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attribuer moins le sens d'une moquerie contre les mystères et les pratiques les plus saintes de la religion, que celui d'une leçon pour les prêtres ignorants et sans foi; ingénieusement, à ce propos, on a rappelé que Philippe le Bel faisait jouer la Procession du Renard par ironie pour le pape Boniface, et rapproché du chapiteau de Strasbourg une inscription de l'ancienne abbaye de Laach (Prusse rhénane) : dans un chapiteau également, sur le phylactère tenu par un diable, les mots : (( Peccata romana » . Toujours est-il — qu'il s'agît d'une parodie des mauvais prêtres, de la curie romaine ou du culte même — que ces sculptures ne furent détruites qu'après la reprise de possession de l'église par les catholiques : un tailleur de pierre les racla, en i685, pour « anéantir cet opprobre de la religion )) * .

Le triforium offre encore à l'ornementation d'autres surfaces que les minces chapiteaux de ses colonnettes : dans les triangles renversés que forment les arcs de deux baies successives avec l'appui des fenêtres supérieures et que divise en

I. Quarante ans plus tard, en 1728, quelques exemplaires de la gravure de Fischart qui représentait les sculptures alors détruites, ayant été trouvés chez un libraire luthérien de la ville, Jean-Pierre Tschernein, celui-ci fut dénoncé au cardinal Armand-Gaston de Rohan, évêque de Strasbourg, qui envoya une des estampes à Versailles et demanda justice. Traduit devant le Grand-Sénat de Strasbourg, le malheureux libraire eut beau protester qu'il les vendait « sans le moindre mépris ni malice pour la religion catholique », le réquisitoire insista sur le fait que « le débit s'est fait le lendemain même de la procession de la Fêle-Dieu, dont l'auguste solennité et magnificence choque les esprits faibles parmi les luthériens » ; Tschernein fut condamné à faire amende honorable, devant la porte principale de la cathédrale, « nu, en chemise, la corde au col, tenant en main une torche do cire ardente du poids de deux livres », il fut « banni à perpétuité de la ville » et a lesdites estampes brûlées par les mains du bourreau ». (Voir : Le Bibliographe alsacien, publié par Ch. Mebl, Strasbourg, i8G3, in-8": — Ghaiipfleurt, Histoire de la caricature au moyen d(je, 2* édit., Paris, Dentu, [1875], in-ia; — Reiber (Perd.), Fac-similé d'une gravure du XVI* siècle, tiré à petit nombre. Strasbourg, i8qo.)

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deux le prolongement du meneau entre les deux baies, des motifs sont sculptés, d'un relief d'autant plus vigoureux qu'ils sont destinés à être vus de plus bas : ainsi, des chiens, des monstres, des dragons ailés, un ange avec une couronne et une inscription, une sainte Cécile, un saint Yalérien.

Les bas-côtés. — Les bas-côtés ont une largeur de huit mètres. Ils sont voûtés sur des croisées d'ogives, dont les clés en feuillages sont (sauf celles des première, deuxième et quatrième travées du bas-côté sud) ornées de tètes sur la face occidentale. Les demi-piliers qui, aux murs, soutiennent les voûtes, sont composés de cinq colonnes, dont les chapiteaux de feuillages et les bases à scoties étroites sont pareils à ceux des colonnes de la nef principale. Une de ces colonnes, la plus forte, s'élève directement jusqu'à la voûte, où elle porte la retombée de l'arc doubleau ; les deux qui la flanquent immédiatement à droite et à gauche et qui reçoivent les arcs ogifs, semblent traverser le sol du chemin de ronde dont nous parlerons plus loin; les deux dernières, où s'appuient les formerets des fenêtres, arrêtent leurs bases au sol de cette galerie de circulation.

Tout au long des bas-côtés, à partir de la troisième travée — la partie du mur correspondant aux deux premières ayant été percée par l'ouverture des chapelles Saint-Martin et Sainte- Catherine — , s'étend, comme à Trêves et à Reims, une arcaiure aveugle : sept arcades par travée, plus, de chaque côté, une demi-arcade qui amorce, par derrière les piliers, celles des travées précédente et suivante. Comme la partie supérieure du mur est en surplomb jusqu'au-dessous des chapiteaux, les arcs sont, si je puis dire, plus aveuglés que l'espace entre les colonnes qui les supportent, — et qui laissent, entre elles et

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le mur, un étroit passage. Les chapiteaux et les bases de ces colonnes sont du même style qu'aux autres colonnes des nefs. Les arcs sont en tiers-point, encadrant un arc tréflé. Dans le triangle que forme, au-dessous du chemin de ronde, avec le rebord du chemin comme base, l'angle de jonction de deux arcs successifs, s'inscrit un petit cercle, et, dans le petit cercle, un trèfle, avec des motifs sculptés. Ces reliefs sont très variés* : hommes, bêtes et monstres, symboles et réalités, illustrations de fables contemporaines, comme celle du renard, ou rappel par l'image de traditions chrétiennes : un diable assis sur un homme, l'agneau pascal avec la croix, un singe mangeant des cerises, un personnage (Dieu?) tenant un globe dans ses mains (arcature du bas-côté sud), une tête ornée de pampre, un loup auquel une cigogne enfonce son bec dans le gosier (arcature du bas-côté nord) ; parfois le tableau se continue au delà du petit cercle, jusque dans les angles du triangle, par des motifs qui se rapportent au sujet central : ainsi, le Christ entre deux anges avec leurs encensoirs; ainsi encore, une scène de chasse, les chasseurs dans le cercle du milieu, les chiens dans un des coins, un sanglier dans l'autre.

Ces cercles et ces motifs sculptés n'existent pas dans les arcades de la troisième travée (on se rappelle que l'arcature ne commence qu'à cette troisième travée, les deux premières étant remplacées par l'ouverture des chapelles latérales) dont les formes généralement plus simples indiquent, pour celle du nord comme pour celle du sud, une époque plus ancienne.

Au-dessus des arcatures, traversant les piliers contre le mur extérieur, un chemin de ronde qui, lui aussi, rappelle

I. Voir Meyer-Ai.to:<a, ouv. cité, p. Bg. Cette intéressante étude nous aélé très utile pour la nomenclature et la description des sculptures.

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Saint-Denis et l'école champenoise : c'est une disposition rare, et qui s'ajoute aux autres ressemblances précédemment rappelées pour faire croire que le maître de Strasbourg a dû connaître, à Saint-Denis, la réfection de i23o*.

Enfin, un peu au-dessus du chemin de ronde s'arrête la base des fenêtres des bas-côtés : moins hautes que celles de la nef, d'ailleurs pareilles à celles-ci, divisées également en quatre panneaux, le meneau principal étant double, avec trois rosaces, deux à quatre lobes, une à six.

Dans le bas-côté sud, à la hauteur de la chapelle Sainte- Catherine dont nous allons parler, s'ouvrait, depuis les temps les plus lointains, un puits célèbre, où la tradition voulait que les druides eussent déjà puisé pour leurs ablutions, avant la construction de tout temple et de toute église en ce lieu ; saint Rémi l'aurait ensuite bénit, et depuis, pendant six cents ans, les curés de la ville et des environs se servirent de cette eau pour les baptêmes. On aimait à faire croire aux petits enfants de Strasbourg qu'ils étaient venus au monde dans ce puits, appelé pojDulairement Kindelsbrannen. Sur trois des faces de la margelle hexagonale qui l'entourait, depuis le xiv'' siècle sans doute, trois piles s'élevaient, se réunissant au centre de l'hexagone par trois linteaux richement décorés et soutenant la poulie à leur point de jonction^. Le puits a été fermé en 1766

1. Voir ; G. Dehio^ Influence de l'Art français sur l'Art allemand 'aa XIII* siècle, trad. par Bertaux, dans : Revue archéologique, igoo ; — H. Stein, Pierre de Monlereau, archilecte de l'église abbatiale de Saint-Denis. dans : Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. LXI, igoa; — P. ViTRY et G. Brièiie, L'Église abbatiale de Saint-Denis et ses Tombeaux, Paris, D.-A. Longuet, 1908, in-iG.

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