‹ La cathédrale d'AnagniChapitre 5 sur 51 · VOYAGE A ANAGNI · texte numérisé non relu

VOYAGE A ANAGNI

chassé les brigands qui y cherchaient asile , démantela les murs et lézarda les grandes tours dont les fissures menaçantes effraient encore. Malgré ce déshonneur, suite du châtiment, Pimpinarn sera toujours le plus beau type de l'architecture militaire des environs do Rome. La tour de Segni a souffert davantage : réduite à trois côtés, elle montre nu passant ses voûtes affaissées, ses étages interrompus et son ciel ouvert aux vents et a la pluie.

Enfin paraît Anngni, perché comme un nid d'aigle sur la crête d'une montagne et s'épanouissant comme une large fleur au-dessus de la verdure de ses vignes et de ses bois d'oliviers. Au pied de cette montagne, la ■ Tour du Pape • annonce tristement par son front humilié que le temps de sa gloire est passé et que, si la sentinelle avancée a péri, la ville aussi a eu ses épreuves et ses opprobres.

G A tés par l'orage qui nous avait surpris, au sortir de Valmontone, les chemins ne nous permettaient d'avancer que péniblement : les deux bœufs, joints aux quatre chevaux de notre attelage, traînaient d'un pas languissant notre voiture, où, pour comble «le désagrément, nous n'étions même pas à couvert. Ce n'était rien moins qu'un nouvel exercice proposé a notre patience déjà plusieurs fois éprouvée , car nous mimes une grande heure à gravir cette montée et arriver a la porte « Gérés » qui donne entrée, de ce côté, à la ville des Papes. La déesse des moissons a sans doute bien mérité des habitants pour obtenir de leur gratitude une telle récompense ; je n'en recherche pas le pourquoi *. 11 me suffit de remarquer que dans une localité où le paganisme est exclu et très-avantageusement remplacé, s'il n'a plus pour dernier refuge qu'une porte de ville , il est bien prés d'être congédié a jamais.

J'ignore également et je m'occupe peu de savoir à quel propos Virgile , au vu* livre de son Enéide, qualifiait Anagni du titre de « riche» dans ce vers que la ville a depuis adopté pour devise :

I. Je noronnnais, en France, que la ville de Reims dont le vocable de* portos soit encore païen. La porte do Lumière ou Dieu -Lumière, g'ouvre à l'Orient; la porte Cérèi donne sur la campagne qui s'étend jusqu'à Rethel et qui est semée de blés, de « céréales •; pur la |»rte Mars, on entrait sur la voie ruinaino, sur la voio militaire de César, qui conduisait à Laon et Soissons; on parle d'une porte Vénus qui donnait sur les promenades où les belles Rémoises agaçaient les passants; enfin, on croit que la porte Basée avait pu être la porte Dacchus qui s'ouvrait vers les vignobles de la in>mla;no do Reims, et plus loin, vers la vallée d'Ay et tJ'Épernay. le m'étonne que le paganisme ail été aussi injrénieux, aussi • symbolique », et qu'il ait donné ces noms significatifs aux portes de celle grande ville de Reims; je suppose donc que c'est sous I empire' du même symbolisme qu'une des («ries d'Anagni s'appelle aujourd'hui |icrle Cérés. M. Barbier de Montault rendrait soi vire, même à l'archéologie païenne, en nous faisant connaître si les autres perles d' Anngni avaient un nom significatif. [Note de M. Didnn.)

8 CATHÉDRALE D'ANAGNl.

IIEKNICI 8AXA COIA.YT QVOS PASCTT AXAGJU DIVES.

Quant a moi, ce qui fait la richesse d'Anagm* , c'est l'abondance et la beauté doses monuments archéologiques, d'autant plus agréables à étudier que l'on rencontre dans la population accueil bienveillant et sympathie cordiale. Il semble que tous , le chapitre principalement , aient pris à tâche de réaliser, à l'égard du voyageur qui veut s'instruire, cette parole des livres saints: « Mecum

.*>unt divitiop, opes superba 1 ut ditem diligentes me et thesauros eorum

repleam *. » Aussi ce m'oat un devoir bien doux de témoigner ici toute ma reconnaissance a Monseigneur (laletti, prévôt du chapitre, et à MM. les chanoines Adriani, pénitencier, Sloppani, archiviste, Caia, sacristain, Salina, Passa et de Magistris, qui m'ont toujours généreusement aidé de leurs bons services et de leurs lumières.

Anagni , dans son ensemble , a du corps humain l'aspect et la majesté. Heine, elle a pour couronne cette chaîne magnifique des Apennins qui se développe au-dessus d'elle. Au sommet de la montagne, au point le plus élevé, à l'endroit même de la tête, la cathédrale, avec son chapitre qui prie, pense, conseille et agit , est vraiment le siège de l'intelligence et de la vie morale. Plus bas, où bat le cœur, correspond l'évèché. L'évèque n'cst-il pas le bon pasteur? Il ramène les brebis égarées par la mansuétude; et, jusque dans la forme symbolique de sa houlette *, se manifeste la douceur et la suavité de sa mission paternelle. Puis, détendant comme deux longs bras, les six paroisses de la ville attirent et s'efforcent de ne pas laisser échapper les dix mille âmes qu'elles réchauffent et nourrissent. Mais de même que dans l'homme , la tête, partie Miblime, résume a elle seule toute la beauté du corps, de même la cathédrale, concentrant les trésors de la cité, en est la plus haute et la plus noble exprès sion.

L'histoire de la cathédrale est si intimement liée à la vie des saints évêques Magne et Pierre, ses patrons et titulaires, que nous ne pouvons nous dispenser d'en rapporter les principaux traits. Nous les empruntons aux t Actes » » et à la

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