‹ La cathédrale de StrasbourgChapitre 32 sur 58 · VUE DE LA NEF · texte numérisé non relu

VUE DE LA NEF

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qui se retient au vêtement de l'une et touche de sa main les mains en prière de l'autre. — Près de l'entrée, quelques épitaphes, avec armoiries : Berthold de Henneberg (i495), Frédéric de Zollern (i436)^ Jean de Werdenberg (i486).

La chapelle Saint-Jean-Baptiste est surmontée d'un étage : une vaste salle — la salle capitulaire — qui comprend en réalité, comme la chapelle inférieure, trois nefs de trois travées chacune, mais qu'un mur (dont la porte est ornée de belles ferrures du xiv' siècle) divise en deux dans le sens de la largeur, formant ainsi un vestibule à la salle elle-même. Dans ce vestibule, on retrouve au mur les restes de la grande arcature romane que nous avons vue tout à l'heure du côté du transept. Les arcs des voûtes ont le même profil prismatique que ceux de la chapelle même; ils retombent, au centre, sur d'élégantes colonnes, plus minces que celles du bas, à jolis chapiteaux de feuillages; aux murs, sur des consoles, dont l'une est sculptée en une forte figure de géant. La salle est éclairée, à l'est (à l'extrémité de chacune des nefs) et au nord, par des fenêtres rondes surmontant de longues fenêtres géminées en tiers point.

Au fond de chacune des deux chapelles que nous venons de décrire (Saint- André et Saint-Jean-Baptiste), s'ouvre une porte par où elles communiquent avec la galerie appelée cloître qui fut construite en même temps que le séminaire au xviii* siècle, après la démolition et sur une partie de l'emplacement du cloître ancien. Le mur de clôture des deux chapelles prolonge de chaque côté le mur plat de l'abside dont nous avons parlé précédemment et forme avec lui la bordure de cette galerie du côté de la cathédrale; les deux portes de communication

des chapelles aboutissent précisément à la hauteur des deux extrémités de la galerie. La porte qui y conduit de la chapelle Saint- André forme sur ce cloître un beau portail roman, constitué par trois épais boudins en plein cintre, qui reposent directement, sans l'intermédiaire d'aucun chapiteau, sur des bases à fortes griffes, à hautes scoties entre deux tores nettement dessinés. La porte derrière la chapelle Saint-Jean- Baptiste est en tiers point, contournant un arc tréflé et reposant sur de fines colonnes à chapiteaux de crochets de feuillages, à bases circulaires qui présentent d'étroites scoties et qui débordent sur leurs socles.

Revenons de la chapelle Saint-Jean-Baptiste au bras du transept sur lequel elle s'ouvre. Le mur qui clôt ici le transept au nord, est percé d'une porte en plein cintre, qu'encadre un arc brisé et qui repose sur les chapiteaux de deux fortes colonnes engagées, chapiteaux à crochets de feuillages, sculptés de têtes aux coins. De chaque côté de cette porte, une arcature aveugle en tiers point encadre trois baies aveugles plus petites dont les cintres s'appuient sur des colonnes légères, à peine dégagées du mur de fond, avec des bases à griffes et des chapiteaux à crochets qui montrent aussi, aux coins internes de la première et de la dernière colonnes de l'arcature ouest, des figures humaines sculptées.

Cette porte conduit à la partie de l'édifice ajoutée en iAqS par Jacques de Landshut, et qui fut chapelle de Saint- Laurent avant d'être sacristie. Elle forme, du côté de cette sacristie, un portail qui fut autrefois extérieur. Il est possible qu'antérieurement — et cette présomption s'accorde avec quelques-unes de celles qu'a soulevées la question du Portail

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roman — saint Laurent, patron de la paroisse, ait eu son autel dans le bras nord du transept, soit sous le Portail roman, soit dans une chapelle derrière ce Portail, et qui serait tombée en ruines à la fin du xv° siècle ; à ce moment en aurait transporté les offices paroissiaux jusqu'à l'extérieur même du transept, dans cette chapelle construite par Jacques de Landshut, entre le vieux portail du transept désormais reculé à l'intérieur et un portail extérieur nouveau qui sera le portail Saint-Laurent. — L'ancien portail extérieur devenu intérieur est un portail roman composé des trois tores en plein cintre qui reposent sur des colonnes engagées dont la base présente un cavet largement ouvert et le sommet de curieux chapiteaux simplement prolongés par des tailloirs d'une même hauteur; chapiteaux et tailloirs sont à feuillages : une légère couronne de feuilles stylisées à la base, qui se développent ensuite selon la nature vivante ; c'est le commencement du naturalisme gothique. Dans le tympan, une Vierge assise avec l'Enfant sur ses genoux, entre deux groupes : les trois Mages, guidés par l'étoile, qui apportent leurs présents, — puis, de l'autre côté, s'en vont; aux pieds de la Vierge, un roi David jouant de la harpe. L'œuvre est moderne, mais refaite d'après le tympan ancien qu'on peut voir actuellement dans la galerie du séminaire derrière l'abside et qui a conservé trèsnet le contour du relief détruit.

Prés de la sacristie Saint-Laurent, addition de la fin du XV* siècle, se trouve, à l'est, la sacristie des chanoines, addition du xviii', — belle salle octogonale construite par Massol.

Les portails du transept. — Les portails du transept sont l'un, le plus ancien, l'autre, le plus jeune de la cathé-

drale : portail roman à l'extrémité du croisillon sud, portail d'un gothique tardif à l'extrémité du croisillon nord prolongé, — l'un, la porte de l'Horloge, l'autre, le portail Saint-Laurent.

La porte de l'Horloge. — Le portail roman s'élève au-dessus d'un large perron entre l'avancée des deux contreforts du croisillon. Il est composé de deux portes juxtaposées, en plein cintre, qui correspondent à la division du transept en deux nefs. Ses formes et son ornementation marquent une parenté non douteuse avec d'autres portails d'Alsace : église Saint- Pierre-et-Saint-Paul à Sigolsheim, église de Kaysersberg, église Saint-Léger à Guebwiller, et surtout avec le portail nord de Saint- Pierre -et -Saint -Paul de Neuwiller. Les boudins en plein cintre de chacun des deux arcs du portail retombent, dans les ébrasements des deux portes, sur douze colonnes à chapiteaux de crochets de feuillages, par l'intermédiaire de hauts tailloirs dont les uns, ceux de l'est et de l'ouest, sont constitués par des plateaux superposés que séparent des cavets bien marqués, les autres, ceux du centre, par des cubes de feuillages légèrement dessinés qui rappellent les chapiteaux que nous avons déjà vus au portail (extérieur devenu intérieur) de l'autre croisillon. En outre, de chaque côté, deux colonnes en retour, annelées.

Ce sont ces douze colonnes des ébrasements, arrêtées alors à la moitié environ de leur hauteur actuelle, qui servaient de support aux statues des Apôtres disparues pendant la Révolution ; l'un d'eux (celui du milieu dans le groupe de l'ébrasement de gauche de la porte de droite)*, tenait à la main une banderole avec ces mots : a Gratia divinœ pietatis adesto Savinœ

1 . Ces indications sont données par rapport au spectateur ; il en sera ainsi dans toulo la suite de cette description.

de petra dura per quamsum fada figura )), qui, par la vertu d'un contresens, a longtemps fait croire que ces douze statues, et peut-être aussi celles de l'Eglise et de la Synagogue, étaient l'œuvre de la fille d'Erwin de Steinbach : Savinae de petra dura, Sabine de Pierre-dure, Sabine de Steinbach, au lieu de de petra dura per quant sum fada, par qui j'ai été faite en pierre, par qui j'ai été sculptée. La légende pouvait être jolie, unissant ainsi, par un lien familial touchant, le chef-d'œuvre de la statuaire au chef-d'œuvre de l'architecture ; malheureusement pour elle, l'architecture de la façade occidentale, l'architecture d'Ervvin est postérieure d'un demisiècle au moins aux statues du portail latéral sud.

Entre les deux portes du portail, un ensemble entièrement refait : le roi Salomon, assis, en costume royal, tenant des IX mains un glaive encore renfermé dans son fourreau; au-dessous de lui, comme support, les deux mères de la Bible se disputant l'enfant vivant; au-dessus, entre deux petits anges, une demi-figure du Christ avec nimbe crucifère, bénissant de la main droite, tenant le globe de la main gauche.

De chaque côté du portail, entre les dernières colonnes des ébrasements et les colonnes annelées en retour, s'élèvent les statues, justement célèbres, de l'Ancien et du Nouveau Testament. On sait que ces représentations furent fréquentes alors : on en rencontre maintes fois le motif sous forme de ndes statues indépendantes, à Reims, à Paris, à Saint- •Seurin de Bordeaux, à Worms, à Bamberg, à Fribourg, et aussi sur des miniatures, des vitraux, dans des détails de sculpture, comme ces deux petites figures, l'une assise, l'autre affaissée, au-dessous des plateaux de la balance que tient l'archange- Saint-Michel du tympan de la porte du Sauveur de la cathé-

drale d'Amiens*. Il serait inutile et même inexact, pour expliquer le grand nombre de ces figures, de rappeler comme Yiollet-le-Duc ^ les persécutions contemporaines contre les Juifs : des souvenirs peuvent s'en rencontrer ailleurs, dans la liturgie, la littérature, les représentations scéniques, mais, pour les types que la statuaire de cette époque nous a transmis, le seul développement du thème religieux sur lequel s'exerçaient les artistes, suffit à expliquer la quantité et la qualité de ces représentations : la figuration parallèle des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament est constante alors — nous y reviendrons plus loin ^, — le sacrifice d' Abraha m appelle la Passion du Christ, le salut de Jonas la Résurrection, l'Ancienne Loi morte la Nouvelle Loi vivante; et si Fanimosité contre les Juifs avait été la raison de ces représentations de l'Église triomphante en face de la Synagogue vaincue, on aurait trouvé pour celle-ci quelque aspect mons-

1. Durand (Georges), Monographie de l'église Notre-Dame, cathédrale d'Amiens (Amiens, Yvert et Tellier, gr. in-A", 1901), t. I, p. 872.

2. Viollet-le-Duc, oiiv. cité, tome V, p. i55 et suiv. ; art. : Eglise personnijîée : «... Les statues de l'Égilse et de la Synagogue, mises en parallèle et occupant des places très apparentes, ne se trouvent que dans les villes où il existait, au moyen âge, des populations juives nombreuses Ces représentations paraissent avoir été faites... pendant la période particulièrement funeste aux Juifs, celle où ils furent persécutés avec le plus d'énergie en Occident. » Il cite d'ailleurs Chartres et Reims comme des villes où il y avait peu ou point de Juifs, et où de pareilles statues n'existent pas. On peut remarquer plus d'une erreur dans ces diverses afûrmations ; d'abord, les Juifs paraissent avoir été assez nombreux, à Chartres et à Reims ; ensuite, à Reims ces statues existent, et h Chartres elles ont existé jusqu'à la Révolution (voir Bulteau, Monographie de la Cathédrale de Chartres (Chartres, Selleret, 1888, in-8°), t. 11, p. aSo). Mais, d'autre part, à Troyes, à Metz, où les Juifs étaient nombreux, il ne semble pas qu'il y ait eu do grandes statues en parallèle de l'Église et de la Synagogue. (Voir P. Hildenfinger, La Figure ae la Synagogue dans l'art du moyen dge, dans : Hevae des Études Juives, t. xr.vi, n° 92, avril-juin 1908 ; — n. Gross, Gallia Judnica, trad. par M. Bloch, Paris, Cerf, 189O, in-S").

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