PORTAIL SEPTENTRIONAL
nues, se recueillent; de l'autre côté, au premier plan, un bœuf et un âne; au fond, un paysage éclairé, des montagnes, des rochers, des arbres, un berger qui reçoit du ciel Tange messager de la bonne nouvelle. Il y a autant d'harmonie dans les couleurs que d'expression dans les physionomies. Dans les panneaux du triptyque, un saint évêque et saint André.
L'œuvre n'est sans doute pas de Martin Schœngauer luimême, car on ne connaît rien de lui comme peintre de fresques; en outre, quelques détails semblent postérieurs à la date de sa mort (1/491), comme les effets de lumière de la campagne, et surtout, aux panneaux du triptyque, la forme Renaissance des encadrements purement ornementaux, où n'apparaît guère, comme dans les ornements habituels de Schœngauer, le souvenir des feuillages naturels. Mais Schœngauer a certainement servi de modèle au peintre de cette fresque : des plis de vêtement, des attitudes (la lente démarche de Joseph arrivant derrière la Vierge), l'Enfant couché sur un coin du manteau, se retrouvent exactement dans des estampes du maître colmarien^
La chapelle Saint-André, dont la construction doit être située dans le dernier quart du xii* siècle et le premier du xiii", est une chapelle à trois nefs de trois travées chacune, formant comme un grand carré autour d'un carré central. Les travées sont séparées par desdoubleaux à larges bandeaux. Sur les neuf voûtes, six sont des voûtes d'arêtes, mais d'arêtes à peine marquées; les trois autres (dans la nef du milieu, la voûte de la travée centrale et celle de l'est, au-dessus de l'aulol, — dans la nef du sud, celle de l'est également) sont soutenues par des arcs ogifs en boudins épais, qui, dans la voûte du
1. E. PoixczEca, Ein Wandbild im Strassbarger Mmsler, dans Sir. M.-Bl,, 11, Igoô.
go LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG.
carré central, se croisent auteur d'un gros oculus de lourd profil également. Celle-ci repose sur quatre puissantes colonnes dont les bases ioniques romanisées sont pourvues de griffes fortement accentuées ; les chapiteaux romans de larges feuilles d'acanthe que dépasse aux angles le rouleau ionien, sont surmontés de hauts tailloirs carrés où viennent retomber, en s'y confondant à la base, les bandeaux des arcs doubleaux, les boudins des arcs ogifs de la voûte centrale et des voûtes de l'est, et les arêtes des autres. Au nord, la retombée des voûtes se fait sur deux colonnes pareilles à celle du centre, mais engagées dans le mur; au fond de la chapelle, sur des consoles du même style que les chapiteaux des colonnes ^ .
On voit aux murs de la chapelle plusieurs épitaphes. Au mur du nord, celles de Jean, prince palatin du Rhin et de Bavière (1487), d'un autre Jean, qui fut baron de Brandis et qui n'est plus qu' « ombre et poussière » : « pulvis et umbra » (i5i2). Au mur du sud : le mausolée de François- Adolphe, comte de Rittberg, grand-doyen de la cathédrale (mort en 1G90), — surmonté de son buste en marbre, le rabat au cou, les épaules couvertes d'un camail fourré. Du même côté, plus près de l'entrée de la chapelle, sous un dais dont le dessin et l'ornementation marquent le gothique finissant, un basrelief représentant la \ierge avec l'Enfant sur les bras rappelle la mémoire de Jérôme et Melchior de Barby (l'un des deux mort en 1621); de chaque côté de la Vierge, les donateurs à genoux, en costume ecclésiastique, patronnés auprès de la Vierge l'un par saint André, l'autre par saint Pierre; de chaque côté de la niche, les armoiries sculptées des défunts.
I . La chapelle Saint-André est surmontée d'une salle voûtée, dont la voûte fut refaite après avoir été défoncée loi's de l'incendie de 1769
DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. gi
Sur la première colonne de la chapelle, à gauche en y entrant, une pierre enchâssée, portant des traces de couleurs (fond or, lettres rouges et bleues) : un grand seigneur, margrave de Bade et custode de la cathédrale, a été « donné aux vers comme une vile pâture )) : « vermicuUs sum datas esca levis )) (1478).
La chapelle Saint-Jean-Baptiste. — La chapelle correspondante du bras nord du transept^ s'ouvre entre le Portail roman et le chœur, comme celle du bras sud entre le chœur et l'horloge. Ici aussi le grand arc de l'origine, encore visible dans le mur, domine la porte de la chapelle, mais il n'a pas été désaveuglé, et le tympan qui le remplit est divisé en deux pleins cintres secondaires (où l'on a gravé les dix commandements). Au-dessous, une porte ogivale contournée à l'intérieur d'un arc tréflé : c'est l'entrée de la chapelle Saint-Jean- Bapliste.
Un peu moins ancienne que la chapelle Saint-André (elle avait été bâtie à la même époque, mais dut être rebâtie au milieu du xni^ siècle), la chapelle Saint-Jean-Baptiste forme, comme l'autre, un grand carré constitué par trois nefs de trois travées chacune autour d'un carré central. Mais toutes les travées sont ici voûtées d'ogives, dont les arcs se croisent sur des clés de feuillages, excepté devant l'autel, où la clé de voûte porte une figure de saint Jean-Baptiste avec l'Agneau, contournée de l'inscription : S. lohnes. Bapla. Eccle. Agnus. Dei. Tous ces arcs, ogifs comme doubleaux, sont à fortes moulures prismatiques. Les quatre colonnes qui soutiennent la voûte centrale offrent deux aspects différents : les unes et les autres sont de type roman, avec des chapiteaux â crochets gothiques primitifs, surmontés de minces tailloirs carrés, aux angles
coupés, où les arcs des voûtes retombent sans s'y confondre ; mais, tandis que les deux colonnes de Test, devant l'autel, sont monocylindriques, les deux autres sont constituées par un faisceau de quatre colonnes engagées les unes dans les autres. Au sud, la retombée se fait sur des colonnes pareilles aux deux premières, mais engagées dans le mur; aux autres côtés, sur des consoles, dont l'une (à côté de l'autel, vers le sud) présente un personnage sculpté qui s'affaisse sous le poids des arcs auxquels son épaule sert de soutien.
Cette chapelle renferme, creusé dans le mur sud, du côté de l'est, le tombeau de l'évêque Conrad de Lichtenberg (mort en 1299), dont l'édification est attribuée à Erwin. Sous un baldaquin à trois compartiments que surmontent des pignons ajourés, la statue de l'évêque, en habits pontificaux, est étendue sur un plateau de pierre dégagé du sol ; la tête repose sur un coussin, les pieds s'appuient sur un lion. Les formes architecturales de ce monument ressemblent assez aux arcades aveugles qui ornent la partie inférieure du vestibule occidental de la cathédrale, œuvre d'Erwin, pour qu'on puisse croire, conformément à la tradition, que la conception en est due au même maître ; la tradition n'est pas invraisemblable non plus, qu'il ait voulu laisser une image de lui-même dans la petite figure sculptée, assise, d'ailleurs difficile à voir et plus encore à distinguer, qui se cache contre le dernier pied du tombeau près du mur de l'est. L'épitaphe, au milieu du mur de la niche, rappelle les qualités séculières de Conrad* et ses vingt-cinq années d'épiscopat.
Dans le mur, du même côté, un beau groupe du xv" siècle : le buste de la Vierge, celui du donateur et, entre eux, l'Enfant,
I. (( ...Qui omnibus bonis condilionibus , qux inhomine mundiali debent concurrere, eminebat... »