‹ La cathédrale de ReimsChapitre 3 sur 13 · COUP D'ŒIL SUR LE PLAN · texte numérisé non relu

COUP D'ŒIL SUR LE PLAN

Nous voici arrivés à l'examen de l'édifice. Abordons-le de front. Le recul ne manque point de nos jours pour contempler son imposante façade. Mais, n'oublions pas que cet aspect du monument est une nouveauté. Ce n'est pas ainsi dégagée que nos aïeux ont connu leur cathédrale. D'humbles maisons, tassées contre le colosse, limitaient les ébats des passants, condamnés à se tordre le cou pour apercevoir le faîte des tours du pied du portail qu'elles dominent. L'homme mesurait mieux sa petitesse au contact de cet escarpement prodigieux, dressé au-dessus de sa tête dans un bond fou vers le ciel. Puisque nos contemporains ont voulu jouir d'un coup d'œil plus vaste, puisqu'une place spacieuse s'étend désormais devant le parvis, suivons le photographe et gagnons avec lui le bout

de cette place pour découvrir la merveille dans toute son altitude (PI. 1). Puis, après ce regard jeté de face, il faut en faire le tour. Voici d'abord le côté qui regarde le nord et auquel fut refusée la caresse dorée des chauds rayons solaires : une rue assez étroite accompagne encore par ici le flanc du bâtiment. Force est à l'objectif de s'élever au-dessus des toits (PI. 2). Dans sa course aérienne, il découvrira de même le chevet (PI. 3) ; puis, l'autre flanc éclairé par le soleil de midi (PL 4). Ce dernier côté confine au palais archiépiscopal, dont l'entrée apparaît sur la photographie qui le représente.

Cette tournée rapide nous a remenés devant le portail. Entrons, le plan à la main (1). Notre promenade préliminaire tendait seulement à l'intelligence de ce plan (Fig 3), sur lequel il faut, avant tout, attacher un instant nos yeux. On sait qu'en principe, une église gothique présente la figure d'une croix. Le bras du bas forme la nef ; les bras latéraux le transept ; celui du haut, le chœur. La rencontre du transept et des deux autres éléments a reçu la dénomination de carré de transept (A). Ici, c'est la nef qui

(1) Pour la parfaite intelligence de notre texte, qui peut tomber sous des yeux étrangers aux termes les plus courants de l'architecture, il n'est peut-être pas superflu d'expliquer qu'une église du type de celle que nous étudions se divise en trois parties principales. Le chœur, qui occupe le fond de l'édifice, est le lieu où se déroule le drame liturgique. Considéré de l'extérieur, il est souvent désigné sous les noms d'abside ou de chevet. La nef est la portion antérieure, qui appartient aux fidèles. La nef et le chœur, qui forment un premier vaisseau longitudinal, sont traversés par le transept, second vaisseau transversal, dont la rencontre avec le premier constitue la figure d'une croix. Le point de jonction s'appelle la croisée ou le carré du transept et les parties latérales, auxquelles le monument emprunte son aspect cruciforme, sont désignées sous le nom de bras ou croisillons du transept. La construction se divise en autant de travées qu'elle comprend de piliers se partageant la charge des voûtes. La nef comporte l'adjonction latérale de nefs basses, appelées communément bas-côtés ou collatéraux. Prolongés autour d'un chœur circulaire, ces bas-côtés deviennent un déambulatoire, sur lequel s'ouvrent des chapelles absidales.

Fig. 3. — Plan de la cathédrale.

occupe la place prépondérante. Neuf travées indépendantes, avec bas-côtés, et une dixième, qui s'insinue dans le transept (B). Celuici, entamé également par la première travée du chœur (C), se développe par ses croisillons, composés chacun de deux travées hautes (DD) avec bas-côtés (EE). Quant au chœur, en outre de la travée usurpée sur le transept, il en compte deux autres (F et G), flanquées de bas-côtés doubles (HH et II), légèrement en retrait sur ceux des croisillons. A la dernière s'amorce un rond-point (JJ) entouré d'un déambulatoire (KK), sur lequel ouvrent cinq chapelles absidales rayonnantes. Voilà ce que nous montre le plan.

On y voit encore la figuration des deux tours de la façade, supportées par la première travée des bas-côtés de la nef. Quatre autres tours s'élèvent, en outre, sur les travées d'angle de chaque croisillon du transept. Le coup d'œil cursif donné à l'extérieur nous a fait apercevoir leur silhouette trapue d'édifices inachevés, appuyée aux deux façades latérales. Nous avons aperçu aussi, en franchissant le seuil, les trois portes monumentales qui se partagent le front occidental. Le plan nous en indique une quatrième que nos images, prises de haut, ne nous ont pas encore fait découvrir. Cellelà débouche dans le croisillon nord du transept. Elle est accompagnée, à gauche, d'une voisine murée depuis longtemps et, à droite, d'une autre issue actuellement fermée à la circulation. Inutile de nous arrêter sur diverses portes secondaires sans intérêt pour notre visite. Constatons la présence dans les tours de la façade et du transept, comme aussi dans un mur du chevet, d'escaliers qui nous permettront, le cas échéant, de nous élever jusqu'aux étages supérieurs de la construction. Ces escaliers sont au nombre de sept.

Leur emplacement reconnu, le plan n'a plus grand'chose à nous apprendre. C'est de nouveau aux images qu'il faut recourir.

Toutefois, ne quittons pas la figure géométrale sans mentionner les principales dimensions qu'elle accuse. La longueur du vaisseau, mesures prises extérieurement, est de 149 m. 17. C'est la plus longue église de France. Sa largeur, à la croisée du transept, est de 49 m. 45. Celle de la nef, de 34 m. 07, ou de 41 m. 57 en ajoutant les contreforts. Anticipons sur l'examen de l'édifice dans son élévation en notant la hauteur de ses voûtes ainsi que de ses tours. Les voûtes s'élèvent à 37 m. 95. Celles de Beauvais atteignent 48 mètres ; celles d'Amiens 44. Quant aux tours, elles accusent 81 m. 50. C'est 18 m. 50 de plus que n'ont celles de Notre-Dame de Paris.

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