‹ La cathédrale d'AnagniChapitre 4 sur 51 · ANUS XV. DIPOT118 XVIII | E · texte numérisé non relu

ANUS XV. DIPOT118 XVIII | E

L'inscription tumulaire d'Aurélie- Julie, écrite sans aucune séparation de mots, en lettres majuscules, fermes et nettes, remonte aux plus beaux temps de l'épigraphie romaine. Il est assez curieux d'y rencontrer le mot « sanctissimœ », dont l'église ne s'est servie pour qualifier ceux qu'elle pince sur ses autel? que vers le vi* siècle. 11 existe au cimetière des SS. Pierre et Marcellin une fresque de celte époque où ces mêmes saints sont simplement nommés PETnvs m ARCHi.i.i\vs. Le f sanctus » devient exclusivement chrétien , à peu près en même temps que le € nimbe » cesse d'être profane : mais, si l'on recherche d'où ils viennent, on est forcé d'avouer que l'un et l'autre sont d'origine païenne. U christianisme les a trouvés dans la boue et l'obscurité ; il les en a tirés pour les purifier, et pour en rehausser la gloire de ses enfants les plus dévoués et les plus méritants.

L'autre inscription appartient à la décadence. Mal gravée et de forme trèsirrégulière, elle est en partie inintelligible». La voyelle i' a partout pris la place du v classique et ■ depositus» est tronqué sans raison. « Annos » s'écrit avec l'u , comme au singulier . annum ., ce qui prouverait que notre prononciation française de l'u dans certains cas avec la valeur de l'o nous est commune avec l'usage des ultramontains des premiers siècles. S'il fallait dater cette pierre, je l'assignerais au iv ou v* siècle : on se contentait alors du nom du défunt, de son âge et du jour de sa déposition. Il y a loin de ce laconisme au bavardage

«. A savoir 3,677,041 francs de noire monnaie française, sans tenir compte toutefois de l'augmentation des valeurs depuis le xvir» siècle.

S. t ltclaiionc «VI viag-io falto da N. S. PP Gregorio XVI aile provincio di marjttima e campania nelmaggio 1843, *rrilta dal Principe Massimo, soprainlcndcntc générale délie poste di Sua SantiU ». Roma, 48(3, p 18.

3. On pourrait interpréter ainsi la dernière ligne : « Kalcndas decembris TheLdoro consvlo ».

VOYAGE A ANAGNI. r .

prétentieux de lo plupart des inscriptions du Pere-Lachaise , à Paris, et de Saint-Laurent hors les murs, à Rome.

L'oratoire « del Gonfalone » a, sur le linteau de sa porte sculptée, le millésime mdviii. La voûte de l'abside représente en peinture l'Annonciation; au sommet, le Père Éternel bénit le globe du monde qu'il lient de la main gauche. La tête est environnée d'un nimbe circulaire inscrit dans un second nimbe en forme divine de triangle. 11 est rare de voir pécher par excès de zèle la renaissance si peu respectueuse, d'ailleurs, pour les traditions du moyen âge.

Valmontone avait jadis un lazaret, confié, peu après l'institution de l'ordre l , aux Hospitaliers de Saint-Antoine. Leur église appartient par son style à la seconde moitié du xjji* siècle. Les trois travées de ses voûtes à arêtes sont appuyées sur des formerets ogivaux et séparées par des arcs doublcaux cintrés. Les fresques percent ça et là sous le badigeon, et l'on suit parfaitement la trace des nimbes en relief. Sa façade, élégamment appareillée, est ornée au pignon d'une niche avec colonnettcs et chapiteaux à crochets aux pieds-droits; elle est percée d'une large porte dont l'archivolte cintrée pose de chaque côté sur des consoles marquées du T, qui a tant préoccupé certains hagiographes et qui n'est autre chose que le bîUon ou la béquille auquel saint Antoine attachait sa clochette*. Le tympan est garni d'une fresque du xv* siècle, où le saint est peint à mi-corps. En somme, le style de l'édifice est celui de la transition : on y remarque d'une manière très-sensible l'hésitation , le tâtonnement d'un architecte qui, d'une part, tient a une forme usée qu'on commence à délaisser et, de l'autre, n'ose adopter franchement ce qu'il ne connaît peut-être pas encore assez. De là cette physionomie romane légèrement altérée.

Au couvent des mineurs observantins de saint François, le pas en avant a été fait résolument. Il est vrai, c'est sous te pontificat de Nicolas IV et h l'année 1290. L'église est ogivale, d'un goftt sévère qui n'admet aucun ornement. Deux autels massifs en pierre, recouverts d'une table épaisse taillée en biseau, adhèreut à la construction primitive. Sous le porche est une grande statue de saint Michel , patron de l'église. C'est un des plus intéressants et des plus gracieux spécimens de la sculpture de la fin du xiu* siècle. Jeune et beau , l'archange a ses longs cheveux retenus par une couronne de fleurs. Vêtu d'une tunique sous laquelle se cachent la cote de mailles et l'armure complète des guerriers, il

t. Il no fut approuvé que ioua le pontificat de Bonifaco VIII, qui donna aux religieux, comme ftigno de distinction. In croix de saint Anloine ou T.

2. On a dit que ce T était U . Uni » mystérieux dontfczcch ; el vit marqués ceux qui échappaient au Qéau de Dieu, ou encore la béquille, emblème de la maladie dont on guérissait par l'intercession de saint Antoine.

CATHÉDRALE DANAGM.

foule aux pieds le dragon des enfers et brandit son glaive, dans un mouvement sublime , prêt à trancher la tête orgueilleuse du monstre. Le cloître entoure en carré le préau, au milieu duquel est un puits, suivant l'usage monastique. Ouvert sur chaque face, ce cloître est orné de colonne* courtes et grosse» qui supportent les cintres des arcades. On peignit sur les murs, en 1608, en fiasques aujourd'hui très-délériorées , les principaux traits de la vie de saint François d'Assise. Pieuse et touchante idée qui mettait en relief et rappelait sans cesse aux religieux, dans l'endroit où ils passaient le plus souvent, l'esprit et les vertus du fondateur. Comme je descendais la pente escarpée qui conduit au couvent, je fus arrêté par une jeune enfant, à figure ouverte et intelligente. Elle me prit la main qu'elle baisa et me dit avec simplicité : t Oncle archiprêtre *, donnez-moi un chapelet et je prierai pour vous la Madone. — Je m; le puis, chère enfant, lui répondis-je , je n'en ai pas sur moi. — Oh! si, ajouta -t-elle, vous en avez beaucoup, mais vous ne voulez pas que j'en aie un. — Assurément, je n'en ai pas. — Ce n'est pas vrai, car vous en portez plusieurs au cou et vous pourriez en détacher un pour moi. » — Voici l'impression qu'avaient produites sur cet enfant les perles de mon rabat. Dans tout le pays, où de mémoire d'homme on ne se souvenait pas d'avoir vu un prêtre français, mon rabat était ce qui fixait le plus l'attention, et j'entendais répéter sans cesse autour de moi :«De quelle religion est-il celui-là? Que signifie cette cravate i 1 — C'est un jésuite ou bien un récollct ».

\ trois milles de Valmontone , les tours de Pimpinara et de Segni se regardent avec toute la fierté et l'arrogance des anciens barons. Il y a jusque dans leurs ruines un certain air allier qui sied bien au xiif siècle qui les construisit. Pimpinara est une vraie forteresse, établie sur une « motte », ceinte d< murailles. Au centre, le donjon s'élance sveltc et hardi, et porte avec dignité les restes de sa couronne de mâchicoulis. Sixte V en fit le siège 8 et , après avoir

(. « Zio arciprete », terme respectueux .

i. a Che vuol ilire queste bracciole »i — « Bracciole » se traduit littéralement par « côtelette lit* porc »; rapprochement peu flatteur, au moins dans les termes , pour les partisans de cet msi^ne national.

3. Uue fresque exécutée sous le pontificat de Sixte V, dans la grande s:dle de la bibliothèque vaticane, tait allusion à ce trait et à quelques autres analogies. Un lion, debout sur une montagne, foudroie les loups qui se dispersent, et réunit autour de lui les aj,Twaui et les brebis. — L'emblème est emprunté aux armes du pontife qui se Masonnenl : c d'azur, au lion d'or, tenant dans la patte dexlre une brandie de figuier au naturel; brisé d une bande de gueules, rbargée d'une montagne à Iroi» coteaux d'argent, accompagnée en chef dune étoile de même ». — On lit audessous ce distique :

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