OBSERVATION III
Madame O..., 48 ans, mariée, 5 enfants.
Vers la fin de la guerre à une époque qu’elle ne précise pas exactement la malade a traversé une période pendant laquelle elle dormait « plus qu’elle ne voulait ». Elle n’eut pas de diplopie et ne vit pas de médecin à cette occasion. Elle n’a d’ailleurs pas conservé un souvenir précis de ces malaises qu'elle décrit confusément. Depuis un an elle a remarqué qu'elle s’endormait à table, dans la rue, en marchant, n’importe où et à n'importe quelle heure de la journée. « On doit croire, dit-elle, que j'ai bu » quand elle prend ces malaises dans la rue. Au bout de 10 à 15 minutes elle s’éveille brusquement, se sentant « très à l’aise et dégagée ». Le besoin de dormir la prend presque toutes les fois qu’elle s’assied.
En outre depuis 10 ans toutes les fois qu’elle rit ou qu'elle est émue Madame O. à l’impression qu’elle va tomber. Il y a 10 jours, pendant un accès de rire, ellé est tombée et s’est relevée immédiatement.
Dès l’enfance elle a été réveillée de temps à autre pendant la nuit par ce qu’elle appelle des « vertiges », c’est-à-dire par une brusque sensation d’angoisse après laquelle elle perdait tout à coup connaissance. Ces phénomènes avaient disparues, mais le 10 septembre 1930, elle eut encore une perte de conscience au milieu de la nuit. L’examen neurologique ne montre rien : l'examen général montre un point de Mac Burney douloureux (un chirurgien a parlé d’appendicite) et un petit rétrécissement mitral consécutif probablement à un torticolis de l'enfance.
OBSERVATION IV Madame Moh..., 30 ans.
Mère vivante, 3 62 ans.
Père mort il y a 10 ans d’une affection de l'estomac (?).
7 frères et sœurs vivants. 2 frères morts. Aucun ne présente d'affection nerveuse.
Réglée à 13 ans.
Alla en classe jusqu’à 12 ans, puis travailla dans une teinturerie. À la fin de la journée, se sentait lasse, mais le travail était dur.
Mariée à 20 ans elle à eu une fausee couche peut-être à la suite d’un gros chagrin.
L'affection actuelle remonte à l’âge de 18 ans, mais auparavant déjà elle avait des crampes d’estomac alors elle se couchait sur une chaise, s’endormait quelques minutes et au réveil elle allait mieux.
Au début elle ne s’endormait qu’une fois par jour.
Actuellement, elle s'endort chaque fois qu’elle s’assied.
Un jour elle allait chez un médecin demander d'opérer sa mère qui avait un abcès de la gorge, elle s’est endormie en pleurant dans la salle d’attente du médecin.
Elle s'endort dans la rue, rentre dans une allée, s'appuie contre un mur et s'endort quelques minutes. Au réveil elle se sent très bien. Elle s’est endormi parfois devant des vitrines.
Au réveil de sa crise elle éprouve souvent une sensation de faim- La nuit elle dort mal, avec des cauchemars et s’endort comme une masse sur son lit.
Quand elle a une émotion joyeuse ou triste les jambes lui manquent, les genoux plient mais il ne lui est arrivé de tomber qu’une seule fois. À ce moment sa voix est étrange mais elle garde toujours une conscience parfaite.
L'examen neurologique n’a rien relevé d’anormal.
Symptomatologie
me
Ce syndrome est plus souvent « observé que remarqué », dit Gerhart. Il est souvent méconnu, car il est rare et le médecin non prévenu refuse de le cataloguer autrement que dans la série des équivalents épileptiques, ou bien il le considère comme une manifestation hystériforme. Il est, en effet, souvent difficile de les séparer cliniquement ; pourtant l’énoncé même des différents éléments du syndrome de l’astasie de Gélineau en montre l'originalité.
1° L'ATTAQUE EST PRESQUE TOUJOURS PROVOQUÉE PAR UN CHOC ÉMOTIF OU PSYCHOSENSORIEL.
L'inhibition statotonique est sous la dépendance. dans la grande majorité des cas, d’une vibration émotive : anxiété, peur, pitié, ennui, colère, amusement ou joie (Wilson). Le rire excessif, le rire de « bon cœur » est la cause occasionnelle la plus fréquemment retrouvée et nos malades 2 et 3 tombent sous cet effet. Le malade de Gélineau, « lorsqu'il riait aux éclats ou qu'il voyait une bonne opération réussir dans son métier, ressentait une faiblesse soudaine dans ses jambes, qui se dérobaient sous Jui. Plus tard, en jouant aux cartes, s’il se voyait un beau jeu en main, il était
ns — tout saisi et ne pouvait remuer le bras... Bientôt la moindre émotion, la vue seule de ses futailles... » déclanchait une crise. « Les scènes gaies et humoristiques lui donnaient des paralysies..… ».
Le deuxième malade de Wilson apprend par un journal qu’il a gagné 5 livres à la suite d’un pari sur un match de football. À cette nouvelle inattendue il présente une attaque de cataplexie.
Aussi, les malades sachant qu'ils ne manquent jamais de tomber quand ils rient, évitent de manifester franchement leur joie et se contentent de sourire, ou
se pincent les lèvres : « Je ne ris que lorsque je ne peux m'en empêcher », disait le malade n° 1 de Wilson.
Hermann rapporte le cas d’un malade qui avait une nature Joyeuse et sereine et présentait des crises chaque fois qu'il riait, surtout quand il riait de tout son cœur. Cet état non seulement lui était pénible pour des motifs sociaux, mais aussi le plaçait dans des situations particulièrement dangereuses. Ainsi ce malade racontait qu'un jour, prenant un bain de mer, une plaisanterie de l’un de ses compagnons le rendit soudain incapable de nager et qu'il faillit se noyer. La crise, chez ce malade, survenait chaque fois au paroxysme de son rire. ae
Cependant, il n'est pas nécessaire, comme on l’a vu, que les modifications affectives soient extériorisées par des pleurs ou par le rire franc, il suffisait, chez le malade n° 3 de Levin, qu'il pense à quelque chose de drôle, sans même sourire, et pour le malade de Pelnar de voir de loin le geste imitant le chatouillement.
SAT, de
Skala rapporte le cas d'un malade qui, plongé dans un bain chaud, ne peut bouger malgré sa peur de se noyer. Même observation chez le malade n° 2 de Levin. de plus ce malade notait l'apparition des crises parüelle au moment de l'orgasme, au cours du coiït et de la masturbation.
Le stimutus émotionnel peut être la colère ; la malade de Kahler, quand elle s’irritait, perdait soudainement toute puissance. De même chez les malades cités par Westphal, Goldflamm, B. Fischer, Adie (cas 2), Weech et E. Miiler. Le malade n° 3 de Wilson dit que s'il était obligé de frapper un de ses enfants, avant même qu il pût le faire, la crise le prendrait immédiatement et 1: irait s’applatir sur le plancher.
Le malade de Stiefler n’a jamais fait d'attaque à la suite d’un rire, mais seulement au cours de la colère. Ce même malade avait des crises quand il s’ennuyait. et le malade de Redlich avait ses accès quand 1il était tranquille #4 au repos. Chez la malade n° 3 de Wilson, les crises survenaient à n'importe quel moment, d’ha- -bitude quand elle était assise tranquillement sur une chaise ou étendue sur un sofa.
Saisie de peur à la vue d’un cheval emballé, la malade n° 3 dé Wilson tombait à terre. Dorsch estime même avoir présenté personnellement une crise typique de cataplexie pendant la guerre à la suite de l’éclatement d’un obus dans son voisinage (à).
Curieux est aussi le cas que rapporte Wilson. Son malade n° 2 a présenté des attaques de perte du tonus à la suite d'un rêve. Un jour, en dormant, 1l rêva à un assassinat. L'émotion provoquée le réveilla immédia-