LA. CHAPELLE SAINT-PIAT
que ces deux maîtres remplissaient leurs fonctions, la chapelle Saint-Piat fut bâtie au-dessus de la salle capitulaire K Cette chapelle, séparée du reste de l’église, n’eut d’abord, comme la salle du rez-dechaussée, que trois travées, dont la dernière, du côté de l’orient, était flanquée, à gauche et à droite, de deux tours rondes, utilisées par les chanoines de la cathédrale comme prison et dépôt d’archives. Vers i35o, à la suite d’une généreuse donation faite par le cardinal Aimeri de Ghâtelus, on entreprit de relier la chapelle Saint-Piat à la cathédrale au moyen d’un porche et d’un escalier monumental qui furent bénis et consacrés au mois de juillet i358. Cette seconde campagne de travaux fut dirigée par Jean d’ivry, qui, en i352, signa le procès-verbal de visite des reliques de saint Piat.
Jean d’ivry fut le dernier maître de l’œuvre de Notre-Dame de Chartres ; il vendit son office au chapitre de la cathédrale, moyennant mille francs d’or, par acte passé devant Nicolas Guignant, notaire à Chartres, le 25 août i382. Depuis lors, les chanoines surveillèrenteux-mêmes touslestravaux d’architecture, dont l’exécution fut confiée au maître maçon assermenté. Ces maîtres maçons avaient été jusquelà subordonnés aux maîtres de l’œuvre : ils ne devinrent réellement architectes que lorsque la maîtrise ou surintendance de l’œuvre eut été supprimée.
* La salle capitulaire a été remise à neuf, en 1906, sous la direction de M. Selmersheim, architecte de la cathédrale ; on y a établi le caveau funéraire des évêques de Chartres. Il serait très désirable que la chapelle Saint-Piat fut réparée de la même façon dans un avenir prochain.
Deux d’entre eux se sont particulièrement distingués : GeofFroi Sevestre, Fauteur de la chapelle Vendôme, et Jean Texier, dit de Beauce, l’illustre créateur delà grande flèche du clocher-nord.
La chapelle Vendôme et le clocher-nord. — C’est en 1417 que la chapelle Vendôme fut construite par GeofFroi Sevestre entre les deux contreforts de la cinquième travée du bas côté méridional, aux frais de Louis de Bourbon, comte de Vendôme. Cette chapelle a été restaurée en 1872 sous la direction de M. Bœswilwald, architecte diocésain, par M. Bouthemard, de Chartres. Les vitraux, autrefois mutilés, ont été refaits en grande partie ; on y reconnaît encore divers membres de la famille de Bourbon. Extérieurement, cinq statues décorent la façade de la chapelle : au sommet du gâble est l’image du Christ ; à droite et à gauche de la grande fenêtre flamboyante, sont figurés l’archange Gabriel vis-àvis de la Sainte Vierge, et, au-dessous, un seigneur et une dame habillés à la mode du xv® siècle. Il est à présumer que ces deux derniers personnages sont les fondateurs de l’édifice, Louis de Bourbon- Vendôme et sa femme. Blanche de Roucy.
Le 26 juillet i5o6, un incendie, causé par la foudre, détruisit la flèche en bois, couverte de plomb, qui surmontait le clocher-nord. Par marché, en date du 1 1 novembre suivant, l’exécution d’une nouvelle flèche en pierre fut commise aux soins de Jean Texier, dit de Beauce, maçon, demeurant à Vendôme. Ce Jean de Beauce était un artiste émi-
Pliulo JNeuidem.
Pavillon de l’Horloge
construit par Jean de Beauce. en lâao.
8o LA CATHÉDRALE DE CHARTRES
lient, véritable émule des maîtres de l’œuvre du XIII® siècle. La superbe pyramide qu’il a édifiée sur la tour septentrionale, est ornée tout entière de pinacles, de gâbles, d’arcs-boutants festonnés comme une dentelle; elle provoquera toujours l’admiration du public et l’étonnement des connaisseurs. Elle révèle chez son auteur une hardiesse de conception peu commune et une science profonde de l’art de bâtir. Commencée en i5o7, elle fut terminée en i5i3 L
Le tour du chœur. — A peine ce travail gigantesque était-il achevé que les chanoines de la cathédrale chargèrent leur maître maçon de réaliser un autre projet qui depuis longtemps élait à l’étude. Il s’agissait d’établir une clôture en pierre autour du chœur, afin de pouvoir célébrer avec plus de recueillement et de mystère les cérémonies du culte. Dès l’année i5i4, Jean de Beauce se mit à l’œuvre. Il entreprit d’abord de murer les deux arcades qui étaient entre le jubé et le maître-autel. Celui-ci se trouvait alors placé au milieu du chœur ^ et, jusqu’en ï52o, la clôture ne dépassa pas cette limite. Plus tard, lorsque le maître-autel eut été transporté
* C’est également Jean de Beauce qui construisit en iSao, au pied du clocher-nord, le joli pavillon de style Renaissance, contenant les rouages d’une horloge, dont le cadran, peint et orné avec goût, a plus de 6 mètres de circonférence.
* Le maître-autel qui était primitivement situé entre la seconde et la troisième travée du chœur, fut rèculé en iSao jusqu’à l’entrée de l’abside. Les fouilles, que j’ai faites dans le chœur en 1904, ont mis au jour les substructions de ce maître-autel primitif ; son emplacement exact est marqué en A sur le plan de l’église haute.