LES TRAVAUX D'ERWIN ET L'ACHÈVEMENT DE LA TOUR
Deux causes activèrent l'achèvement de V œuvre grandiose : une institution, et un homme.
L'institution, c'est l'Œaure 7Voire-Z)ame-. Les modifications qui se firent dans l'administration financière de la cathédrale, les unes un peu avant, les autres un peu après cette année 1275, avaient contribué à hâter les travaux et contribuèrent plus encore à les rendre réguliers dans l'avenir. Les luttes
1. D***, L'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg, dans : Revue Catholique (C Alsace, t. IV-V-VI, 1862-63-64. — F. Bluhstein et Ad. Setboth, Urkunden des Stifs genannt Unser-Lieben-Frauen-Werk (Carlulaire de l'Œuvre de Notre-Dame de Strasbourg, Strasbourg, Imprimerie alsacienne, 1900, in-8°. — Gérard (Ch.), Les Artistes de l'Alsace pendant le Moyen Age, Colmar, Barth, — Paris, Sandoz et Fischbacher, — 1878, 2 voL in-S". — Teutsch(A.), La tombe d'Erwin, dans : Revue d Alsace, i836. — Schneegans (L.), L'Epitaphe d'Erwin de Steinbach, dans : Revue d'Alsace, 1862 ; — Les Architectes de Strasbourg , dans : Annales Ar chêologiques de DmRON, t. VIII, i848. — Chardin (F.), Observations sur une médaille commémorative frappée d Strasbourg en 1565 dans : Revue d'Alsace, 1862 . — MuNTz (Eug.), Les architectes alsaciens à Milan au XV° siècle, dans : Revue alsacienne, 1888. — Laugel (A.), L'Art alsacien, ses origines et les conditions de son développement, Mulhouse, Bader, 1906, broch. in-8°.
2. «... La fondation do l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg a pour origine la réunion de dons, de legs, de cotisations du clergé, de libéralités des princes, de quêtes et d'aumônes, provoqués et recueillis en vue ou à l'occasion de la construction, comme aussi de la restauration ou de l'entretien de la cathédrale ; le tout fait en l'honneur et sous l'invocation de la Sainte- Vierge. patronne de la Cathédrale et do la ville... Cette Église est ainsi le Monument, Opas, Werk, l'Œuvre de la piété des fidèles, voué à la Vierge; d'où le titre : Unser-F''owen-Werk, Œuvre Notre-Dame ; par suite aussi la fondation qui a pour cause unique et pour objet spécial la construction, la restauration et ,|entretien de ce monument, s'appelle Fondation de l'Œuvre Notre-Dame. » (D***, art. cité, t. IV. , i802, p. 3y 1-392.)
LA GALERIE DES APOTRES (Fragment du projet original')
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i perpétuelles dont Strasbourg était le théâtre et l'objet, les (hostilités souvent sanglantes entre l'évêque et la bourgeoisie, |la pénurie d'argent qui en était la conséquence, avaient plus id'une fois, jusqu'alors, entravé le labeur des maîtres et des iouvriers. Après la mort de leur évêque Gautier de Géroldseck, que les Strasbourgeois avaient battu à la journée célèbre de Hausbergen, une transaction fut arrêtée entre la ville et le Grand-Chapitre, qui reconnut la justesse des droits de Strasbourg contre ceux que l'évêque avait réclamés; en outre, pour qu'à l'avenir aucun évêque ne perçût plus les revenus des dons faits pour l'entretien de l'église, « dont les évêques jouissaient sans profit pour la bâtisse, qui tombait en ruines », 1^- chanoines se réservèrent désormais cette gestion, la confiant elui d'entre eux qui, dans le Grand-Chœur, possédait la nrc'bende de Saint-Florent : il devra administrer la fondation io manière à en augmenter le mieux qu'il pourrait l'utilité propre ))* (i 263-1 264). De la même époque date le Livre des ^V' nfaiieurs (conservé aux Archives de la Ville), où furent ulièrement inscrites les donations des fidèles destinées à mer le fonds de construction et d'entretien de la cathédrale, lations variées, témoignages de la foi des humbles comme
- riches, — vignobles et châteaux, chevaux de bataille sommes d'argent, bijoux de nobles dames, tabliers de sannes, armures de soldats. De cette époque aussi, l'acqui-
lon d'une maison où seraient centralisés les services de cette lion financière ^.
Vdministralion et domicile, l'Œuvre Notre-Dame était ne constituée, — fabrique uniquement destinée à subvenir
I ' /.,'/ eidem prxsit et prosil, ipsius ulilltatem, prout melius fueril, promo- '0 ». (D"*, art. cite, iSHa, p. iiSo-^Si).
- En 127/4. La Maison-ISotre-Dume (Frauenhaus) , w quo inhabitare soient
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aux frais concernant l'édifice, indépendante de la fabriqu qui supporterait les frais du culte, et bientôt complètemen indépendante aussi du clergé même. On s'aperçut vite, ei effet, que la gestion des chanoines, établie par l'accord d 1263, n'était pas une garantie suffisante contre le renouvel lement des erreurs passées : ils avaient sans doute été j mauvaise école, puisqu'en 1290, quand il fut question di refaire la toiture de la cathédrale, on constata que les « jeune chanoines » , suivant l'expression de Grandidier, avaient dila pidé le fonds. S'agit-il là, en vérité, de dilapidations réelles ou simplement d'incapacité administrative? Depuis plus d( trente ans, les membres nobles du chapitre avaient renoncé ; la vie commune, s'étaient séparés des roturiers, ne leu laissant que neuf canonicats sur trente-six ; ils avaient formi le Grand-Chapitre^ tandis que les roturiers, exclus peu à pei de la liste des capitulaires, se constituaient en une corporatioi à part, le Grand-Chœur. Peut-être ces trente années avaientelles accru la rivalité entre les uns et les autres, ouvert le yeux des « anciens )) chanoines, les chanoines du Grand- Chœur, sur la légèreté des « jeunes » , ceux du Grand-Chapitre nobles qui n'avaient pas l'habitude et le soin des compte financiers ? Ces anciens, ces roturiers, connaissaient-ils, pa; contre, les qualités d'ordre et de régularité de la bour geoisie? Sentaient-ils même, déjà, confusément que la cathédrale de Strasbourg ne devait pas être et ne serait pas uniquement le signe de l'Église, mais l'âme de la Cité? Ils prièren donc l'autorité municipale, le « Magistrat », — qui certes n( demandait pas mieux, — de se charger de l'administralior de la fabrique et d'en nommer les receveurs. Avec discrétion
fabricae procuratores ». L'acquisition de cette maison indépendante de réglis* est encore un indice de l'indôpondance de l'Œuvre. Voir p. 186.
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— car, malgré ce transfert de gestion, il s'agissait toujours ; de biens d'origine ecclésiastique et destinés à un édifice relii gieux — la ville prit l'habitude de nommer un prêtre-receveur et de lui adjoindre, comme greffier, un chapelain; en
1 outre, il fut convenu que les chanoines seraient présents à la reddition annuelle des comptes. Mais, peu à peu, l'élément ecclésiastique devait disparaître, et l'administration de l'Œuvre Notre-Dame s'est maintenue municipale, à travers tous les changements de régime politique et religieux*.
L'institution à peine créée, un homme se trouva, qui s'en servit aussitôt brillamment : l'illustre Erwin de Steinbach, l'architecte de la façade occidentale, dont la renommée s'est étendue sur l'œuvre tout entière, qu'on a maintes fois appelée la Cathédrale d'Erwin. Son nom se rencontre pour la première fois dans un document allemand de 1284 - « Meister Erwin Werkmeister )) , «Maître Erwin, maître d'œuvre» ; puis, plus tard, « magister Erwin », sur la balustrade de la chapelle de Marie qu'il construisit en i3i6 et dont un fragment est conservé à la Maison de l'Œuvre ; enfin, a magister Erwin guhernatorfabricœ ecclesiœ », sur sa pierre tombale. Aucune de ces mentions ne l'appelle de Steinbach : l'inscription où se trouvait cette dénomination, « magister Enuinus de Steinbach^ », quoique se rapportant à un fait de 1277, était certainement de
1. Voir toutefois les réserves que fait A. Hanauer, clans L'Œuvre Noire- Dame de Strasbourg (Bev. catli. d'Als., 1901). — (On peut noter ici que de Tadministration de i'CEuvre dépend l'atelier des laillears de pierre de la cathédrale, installé, encore aujourd'hui, entre les contreforts de la nef, du côté sud,
— corps d'ouvriers spécialement et continuellement occupés aux travaux de réparation et d'entretien de l'édifice.)
2. « Anno Di. M. CC. LXX. VIL in die beali Urbani hoc gloriosum opus inchoavil Magister Enuinus de Steinbach » : inscription en caractères gothique» qui éUiit placée dans la voûte du portail nord de la façade occidentale, et dont ne subsiste que le souvenir.
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beaucoup postérieure à cette date : ce qui n'empêche pas que la tradition maintient le nom de Steinbach accolé à celui d'Erwin, et qu'on a même élevé un monument au maître célèbre dans un petit village homonyme du grand-duché de Bade.
Ce que fut la pensée d'Erwin, il est difficile de le concevoir précisément. Il est vrai que, pour l'étude de cette partie de l'édifice, des documents graphiques invitent à ne pas se contenter de l'habituel collationnement entre des dates de faits historiques et des examens de détails architecturaux : ces documents curieux, conservés à la Maison de l'Œuvre Notre-Dame*, ce sont les plans dits d'Erwin, quoiqu'un ou deux seulement d'entre eux soient, sinon de sa main, du moins de son temps et sans doute de son inspiration : un ou deux sont antérieurs à lui, tous les autres sont postérieurs ou remaniés postérieurement (xiv^-xv^ siècles). Ce qui est certain, d'après l'étude de ces documents, c'est que la façade devait toujours comprendre un étage inférieur avec trois portails, uiê deuxième étage avec une rose et deux fenêtres latéralesi Toutefois, certaines comparaisons qu'on peut faire entre euû permettent de suivre les variations par où l'idée a passé. — Ainsi, au-dessous des fenêtres du deuxième étage devait courir un0t galerie — réminiscence probable d'Amiens et de Paris • très importante dans le plus ancien, semble-t-il, de ces docuH ments, moins importante dans le suivant, et qui finalement! ne fut pas exécutée du tout. — D'autre part, d'après ce deuxième document, un de ceux où l'on trouve probablement la véritable pensée d'Erwin^, l'espace au-dessus de Ifi rose serait resté vide, les troisièmes étages des tours, jointf