Congrès scientifique, t. I, p
2. Lettre du 3 mai i843 à M. E. Grille de Beuzelin {Archives des Monuments historiques).
3. Les architectes titulaires do la cathédrale au xn* siècle ont été : Antoine Klotz (i79'4-i8ii), — Spindier (i823-i835), —Gustave Klotz (i838-i88o), — Aug. Hartel(i889-go), — Fr. Schraitz (1890- 189/,),— Louis Arntz (1897- 1902). L'architecte actuel est l'éminent M. J. Knauth. M. Knauth a bien voulu nous donner les plus grandes facilites pour poursuivre utilement notre élude 6ur place ; qu'il nous permette do lui réitérer ici nos remerciements pour l'amabilité de son accueil.
ceau de décombres qui servaient de fondations et parmi lesquels se retrouvèrent des fragments du jubé. Pourtant, ce n'est pas par cet escalier central enfin dégagé qu'on rétablit la communication ordinaire avec la crypte, mais par deux nouveaux escaliers latéraux qu'on disposa à la place même où descendaient autrefois ceux qui avaient été purement et simplement détruits en 1782. En conséquence, les deux escaliers construits en 1782 dans les croisillons, au pied des grosses colonnes latérales du chœur, furent supprimés; détruits, de même, les murs à hauteur du premier étage qui, depuis la même époque, séparaient à cet endroit le chœur des croisillons ; détruites aussi les deux tribunes, contemporaines également, de l'avant-chœur.
Et ce fut, en 1870, le bombardement. Des 198000 projectiles allemands qui tombèrent, jour et nuit, sur la ville, entre le i4 août et le 27 septembre, la cathédrale, qu'une artillerie exacte ne ménageait point, reçut vaillamment sa part. C'est dans la nuit du 18 au ig août qu'elle fut touchée pour la première fois. Dans la nuit du 26 au 26, les projectiles mirent le feu aux toitures de la nef et du chœur; c'étaient, charpente et cuivre, celles qui avaient été construites à la suite de l'incendie de 1759. Le feu s'étendit sur 60 mètres de longueur, i5 mètres de largeur, dévorant 600 stères de bois, 12 000 kilogrammes de cuivre, mais il n'entama pas les voûtes. L'incendie éteint, les obus continuèrent à pleuvoir, pendant un mois encore. Clochetons et balustrades, escaliers et gargouilles, couronnements de niches, statues, piliers, il y eut des dégâts partout, dans toutes les parties de l'édifice, à toutes les hauteurs, sur tous les côtés, particulièrement au nord, à l'angle nord-ouest, qui se trouvait sous le coup des batteries fixes établies près de Schiltighcim. Heureusement, les arcs-boutants
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et les contreforts restèrent indemnes : sans ce hasard, c'en était t'ait de la cathédrale. La flèche elle-même fut endommagée : elle reçut en tout treize projectiles, dont un, lancé le i5 septembre un peu après midi, l'atteignit tout en haut, à la partie supérieure du dais en forme de pyramide qui couvre les huit colonnes de la couronne et qui supporte la croix; l'endroit frappé était à 4 mètres au-dessous du point extrême de la flèche, et la déviation de la verticale au sommet, qui s'ensuivit, fut de o'°,6o environ; la chute de la croix n'a été empêchée que par les crampons de fer qu'avaient nécessités des réparations antérieures, et par les conducteurs du paratonnerre. C'est le jour même de la capitulation, le 27 septembre, que la cathédrale reçut son dernier projectile : il pénétra, à une heure et demie de l'après-midi, dans l'intérieur de l'église par la septième fenêtre du côté nord de la nef (la fenêtre à demi aveuglée entre les orgues et la tour). Quelques heures plus tard, le drapeau blanc était hissé sur une des quatre tourelles, celle du nord-est.
La plupart des travaux qui suivirent la reddition de la place curent pour objet la réparation des dégâts causés par le bombardement : redressement de l'extrémité de la flèche, qu'il iallut opérer immédiatement pour empêcher la chute menaanle de la croix; réparations de la pierre de taille, reconstruction de toitures, réparations au mobilier. D'autres travaux, retardés par les événements, comme l'achèvement de la série des statues aux contreforts des tours sur le type des trois anciennes statues équestres du premier étage, furent menés à bien en même temps. Enfin, le nouveau couronnement de la coupole du chœur, quoiqu'on en eût parlé près de vingt ans avant la guerre, fut une conséquence directe du désastre. Le couronnement ancien — que ce fût la mitre détruite en 1 769
OU la toiture à pyramide tronquée avec terrasse qui portait le télégraphe optique — n'avait jamais été en harmonie avec la galerie romane du xu^-xiii* siècle qui lui servait de base; d'autre part, il était depuis longtemps écrasé, contrairement sans doute aux conceptions premières, par le voisinage d'une nef trop haute par rapport à lui. Aussi la question d'un couronnement nouveau fut-elle posée dès l'enlèvement du télégraphe en i852 ; mais, au milieu d'opinions trop diverses, elle avait été laissée en suspens. L'incendie du 25-26 août 1870 imposa la nécessité d'une solution; et, en 1878, on dressa le couronnement actuel, continuation de la galerie romane ancienne, laquelle conserva sa place primitive, mais fut surélevée par un étage de hautes baies, puis par un étage d'arcatures aveugles, enfin surmontée d'une toiture pyramidale; en même temps, le mur de l'abside était exhaussé par un pignon flanqué de deux hautes tourelles. Ainsi on obtint le double résultat d'une plus grande harmonie dans le style de la tour du chœur et d'un moindre écrasement dans l'aspect extérieur du chœur et de l'abside par rapport au transept et à la nef.
D'autres travaux encore, d'ordres très divers, ont été exécutés pendant cette dernière période de l'histoire de la cathédrale : ainsi, en 1877-79, ^^^ peintures de l'abside d'après le programme de 1842 (par Steinlé, de Francfort) et celle du Jugement dernier au-dessus du grand arc d'entrée du chœur (par Steinheil, de Paris) * ; ainsi, en 1903-1904, la construction d'un vestibule dans l'angle du collatéral nord et du mur ouest
I. Voir p. 7g. Un premier traite relatif à ces travaux avait été conclu en i855 avec le peintre Flandrin et rarchitocle Denuelle; quand on passa à la réalisation vingt ans après, Flandrin était mort ; Denuelle conserva la direction de la partie décorative.
NOTICE HISTORIQUE. 7r
de la chapelle Saint-Laurent (en style gothique de la fin du w" siècle, par M. Knauth, architecte de la cathédrale); ainsi, les travaux actuellement (1910) en cours pour la consolidation des fondations du gros pilier, entre le narthex et la nef, qui soutient la tour nord, et du dernier pilier de la nef. du même côté, qui supporte également une partie du poids de la tour.
La Cathédrale a vécu toute la vie de la cité. Au centre de Strasbourg et de l'Alsace, « comme un écho sonore », elle a répercuté toutes les vicissitudes d'une histoire mouvementée. Elle a grandi avec les évoques, puis avec la bourgeoisie; la Réforme y a passé, ennemie des images, « servante de Dieu seul * » ; et la majesté de Louis XIV, irrespectueuse du gothique ; et les enthousiasmes et les colères de la Révolution ; et, plus près de nous, les obus, qui l'ont enlevée à la France. Elle demeure, elle continue de vivre, dominant tous ces villages de la plaine dont les noms chantent mélancoliquement au souvenir de ceux qui sont partis, et faisant trembler d'une émotion un peu fébrile, dès qu'ils la devinent dans le lointain, le regard de ceux qui reviennent.
I Voir p. 89.