I. Voir Dehio, ouu. cité. p. iG4-i
anges portant les instruments de la Passion : l'ensemble figure un Jugement dernier en raccourci. Ces statues offrent plus d'un caractère commun avec l'Eglise et la Synagogue du portail sud, avec d'autres manifestations encore de la sculpture française contemporaine : on a remarqué, comme dans les statues de l'Église et de la Synagogue, la grâce des plis, les corps apparaissant sous la finesse ondoyante du vêtement, on a rappelé, à leur propos, les draperies des statues des portails de Chartres et les visages des Apôtres du tympan de la Vierge à Notre-Dame-de-Paris. Elles restent d'ailleurs artistement subordonnées à leur destination architecturale : les statues des quatre Evangélistes sont comme engagées dans le Pilier ; les anges du deuxième rang, dont le visage tranquille souligne encore l'inutilité de leur geste, tiennent leurs trompettes basses, et leurs ailes d'ornementation pure s'appuient modestement aux colonnes voisines; chez ceux du haut, la partie inférieure du corps est à peine traitée, parce qu'elle disparaît pour l'œil dans l'harmonie du mouvement général. Le gros pilier de l'avant du chœur, à l'entrée du bras sud du transept, porte plusieurs épitaphes : Jean de Pfettisheim (i368), Rodolphe de Lûttishofen (i4ii), et, plus intéressantes, deux de celles qui furent faites pourGeiler de Kaysersberg. La mort de Geiler au commencement du xvi* siècle provoqua en effet une véritable floraison d'épitaphes dont il était le héros : les littérateurs du temps, Beatus Rhenanus, Wimpheling, Jean Botzhcim, Sébastien Brandt, célébrèrent à l'envi, sur le mode classique, les vertus du grand prédicateur, qu'ils comparaient à Périclès, à Socrate, à Numal Pompilius, et pourtant, sur sa pierre tombale, au pied de laâ chaire, on se contenta, dit-on, de graver la simple inscription chrétienne : « Anno Domini ...Reqaiescat anima ejus in pace!))
Mais des projets plus pompeux tout n'a pas disparu, et ce gros pilier de l'entrée du transept garde fidèlement, d'une part, les deux premiers distiques de l'épitaphe composée par Sébastien Brandt, sur la prière des religieux de Saint-Jean avec lesquels Geilcr avait été très lié pendant sa vie et qu'ils firent placer à la cathédrale à leurs frais* ; d'autre part, l'épitaphe qu'ils avaient apposée en souvenir de lui dans leur propre église 'et qui fut, après la destruction de celle-ci en i633, transportée à la cathédrale -.
Dans le même bras sud, devant le mur ouest, en face du Pilier des Anges, la statue (moderne, par Friederich) de l'évêque Wernher contemplant à ses pieds ce qui fut sa cathédrale et dont il ne reste plus grand'chose : « Son regard, dit spirituellement le chanoine Dacheux, semble chercher des formes qu'il ne retrouve plus, et peu s'en faut qu'on ne croie l'entendre murmurer tristement : Etiam periere ruinas!)) — Au mur opposé, à l'est du Pilier, l'horloge^.
La chapelle Saint-André. — Dans le même mur, entre l'horloge et le chœur, s'ouvre la chapelle Saint-André. Ce mur est, à lui seul, une superposition d'architectures de plusieurs siècles. Au-dessous du grand arc aveugle dont le cintre apparaît dans le mur — un des quatre grands arcs que nous
I Les lettres initiales des vers alternativement en rouge et en bleu ;
« Quem merito défies, urbs Argenlina, Joannes
Geiler, Monte quidem Caesaris e genilas, Sede suh hac recubal quam rexit praeco lonantis
Sex prope lustra docens verba salulifera. »
En noir sur fond d'or :
« Johanni Geiler Keyserspergio . . . »