LE NARTHEX ET LA FAÇADE OCCIDENTALE. — LES TOURS. — LA FLÈCHE
La cathédrale, on l'a vu, s'est développée régulièrement de Testa l'ouest : crypte des xi'-xii" siècles, chœur et transept des xii*-xiii% nef du xiii^; nous arrivons maintenant à la dernière partie de ce développement, avec l'œuvre d'Erwin.
Le narthex. — Le narthex a neuf mètres de profondeur. Il se compose de trois parties correspondant à la nef et aux bas-côtés. La voûte centrale est sexpartite : aux arcs ogifs qui s'y croisent comme dans les travées de la nef, s'ajoute un arc mince dans l'axe de l'édifice. Aux voûtes des deux tours on a ajouté un dernier arc, transversal ; elles sont ainsi divisées en huit parties. Les branches des arcs viennent buter au centre sur des oculi de grande dimension.
La rupture avec l'époque antérieure est nette. Non seulement les piles de soutien des tours, qui commençaient, on l'a vu, du côté de la nef, comme les autres piles, s'allongent, avançant vers l'ouest, en un plan hexagonal énorme, et se surélèvent par rapport à la voûte de la nef, soulignant ainsi le raccord de la partie nouvelle avec la partie ancienne; mais encore les formes intérieures de cotte partie nouvelle imposent déjà à l'esprit la dominante de la ligne verticale qui sera si caractéristique à l'extérieur. Au mur, de chaque côté, une suite de huit arcades aveugles, surmontée de gables ajourés dont la pointe dépasse le sol du chemin de ronde. Une même nrcnlurc, au mur occidental, comprend deux arcades, de chaque
côté des portes latérales, trois arcades, de chaque côté du grand portail ; les unes et les autres s'engagent dans de longues baies aveugles qui les prolongent. Au milieu du grand portail, le trumeau est orné, sur un pilier octogonal, d'une statue de saint Pierre; au-dessus, une rose aveugle à douze feuilles inscrite dans un carré, qui est peut-être un essai préalable de la grande rose exécutée plus haut ; puis, une rangée de huit niches aveugles; enfin, au-dessus du triforium, la grande rose à seize feuilles vitrée.
La façade occidentale. — La façade occidentale, construite par Erwin, s'étend sur une largeur de l\o mètres, et s'élève à 66 mètres de hauteur (jusqu'à la plate- forme). Deux galeries la divisent en trois étages, une troisième borde en saillie la plate-forme supérieure : seuls arrêts horizontaux dans l'immense jeu de lignes verticales qui monte du sol à la plateforme et se continue par la tour du nord jusqu'à l'extrémité de la flèche. Tous les détails de la structure concourent à élever le regard, à donner cette impression de hauteur à la fois imposante et légère.
Quatre contreforts puissants divisent la façade, dépassent les portails de trois mètres de saillie à la base, sans que les portails empêchent de suivre depuis le sol la montée des contreforts, sans que les contreforts repoussent les portails en avant au point de les détacher de l'ensemble : tandis que les portails d'Amiens et de Reims, par exemple, semblent être des œuvres à part, plus riches de formes et d'ornementation, mais presque indépendantes de l'édifice, — à Strasbourg, comme à Saint-Denis, comme à Paris, les contreforts soutiennent la masse de l'œuvre sans rompre le lien des portails entre eux ni avec le reste de la construction. Sur la face de
DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. isS
ces contreforts — motifs d'ailleurs répétés sur leurs côtés — s'étagent de hautes arcades gothiques aveugles, divisées en panneaux par de minces colonnettes engagées. Puis, à la hauteur du premier étage et du deuxième, les contreforts s'évident,de manière à former des dais élevés et surmontés de longs clochetons, pour laisser passer, parallèlement aux murs, quatre statues équestres*.
Les gables allongés et finement ajourés des portails, particulièrement celui du portail central; les clochetons aux ilèches très élancées qui sont disposés sur leurs rampants et qui, pour le portail central, s'élèvent jusqu'à la rose; les hautes arcatures, aux minces colonnettes et aux rosaces ajourées, qui, quoiqu'un peu en retrait, se confondent presque avec ces clochetons pour les prolonger encore, et constituent devant le mur une sorte de légère claire-voie jusqu'au premier balcon; puis, du premier au second balcon, sur la face des tours, devant le mur percé d'une vaste fenêtre, la claire-voie qui reprend, en six longues baies : sorte d'écrin à jour, ou d'écran, disposition dont on ne connaît pas d'autre exemple, discutée souvent, du point de vue d'un art sévère, mais dont on ne peut contester la délicatesse et la grâce; puis, du deuxième au troisième balcon, les trois hautes fenêtres lancéolées qui les joignent l'un à l'autre, d'un seul tenant; enfin, la tour nord, qui se prolonge, seule, mince, transparente : tout cela s'ajoute, pour la continuer, à la première impression produite par les contreforts et l'ornementation verticale de leurs baies aveugles, de leurs dais et de leurs clochetons.
Le portail central. — Le trumeau du portail central est décoré par une statue de la Vierge, couronnée, portant
I. Clovis, Dagobert, Rodolphe de^Habsbourg et Louis XIV. Voir p. 64*
l'Enfant dans ses bras, œuvre moderne du sculpteur Grass.
De chaque côté du portail central, dans des niches le long desquelles montent des frises de feuillages qui se continueront le long des voussures, s'élèvent les statues des Prophètes (fin du xiii° et premier tiers du xiv* siècles) : il y en a cinq de chaque côté, qui correspondent aux cinq voussures du portail ; plus, en dehors du portail, sur le mur de la façade, deux de chaque côté également : en tout, quatorze statues; deux seulement (la deuxième de gauche et la première de droite *, en dehors des ébrasements, sur le mur de la façade) sont modernes.
La troisième statue, à gauche, est en costume du temps, une longue robe dont le col a deux revers fixés par des boutons, un bonnet pointu sous lequel s'échappent les cheveux abondants et bouclés; le visage est imberbe, l'énergie encore accentuée par le froncement des sourcils qui se rejoignent en un angle très marqué au-dessus du nez : trait rare dans les statues d'hommes jeunes à l'époque gothique; peut-être cette statue est-elle un portrait : la caractéristique de ces sourcils, et de ce costume contemporain qu'on ne retrouve pas sur les autres statues de la série, semblent l'indiquer^.
La dernière statue, du même côté, est une Sibylle mêlée au groupe des Prophètes, jeune, vigoureuse, le front ceint d'un diadème étroit, les cheveux, de chaque côté du visage, descendant jusqu'au menton en ondulation douce, le manteau tombant de l'épaule gauche, ramené devant le corps en plis gracieux, puis remontant jusqu'à la ceinture pour s'y accrocher; dans chaque main, elle tient un phylactère.
I. Indications données, nous le rappelons, par rapport au visiteur qui regarde le monument.
a. Meter-Altona, ouv. cité, p. 28. — Voir notre pi. XXIL
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