‹ La Cataastrophe du Ballon L'aragoChapitre 7 sur 12 · TROISIÈME TENTATIVE · texte numérisé non relu

TROISIÈME TENTATIVE

Désireux de tenter de nouvelles expériences, je cherchais toutes les occasions de m'élever sur le bord delà Manche. Le 1 4 juillet, je profitai de l'heureuse circonstance delà fête nationale pour faire une ascension à Calais. A six heures «t demie du soir, dans mon ballon F Eclair, du cube de 5oo", je pars de la place d'Armes; le vent souffle du Sud- Ouest, et je suis entraîné rapidement sur la mer du Nord à une altitude de laoo"'.

Vers sept heures et demie, le vent tourne au Sud, et j'aperçois distinctement les côtes anglaises ; je jette du lest et m'élève à 1700» afin de rencontrer un courant plus favorable. Mais je reconnais bientôt qu'il n'en existe pas, et que je m'éloigne dans la direction de la mer du Nord. La nuit vient et l'atmosphère se charge de gros nuages ; le ballon descend; je le maintiens en équilibre à 400"» environ ; et jusqu'à d« heures je n'aperçois que Técume blanchâtre des vagues, ou de temps en temps les lumières vertes et rouges d'un navire. Le temps s'obscurcit de plus

en plus : il m'est impossible de lire mon baromètre, et je ne puis me rendre compte de la distance où je suis des flots qu'au bruit des vagues qui se froissent au-dessous de moi.

Bientôt une vive lueur m'environne et est suivie d'un roulement de tonnerre, puis un crépitement continuel m'annonce que l'orage me gagne ; à dix heures quarantecinq minutes la pluie redouble ; la place n'est plus tenable, l'appendice de mon ballon est une véritable fontaine, qui inonde la nacelle et alourdit le lest, que je suis obligé de jeter par sacs entiers par-dessus bord, car le ballon surchargé descend avec rapidité.

Je parviens pourtant à enrayer cette chute à quelques mètres des vagues, que j'aperçois à la lueur d'un éclair. Heureusement pour moi le centre de l'orage est situé à gauche de ma direction. Le temps devient plus clair. Je sonde alors l'horizon et bientôt j'aperçois le feu d'un phare flattant, puis plus loin à droite un groupe de lumières émergeant d'une île, m'indiquçnt une ville. Elles se rapprochent de moi avec rapidité. Je file aussitôt mon grappin, je donne un coup de soupape prolongé et prends mon dernier sac en main afin d'éviter la ville, que du reste je laisse à ma droite.

Le premier choc a lieu dans un petit bois. Le vent est violent. Je suis projeté sur la cime des arbres, puis traîné dans un canal que je franchis pour aller échouer sur une voie ferrée, où le ballon se trouve arrêté par les fils télégraphiques.

J'en profite pour sortir de ma nacelle, qui est couchée sur les rails ; et à peine ai-je eu le temps do détacher ma corde et de retirer ma nacelle que l'express de Rotterdam à Flessingue passe à toute vitesse.

Je suivis la voie jusqu'à la station de Midelbourg (Hollande), où je trouvai deux employés qui m'aidèrent à dégonfler le ballon.

i^>UÂTRlÈME TENTATIVE

Le i3 août 1 883, je m'élevai de nouveau, à cinq heures du soir, de Calais, poussé par un vent Sud, je passai rapidement au-dessus du port, des jetées et je m'engageai sur la mer du Nord.

A cinq heures et demie je plane à 5oo*; le temps est très clair, je distingue bien les côtes anglaises, et, comme dans mon ascension précédente, je m'élève pour chercher un courant Est et Sud-Est ; je dépasse le remorqueur qui croise au large, et qui se met à ma poursuite à toute vapeur.

A six heures je suis à laot.". La direction du vent es^ toujours la môme. Je lance des banderoUes de papier pour sonder le courant inférieur. J'entends distinctement le sifflet du remorqueur, dont je ne vois plus que la fumée. Il essaye mais en vain de me suivre.

Vers six heures et demie, les banderolles hiférîeures se dirigent vers l'Est. Je laisse descendre le ballon, qui suit pendant quelque temps le même courant mais bientôt cette faible brise cesse, et je suis emporté par un vent Sud-Sud- Ouest, qui me porte plus au large. Voyant cela, je laisse descendre, et file à la mer le cône-ancre, qui ralentit la marche du ballon, mais qui fatigue beaucoup, circonstance qui me donne Tidée de chercher pour l'avenir un engin plus commode.

Il est sept heures et je ne vois plus à Thorizon aucun navire. La nuit approche, et me force de jeter à la mer mes deux deniiers sacs de lest.

Vers sept heures quinze minutes un voilier anglais passe près de moi. J'appelle, mais il continue sun chemin sans s'inquiéter de mon embarras.

Le vent fraîchit, le ballon se couche et la nacelle est en

vahje et ballottée par les vagues. L'eau me monte jusqu'à la ceinture. Je me soutiens en saisissant le cercle.

A sept iieurcs et demie, j'aperçois un steamer qui arrive sur moi à toute vapeur. Le capitaine, qui m'a vu, fait stopper la machine, et mettre un canot à la mer.

Le canot est monté par quatre marins; ils abordent ma i\Acelle, et je saute abord de leur canot. Malheureusement, aucun ne parle français; ce sont de braves hollandais qui ne peuvent me comprendre; je ne peux parvenir à leur faire faire la manœuvre de dégonfler le ballon, qui se déchire en plusieurs endroits. Enlin^ à huit heures, mon matériel est recueilli pêle-mêle sur le pont. Le capitaine Sluiter parle français, il m'apprend que je suis sur le vapeur Mercuriiis, faisant route pour Amsterdam, où en effet j'arrive le lendemain à six heures du soir. Je fus reçu à merveille dans cotte grande capitale. J'y rencontrai quelques amateurs éclairés de la navigation aérienne, qui m'accueillirent de la façon la plus distinguée et m'excitèrent à faire des ascensions en Hollande, quand j'aurais réussi à ? ésoudre le problème dont la solution me tenait à cœur. J'exécutai dans ce pays plusieurs ascensions intéressantes, notamment avec la compagnie de M. de Braine, jieutenant de vaisseau de la maiine hollandaise, avec lequel je fis un voyage le 1 1 septembre i88(), au-dessus du Zuyderzee. Ce brave officier raconta avec détail cette expédition dans le n"* 4^ ^^ Eijen Hard de cette année.

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