voisines, elle évite au contraire les combats, se tient à l’écart, s’isole pour paître. Autant la ribaude était furieuse et méchante avant l'opération, autant elle devient calme et craintive après.

De tels résultats se passent de commentaires. Eux seuls seraient-ils obtenus, qu’ils suffiraient à rendre l'opération nécessaire. Avec elle se termine, en effet, la longue série d'accidents mentionnés dans un chapitre précédent et partant, plus de pertes pécuniaires inhérentes à ces accidents.

Nous ne terminerons pas ce paragraphe sur la modification du caractère de la vache taurelière par la castration, sans rapporter cette observation de Putot : il s’agit d’une taurelière particulièrement furieuse, qui n’a pu être castrée que d’un seul côté. Malgré cela, la vache retrouva son calme complet, et

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