RÉDUCTIONS SUR L'OXYDE DE PLATINE
Nous venons de montrer que le nickel ne convenait pas comme catalyseur de réduction des chlorures d'acides, parce qu'il met dans l'obligation d’opérer à une température telle que le chlorure de nickel formé soit dissocié. Cette température se trouvant élevée est cause d’une décomposition et d'une pyrogénation des produits mis en œuvre.
Du fait que le nickel n’était pas, à proprement parler, empoisonné par les vapeurs d’acide chlorhydrique, mais subissait simplement une transformation én chlorure, nous avons pensé qu’un métal, qui ne serait pas sensible aux vapeurs acides, conviendrait particulièrement bien, comme catalyseur de réduction des chlorures d’acides.
Tout naturellement, nous avons songé au platine ou plus exac-
tement à son oxyde, dont l’activité catalytique a été trouvée excellente.
Ce n’est que dépuis 1923 que l’oxyde de platine fait partie de la liste des catalyseurs hydrogénants.
Son emploi est dû à Voorhès et Adams (1) qui l’ont utilisé dans un certain nombre d’hydrogénations en milieu liquide.
Ce sont MM. Grignard et Escourrou (2) qui l'ont employé en systèmes gazeux, où son activité est parfaite. C’est un cataly-
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seur moins énergique que le nickel, comme nous l'avons montré dans la première partie de notre travail, et si ce n’était son prix élevé, il conviendrait particulièrement bien comme agent de catalyse sous pression réduite.
Nous avons indiqué auparavant la façon de le préparer.
Nous avons soumis à l’hydrogénation sur ce catalyseur les cinq chlorures d’acides suivants : benzoyle, phénylacétyle, phénylpropionyle, isocaproyle et isovaléryle. Déjà, à la pression ordinaire, il se forme dans certains cas de l’aldéhyde, mais à côté de quantités dominantes de carbure, et d’un peu d’alcool. Il suffit d’un vide relativement peu poussé, pour arrêter la réduction à la production exclusive d’aldéhyde, La température de réduction est comprise entre 200 et 2500. Dans ces conditions, les pertes par pyrogénation sont faibles et le même tube à catalyse nous a servi pendant un mois, en fonctionnant chaque jour.
Réduction du Chlorure de Benzoyle
Rappelons que, sur le nickel, ce chlorure d’acide, en vertu de sa stabilité, nous a permis d’obtenir l’aldéhyde avec un bon rendement.
Réduction à pression ordinaire.
La réduction ne devient sensible qu’à partir de 2250 mais n’est réellement active qu’à 2500,
A cette température, il se dégage des torrents de vapeurs d’acide chlorhydrique, tandis qu’il se forme en abondance des cristaux d'acide benzoïque dans le tube. La réduction va done trop loin. Néanmoins, à partir de 20 grs de chlorure d’acide, on peut isoler ? grs de benzaldéhyde, à côté d’une dizaine de grammes de toluène. Le reste est constitué par de l’acide benzoïque et du chlorure de benzoyle en excès.
On retrouve donc des résultats assez semblables à ceux obtenus avec le nickel. Toutefois, par suite de l’énergie moindre de l’oxyde de platine, on peut déjà, à pression ordinaire, obtenir un peu de benzaldéhyde, que l’on ne pouvait caractériser qu'avec le réactif de Schiff, dans le cas du nickel.
Réduclion sous pression réduile.
Nous avons opéré la réduction à la température de 2259 et sous un vide de 140 %. Dans ces conditions, nous avons réduit 60 ©, de chlorure de benzoyle, uniquement à l’état de benzaldéhyde. La partie non réduite se retrouve mélangée à ce
dernier.
Si on élève un peu la température du catalyseur, on voit apparaître un peu de carbure et même d’alcool benzylique.
Dans ces conditions, les produits ne subissent aucune décomposition, et le catalyseur reste très propre. Son activité reste sensiblement constante.
Le benzaldéhyde est séparé du chlorure de benzoyle en excès par un traitement à l’eau et au bicarbonate de soude; on épuise l'huile surnageante à l’éther, sèche et rectifie. L’opération s'effectue donc très rapidement.
Réduction du Chlorure de Phénylacétyle
Cette réduction doit nous conduire à l’aldéhyde phényléthylique, renommé par sa fragilité et son instabilité. Un essai effectué sur le nickel ne nous avait conduit à aucun résultat, si ce n’est à un goudronnement de la totalité du produit.
Réduclion à pression ordinaire.
La réduction commence à 1800, mais n'est active que vers 2009. Le liquide condensé est légèrement coloré en jaune. Après traitement à l’eau et au bicarbonate, on isole une huile possédant l’odeur fraîche caractéristique de l’aldéhyde phényléthylique. On sent de plus une légère odeur de roses.
Le liquide laisse déposer, après un certain temps,des cristaux
qui constituent environ 50 % de la masse.
Ces cristaux sont à peine solubles dans l'alcool. Après puri: fication ils fondent à 410-420, |
Ce corps n’est décomposé ni par les alcalis, ni par les acides,
Ce n’est donc pas l’acide phénylacétique (P f. : 76°) non plus que l’acétal qui est un corps liquide bouillant à 3170-3190,
Nous avons identifié ce corps comme étant l’alcool secondaire