‹ La cathédrale de StrasbourgChapitre 36 sur 58 · LA NEF ET LES BAS-COTÉS · texte numérisé non relu

LA NEF ET LES BAS-COTÉS

La nef. — Commencée au milieu du xiii' siècle, la construction de la nef s'est achevée par la clôture des voûtes en 1275. L'incendie de 1298 a-t-il laissé la nef intacte? l'a-t-il au contraire détruite, en tout ou en partie? On a vu tout à l'heure (p. 19) que la question avait été souvent et longuement discutée, et que cette partie de l'œuvre ne dut probablement rien à Erwin. Sans doute le maître pourrait avoir profité de la destruction partielle pour réparer et modifier à la fois, pour surélever la nef, et faire en sorte qu'elle dépassât le chœur : le vaste tympan (où Steinheil en 1877 a peint le Jugement dernier), qui joint l'arc de la croisée du côté de la nef à la voûte de cette nef, donne la mesure de cette différence de hauteur : environ sept mètres. On vanta même maintes fois Erwin pour n'avoir pas poussé la construction plus haut encore : tandis qu'à Reims, à Amiens, à Cologne, la hauteur des voûtes est égale à trois fois au moins la largeur de la nef, elle n'est ici que du double. Ce goût des harmonieuses proportions lui venait, disent les uns, d'une maîtrise de soi très germanique et qui le rendait défiant à l'égard des audaces exagérées du gothique français; plus simplement, disent les autres, de ce qu'il ne pouvait pas aller plus haut à cause des constructions antérieures et sous peine d'enfermer dans la nef

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des parties extérieures de l'ancienne tour du chœur : du moins l'a-t-on pensé sur la foi de trois modillons qui subsistèrent longtemps au haut du tympan de l'actuel Jugement dernier — Mais maintenant qu'on croit que l'incendie de 1298 n'endommagea pas profondément la voûte et qu'il n'y eut que des réparations de détail, on n'a pas de raison pour attribuer à Erwin le mérite de conceptions harmonieuses qui doivent être antérieures à lui. La nef a dû être ce qu'elle est, d'un premier jet, et sans que le génie d'Erwin s'y soit employé à aucune transformation. Mais, de ce qu'Erwin n'a pas eu le mérite de cette œuvre, il ne s'ensuit pas que la beauté n'en soit due qu'au hasard, à la possibilité ou à l'impossibilité de faire concorder ensemble des constructions anciennes et des conceptions nouvelles. La largeur des bas-côtés égale à la moitié de la longueur des croisillons, l'entre-colonnement égal à la moitié de la largeur de la nef, enfin, pour ce qui est de la hauteur même des voûtes, ce fait que le sommet d'un triangle équilatéral qui aurait pour base la largeur totale de la nef et des bas-côtés réunis, coïnciderait exactement avec la clé de voûte * : tout cela semble prouver que le maître, quel qu'il fût, obéit à une idée directrice et non à une contrainte.

La nef se compose de sept travées (nous n'y comprenons pas le narthcx) voûtées sur croisées d'ogives simples. Les fortes nervures des voûtes, de pur style gothique, se croisent sur des clés ornées de feuillages et de têtes ; dans la travée du centre, sur un oculus de grand diamètre.

Les piles rappellent exactement celles de la basilique de Saint-Denis. Elles sont quadrangulaires, posées diagonalc-

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