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DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. laS
Presque toutes les autres statues sont de vieux prophètes, avec des barbes bouclées, partagées en deux ou en quatre torsades, et une petite boucle de cheveux qui apparaît sur le front ou sous le bonnet; ils sont presque pareillement vêtus de manteaux à plis, ramenés, chez deux d'entre eux, pardessus la tête; d'autres ont la tête coiffée d'un bonnet, l'un, d'un diadème étroit à pierreries qui indiquerait un prophète-roi (le premier prophète à droite), un autre (le cinquième) d'une haute cape qui lui retombe en deux pointes sur les épaules et qui indique sans doute un grand-prêtre (pi. XXI); de leurs mains, ils tiennent des phylactères, enroulés encore ou déployés et retombants ; deux d'entre eux les lisent avec avidité et sont contraints, pour y réussir malgré l'étroitesse des niches, à un mouvement difficile du bras droit qui rehausse l'épaule et leur donne une attitude malaisée.
Le type commun de ces statues n'exclut pas, on le voit, quelque variété ; mais, de toutes, la Sibylle est certainement la plus vivante. La direction de la tête par rapport au corps accentue l'impression de mouvement, l'habile chute du manteau ne s'exagère point en plis trop contournés; plus simple, «lie est pourtant moins froide que ses voisins plus tourmentés d'attitude et de physionomie.
Le tympan — en quatre registres, dont les trois inférieurs ne sont refaits qu'en deux endroits, et dont le supérieur l'est romplèlcment — représente la vie du Christ depuis l'entrée Jérusalem jusqu'à l'Ascension : suite de scènes où l'on passe de l'une à l'autre directement, presque sans autres séparations que les trois lignes qui divisent horizontalement le tympan.
Au premier registre : le Christ, sur son àne, approche de la porte de Jérusalem, où trois hommes l'attendent; un autre,
monté sur un arbre, regarde. De l'autre côté de la porte, et séparée par elle du premier tableau, la Gène : derrière la table couverte d'une nappe aux plis ondulés, le Christ et les Apôtres, debout, semblent causer; un seul est assis, comme effondré, devant Jésus, qui s'appuie doucement sur son épaule ; devant la table. Judas, accroupi, les mains jointes, regarde vers le Christ. — Puis, tandis que Judas embrasse le Christ d'un côté, de l'autre un soldat l'arrête, lui saisit la main gauche; de sa droite restée libre, le Seigneur touche l'oreille de Malchus agenouillé à ses pieds. Le Christ avance vers Pilate ; un homme à la face de nègre le prend au poignet, et va le frapper; Pilate, assis, coiffé du bonnet à pointes qu'on a vu tout à l'heure sur la tête de certains des prophètes, lève la main droite et semble détourner les yeux : geste et physionomie expriment son indifférence. — Dernier tableau à l'extrémité du registre : Jésus à demi nu, les poignets liés autour d'une mince colonne, est fustigé par deux valets de bourreau. Au deuxième registre, on voit d'abord le Christ, debout, la main droite croisée sur l'avant-bras gauche, entre deux personnages, qui posent sur son front la couronne d'épines ; l'un d'eux porte le chapeau à longue pointe, ce pileus cornutus, sorte d'entonnoir renversé, qui était la coiffure imposée aux Juifs, dans le nord-est de la France et ailleurs, jusqu'au xv^ siècle, — et dont nous trouverons plus d'une représentation dans la cathédrale. — A partir d'ici, la figure du Christ prend plus de valeur, se détache davantage de celles qui l'entourent. Le voici, la démarche alourdie par le poids de la croix, sur laquelle tirent, par devant, un Juif pareil à celui de la scène précédente, et une femme, qui tient trois gros clous dans sa main gauche. Le voici maintenant, au centre du tympan, crucifié, la tête penchée vers le cercueil ouvert d'Adam,
qui est étendu au pied de la croix : les artistes du moyen âge, suivant en cela les théologiens, aimaient à voir le Nouveau Testament annoncé par l'Ancien, et le squelette d'Adam devant Jésus crucifié rapprochait ainsi, selon le symbolisme cher à ce temps * , le Père de l'ancien monde et Celui du nouveau, l'humanité perdue par la faute de l'un, rachetée par la mort de l'autre : « Adae morte novi redit Adae vita priori », dit une inscription sur un crucifix du xii^ siècle conservé au Musée de Lunebourg '^. Derrière le Christ, l'Église à sa droite, recevant dans une coupe le jet de sang qui coule de sa plaie, la Synagogue à sa gauche, toute de profil, les yeux bandés, la tête retombant sur la poitrine : ces deux petites figures rappellent l'attitude des deux belles statues de l'Église et de la Synagogue que nous avons vues au portail sud. A côté de l'Église, la Vierge, douloureuse, le visage penché vers la croix que l'Église tient de sa main droite; à côté de la Synagogue, Jean, la tète appuyée dans la main droite, l'Évangile dans la main gauche. — Vient ensuite la Descente de Croix. La tète du Christ s'appuie aux mains de Marie, son bras gauche tire sur le clou qui le retient encore. Et puis, la Résurrection, une Résurrection d'autant plus réaliste et vivante, si je puis dire, que le principal personnage en est absent : un sarcophage orné de fleurs de lis et monté sur de petites colonnes minces ; audessous, étendus à terre, trois soldats dorment ; un ange assis
1. Voir M\LE, oai». cilé, p. aoo. Voir aussi : Spéculum humanae Salvalionis (livre de piété écrit par un moine du xiv* siècle, Ludolphe le Saxon, qui vécut une partie de sa vie à Strasbourg), édit. J . Lulz et P. Perdrizet (Meininger, Mulhouse, 1907-09, 3 vol. in-Zj"), t. II, p. a.'jg. — Et, ici même, p. i35.
2. Dans Ch. Grah, ouv. cilé, p. 7/19. — Voir d'ailleurs une représentation analogue du cercueil d'Adam au pied de la Croix, dans le Horlus deliciarum, idit. citée, pi. XWVIII, avec ces mots sur le cercueil : « Ihcronomus refert,
riod Adam sepuUus faeril in Caharie loco, ubi crucijixus est Dominas. »
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ia8 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG.
au bord du sarcophage comme sur la margelle d'un puits, montre aux Saintes Femmes le linceul vide.
Au troisième registre, la mort de Judas, qui est une restauration, ainsi que le tableau suivant : des monstres sortant de la gueule ouverte de l'enfer, et un enfant nu qui pose sa main sur la tête d'Eve : motif difficile à expliquer, qui date de la réfection de ce groupe. Eve, nue, Adam, nu également, s'éloignent de l'enfer, entraînés par le Christ en longue robe avec la croix dans le bras gauche. Voici maintenant Madeleine à genoux et le Christ faisant le geste de défense : Noli me tangere; enfin, dans la maison où les Apôtres l'entourent, saint Thomas incrédule touchant les plaies du Seigneur.
Au quatrième registre, les Apôtres à genoux, Marie et Jean debout, les anges, le Christ qui s'élève au ciel; toute la scène est moderne.
Le réalisme de cette œuvre s'affirme par plus d'un trait : des gestes et des physionomies très vivants, comme l'indifférence de Pilate ou le Noli me tangere de Jésus, comme le Juif et la femme aux trois clous tirant sur la croix, comme les soldats dormant sous le sarcophage vide ; plus encore, les costumes des personnages, le Christ sans nimbe, et cette porte de ville où l'on va recevoir le Seigneur, et cette maisonnette où saint Thomas vient chercher la certitude : tout un rappel de la mise en scène des Mystères contemporains.
Cinq voussures entourent le tympan de scènes sculptées, modernes, remplaçant des sculptures anciennes détruites pendant la Révolution. La rangée extérieure a élé refaite parle sculpteur Malade, les quatre intérieures par Vallastre. La première représente successivement, chacune des scènes étant séparée de la suivante par le dais qui la recouvre : Dieu créant le monde, — l'Esprit de Dieu flottant sur les eaux, — Dieu créant
DEUX PROPHÈTES (Qrand porUil)
le soleil et la lune, — Dieu séparant les eaux d'avec l'air, — Dieu créant le firmament, — la création des plantes et des arbres fruitiers, — la création des oiseaux et des poissons, — la création des autres animaux, — Dieu créant Adam et Eve, — puis leur défendant le fruit de l'arbre, — Eve séduite par le serpent, x\dam séduit par Eve, — Adam appelé par Dieu, — Adam et Eve chassés du paradis, — la naissance de Caïn et d'Abel, — Eve occupée à filer, tandis qu'Adam cultive la terre, — le sacrifice offert par Gain et Abel, — le crime de Gain,
— et sa fuite. — Dans la deuxième voussure : Abraham demande grâce pour les Sodomites, — le sacrifice d'Abraham,
— l'arche de Noé, — Noé ivre outragé par Cham, — Jacob voit en songe les anges monter les degrés de l'échelle, — le buisson ardent, — le Serpent d'airain, — Moïse fait jaillir de l'eau du rocher, — Josué et Judas, — Othoniel, premier juge, — Elie laisse son manteau à Elisée, — Jonas rejeté par la baleine, — Samson déchire la gueule du lion, — le roi Ézéchias prie pour recouvrer la santé, — Josué fait poser une grande pierre sous un chêne à Sichem, — la conversion du roi Manassé. — La troisième voussure comprend, en quatorze scènes, les martyres des douze apôtres et des diacres saint Etienne et saint Laurent. — La quatrième, douze personsonnagcs derrière des pupitres; les deux premiers au bas de chaque rangée représentent les Evangélistes, avec leurs attributs, — les autres, les huit premiers Docteurs de l'Église,
— La cinquième voussure, enfin, contient les miracles du Christ : Jésus guérit les malades et les lépreux, rend la vue aux aveugles, chasse les démons des possédés, ressuscite les morts.
Les portails latéraux. — La disposition des statues est la même aux portails latéraux qu'au portail central : leur
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série commence aux ébrasements du portail et s'achève, de chaque côté, sur le mur de la façade. Mais les portails latéraux sont plus étroits que le portail central ; au lieu de quatorze statues, il n'y en a que douze; et les frises de feuillages, au lieu de séparer toutes les niches et d'accompagner toutes les voussures, ne suivent que le bord extérieur de la première et de la dernière.
Le portail latéral nord. — Le portail latéral nord est celui des Vertus et des Vices. Ces figures, comme les Prophètes que nous venons de voir au portail central, comme les Vierges sages et les Vierges folles que nous verrons au portail latéral sud, datent d'entre 1290 et i33o environ.
On sait quelle fut l'influence de la littérature religieuse et morale sur la statuaire des cathédrales; c'est de cette littérature que sont nées les premières figurations des \ ertus et des Vices. Le poème de Prudence, la Psychomachie, très répandu encore au xn* siècle, les dépeignait solidement armées et combattant les unes contre les autres : dans beaucoup de représentations contemporaines, comme aux chapiteaux de Notre-Dame-du-Port, l'équipement ne leur manqua point, ni les gestes d'eflbrt et de lutte. Puis, peu à peu, triomphantes, elles avaient pris un air d'assurance : ainsij deux voussures du porche septentrional de Chartres, où leî Vertus semblent avoir remporté la victoire sans combattre cl ne regardent môme pas les Vices vaincus à leurs pieds. Les statues de Strasbourg, encore armées de la lance, rappellent le première époque, mais, par leur attitude et leur physionomie, elles tiennent surtout de la deuxième.
Le front ceint d'une couronne légère ou d'un mince bandeau rehaussé de pierreries, vêtues simplement d'une longu<
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tunique qu'une ceinture serre gracieusement à la taille ou couvertes encore d'un manteau qu'un cordon retient aux épaules ou une agrafe sur la poitrine, droites ou légèrement déhanchées, elles ont, toutes, à peu près la même douceur d'expression et de geste; elles jouent avec leurs lances plutôt qu'elles ne s'en servent; sauf deux ou trois, les monstres qu'elles écrasent sont plutôt des attributs que des vaincus ; et l'on regrette que le temps ait usé la lettre des phylactères, puisque seuls ils auraient permis de reconnaître la Prudence d'avec la Justice ou le Courage d'avec la Tempérance; si douce est la lutte, que plus d'une d'entre elles ressemble aux Vierges de l'autre portail latéral. — On voit combien le type nouveau prédomine sur l'ancien, dont elles n'ont guère conservé, par une sorte de respect des traditions, que cette lance de parade que leurs mains ne savent plus manier. Pour le reste, elles ont le calme des Vertus assises aux bas-reliefs de Paris, de Chartres et d'Amiens, où est l'origine certaine et de leur iconographie et de leur esthétique. L'iconographie locale, si l'on en juge par le Hortas deliciarum d'Herrade de Landsberg* (antérieur d'un siècle, il est vrai), leur aurait plutôt donné le type des Vertus armées très réellement combattantes; — et l'esthétique germanique, à Magdebourg', par exemple, en était encore à ces agitations de plis, à ces bouillonnements du vêtement que certaines écoles françaises avaient connus au xii" siècle, et qui, en France, s'étaient alors depuis longtemps apaisés.
Le tympan du portail et les statues des voussures sont des réfections modernes. Le tympan comprend trois registres : celui du bas contient l'Adoration des Mages ; celui du milieu le Massacre des Innocents et la Fuite en Egypte; au sommet, la Pré-
I. Édil. citée, pi. XLIII et suiv. Voir p. 99. 3. Les Vierges sages et les Vierges folles.
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sentation de Jésus, que Joseph et Marie tiennent debout sur un autel.
Le portail latéral sud. — Le portail latéral sud est celui des Vierges sages et des Vierges folles. La parabole de l'Évangile est connue : le Seigneur ne dit pas l'heure de sa venue ; il faut être prêt à le recevoir, comme les cinq vierges sages, qui attendent à la maison l'arrivée de l'épouxet de l'épouse; ils tardaient ; elles se sont endormies ; mais elles avaient reçu des lampes et de l'huile, et, ainsi, à quelque heure que ce fût, les vierges sages pourraient toujours aller au-devant du couple attendu, même la nuit; tandis que les vierges folles, qui ont gaspillé leur provision d'huile, seront surprises au dernier moment et demanderont de l'huile aux sages, qui les renverront au marchand. La parabole ne s'est pas contentée de rester parabole ; elle s'est spiritualisée elle-même ; du couple attendu, l'épouse a disparu, l'époux est devenu le céleste Époux, auquel se consacrent les Vierges sages, tandis que les Vierges folles obéiront à la voix du Séducteur : thème moralisateur et qu'on peut faire parler aux yeux des foules.
Les douze statues sont disposées comme celles des \ertus : huit dans les niches du portail (quatre de chaque côté), deux de chaque côté en façade ; le Séducteur occupe la droite des Vierges folles, l'Époux la droite des Vierges sages. Aux pieds de presque toutes ces statues, de minces coussins de pierre qui dépassent irrégulièrement les socles où ils s'appuient, soulignant ainsi, plus que dans les groupes correspondants des deux autres portails, les difficultés d'une statuaire faite pour l'architecture, mais sans qu'on ait toujours mesuré assez exactement l'adaptation possible de l'une à l'autre. Seuls le Séducteur et sa voisine, peut-être un peu postérieurs, se
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dressent sur des plateaux rectangulaires, l'un à biseaux, l'autre droit, qui s'adaptent carrément aux socles correspondants. Leurs visages n'ont rien d'exagérément troublé, les plis de leurs manteaux n'offrent pas de mouvements trop violents : rien ne rappelle ici les attitudes et les expressions tourmentées où se complaisait l'école germanique contemporaine, à Magdebourg, à Erfurt, les \ierges sages manifestant largement leur joie, les Vierges folles se frappant la poitrine et sanglotant. Beaucoup de simplicité, au contraire, et de grâce; presque trop de simplicité : peut-être découvre-t-on aux Vierges sages une physionomie plus sereine, et à deux des Vierges folles une sorte de tristesse repentante, qui peuvent les diversifier ; pourtant leurs places respectives et la traditionnelle position des lampes droites ou renversées, y aident plus que leurs attitudes et l'expression de leurs visages. Le Séducteur et sa voisine sont particulièrement intéressants : leurs visages à fossettes, souriants, lui, offrant la pomme tentatrice, attirant et fanfaron, dont on ne se défierait pas si l'on n'apercevait derrière son dos les serpents immondes du vice, — elle, la main droite à l'épaule, prête à détacher sa robe, déjà consentante et sans remords, la lampe tombée à terre, — tous deux tels qu'on les retrouvera, mais plus lourds et grossiers, à la cathédrale de Bâle : ces figurations accentuent encore le caractère humain de la parabole moralisatrice.
Le groupe des \ ierges sages et des Vierges folles se rattache visiblement, comme celui des Vertus, à la statuaire française contetnporaine. Sans doute, en France, il ne prenait généralement pas, dans la décoration de l'église, une importance aussi considérable ; on voyait les Vierges sages et les Vierges folles dans des voussures (Reims) et dans des roses (Bourges), et l'idée de leur consacrer de grandes statues indépendantes
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pouvait venir de Magdebourg ^ — ce qui, par voie de conséquence, aurait produit aussi le groupe symétrique des Vertus et des Vices, également important à Strasbourg, également secondaire à Paris ou à Amiens. Il faut toutefois remarquer qu'à Chartres déjà, dans la baie latérale gauche du portail septentrional. Vierges et Vertus se trouvaient rassemblées en un groupe important et compact (mais dans des voussures encore), avec d'autres figures de signification voisine : les Fruits du Saint-Esprit, les Béatitudes Célestes. Quoi qu'il en soit, si même les Vierges de Strasbourg rappellent iconographiquement celles de Magdebourg, esthétiquement elles en sont fort loin, comme on l'a vu tout à l'heure, et elles n'ont évidemment subi d'autre influence que celle du centre de la France.
Les piliers sur lesquels se dressent ces douze statues du portail latéral de droite, se terminent en haut, sous les coussins où s'appuient les pieds des Vierges, par des cubes engagés. Sur les faces visibles des cubes, dans des médaillons quadrilobés, dont chaque côté présente la forme d'une accolade et qui rappellent ceux de la porte de la Calende et de la porte dos Libraires à la cathédrale de Rouen, du soubassement extérieur des chapelles absidales de Notre-Dame de Paris et aussi du portail d'Andréa Pisano au Baptistère de Florence, on peut suivre les douze mois du calendrier : dans les médaillons de droite, les signes du zodiaque, dans les médaillons de gauche, des scènes de la vie correspondant aux mois. Au-dessous du Séducteur, le Verseau, signe de janvier, — et un homme à table ; puis, en suivant dans la direction de la porte : les Poissons (février), et un homme qui se chauffe les pieds; le Bé'
i. Les Vierges de Magdebourg sont de laoo-ia/jo pour Hasak, de la fin duxin* siècle « pour des Français », dit M. André Michel, ouv. cilé, p. 753.
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lier (mars) , et un homme qui coupe la vigne ; le Taureau (avril) , et un homme qui porte des fleurs; aux pieds de l'Époux, les Gémeaux (mai), et un cavalier ; puis, en s'éloignant de la porte, le Cancer (juin), et un faucheur (?); le Lion (juillet), et un homme qui coupe les épis; la Vierge (août), et un moissonneur; un homme avec la Balance (septembre), et un pressoir; le Scorpion (?) (octobre), et un personnage dont on ne voit pas le geste : ces deux derniers groupes sous les deux statues en façade, au sud du portail ; restent, sous les deux statues en façade au nord, le Sagittaire (?) (novembre), et un homme coupant du bois à un arbre; le Capricorne (décembre), et un homme qui tue un cochon.
Dans le tympan (refait) : la résurrection des morts, la séparation des justes et des réprouvés, le Christ en Juge du monde.
Deux gables, l'un dans l'autre, surmontent le portail. Au milieu, le roi Salomon assis sur son trône, et, au-dessus du dais qui le couvre, une Vierge assise avec l'Enfant debout sur ses genoux. Sur les degrés qui ornent le gable inférieur, douze lions échelonnés, par groupes de deux qui se tournent l'un vers l'autre, font la garde du trône royal. Debout au haut des degrés, à la hauteur des épaules du roi, deux derniers lions soutiennent de leurs pattes de devant le trône de la Vierge et forment un lien symbolique entre les deux figures : plus d'une œuvre d'art établit ainsi la correspondance entre la Vierge et Salomon, le roi assis sur son trône étant la préfiguration de la Sagesse éternelle sur les genoux de la Vierge.
A la hauteur où vient de finir le gable supérieur qui surmonte le portail central, au-dessus de la Vierge assise avec l'Enfant, une légère corniche passe, où s'appuie le bord inférieur d'un immense cercle de fleurs de lis dont la pointe est
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dirigée vers l'intérieur du cercle. En reirait, la rose, de près; de sept mètres de rayon, étale ses seize feuilles géminées, autour d'une petite rose à cinq lobes comme centre. Sans doute ce n'est plus le système de la claire-voie, aucun réseau ne s'interpose entre la rose et le regard du spectateur; mais, si je puis dire, c'est encore l'écrin, l'écrin ouvert, où l'œil se joue à la perspective de cette rose en retrait que les fleurs de lis couronnent et dont elles augmentent f effet par le jeu de recul qu'elles lui donnent.
Les statues qui environnent la rose sont modernes ; presque toutes sont des restaurations. — Au-dessous de la rose, dans les contreforts évidés, le long de la corniche et de la balustrade entre l'étage inférieur et le premier étage, les statues équestres (en commençant par le nord) de Clovis, Dagobert,. Rodolphe de Habsbourg (refaites par Malade en i8ii-i8i3),et Louis XIV (faite par Vallastre sous la Restauration) *, sous des dais surmontés d'une cigogne à l'extrême bouton de leur pignon. — Au-dessus de la rose, sur toute la surface du massif intermédiaire entre les deux tours, plusieurs groupes de statues, déjà indiquées (en couleurs : vert, bleu, rouge), sur le projet pour la construction de ce massif (3" moitié du xiv° siècle), projet qui existe encore à la Maison de l'Œuvre (voir p. 20 et pi. II). C'est d'abord, au bas de cet étage in-
I. Les autres statues des princes placées aux angles des contreforts, sont presque toutes de Grass. Voici leur nomenclature, en commençant par le contrefort du nord-est (derrière la tour nord) pour passer devant la cathédrale et finir par le contrefort du sud-est (derrière la tour sud) : au 1" étage : Charles Martel, Louis le Pieux, Lothaire I", Clovis, Dagobert, Rodolphe de Habsbourg, Louis XIV, Othon II, Othon III, Henri II; — aa a* étage : Charles le Chauve, Lothaire II, Louis II, Pépin le Bref, Gharlemagne, Othon I", Henri I", Conrad II, Henri III, Henri IV. Toutes ces statues, sauf celles de Charles le Chauve et de Henri IV, sont équestres.
DEUX VERTUS (Portail latéral)
termédiaire et sur toute sa largeur, la Galerie des Apôtres : les douze Apôtres dans des niches (le premier et le dernier refaits par Malade, les dix autres par Yallastre) ; dans la niche du centre, la Vierge; tous, la Vierge et les Apôtres, ont les regards tendus vers le Christ qui s'élève au-dessus de la niche de la \ierge, dans une auréole elliptique, tenant la croix de la main gauche, bénissant de la main droite (la \ ierge et le Christ, ainsi que les anges musiciens sur les niches, sont de Ph. Grass). Plus haut, des deux côtés des grandes baies, les quatre Evangélistes, corps d'hommes, avec les têtes de l'ange et des trois animaux symboliques : l'un au-dessus de l'autre, Marc et Mathieu au nord, Jean et Luc au sud; et, entre les deux baies, l'un au-dessus de l'autre également, Ezéchiel et Jérémie (œuvres de Grass). Plus haut encore, le Jugement dernier (de Grass toujours, 1849) • ^ ^^ hauteur des pignons des deux grandes baies, un ange au-dessus de Marc et Mathieu, un autre au-dessus de Jean et Luc; dans les pignons mêmes, la Vierge et saint Jean-Baptiste, à genoux; entre les pignons, le Christ en Juge du monde, l'épée du Verbe sortant de sa bouche; de chaque côté, près de la pointe des pignons — dont les ornements extérieurs ont la forme de sarcophages
— des anges sonnant la trompette du Jugement; et, tout à l'extrémité : sur l'un des pignons, l'Ange abritant dans son sein l'âme d'un juste sous les traits d'un enfant, sur l'autre, l'âme d'un damné, sous les traits d'un enfant également, emportée par le Diable.
Les tours. — Les deux autres côtés visibles des tours offrent des aspects analogues à ceux de la façade occidentale.
— Seul, naturellement, l'étage inférieur diffère; du côté nord et du côté sud, il n'y a pas de portail, mais une haute et large
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fenêtre géminée dont les deux baies secondaires se subdivisent elles-mêmes en deux : les deux du milieu vitrées, les deux autres aveugles ; et, du côté de l'est, l'amorce des bas-côtés emplit l'espace qui, à l'ouest, est occupé par les portails latéraux de la façade. — Au deuxième étage (mais sans claire-voie), au troisième aussi, les dispositions sont les mêmes que sur la façade occidentale. La construction de raccord entre les tours au troisième étage ne présente à l'est qu'une fenêtre, au lieu de deux à l'ouest, et s'étale, simple et nue, sans aucune ornementation, sur toute la hauteur de l'étage.
La frise symbolique des tours. — Au-dessous de la première balustrade des tours, sur le côté du nord et sur le côté du sud, s'étendent deux frises curieuses de la fin du xiii*' ou du début du xiv^ siècle. A l'intérêt artistique de ces petites scènes qui se suivent sans interruption, où s'agite, avec beaucoup de fermeté dans le dessin et de vie dans l'exécution, tout un petit monde d'êtres humains, d'animaux et de monstres, s'ajoute un intérêt symbolique puissant : la cathédrale est vraiment ici un livre d'images pour le peuple, où il se retrouve lui-même par endroits, et où il retrouve surtout la religion que lui enseigne, à l'intérieur de l'église, la parole du prêtre : tantôt (( préfigurations » du Nouveau Testament par l'Ancien, tantôt simples illustrations de la tradition religieuse empruntées à la nature visible.
De même que dans la représentation des Vertus et des Vices, on va reconnaître dans cette symbolique l'influence d'une littérature antérieure, mais très vivante à l'époque où nous sommes : d'abord, les « Bestiaires », où se retrouvait l'ancien Physiologus, dont le texte original est perdu, mais que tous les peuples de l'Occident avaient de bonne heure tra-
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duit et commenté, et qui alliait hardiment a la science antique la plus suspecte » avec a l'exégèse chrétienne la plus contestable » * ; ensuite, le Spéculum Ecclesiœ d'Honorius d'Autun, recueil de sermons pour les principales fêtes de l'année, composé au commencement du xn® siècle, où l'auteur, après avoir raconté l'événement de la vie du Christ commémoré par la fête du jour, l'accompagnait de rapprochements tirés de l'Ancien Testament ou d'explications symboliques prises dans la nature. L'exemple le plus typique de l'influence du Spéculum Ecclesiœ est le vitrail célèbre de la cathédrale de Lyon, qui est comme une exacte transposition dans l'art de la verrerie du rythme d'Honorius d'Autun : la suite des tableaux régulièrement accompagnés de leurs symboles^. Un aussi bel ordre ne règne pas aux frises de Strasbourg; mais le symbolisme, et l'origine de ce symbolisme, n'en sont pas plus douteux.
La frise du nord se prête particulièrement à ces interprétations symboliques^. Les deux premières scènes représentent deux personnages luttant chacun contre un lion. Dans le premier personnage, à cause de sa cuculle et de sa massue de fou, de sa demi-nudité aussi, indice d'un habituel cynisme, on a voulu voir quelque bouffon du temps, combattant, d'ailleurs avec succès, contre le lion, symbole ordinaire de Satan : l'artiste se serait amusé, pour provoquer le sourire de la société de son temps, à ouvrir la série des champions de la Foi par un