Enlro delta qualc stava racchiuso
M CATHÉDRALE D'ANAGNÎ.
siège. Frappé de sa science et de ses vertu», il demanda à l'abbé In permission de le présenter à Alexandre 11. Le siège d'Anagni était vacant; le pape, en raison de ses rares qualités, le lui conféra spontanément, en 10G3. l'ne des plus grandes sollicitudes du nouvel évèque fut la reconstruction et l'agrandissement de son église cathédrale. Tout d'abord il procéda à la recherche et à la reconnaissance du corps de saint Magne, que l'on savait positivement reposer dans la basilique, mais sans avoir une idée précise du lieu de la déposition. Or il y avait à Anagni une femme nommée Cita, paralysée, quoique jeune, et ressentant dans tous ses membres un tremblement nerveux qu'aucun remède n'avait jamais pu guérir. Francon, son mari, était un pauvre journalier. Confiant dans les mérites de l'évéque Pierre, dont la réputation de sainteté croissait chaque jour a proportion des miracles qu'il opérait, il lui conduisit la malheureuse infirme. Pierre lui promit de l'aider par ses prières, et lui recommanda surtout de s'adresser a saint Magne, dont elle éprouverait infailliblement l'assistance, si, comme on était porté à le croire, son corps était réellement dans la cathédrale. Les deux époux passèrent la nuit en ferventes oraisons, près du tombeau du saint martyr, sans toutefois que Cita fût aucunem 'iit soulagée. Plus tristes, quand fut venu le matin, ils retournèrent vers l'évéque. qui les exhorta à ne point se lasser et a persévérer dans la prière. Fit jour, Cita, étant seule à la maison, couchée sur son lit, tandis que Francon travaillait dans les champs, vit tout a coup sa chambre illuminée, et un vénérable vieillard en habits pontificaux, la crosse a la main, s'avancer vers elle et lui dire : . Je suis l'évéque Magne, près de qui tu as veillé, mon corps est dans la cathédrale; va en informer Pierre. Lève-toi. je le rends la santé ». Le saint la prit par la main, la conduisit jusqu'à la porte de la maison et disparut. Aussitôt Cita de crier : « Au miracle, je suis guérie»! Pierre, malgré le contentement qu'il éprouva de cette révélation, n'était pas encore complètement satisfait. Il appela un estropié, lui demandant en grâce de prier à l'autel de la Sainte-Trinité, on , suivant la tradition, se conservaient les reliques de saint Magne. L'estropié y consentit, et sa guérison presque instantanée prouva d'une manière définitive que les reliques étaient bien à l'endroit indiqué. On creusa, et le résultat répondit à l'attente
Une nuit que Pierre veillait près du tombeau de saint Magne, il vit venir de l'orient deux clercs avec des chandeliers h la main, précédant saint Magne,
4. Le corps clait renfermé dan» un sarcophage donl le* « AcIps •, p. 73, parlent ainsi :
• Sarcofj 0 um «incluin zonîs forrci? grwo cpijjranmialo dcnolatum Corpu* Ma^ni sano
ihttinii, suu altare eodem sarcofago in honore Trinitatis ac ipsius noinino, ab occidento tribunali supcrstructo recondidit vencronle? » .
vêtu d'une chasuble rouge, et que suivait la more de Dieu, entourée d'un nombreux cortège de vierges. Saint Magne, après s'être annoncé, lui dit qu'il était destiné à remplir les fonctions de nonce à Constanlinoplc, et que l'empereur d'Orient lui fournirait toutes les facilités nécessaires pour terminer la cathédrale, que la misère du pays n'avait pas encore permis d'achever. Alexandre II envoya effectivement l'évéqne Pierre en qualité d'« apocrisaire ou légat du saint-siége auprès de l'empereur Michel VII, en 1072. Pierre, toujours préoccupé des promesses de saint Mngne, n'eut rien de plus à cœur que d'intéresser Michel à sa pieuse entreprise, en lui racontant tous les détails de sa vision. L'empereur, tout en ajoutant foi aux paroles du nonce, en fut peu touché, et lui répondit naïvement que c'était la première fois qu'il entendait parler d'Anagni et de saint Magne. La nuit suivante, Michel tomba malade, et sa cour le pleurait presque comme mort, quand la Vierge et suint Magne lui apparurent et lui conseillèrent, pour recouvrer la santé, d'obéir aveuglément aux ordres de l'évêquc Pierre. Pierre, appelé en toute hâte, vint auprès du malade, qui lui conta ce qu'il avait vu et le pria de lui indiquer ce qu'il avait a faire. Celui-ci, invoquant ses saints patrons, lui mit la main sur la tête, et lui rendit la santé. L'empereur, par reconnaissance, combla son bienfaiteur de présents. En 1074, Pierre revint en Italie, rappelé par Grégoire Vil.
I,es ressources apportées d'Orient étaient abondantes, et pourtant l'œuvre tant désirée de la réédihVation de la cathédrale n'avançait que fort lentement. On accusait l'évêquc d'avarice, tandis que charitablement il ne songeait qu'à soulager la misère de ses pauvres. Les murmures sans cesse grossis-ant finirent par lasser la patience du saint; il profita de la croisade qui commençait et, sous prétexte de pèlerinage, partit pour les lieux saints. Jérusalem eut pour lui de tels charmes 5 , qu'il oublia Anagni et qu'il ne songeait nullement a y retourner, quand saint Magne voulut, pur une leçon exemplaire, le rappeler à ses devoirs de pasteur. Jeune homme et vêtu à l'italienne, il l'aborda courtoisement et, le saluant dans la langue de son pays, le conjura d'être assez bon pour éclaircir un doute qui lui troublait la conscience, trop heureux de pouvoir s'adresser, pour une affaire aussi délicate, à un prélat son compatriote. Pierre, enchanté de l'ouverture, pria le jeune homme de s'expliquer, content lui aussi d'éclairer un Italien : • Je suis marié depuis peu d'années, lui dit le jeune
A. ArociusAini, litre que prenait le légat du «tint- siège pris ta cour du Conslanlinople. Cetl«; charge était confiée tantôt aux évéques, tantôt aux cardinaux diacres. Saint Grégoire, dans une do ses lettres (lib. h, ind. 61. ep. 43), se plaint d'avoir clé créé cardinal diacre pour être aussitôt envoyé en qualité d'« apocri.saire ».
S Suivant sa légende, saint Pierre serait resté deux an» en Terre-Sainte.
Italien, à une femme de mon pays; mais la dévotion m'attirent à Jérusalem, je l'ai abandonnée, et, malgré ses larmes et ses chagrins, je suis résolu A rester ici pour y goûter à mon aise les douceurs de la vie chrétienne dans la ville qui en est le berceau. Ma seule difficulté serait celle-ci : dans cet état, puis-je plaire à Dieu, et suis-je en sûreté de conscience »?
« Jeune et infortuné pèlerin, lui répliqua l'évéque avec sévérité, n'avez-vous jamais entendu celte sentence du Sauveur sur le mariage : • Quod ergo De us conjunxit, homo non separet»? — * Vivant loin de votre épouse, non, assurément, votre conscience ne peut être tranquille. Ni votre pèlerinage ni votre séjour prolongé aux lieux saints ne sont agréables à Dieu, puisque vous quittez injustement celle & qui vous êtes indissolublement uni. Faites voile au plus tut \ers l'Italie et, réuni à votre épouse, consolez son affliction par un amour plus tendre et que la mort seule vous en sépare ».
t Oh! reprit saint Magne, qui se fit alors reconnaître, comme tu as admirablement prononcé contre toi cette sentence, Pierre, prélat infortuné, pèlerin que Dieu désapprouve l Comment as-tu laissé veuve et dans le deuil ton épouse, la sainte église d'Ana^ni? Comment ton cœur s'est-il endurci jusqu'à l'oubli? Pourquoi prolonges-tu sur une terre étrangère un séjour funeste et coupable? Injustes sont tes pèlerinages et tes pieuses visites : Dieu ne les agrée pas. Retourne, époux mul conseillé, à ton épouse fidèle ; pasteur errant , à ton troupeau que moi, protecteur d'Anagni, ai dû garder de la fureur des loups. Sache que le temple somptueux que tu élevais à ma mémoire reste, par des soupçons, à demi abandonné. Achève avec zèle ce que tu as commencé, et , quelques contradictions que tu éprouves désormais, songe que lu appartiens a ton église».
Après cette salutaire admonition, Pierre reprit la route de l'Italie, et passant par Constantinoplc, reçut de l'empereur et de son fils qui l'affectionnaient, outre une somme considérable, quantité de marbres précieux destinés a l'ornementation de la basilique. Malgré ces secours nouveaux, les travaux de la cathédrale n'occupaient qu'un petit nombre d'ouvriers, et les murmures contre l'évêque recommençaient en conséquence avec plus de force. Les pauvres absorbaient en partie les sommes que la piété de l'empereur cl des fidèles affectaient à une autre destination. Pierre, oubliant alors et sa charge de pasteur et les avis salutaires de saint Magne, plus découragé que jamais, s'enfuit nuitamment vers Rome, à pied, et précédé d'un domestique *. Le portier de la maison canoniale, André, ne s'était pas aperçu de l'évasion du prélat. Saint Magne vint l'éveiller