III. Ils ont osé écrire ceci : (c ce fut un plan dia
^ Sauf le poste des pompiers, rue Trudaine, qui est au delà de la place du Parvis, aucune maison ne brûlait à cette heure-là dans le voisinage de la Cathédrale. L'Archevêché, le couvent de l’Adoration, la maison Prieur, n’ont brûlé que plus tard, après la Cathédrale et incendiés par elle.
Ce n’est pas l’échafaudage qui a mis le feu à la charpente (Cf. page 47). Le témoin Prullage (p. 27) laisse entendre que les étincelles du poste de pompiers ont mis le feu à la paille et que l’incendie s’est propagé des nefs à l’extérieur : il est absolument certain que l’échafaudage était en flammes avant la paille.
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(c holique de lâcheté et de bassesse que de mettre (( les blessés allemands dans la Cathédrale^ afin (( de pouvoir abriter un poste d^ observation sous le (( pavillon de la Croix-Rouge^ jusque-là pieuse- « ment respecté par toutes les nations » (p. lo).
L’âme allemande se révèle tout entière, effrontée, dans cette phrase stupéfiante, dont peut-être ils n’ont pas senti l’indécence. Car, outre qu’ils ne peuvent pas ignorer, que cette idée de rassembler leurs blessés dans la Cathédrale vient d’eux, que la paille y a été apportée pour cela, sur leur injonction formelle, par réquisition et que, s’ils n’y ont pas installé eux-mêmes leurs blessés, c’est que la déroute du 12 septembre ne leur en a pas laissé le temps, c’est un défi à la conscience publique, ou une aberration du sens moral que de se compter, après ce qu’ils ont fait, au nombre des nations « qui pieusement respectent le pavillon de la Croix-Rouge ».
J’affirme une fois de plus que jamais, à aucun moment, la Cathédrale- Ambulance n’a servi de couverture à un poste d’observation.
Cette accusation est plus qu’un mensonge : c’est un outrage, une infamie !
Cet entassement de mensonges, ces plaidoyers cauteleux finissent par alourdir cette discussion ; mais il nous faut la suivre jusqu’au bout et dire
un mot encore d’un autre ouvrage volumineux, de près de 5oo pages, écrit avec plus de passion que de critique : La Culture allemande^ le Catholicisme et la guerre^ ^ qui a été répandu à profusion dans les pays neutres.
Le chapitre ix, sous ce titre, La Guerre^ V Art et les Sanctuaires^ discute la question des villes saccagées, particulièrement Reims et Louvain.
L’auteur, un théologien, le J. Sauer, y reprend toute l’affaire de la Cathédrale. C’est une réédition du fameux Rapport ministériel. Il en reproduit toutes les faussetés, il en adopte toutes les conclusions, mais il y mêle des commentaires et des raisonnements dont je veux seulement souligner les plus osés.
Il se perd d’abord en considérations sans fin, il accumule des textes pour établir que les édifices religieux, en temps de guerre, n’ont droit à la protection, selon le paragraphe 27 du Règlement de La Haye, « qu’à la condition de n’être point employés à des buts militaires » et il nous accuse (( d’avoir escompté froidement leur sentimentalité romantique à l’égard des Arts » en abritant dans nos églises, et, dans le cas présent, à la Cathédrale, postes d’observations, projecteurs et mi-
1 La Culture allemande, le Catholicisme et la guerre. Réponse à l’ouvrage français « La guerre allemande et le Catholicisme », publié, en collaboration, par Georg. Pfeilschifter, 3o novembre igiS.
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trailleuses. ce Ils espéraient sans doute, dit-il, que « nous chargerions nos canons avec des boulets (( en laine et nos fusils avec des balles en coton » (p. i85).
Ces longues dissertations sont inutiles. Personne ne discute le principe. Nous ne contestons pas le principe, mais le fait. Et, quoi qu’ils en disent, en dépit de leurs dénégations, ils ont bombardé et incendié la Cathédrale alors « qu’elle n’était pas employée à des buts militaires ».
Tout est là. Il n’y a pas d’autre question.
L’histoire du bombardement s’écrit ainsi : (( Déjà, lors du bombardement général de la ville, le i8 septembre, le projectile égaré d’un obusier de i5 centimètres avait atteint la toiture de la Cathédrale et causé des dégâts à quelques frontons » (p. 217).
(( Dans la matinée du 19, les alentours immé- « diats de la basilique, oii de grands rassemble- « ments de troupes avaient été constatés^ furent (X bombardés par notre artillerie. Le tir par (( shrapnells contre le poste d’observation de la (( tour nord n’ayant pas donné de résultats suffixe sants, un mortier y lança, à midi, un projectile (( qui atteignit la tour de droite. C'est le seul cas (( où la Cathédrale elle-même a été prise pour (c objectif y) (p. 218).
(( Dans l’après-midi, l’échafaudage commença à c( brûler, par l’incendie des maisons voisines, sup- « pose notre commandement en chef ; par l’écla- « tement direct d’un obus incendiaire, prétend la (( narration française. En admettant cette dernière cr hypothèse, le projectile en question était des- (( tiné à un autre but^ puisqu’il est constaté que, (( ce jour-là, aucun coup, autre que le coup de (( mortier, ne fut tiré contre la cathédrale. »
Enfin, ce après le premier bombardement (celui (( du 19), le 22 ou le 28 septembre (p. 218), (( un obus destiné à une batterie établie en arrière c( de la Cathédrale, atteignit, non intentionnelle- (( ment^ la toiture brûlée de celle-ci, sans quil y « eut faute de pointage. Le ministère de la Guerre (( conteste avec énergie, tout autre bombarde- (( ment direct et volontaire de la Cathédrale. Si (( d’autres projectiles atteignirent encore l’édifice, (( ce fut un pur effet du hasard » (p. 220).
Et, c’est tout. Il n’est plus question du bombardement.
Donc, tout compte fait, pour ceux qui lisent ce gros livre de 490 pages, publié fin novembre ipiS, et destiné à rectifier l’histoire chez les neutres, la Cathédrale a reçu tout au plus quatre obus ; le 18 septembre, un obus égaré ; le 19, le vrai, l’officiel, l’unique qui lui fut envoyé délibérément avec affectation spéciale ; un troisième peut-être, dans
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la soirée, très hypothétique, qui visait en tout cas un autre but; et enfin, le 22 ou le 23, un quatrième qui se serait encore trompé de chemin.
Que si, depuis, d’autres avaient pris la même voie, cc le ministère de la Guerre en donne sa parole, c’est pur effet du hasard ».
Or, le vendredi 18 — après les 3 de la veille, — ce n’est pas i, mais i3 qui ont frappé la Cathédrale; le lendemain, alors que les alentours immédiats étaient absolument déserts^ sans le moindre rassemblement de troupes^ nous en notons 25 au moins; et le 24, il y en eut 3. Quant à ceux qui suivirent, « par un pur effet du hasard », ils sont exactement, à la fin de novembre iqiS, au nombre de 48.
Et pourtant, ils nous l’ont assez répété : « le c( tir de leurs batteries est merveilleusement pré- « cis ».
Il faut qu’ils sentent bien vivement le besoin de plaider les circonstances atténuantes, pour descendre à d’aussi misérables excuses I
Le professeur Sauer adopte la thèse de l’incendie par les maisons voisines, avec une sage réserve, toutefois : cc l’échafaudage commença à (( brûler, enflammé par l’incendie des maisons voice sines, suppose notre commandement en chef. »
Mais, s’il n’apporte aucun élément nouveau dans
la discussion des faits, il établit du moins, avec une sereine ingénuité, avec un aplomb sans pareil, les responsabilités.
Je cite, sans commentaires.
Après avoir parlé des « irréparables dommages » causés par le feu, il déclare que la faute doit être exclusivement imputée à V incroyable négligence des autorités responsables de la ville de Reims,
« 11 aurait été pourtant bien facile, du 12 au (( 18 septembre, de protéger, au moyen de sacs de (( sable, les portails et la façade... Aucune mesure (( n’avait été prise en vue d’un incendie, pas (( même les mesures les plus primitives. Quand (( l’incendie éclata, aucune pompe ne fut mise en « action. Le poste de pompiers voisin avait été « détruit par un obus, intentionnellement, bien (( entendu au dire de la version française... Quant « aux autres postes de pompiers, ils ne se sont pas (( donné, paraît-il, beaucoup de mal ; ou bien dans « cette ville de 120.000 habitants, n’y avait-il que (( ce seul poste ? En tout cas, une pareille insou- « ciance est absolument inexcusable... » (p. 219).
Ils ne sentent donc pas que leur étonnement se retourne contre eux et que la faute qu’ils nous reprochent est de ne les avoir pas pris pour ce qu’ils sont, d’avoir cru qu’à défaut de la Foi, l’Art et l’Histoire suffiraient à protéger Notre- Dame de Reims et de n’avoir pas su parer le coup.
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Enfin, il faut enregistrer une note récente (5 juin 1918) du Grand Quartier général allemand au Cardinal Gasparri, dénonçant au Saint-Siège, sous la signature de Vori Hindenburg^ des faits d’utilisation de la Cathédrale pour des fins de guerre, de juin 1917 à mars 1918.
Tantôt c’est un poste d’observation, tantôt ce sont des signaux lumineux ; d’autres fois des ombres qui vont et viennent, delle ombre che si muooevano sulla torre posta a sud^ ; mais, le plus souvent, c’est une installation de T. S. F.
Ceci est nouveau ; ils n’avaient pas formulé encore cette accusation.
Ils ont donc constaté, sur la tour sud^ — jusqu’alors c’est à la tour nord qu’ils s’en prenaient — « des tiges, delle stanghe^ qui faisaient songer (( à des antennes, che facevano sospettare un'antenna » ou bien, « un grand appareil qui pouvait être un instrument pour la T. S. F. forse attrezi per radio télégraphia ». En novembre, ils ont repéré « des antennes sur la tour sud, la presenza^ delVanterina délia torre », puis encore en décembre; le 7, le II, et le 17, ils ont vu... « le fil
^ Je ne possède que la traduction italienne du document,
2 Depuis avril 1917, je l’ai constaté de mes propres yeux, et le colonel Feyler en a fait la remarque dans le procès-verbal de son enquête, le 3 avril 1918, l’escalier supérieur, dans l’une et l’autre tour, est démoli de telle façon, dans de telles proportions, qu’on peut dire que le sommet est inaccessible.
de fer ! filo di ferro^^ qui rattachait d’une tour à l’autre, deux tiges qui avaient l’apparence d^antennes, alV apparenza antenne » ; le 9, le i3, et le 18, leurs observateurs ont surpris de la radiographie, dans Fair, ce fu scoperta la radiographia^ qui, à leur sens, che a loro giudizio^ ne pouvait venir que de la Cathédrale, non poteva che venire da una torre délia Cathédrale ».
Les témoins « son pronti a giurare la loro deposizione ». Mais que peuvent-ils jurer, sinon qu’à leur senSj cela ne pouvait venir que de la Cathédrale ?
Et il y en a ainsi deux grandes pages, avec les dates, avec les heures.
Vraiment, s’ils n’avaient pas tant menti, si l’on ne savait que chez eux, en ces matières, la moralité des actes se réfère, comme tout le reste, au Deutschland über ailes ^ que tout ce qui sert l’Allemagne est bien et que cela seul est immoral qui serait de nature à lui nuire, on serait troublé par de telles précisions et on leur accorderait au moins une certaine bonne foi.
Mais, qu’il y ait ou non, au fond de leur conscience, de la bonne foi, il est avéré que sur les
^ Les services de T. S. F. militaire emploient un fil d’antenne de I millimètre et demi et il est invraisemblable qu’une lunette puisse le percevoir à 6 ou 7 kilomètres. La photographie aérienne ne le décèle même pas à 5oo mètres.
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tours de Notre-Dame, il n’y avait rien ; que la réalité ne répond point à leurs dires et que tout ce qu’ils affirment est objectivement faux.
Le 8 septembre 1918, le général commandant la V® armée, à qui le Cardinal avait communiqué une note analogue du Grand Quartier allemand, datée du 9 juillet, où l’accusation était de nouveau formulée, basée sur cette hypothèse, que certains tirs de nos batteries n’avaient pu être réglés que de la Cathédrale, répondait :
(( Votre Eminence sait comme moi qii aucun « poste d' ohsermtion^ soit permanent soit tempo- « raire^ n existe sur la Cathédrale de Reims,
« Remploi de Variation et des ballons pour le (( réglage et V observation du tir de V artillerie <L rend bien inutile V organisation d'un observatoire « sur la Cathédrale,, pas plus d'ailleurs que sur (( r église Saint-Remi qui a subi le même sort^ et (( la preuve de certitude invoquée par la note alle- (( mande na aucune valeur au point de vue mili- (.(. taire. C'est tout simplement une raison donnée (( pour essayer de justifier un acte injustifiable ».
Berthelot.
Au lendemain de la catastrophe, leurs arguties et (( leurs mensonges » pouvaient impressionner
l’opinion, surtout à l’étranger : aujourd’hui, ils ne trouvent plus d’oreilles pour les entendre.
Ce que vaut leur parole et le cas qu’ils en font, le discours du Chancelier, le 4 août, au Reichstag, nous le révèle en deux mots : « Nécessité n'a pas de loi )). — « On se tire d'affaire comme on peut ».
Tant qu’ils ont escompté la victoire, ils n’ont guère songé à excuser leurs méfaits : « La gloire lavera tout^ » disaient-ils. Depuis que le vent a tourné et que l’horizon s’assombrit, ils se voient dans la nécessité d’alléger, à tout prix, leur responsabilité et ils se tirent d’affaire, « comme ils peuvent ». Ils contestent, ils nient, ils expliquent, ils accusent : tout leur est bon pour donner le change.
Mais ils ont trop menti, « leurs mensonges » ne portent plus.
L’heure vient, si elle n’a déjà sonné, où l’on se refusera à toute discussion avec eux : ils sont à jamais disqualifiés!