‹ La cathédrale de StrasbourgChapitre 28 sur 58 · Voir Deuio, ouv. cité, p. iGo · texte numérisé non relu

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Le chœur. — Le mur qui forme le fond de l'abside, plat dans sa partie extérieure, demi-circulaire à l'intérieur, est de construction ancienne (fin du xii*' et commencement du XIII* siècle), mais l'ornementation ne date que de la restauration faite par l'architecte Klotz en i848-5o d'après le programme du Congrès de 1842. Au milieu, une arcature en forme d'arc brisé très ouvert, encadrant trois tores épais et un arc festonné, abrite le siège de l'évêque. De chaque côté, deux autres arcatures : la première à droite et la première à gauche surmontent deux larges niches à fond plat percées chacune d'une petite porte étroite; les deux dernières sont, comme celle du milieu, accompagnées d'épais boudins en retrait contournant une ouverture festonnée.

En retrait sur la galerie qui joint les sommets des arcs, le pourtour est percé de trois grandes fenêtres en tiers point, et surmonté, sans autre intermédiaire qu'une moulure, par la voûte qui vient buter au-dessus du grand arc est du carré du transept.

Les peintures qui ornent l'abside et l'entrée du chœur sont, on l'a vu, l'œuvre récente de Steinlé, de Francfort, et Steinheil, de Paris. Tandis que Steinheil donnait, poursa'part, ce Jugement dernier, immense autant qu'étriqué, qui occupe toute la surface murale qu'on aperçoit dominant le vaisseau central de l'église, entre le grand arc ouest du chœur et la haute voûte de la nef, Steinlé s'acquittait de la décoration de l'abside, où il imitait des mosaïques byzantines, Ravenne et Venise. En haut, sur un fond d'or, Marie couronnée par Jésus, et les neuf chœurs des anges; plus bas, au milieu, la croix entourée des Apôtres vêtus de blanc ; entre la voûte supérieure et les arcatures de l'étage inférieur, de cliaque côté de la grande fenêtre du fond, sur deux rangs, des Pères, des Saints (sainte Odile, saint

8o LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG.

Arbogast),ctDagobcrt II; enfin, en bas, dans les tympans des deux niches, Abel et Melchisédech, et le sacrifice d'Abraham.

La cathédrale n'est pas dégagée de ce côté. Le lycée et le séminaire y sont immédiatement attenants et en masquent tout l'orient. Le mur extérieur plat de l'abside, prolongé, comme on le verra tout à l'heure, par celui des chapelles Saint- André et Saint-Jean-Baptiste, sert d'appui à la galerie couverte du séminaire construite au xviii'' siècle pour rappeler l'ancien cloître. A la base de ce mur, et au milieu, vient s'ouvrir au ras du sol la fenêtre du fond de la crypte ; — au sommet, la construction ancienne est surmontée du pignon en retrait flanqué de deux poivrières qui fut destiné à rehausser le mur de l'abside en même temps qu'on couronnait la coupole du chœur de sa haute pyramide octogonale.

Le sol du carré du transept, de quatre marches plus bas que celui de l'abside, s'élève de treize marches au-dessus de celui de la nef. Une coupole couvre le carré du transept, coupole romane sur pendentifs, de plan octogone, percée de huit petites fenêtres, et sans peintures : le programme général de 1842, d'où sont nées les fresques de l'abside et du tympan, ne lui a pas encore été appliqué. Cette coupole porte sur quatre faisceaux de colonnes engagées, à chapiteaux romans, et dont les bases, comportant de larges griffes, reposent sur d'énormes piles : celles de l'avant du chœur — auxquelles se transmet, non seulement, pour une part, le poids de la coupole, mais encore, aux angles opposés, la retombée des arcs d'entrée du transept et des premiers formerets de la nef — offrent une masse imposante, de plan carré, dont les côtés ont plus do quatre mètres. Tandis que les deux grands arcs brisés qui limitent la croisée à l'est et à l'ouest, passent d'un seul tenant d'un pilier à l'autre, les deux arcs latéraux se subdivisent ne

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DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 8i

deux autres, moins largement tendus, qui se réunissent sur le chapiteau octogone de fortes colonnes rondes annelées de dix-neuf mètres de hauteur sur plus de deux mètres de -diamètre; comme ces colonnes semblent se rapporter — on le verra plus loin — à la division du transept en deux nefs, on a cru souvent qu'elles avaient été introduites à leur place postérieurement à la construction de la coupole,

La coupole du chœur est couronnée à l'extérieur par la construction octogonale de 1878 qui a pour base l'ancienne galerie romane du xii'-xiii^ siècle; au-dessus de celle-ci, un étage de hautes baies ouvertes à tous les vents, puis un petit étage d'arcades aveugles que surmonte enfin la pyramide de la toiture.

Le transept. — Il n'est pas probable que le commencement de la construction du transept soit antérieur au milieu du XII* siècle; les travaux se prolongèrent jusqu'au milieu du xiii". Le transept marque le passage du style ancien au style nouveau; on y trouve des témoins du roman qui s'achève et du gothique qui commence : un portail roman, aveuglé, dont nous reparlerons en détail, et des arcatures gothiques; aux nervures des voûtes, des profils de diverses époques, prismatiques dans le bras sud, déjà en boudins amincis •qu'arrête un léger méplat, dans le bras nord; deux roses, au haut de chacun des murs de clôture du sud et du nord, mais, au nord, étrésillonnées en arcatures rayonnantes, au sud, formées par deux séries circulaires de petits cercles autour

j d'un œil central; des colonnes de l'une et l'autre époques,

I sans parler des morceaux inachevés où se devine l'hésitation

I des maîtres entre les deux styles.

I Du reste, malgré la différence des temps et des styles entre

lesquels s'est répartie la construction du transept, l'unité de plan n'en est pas absente. Des arcs aveugles en plein cintre d'égale hauteur divisent en deux parties chacun des bras du mur est; deux de ces arcs, les plus proches du chœur, de chaque côté, surmontent les entrées des chapelles contiguës au transept, vers l'est (chapelle Saint-André et chapelle Saint- Jean-Baptiste); les deux autres contournent, l'un, l'horloge astronomique (depuis la fin du xvi' siècle), l'autre, le vieux portail roman. Chacun des bras du transept est voûté de quatre croisées d'ogives autour d'un appui commun : un pilier rond à chapiteau octogone roman, dans le bras nord du transept; dans le bras sud, un pilier flanqué de quatre colonnes engagées, entre lesquelles s'élèvent trois étages de statues, et qui est connu sous le nom de Pilier des Anges.

La ligne droite formée par ces deux piliers et par les deux colonnes qui divisent les grands arcs latéraux du chœur, partage ainsi le transept en deux nefs sur toute sa longueur. Piliers et colonnes ont d'ailleurs été considérés les uns et les autres comme une marque du changement qui s'opéra au cours du travail, entre le projet et l'exécution, entre le dernier quart du xii" siècle et le deuxième quart du xiii'. En effet, la lourdeur des colonnes abandonnées qui figurent encore au mur ouest de chacun des deux bras du transept, surtout les contreforts extérieurs qui s'avancent en saillie hors des deux portails et que ne justifient pas suffisamment les voûtes actuelles, sont autant de souvenirs probables, à défaut de renseignements historiques, d'un ancien projet qui aurait consisté à jeter une voûte unique sur chaque bras du transept. La construction en quatre croisées d'ogives qui suc-^ céda en fait au projet délaissé, provoqua la nécessité d'un ||| soutien central : d'où, certainement, le Pilier des Anges et son

correspondant sans sculptures du bras nord ; d'où également, aux yeux de quelques-uns, les deux fortes colonnes annelées du chœur : car, d'une part, elles sont plus hautes que les piliers de soutien des quatre angles, — d'autre part, la croisée, dans ce système de construction, communique généralement par une arche unique avec les ailes, et il est peu probable que le projet primitif ait été en contradiction avec cette règle : deux raisons qui confirmeraient l'introduction ultérieure des deux colonnes sous les arcs latéraux du chœur, comme conséquence de la division du transept en deux nefs, mais qui pourtant demeurent trop exclusivement théoriques pour être convaincantes ; il ne semble pas que l'examen de la structure même de cette partie de l'édifice leur laisse une suffisante autorité, et les plus récents historiens de la cathédrale se sont prononcés contre cette opinion.

Le Portail roman. — Du début de la construction du transept le témoin le plus curieux se trouve dans le bras nord : c'est ce Portail roman du mur de l'est, qui encadre maintenant un admirable baptistère du xv' siècle. Fermé au fond — à une époque ultérieure — par une baie aveugle en tiers point qui se divise, au-dessous d'une rose à quatre lobes, en deux baies secondaires, le portail est lui-même de construction essentiellement romane. Surmonté d'un fronton triangulaire, il est constitué par une suite de boudins en plein cintre en retrait les uns sur les autres, qui portent sur les chapiteaux de colonnes engagées, dont les bases n'ont pas encore de griffes. La ligne des chapiteaux de droite présente un dessin continu : à la suite d'une sirène allaitant son petit, des oiseaux s'entrelacent par leurs cous et leurs queues. De même les chapiteaux de gauche ont leurs dessins liés : des

rubans garnis de pointes de diamants se nouent les uns aux autres; des figures tournées vers le sol reçoivent les extrémités des rubans, au premier et au dernier chapiteau.

Quelle était la destination de ce a portail »? On a fait maintes hypothèses sur ce point; aucune n'a jusqu'ici triomphé absolument. Ancien portail du bras nord du transept qu'on aurait transporté à sa place actuelle? Mais, en examinant de près sa structure, on a constaté qu'il faisait corps avec le massif du mur. Ancien portail d'une chapelle qui aurait été contiguë à la grande église? Mais il n'en reste pas de traces historiques ou architecturales péremptoires. Porte d'entrée vers le Bruderhof, l'enclos des chanoines qui s'allongeait du nord au sud sur tout l'orient de la cathédrale? Peut-être : il semble en tout cas certain que ce portail a toujours occupé la place où il est maintenant et qu'il a toujours fait partie de l'architecture intérieure; rien ne s'oppose donc, en ce qui le concerne, à l'usage que lui attribue cette dernière hypothèse; mais, comme il n'est pas probable que le Bruderhof ait toujours, lui, occupé son emplacement actuel, qu'il n'y fut établi peut-être qu'à une époque postérieure à la construction du portail, qu'enfin les vraies communications entre le transept et le Bruderhof sont constituées par les deux chapelles Saint-André et Saint-Jean-Baptiste, la raison d'être du portail roman comme porte d'entrée du cloître, apparaît moins évidente. D'ailleurs, la richesse même de sou ornementation ne serait-elle pas singulière, pour un portail intérieur? Il y en a bien un autre exemple, mais postérieur, lointain, et qui ne prouve rien pour Strasbourg : c'est, à la cathédrale de Burgos, la porte qui conduit du transept méridional au oloître (deuxième moitié du xiii' siècle). 11 reste plus probable qu'en réalité le portail roman du tran-

>ept de Strasbourg ne servit jamais de porte. On a remarqué, lans le mur correspondant de l'autre bras du transept, derrière l'horloge actuelle, des traces d'un arc roman analogue^ i propos duquel il existe même un témoignage historique : ['allusion d'un chroniqueur à une niche qui se trouvait à cet îndroit et qui abritait un tombeau du Christ. Il n'y a aucune raison pour qu'au croisillon nord le portail roman n'ait pas îgalement abrité un autel, ou même peut-être un baptistère, ;omme aujourd'hui : le mur est de la cathédrale de Spire, X)ntemporain de celui qui nous occupe, offre le même îxemple de deux niches avec deux autels^ — Discussion un 3eu longue, mais qu'on ne peut se dispenser d'exposer, parce ju'elle est toujours ouverte, — et que le portail qui en est 'objet mérite de retenir l'attention.

Le Pilier des Anges. — La construction la plus intéressante du bras sud, est, au contraire, une œuvre gothique : :'est ce Pilier des Anges où vient s'appuyer le centre des coûtes de cette partie du transept. Il remonte au deuxième juart du xiii" siècle, entre 1280 et 1260. C'est un pilier garni ie quatre colonnes engagées, dont les bases circulaires en surplomb sont soutenues par de fines consoles de feuillages, între ces colonnes, — au-dessus de quatre socles où sont igurés les attributs traditionnels des Évangélistcs, l'ange, le ion, le bœuf et l'aigle, — quatre autres' colonnes s'élèvent, nterrompues par trois étages de statues. D'abord, ce sont les livangélistes eux-mêmes, en longs vêtements à multiples plis, es phylactères à la main ; au-dessus d'eux, quatre anges sonlant de la trompette; puis, au sommet, le Christ, et trois

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