‹ La cathédrale de StrasbourgChapitre 23 sur 58 · I. Frère de l'aulcur des Notices... ci-dessus · texte numérisé non relu

I. Frère de l'aulcur des Notices... ci-dessus

descendaient, pour couvrir les bras de la croix, d'immenses guirlandes de feuilles de chêne, en tôle également'. — C'est ainsi que le dévouement des Strasbourgcois à leur cathédrale retarda, puis limita les effets de la fureur où s'égaraient quelques révolutionnaires généralement venus du dehors; pour ceux-ci la cathédrale n'était qu'une église, — pour ceux-là, elle était quelque chose de leur vie et de leur cœur.

D'autres fêtes aussi que la fête de la Raison, souvent calquées sur elle, furent célébrées dans la cathédrale, jusqu'à ce qu'y revînt définitivement la paix de l'Église catholique. Fête des défenseurs invalides de la patrie ou installation solennelle de la nouvelle Commission révolutionnaire, fête en l'honneur de l'Être Suprême, fêtes décadaires, anniversaire de a la juste punition du dernier roi des Français » ou cérémonie funèbre en l'honneur des plénipotentiaires français assassinés à Rastatt, fête de la Souveraineté du peuple, fête de la Reconnaissance, — ce fut toujours la même fureur philosophique, le même lyrisme pompeux, la même musique de Pleyel, et des «accessoires » sans doute de plus en plus nombreux, puisqu'on dut créer, au temple de l'Être Suprême, un « magasin de tous les objets de représentation pour orner les fêtes publiques )).

Enfin, après avoir, à travers les vicissitudes religieuses des dernières années du siècle, servi parfois simultanément aux catholiques apostoliques romains, aux prêtres constitutionnels, aux associations religieuses de laïques, au culte décadaire,

I. Quelques semaines après la motion de Téterel, les Administrateurs du Bas-Rhin écrivaient à Ilentz et Goujon, représentants en mission (7 thermidor an II, a5 juillet I79'4) : « .. Ordonnez donc, citoyens reprcsenUints, que tous les clochers et tours soient abattus, excepté cependant ceux qui, le long du Rhin, seront reconnus être utiles aux observations militaires, et celui du temple dédié à l'Être Suprême, à Strasbourg, qui présente un monument ftossi hardi que précieux et unique do l'ancionno architectuve... »

sans que jamais la municipalité, quoique en majorité protestante, songeât à la reprendre pour ses coreligionnaires, — la cathédrale fut rendue, définitivement et exclusivement, au culte catholique, le 4 octobre 1801 *.

Au cours du xix^ siècle, — outre la réparation des dommages causés par les révolutionnaires et à laquelle s'employèrent énergiquement les trois sculpteurs Malade, Vallastre (1765-1833) et Grass (1801-1876), — quelques additions et suppressions ont été faites à l'édifice. Une statue équestre de Louis XIV a été placée, sous la Restauration (182 3), dans la niche vide du quatrième contrefort de la façade^. On a établi le paratonnerre, en i835^. Le parvis a été abaissé d'environ un mètre, ce qui « a allongé démesurément les jambages des trois portes » ^ et ne permet plus de voir que « sous un angle aigu » les belles statues du portail ^. A la même époque, on

I. Par suite d'une application erronée du décret du i3 frimaire an II concernant les Fabriques, les biens et les revenus de l'Œuvre Notre-Dame furent mis à la disposition de la nation (4 thermidor an III). L'ancien état de choses fut rétabli par le décret du 3 frimaire an XII.

3. Au premier étage; les trois niches des autres contreforts étant occupées, comme on sait, par les statues de Clovis, Dagobert et Rodolphe de Habsbourg.

3. Dès 1780, Barbier de Tinant, commissaire des guerres, avait, dans un mémoire à l'Académie des sciences, proposé l'établissement d'un paratonnerre sur la flèche de la cathédrale ; et Franklin, rapporteur lui-même du projet avait conclu favorablement.

U- Rapport de Viollet-le-Duc {Inspection générale des Monuments Diocésains, i853).

5. Rapport de Prosper Mérimée à la Commission des Monuments historiques (séance du 2I1 mai i844)- Nous avons consulté ces deux rapports inédits, ainsi que la lettre de Mérimée dont il est question plus loin, au Sous-Secrétariat d'État des Beaux-Arts. Que MM. Paul Léon, chef de la division d'architecture, et J. Berrde Turique, chef du bureau dos Monuments historiquea dont l'aimable obligeance nous a facilité l'accès de ces documents, veuillei bien recevoir ici nos remerciements sincères.

L'ANCIEN ET LE NOUVEAU TESTAMENT (Portail méridional)

a supprimé les petites boutiques sur le côté nord, en laissant seulement subsister, et après de vives polémiques*, les arcades qui leur servaient de façade (1848); mais on ne vida point le côté sud, où l'atelier des tailleurs de pierre continue de s'abriter derrière l'ingénieuse construction de Gœtz. Le télégraphe à bras de la coupole a été enlevé (i852).

Mais d'autres travaux, ou d'autres circonstances, ont affecté plus généralement la cathédrale, pendant les cent dernières années, que ces modifications de détail"^.

D'abord, le badigeonnage de i836^, badigeonnage de l'inté-

I . On perçoit sans doute un écho de ces discussions dans les appréciations fort divergentes de Mérimée et de Viollet-le-Duc {Rapports ci-dessus). La destruction de ces arcades, dit Mérimée, « serait regrettable sans aucun doute. Il est à remarquer que cette construction exécutée au xvui* siècle, imite assez bien le style de la cathédrale, et que l'efTet général en est satisfaisant. Enfin qu'elle empêche d'approcher du pied des contreforts et d'y apporter des immondices. La suppression des boutiques, et l'ouverture des arcades donnerait de l'air aux murs de l'église, et la clôture les protégerait de toute insulte. Cette disposition consacrée par un siècle d'existence paraît devoir être respectée «. Viollet-le-Duc, au contraire : « Dans le siècle dernier on a élevé des deux côtés de la nef des boutiques avec devanture en pierre ayant la prétention de rappeler le style de la cathédrale ; du côté nord les boutiques ont été vidées et il ne reste que la devanture que l'on considère probablement comme une œuvre d'art remarquable. Cette devanture n'est qu'une clôture percée de fenêtres à meneaux fort laides et sans aucune utilité ; quoique ce mur ne soit qu'une claire-voie, il entretient cependant de ce côté l'humidité à la face de l'édifice. Du côté sud, les boutiques servent de magasins et de chantiers, on a l'intention de les vider comme celles du nord et de restaurer ces fenêtres sans but; le mieux serait de dégager franchement l'édifice d'une ridicule décoration qui le déshonore, d'autant plus que les anciens bas-côtés sont fort beaux » .

3. On ne parle pas ici des travaux concernant les vitraux, l'horloge, etc., dont il sera question plus loin (voir p. i53 etsuiv.).

3. Ce n'était pas le premier : il y en avait eu au moins deux auparavant ; mais ce fut le dernier. Le précédent — blanchissage à la chaux, 17G9 — avait déjà provoqué les regrets de Grandidier (ouv. cité, p. 26o) : la nef, disait-il, « a perdu par là cette teinte vénérable et cette obscurité imposante, qui augmente dans les temples le respect religieux ».

rieur de la nef, puis des murs et des piliers du transept, le tout en « couleur de nankin )) *, entrepris malgré de violentes discussions où faillirent se rallumer « les vieilles querelles de religion», dit Prosper Mérimée, inspecteur général des Monuments historiques, dans une lettre au Ministre^ : « car les badigeonneurs étaient soutenus par les protestants et les antibadigeonneurs, catholiques pour la plupart, se plaignaient que la direction des travaux d'une église catholique fût confiée à un protestant ». En même temps, on rétablissait l'ancienne peinture — bleu, rouge et or — aux nervures des chapelles latérales, et « le pitoyable badigeon qui couvre tout le reste » en ressortit encore davantage : ainsi, ajoute Mérimée, « ces jeunes gens qui laissant croître leur barbe et leurs cheveux, d'ailleurs portant des fracs et des pantalons, se croient un costume du moyen âge. » Il fallut cette intervention énergique pour provoquer l'ordre de ne pas pousser plus loin « ce barbouillage ».

Vint, en revanche, quelques années plus tard, une période de restauration raisonnée. En 1842, la Société française d'archéologie, tenant à Strasbourg son 10*' Congrès, s'occupa de la question du chœur, pour essayer de lui rendre enfin son caractère primitif trop longtemps défiguré par des transformations successives. Les principales conclusions de la commission furent : qu'il fallait le débarrasser de la décoration dont l'avaient orné les dernières années du xvii® siècle et que le xviii^ avait perfectionnée à sa manière ; le restaurer en se conformant au type romano-byzantin de transition ; et, entre autres mesures complémentaires, couvrir d'une fresque à fond

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