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RESTAURATIONS

Les restaurations après l'incendie de 1481 —

Le mardi 24 ji^iill^t 1481 , une épouvantable catastrophe faillit anéantir en quelques heures l'œuvre de deux siècles et demi de labeurs et d'efforts persévérants. Dans la matinée de ce jour, entre onze heures et midi, on s'aperçut tout à coup que le feu avait pris au clocher surles combles de l'église. Des ouvriers, occupés à réparer la toiture en plomb de ce clocher, avaient eu l'imprudence de laisser sans surveillance un fourneau qu'ils avaient allumé en cet endroit. L'incendie s'était déclaré dans la char-

Sa LA CATHEDRALE DE REIMS

pente et avait bientôt embrasé la couverture entière de l'édifice Le métal en ébullition était, nous dit un ancien auteur, sur les voûtes, « comme une mer ondoyante », ruisselait le long des murs, et se répandait jusque dans les rues voisines. Vers neuf heures du soir, le feu qui semblait s'être un peu apaisé reprit avec une intensité nouvelle. Les flammes ne s'arrêtèrent que lorsqu'elles atteignirent les voijtes et n'eurent plus rien à consumer. La toiture, le clocher central, les pavillons qui surmontaient les tours du transept, étaient réduits en cendres ; les galeries en pierre à la naissance des combles, les pignons des façades des croisillons étaient totalement calcinés; onze cloches avaient été fondues.

La consternation fut grande à Reims, mais le chapitre ne perdit pas courage. Le mercredi 25 juillet, le lendemain même du sinistre, il se réunit pour aviser aux moyens de réparer les dommages si importants que la cathédrale venait de subir. Le lundi d'après, on discutait déjà dans une assemblée capitulaire les projets des travaux à exécuter et les termes des marchés à conclure avec les ouvriers qui devaient se charger des restaurations. Le samedi 4 août, les chanoines étaient déjà prêts à rentrer au chœur de l'église, pour y reprendre les offices interrompus.

L'entrepriseà laquelle ilsallaientconsacrerdésormais tous leurs efforts ne pouvait s'accomplir sans exiger des dépenses considérables. Heureusement ils rencontrèrent partout le plus bienveillant concours. Princes et bourgeois, prélats, prêtres etreli-

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^^•ieux, firent assaut de libéralités, et montrèrent un généreux empressement à seconder le (chapitre. Ou eut recours aussi dans les diocèses voisins, et jusque dans la Flandre, à des quêtes très fructueuses que les évoques sufFragants encouragèrent de leur mieux.

Grâce à ces subsides, le chapitre put commencer sans retard la reconstruction des parties de la cathédrale qui avaient été détruites, et continuer ce travail pendant plusieurs années. Le 12 mars i484, il passe un traité avec un charpentier de Cambrai, Colard le Moine, qui [)ropose de faire « toutes les charpenteries de la nef, du beffroi du clocher, des croisées et des clocheteaux ». Il ne put remplir sans doute lui-même qu'une partie de ses engagements, et fit seulement la toiture d'une portion de la tief et celle du chœur. On lui doit aussi le clocher qui couronne l'abside, avec sa flèche élancée, sa claire-voie en bois, et les curieuses cariatides qui lui servent de supports.

En 1492, les réparations étaient déjà fort avancées. On a conservé un procès-verbal d'experts de divers métiers, maçons, charpentiers, couvreurs, forgerons, qui, le 8 août de cette année, ont vérifié et attesté l'état des travaux. Ils constatent que toute la nef jusqu'à la croisée, ainsi que le chevet et le clocher qui le surmonte à son extrémité, sont à présent réédifiés « en plus grande magnificence que n'avoient esté auparavant sans comparaison ». Il ne reste plus à construire que le grand clocher entre le chevet et la nef, avec le comble du tran-

■^e pt qui avait auparavant un petit clocher au bout de chacun de ses croisillons

C'est seulement au début du siècle suivant que la restauration du transept put être achevée. Le i5 mai de l'année i5oo, un chanoine, Jean Bourgoing, offrit très généreusement à ses conlVères une somme de 600 livres pour la réfection du pignon qui regarde le palais de l'archevêché. L'exécution de ce fronton, oîi l'on devait sculpter 1 Assomption de la Sainte Vierge , fut confiée à tiois maîtres maçons rémois, Thierry Noblet, Henri Broy et Guichart Antoine. Ce dernier était un architecte assez renommé de son temps, qui fut a[)pelé un peu plus tard, de i5i5 à i524, à travailler aux cliapelles absidales et au rond-point de l'église de Notre-Dame de l'Epine, près de Châlons.

On décida aussi que Ton replacerait tout au sommet du pignon la figure d'un sagittaire, telle qu'elle existait depuis une époque ancienne, prout ab antiquo positus erat. Cette statue d'un centaure décochant une flèche fut faite vers i5o3 par un tailleur d'images de Reims, nommé Jean Bourcanius ; elle était en bois, recouvert de plomb doré et rehaussé de peintures. Elle subsistait encore il y a quelques années, mais elle était fort décrépite, et lors de la restauration de la façade méridionale, oi> fut obligé de la renouveler et de la rempl?.cer par une copie fidèle.

En i5o6, malgré les progrès de la reconstruction, il restait beaucoup à faire. Les chanoines,

l'hoto .\l,uim-S;iljun.

Façade méridionale du transept

comme en 1492, ordonnèrent une expertise f'I firent appel aux connaissances pratiques de Thierry Noblet, de Guichard Antoine, et d'autres maîtres des principaux corps d'états. Ceux-ci consacrèrent huit jours à visiter la cathédrale, afin de donner leur avis sur les travaux à effectuer. Ils déclarent d'abord qu'il faut refaire à neuf les « claires voies », c'est-à-dire les galeries ajourées qui régnent le long des combles de la nef, et qui ont été calcinées par l'incendie.

Outre les réparations urgentes, ils se préoccupent aussi des travaux destinés à l'achèvement de l'édifice, et de la reprise des projets dont l'incendie a interrompu l'exécution. Les tours du grand portail sont restées jusqu'alors dépourvues de toute couverture ; il convient « de les admortir selon que elles ont été conduittes et édifïîées ». L'achèvement des quatre tours commencées au bout des croisées du transept serait non moins souhaitable. Elles étaient encore imparfaites, lorsqu'eut lieu la catastrophe de 1 481, et s'élevaient seulement à la hauteur « des haultes larresses de la dicte église », c'est-à-dire de la crête des murailles de l'édifice, à la naissance de la toiture. Pour les compléter, suivant les intentions de ceux qui en ont conçu les plans, il en coûterait des sommes considérables, et les experts ne dissimulent pas que ces travaux entraîneraient à des dépenses énormes que l'on n'avait ofuère les moyens d'affronter.

Les maîtres charpentiers, ap[)elés à participer à la visite de i5o6, ont également des vues très hardies.

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Ils proposent d'édifier sur quatre arches de pierre.

à la croisée de l église, un clocher muni de deux

i,'aleries de bois et flanqué d'arcs-boutants et do jiinacles avec des feuillages et des épis dorés, le tout surmonté d'une flèche qui devait s'élever a 240 pieds de hauteur. Cette idée sourit au chapitre ; il ouvrit une sorte de concours ; il s'adressa à des ouvriers d'Orléans, de Blois, de Beauvais et d'autres lieux, et leur demanda des dessins qui furent soumis à son appréciation. Mais l'argent fit probablement défaut, et celte tentative ne fut point suivie d'efl'et. On dut se borner à construire, en i5i2, sur les quatre arches de pierre « une cuve et plateforme », pour servir de base au clocher. Au lieu de ce clocher qui devait être si somptueux, on s'est contenté d'une modeste toiture, couronnée beaucoup plus tard par un carillon, établi en cet endroit en 1772. On renonça également aux flèches des tours du portail, et pour ne pas laisser cellesci découvertes et exposées aux intempéries, on y fit des toitures basses, destinées à remplir un rôle plus utile que décoratif. La tour septentrionale lut ainsi coiffée en l'année i5i5.

Ce fut la fin des travaux, et l'on ne songea plus à les poursuivre. Toutes les principales restaurations étaient désormais achevées ; il avait fallu plus de trente ans pour réparer les dommages causés dans la funeste journée du 24 juillet 1481. On fut contraint de se reposer après un tel eff'ort, et la cathédrale resta privée, à jamais peut-être, du merveilleux couronnement que l'on avait rêvé pour elle.

Restaurations modernes. — Depuis la fin du

rîRSTAUBATIONS MOUKRNKS 5ç)

XV* siècle. la cathédrale de Heims n'a pas en à subir d'autres ravages que ceux du temps. Elle ressent déjà les atteintes de la vieillesse et de la décrépitude ; ses ornements si fouillés et ses délicates sculptures se dégradent sous l'influence de la gelée el de l'infiltration des eaux ; il faut une lutte incessante contre ces agents de destruction, pour la maintenir en bon élal et la préserver de la ruine. Le grand portail surtout a élé dans le cours des derniers siècles sujet à bien des altérations et a fait l'objet de restaurations importantes. Dans les années iGi i et 1612, on déi)ense plus de 4 J^'u livres tournois pour les réparations des voussures des portes. De 1734 à 1742, on entreprend un nouveau remaniement du « frontispice de Notre- Dame », depuis la galerie des Rois et le groupe des statues colossales de David et de Goliath, jusqu'aux gables des porches et aux soubassements. Un devis de ces travaux est présenté le 10 janvier 1787 par Pierre de Vigny, architecte des bâtiments du roi. Leur exécution a laissé des traces encore trop visibles. C'est aux sculpteurs du temps de Louis XIII et de Louis XV que nous devons les mauvaises figures, gauchement imitées de l'art gothique, que l'on remarque en plusieurs endroits sur les voussures et les frontons du portail.

Le XVIII* siècle a été fatal à nos églises. Notre- Dame de Reims n'a pas échappé au mauvais goût de cette époque et aux ravages causés par de prétendus embellissements. On a détruit des objets précieux dont on méconnaissait la valeur; on a

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démoli le jubé et des anciens autels; on a sujjprimé une partie des beaux vitraux du moyen âge aux([ueis on reprochait de donner trop d'obscurité à l'intérieur de l'édifice. Un chanoine riche et bienfaisant, Jean Godinot, fit un déplorable usage de sa fortune, en transformant à ses frais, de 1739 à 1748, la décoration du chœur et du sanctuaire. Il faut s'estimer heureux encore que Tarchitecture du monument soit restée intacte, et n'ait pas eu à souffrir de ce zèle malencontreux.

La Révolution allait bientôt mettre notre cathédrale en grand péril. Désaffectée pendant les plus mauvais jours de la Terreur, elle devint une salle de club et un magasin de fourrages, et fut exposée ainsi à de rudes épreuves. Les jacobins rémois ont montré d'ailleurs une modération relative, et n'ont point voué à l'extermination, comme en d'autres villes, les statues et les ornements des portails. On voit bien sur les montants des portes de la façade occidentale de petites figures d'anges qui paraissent avoir été mutilées à dessein. Un procès-verbal, dressé en 1793, constate aussi que des dégradations assez importantes ont été faites aux statues du portail septentrional par des malveillants restés inconnus. Mais, en somme, la cathédrale a pu traverser cette crise sans éprouver trop de dommages.

Elle se trouvait néanmoins en mauvais état par suite du défaut d'entretien durant plusieurs années, et elle avait grand besoin d'être réparée, à l'avènement du régime impérial. On fil à l'extérieur, de

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